‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 69 sur 70 · DB LÀ RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, PAR M** BBNDU^ BYBQUB D'ANNECY · texte numérisé non relu

DB LÀ RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, PAR M** BBNDU^ BYBQUB D'ANNECY

... La liberté, c'est rhomme tel qu'il est sorti des mains de Dieu ; l'homme avec son intelligence et sa volonté ; l'homme à qui il a été dit sous l'arbre de la science : a Voilà le bien , voilà le mal, tu peux choisir ; mais voilà ma loi : si tu la violes, tu mourras. » La liberté, encore une fois, c'est l'homme jouissant de sa spontanéité dans l'usage qu'il fait de ses forces morales appliquées à ses organes d'abord, et, par leur intermédiaire, aux éléments de la nature. C'est donc dans sa liberté morale qu'il faut chercher l'origine et l'explication de la liberté dont il doit jouir parmi ses semblables...

. . . Toutes les fois qu'il s'agit de faire une place pour l'homme de l'Évangile, on a beau modifier les institutions du paganisme, confier aux plus grands philosophes le soin de lui marquer cette place, il se retrouve toujours trop grand pour y vivre à l'aise. Imagcfde Dieu , il faut qu'il puisse librement agir dans le cercle de la puissance que Dieu lui-même lui a tracée*. •

... Que signifie donc le mot liberté quand il s'applique à l'homme vivant en société? Le voici : libre de sa nature, l'homme doit pourtant admettre des bornes à la puissance morale et physique dont il jouit, dans la crainte de détruire la liberté de ceux avec qui il est en association. Basée sur la loi de Dieu,

iq8 • DES INTÉRÊTS CATHOLIQUES.

dont elle doit être Timage, la loi de rbomme ne pent retrancher à la liberté individuelle que dans les actions qui ont rapport aux individualités. Sa puissance ne peut aller au delà , sans être taxée d'injustice et de tyrannie. Ainsi , toute loi humaine a pour bu| dei fé{;l^r q\i ^e liq)ifer la liberté individuelle, qui ne se compose, en dernière analyse, que de la portion de puissance laissée par la loi. La puissance dont chaque citoyen jouit dans la société dont il fait partie, c'est ce qu*on appelle liberté ; et comme cette puissance du citoyen se manifeste dans des circonstances diverses, on peut et même on doit la désigner sous des noms divers; mais c'est toujours la liberté. Elle comprend :

1® La liberté religieuse, qui elle-même se compose de la fit^Of^ de poqscie^cçi, 4p \^ }it)erté ^n çuU^ «t â^ la Uherté du prp^lytismf) i

2® La liberté civile, qui contient la liberlé de la personne, la liberté du domicile, celle de la propriété, et partant le con- $e^tçme^t ^ l'impôt ;

^"^ ht^ liberté po)|tiqpQ) qvi\ «issure à tout individu son coneparf ^^n^ 1^ ppqfQpHQP d^^ lois» dans U surveillance de la (prtupQ p^bliq^fi ;

4<^ L^ liberté d'epseignment par récriture et par les livres, par la parole ou par l'exemple;

^s }j^ Hberti) administrative ddo^ la famille, d^ns la oom* mpnq, d^q^ U prfîvinpe eit d^ns TÉtat;

6^ En^Q > Ift liberté d'a$soiîiation , qui comprend Ips nationalités , Tassocif^tion des capitaux pour les grandes entreprifieffs des ))r(^ pqur )e travail , des cxpurs et des consciences pour li| pri^r^, pour T^erpice de lâchante, et même pour le plaisir. C^t d^ cettfl deroi^rp pspéce (le liberté qpe dépend plus spé* cia)em^nt ifi pf ogcès dp la civilisation.

Vpili^ \\m la lil)Qr(é, la liberlé tout entière, la liberté ana- ]Y^ dftR^s^ attributs e( ses facultés les plus intimes. On peut défier de citer une prérogative de Fhomme social qui ne soit Jfl^ PflWBPie 4W^ po^to \^^S^ définition de la libftrté. Du reste, QqifS qe serions pas les advecsairP9 de eaux qui voudraient Tétpiidrp; npifS sommes plutôt, comme chrétiens, disposés à adoiettre tpntes les extensions qu'on pourrii lui donner. Ga

APPENDICE. IQQ

que nous copdainnons, nous, c^ sont les efforts que Von fajt partout pour la restreindre... (Pa^es 36-40.)

... Savez-vous pourquoi, de Taveu de tous les politiques, l'Amérique est un pays d'avenir ? Ce n'est pas ps^rce qu'elle est une terre vierge, fertile, étendue; mais c'est parce qu'elle n'a point, par des lois avilissantes, fermé les portçs à la vérité. Elle n'a pas non plus proscrit l'erreur ; mais quan^ l'erreur ne jouit pas des privilèges du monopole, elle aisparait bientôt, pour laisser place à la vérité. Notre civilisation corrompu^ ne peut supporter l'idée de la vérité , parce qu'elle n'a plus le courage de la vertu. La jeune Amérique admettra l'unQ et l'autre, et elle vivra... (Page 06.)

... Le clergé veut-il là liberté? Si l'on avait ainsi formulé la question il y a trente ans, il est possible que l'on eût été embarrassé pour répondre. Ce qu'on était convenu d'appeler le règne de la liberté avait été pour l'Église des jours de trisy tesse et de deuil ; le clergé en conservait des souvenirs trop amers : sa fortune pillée, ses temples démolis, ses autels brisés, ses sacrifices interrompus, ses institutions détruites, son sang versé au nom ou du moins à travers les acclamations de la liberté, n'étaient pas des titres acquis à son amour. Depuis c^s jours de malheur, la lumière s'est faite; les hypocrisies des chanteurs de liberté ont été dévoilées, des expériences ont ét^ faites sur une grande échelle, et toujours on a reconnu que fG n'était pas de liberté qu'il s'agissait, mai^ fie despqtisme, de servitude et d'envahissement de pouvoir. Vingt fois jléçu clans ses espérances, l'esprit s'est mis à la recherche de la iil^erté et l'a eofin découverte, non pas dans cette antiquité que l'histoire fait mentir aussi bien que nos révolutions, mais sur le sol du christianisme, et surtout dans les doctrines don); il a doté Ip monde.

Des génie^ émineifts en France, en Allemagne, pp Angleterre, en Espagne, se sont mis à l'œuvre pour déblayei: le te]rrain sous lequel on l'ayait enfoui^ ; ils ont lavé la bçjpe dont les féroces croyants de la révolution avaient sali sa nob]e p^ rayonnante figure j et, du moment où l'ofi a pu l'aperccyi^ir, chacun ^'est écrié : a C'est bien elle I nous la rec()nnaissof|s ; ^ar elle est ançiei^pe en France, où il n'y a ^^ PQpy^au qu^ }f|

'lOO DES IIÏTÉRÂTS CATHOUQUES.

despotisme et la tyrannie, d Dès lors chacun s'est épris d'amour pour elle; il n'y a plus que ses anciens adorateurs qui la re* nient.

Quand le clergé a commencé de réclamer au moins la petite portion de liberté qui lui revenait dans la société dont il faisait partie ; quand Fun des organes les plus courageux et les plus éloquents des pensées et des opinions catholiques, l'Univers, s'est mis à battre en brèche les remparts derrière lesquels se cachaient les orgueilleux et fiers tyrans qui exploitaient, à leur profit^ tous les droits d'un grand peuple; ils comprirent, ces habiles monopoleurs, que, du jour où leur supercherie serait découverte, leur règne serait fini. Qu*ont-ils fait? Us ont nié la sincérité des catholiques, et fait semblant de croire qu'il y avait incompatibilité entre catholicisme et liberté. Alors les écrivains catholiques ont élevé la voix : Balmès entre autres, et l'auteur des grands problèmes de la statolàtrie, sont venus démontrer que la liberté n'était point une doctrine nouvelle qu'ils voulussent, par supercherie^ accoler à l'Évangile, comme semblent vouloir le faire de leurs doctrines les socialistes modernes. Avec eux, le catholicisme se présente les mains pleines des témoignages des Pères et des docteurs qui, depuis saint Paul, TertuUien , saint Grégoire, saint Augustin, jusqu'à saint Anselme et saint Thomas d' Aquin , ont défendu la cause de la liberté, les droits du simple citoyen et ceux de tous les peuples, contre les républiques^ contre les empereurs, contre les rois, contre les princes, contre les ministres, les traitants, les proconsuls de tous les âges et de tous les pays; tous l'ont fait avec cette éloquente autorité que leur donnaient comme la donnent encore aujourd'hui , à l'illustre captif de Ghillon , la conscience du droit , la puissance du vrai, et le mépris de la persécution , même de la mort.

Aujourd'hui , comme alors, les catholiques répètent, avec saint Thomas, l'axiome de la politique la plus libérale qui puisse sortir de l'esprit de l'homme : Regnum non est prapter regem, sed rex propter regnum...

Et pourquoi le clergé serait-il opposé à la liberté? Que l'on nous cite une seule des parties de la liberté que le clergé repousse 1 nous n'hésitons pas à donner ce défi. Il n'a pas, à la

APPEITDIGE. aOl

vérité, demandé la liberté d'enseignement par la presse, son seconi's n'était pas nécessaire ; il savait bien qn'il la devrait un jour à l'égolsme de l'aristocratie. Il est possible encore qu'il en redoutât les effets, à cause de l'ignorance et de la faiblesse des hommes ; mais, sans la demander, il l'a reçue et bien accueillie. Pourvu qu'elle soit accompagnée de la liberté d'enseignement par la parole, elle perd le venin qu'elle portait avec elle. Après tout, qu'avons-nous à redouter? I^ vérité catholique a Jusqu'à ce jour lutté contre tous les obstacles, vaincu toutes les hérésies, combattu avec succès toutes les opinions les plus hostiles de la philosophie , triomphé de toutes les passions les plus haineuses; elle s'est- trouvée aux prises avec tontes les sciences soulevées contre elle, et les sciences ont été forcées de venir successivement s'agenouiller devant elle, et reconnaître sa divinité. L'attaque a revêtu toutes les formes, épuisé tous les moyens ; laissons à la liberté de la défense le soin de paralyser la liberté de l'attaque. Que le catholicisme trouve son chemin débarrassé, et vous verrez qu'il arrivera partout. L'esprit de l'homme ayant été fait pour lui comme il a été fait pour l'esprit, les passions auront beau gronder et murmurer, il faudra qu'il arrive à l'esprit. (Pages 93-98.)

... Si Rousseau se fût contenté de dire que la forme des gouvernements peut être l'œuvre des hommes ; que l'autorité, propriété de Dieu, se transmet au souverain par la voix ou par le consentement du peuple, il n'aurait fait que répéter les opinions poUtiques des théologiens catholiques du moyen âge : il eût été dans le vrai.

De leur côté, les adversaires du philosophe de Genève donnent au droit divin une extension qu'il n'a pas. Ils le portent non-seulement sur la formation de la société, mais encore sur les ftynnes changeantes de leur nature qu'elle peut recevoir^ et sur celui ou ceux qui la dirigent. Cette doctrine, si favorable à l'absolutisme des souverains, est née du protestantisme, et ensuite a trouvé des partisans jusque parmi les théologiens et les philosophes catholiques les plus dévoués à l'Église. Us disent à Rousseau : a Votre système est faux, puisqu'il n'y a point d'exemple de société qui ait été formée d'une manière collective et simultanée, x) Cette objection

^Q^ DES IlTTEIl^^T^ p^:fjpfpLIQUES.

e^t b^ç^p §ur r«hsf «rite ^H Bftrt W?i^t^ ^R^ ^ftB? W» WPplipfl ^ plus re$trpiptp, i| ^e §qppQS|e eptrp les, hQfflfpe? qvie |^ ^•£|ppqrfç jpdispeBSfi^blejppnt f eqpjs par Ips beçojî^s 4e la pa|flf e l^iîpaaipe. Àjnsj cpmpriçp, l^ ?,Qciéj^. dépen4 ap 19 Iftj de Riefl ; rqaiç la sqpiéj^ po|itique,' qqi {ualtipUe et rp^i| çcis rappprf; , a^iQet \^ ji^rp pctioa des boq^ine^^ çt fprpf^p le dopi^iia^ ^i:|

Extrait ^unf lettre à rAMf pis ^A religion •

é(w 24 octobre 1848.

... Sachons le reconnaitrp : le christianisme sp prétp à tonteç les fprmes du gouvernement humain , mais il ne s'identif|e avec aycune. Le christianisme est fai( pour survivre à tons les pouvoirs, tous p|us ou moins fragiles, plus op moin^ éphémères, quand même ils dureraient quatorze siècles, comme a duré la royauté française ! Il est ici-bas, non pas pqur progresser, pour se transformer, pour n^archer avec le genre humain, comme le disent les courtisans de rorgneilleuse humanité; mais pour montrer la voie, pour teqdfre la main à cette pauvre orgueilleuse, pour la ^uidpr^i la relever dans cette marcbe où elle trébuche bien plus souvent qu'elle n'avance.

Il a été, dè^ son premier jour, ce qu'il pst aujourd'jiui, ce qu'il sera toujours : la vérité tout entière, la vérité infaillible, immuable, incomparable. Les vérités humaines, les vérités relatives et variables de Tordre politique et social , ne sont rien que par pu rayon de sa vie : mais il ne se laisse pas j>lus confondre avec elles, que le soleil ne se laisse confondre avec ces lumières factices et éphémères qu'il nous est donné d'allumer et d'éteindre au gré de nos besoins ou de nos caprices.

Voilà ce qu'il faut proclamer et répéter sans cesse^ en facq de l'orgueil démesuré des pygmées de notre temps, toujours

APPENDICG. ao3

disposés à se compter pour des géants, à prendre leur impression du moment pour la loi éternelle du monde, et leur découverte d'hier pour le type du grand , du beau et du vrai.

Pour moi , je ne puis me défpqcjre de sourire quand j'entends déclarer que le christianisme c'est la démocratie.

l'ai pqs5^ mfi jeunpçse à e^tenflrçi c|if g flup Iq pjirjçlifmîspae était la monarchie ^ et qu'pp nf| ppi)yait ^tf$ t)qp chrétien sans croire à la royauté. J'ai lutté vingt ans, et non sans quelque suçcèsii pqntre cette vieille errpur, ft«jqur^*hBi di^pép, le lutterais yifl^t ans enppre, si Dieu nae jeç; 4onpi^, ppfltre cette nouyelle prétention; car je suis poQys^ipc^ gu^ ç^ sqpt deux aberrations du même ordre^ deux formes 4^ \^ Pfép^e idolàtrie, la triste idolâtrie de Is^ victoire., ^e ^ forpe et 0e la for* tune.

Me sçra-t-i| peri^js^ en terminant, de hass^rder tio consejl ai|x catholique^? ReconuaitrQut-ils le dfoit de leuf en a4re^ser, à celui qui a si longtemps servi leur cause^ et qui, le pipemier, a levé )eur dr^pei^p daDS la vie par!pfnei|ti^jfe? Je i^e sais ; jflais ^'i|ç je voulaient bipï} , je Ip^^* consei||erî|j$ ffvant tput, d^ns le temps qù noijç yiYqQç^ )p paln^e, la réspf ye et la dignité. La djgnité! sans laquelle i( n'pst pas d^ libeft^ vrqe, pas de force durable^ la dignité] cette humble et ^aiqtp dignité de l'Église, que poiij: nua pajr t jp pg ^pis toujpqr| appliqué à sauyegarder, non po^ns que sa li|:|prté même, ddfçfi tqvif^s nos luttes contre la poliljque et la phjlqspphifi de ces dernières années. Mais, qu'on le çaclie biefi, pp^:|f ^e m^iqtcnir dans celte voie, la prpipjèfe çppditioi^ est d'éyjler un contact trop fréquept , ujpe alliancp |rpp iptime avec \e^ r^ve$| et les eniportemcnts de nos contemppfainç. Nqtfp cau$^ est assez fprie, assez belle pour ppu$ dispenser d'étf^ Ip^ 2fuxilia|res qp les C9f]r(jsaqs qp personne..

Gh. de Mortalembbrt.

204 DES lNTiR]ÊTS CATHOLIQUES.

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