‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 33 sur 70 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

compte : car nous n'avons fait autre chose pendant ces vingt années que d'invoquer le droit et la liberté au profit de l'Église. £t cela étant, après une si grossière déception, volontaire ou involontaire, il ne nous resterait qu'à nous taire et à nous confondre dans l'humiliation et le repentir pendant le reste de nos jours.

Heureusement rien ne démontre encore que ce soit la vérité ; et ceux d'entre nous qui n'éprouvent pas encore le besoin de renier leur passé peuvent jusqu'à nouvel ordre se tenir debout sans scrupule.

Un soir de l'hiver dernier, chez un catholique éminent, j'entendais affirmer que le droit ne de« vait jamais être invoqué par les peuples ni par les individus , parce que ce mot ne se trouvait pas une seule fois dans les saintes Écritures. Et aussitôt les auditeurs d'applaudir. Or ces auditeurs étaient presque tous journalistes : ils devaient leur renommée à l'exercice incontesté du phjs contestable des droits. Triste et abattu, me demandant si un pareil argument n'était pas plus digne des puritains d'Ecosse que de la polémique chrétienne, je rentre chez moi, j'ouvre la Concordance^ et j'y trouve non-seule^ ment une fois, mais trente fois, ce mot de droit, JUS, dont on affirmait si imprudemment l'absence. Oui, le nom et l'idée du droit figurent dans la Bible, sous toutes les acceptions possibles; droit en soi, droit de propriété, droit héréditaire pour les personnes, droit de succession pour les choses, droit perpétuel, droit agraire, droit sacerdotal.

gd DES INTÉR^S dAtHOLlQUES.

droit de sacrifice, droit de sépulture, dfdit de conquête^ droit de la guerre, droit des ancêtres, droit du roi, et ce qui doit étonner nos adversaires, le droit des citoyens , voire même les droits de V humanité. L'historien des Machabées, en énumérant les crimes d'un des tyrans contre lesquels les Juifs se soulevaient, lui reproche d'avoir méconnu les droits des citoyens en instituatit des lois perverses, et consacré des institutions dépravées : Ciiflum jura destituens^ prava instituta sanciebat^. Et Assuérus , dans le manifeste qu'il

adresse aux cent vingt-sept provinces de son empire sur les crimes d'Aman, commence par signaler l'aveuglement des mauvais ministres qui croient pouvoir échapper au regard de Dieu, après ai^oir 'violé les droits de V humanité *.

Les catholiques militants de ces derniers temps n'ont donc pas failli en relevant la devise de Richard Cœur de lion , le roi croisé : Dieu et mon droit; et je pense que nos frères de Hollande, qui ont encore gardé ce cri de ralliement en tête de leur plus vaillant organe ^, ne songeront pas à le remplacer.

» II Mâchai IV, II.

* Nec content! sunt.... huinanitatis in se Jura violare, sed Dei quoque cuncta cernentis arbitranlur se posse fugere senlenlîam. {Esther, XVI , 4.)

3 Le Tijd d'Amsterdam*

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