‹ Des kystes du canal de NückChapitre 5 sur 20 · PL RE · texte numérisé non relu

PL RE

En 17571, Lecat'trouve le canal de Nück sur une femme de quarante-six ans, 1l en donne même une courte description.

Puis, nous ne découvrons aucune recherche sur ce sujet jusqu'en 1817; c'est alors que J. CLoquer”, dans sa thèse, décrit un prolongement péritonéal, adhérent au ligament rond, qui a la plus grande analogie avec les dépendances de la tunique vaginale chez l’homme.

Quelques années après, ScarpA* nous parle d’une enveloppe celluleuse qui environne le ligament rond el qui, «autrefois, quoique mal à propos, était appelée canal de Nück ».

Un peu plus tard, Saccnr* dissèque trois fœtus du sexe féminin et trouve sur l’un d'eux « ce prolongement canaliculé ». Il admet que le canal de Nück peut persister longtemps après la naissance, et il cite, à l'appui de son assertion, l'opinion de Plater {Praxeos med.), Bertrand {Mémoire sur l'hydrocèle), Desault (Journal de chirurgie), Monteggia (Institut chirurg., t. VIII), Paletta (Sull'idrocele delle donne). I nous dit ensuite : « Warthon a trouvé à plusieurs reprises, sur le cadavre de jeunes enfants du sexe féminin, un petit canal d’un diamètre égal à celui d'une plume d'oie, long d’un demi-pouce environ, situé dans celte partie

! Lecat, Transactions physiologiques, t. XLVIT, p. 222.

? Cloquet, Recherches analomiques sur les hernies de l’abdomen, Paris 1817.

# Scarpa, Opusculi di chirurgia, vol. Ie", 1825.

Sacchi, Mémoire sur l'hydrocèle chez la femme (Archives de médecine, 1831, t. 26, p. 374.)

01e de la fosse inguinale d’où sort le ligament rond de l'utérus. »

Il nous rappelle enfin que Wrisberg dissèqua 200 cadavres «pour rechercher cette disposition du péritoine ; il en trouva 19, qui présentaient, soit des deux côtés à la fois, soit d'un seul, un canal qui se prolongeait de la cavité abdominale dans la région inguinale et dans l’épaisseur des grandes lèvres de la vulve, canal terminé en cul-de-sac, tapissé par un prolongement du péritoine et adossé au ligament rond ». Sacchi fit lui-même des recherches sur ce point sur 23 cadavres, mais il ne trouva pas une seule fois ce cul-de-sac péritonéal : loin d'en nier l'existence pour cela, il avoue simplement qu'il a été moins heureux que les auteurs dont il vient de citer l’opinion.

Georges REcxori! en 1834, et Asrrey Cooper? en 1835, admettent encore le canal de Nück. Le célèbre chirurgien anglais en donne même uné description à laquelle nos classiques n’ont rien à ajouter.

Jusqu'ici, tous les auteurs avaient confirmé parleurs recherches la découverte de Swammerdam et de Nück, quand, en 1837, parut dans le Jiclionnaire en (rente volumes (t. XV) un article de Velpeau qui s'exprime ainsi : «Le higament rond de la matrice ne vient point, comme Je l'avais cru avec tous les anatomistes, se perdre dans le sommet de la vulve. J'ai constaté, avec Thompson, que ce cordon s'arrête sur le pubis et dans

1 Reonoli, Archives de médecine, t. V,p. 114. ? Cooper, Œuvres chirurgicales, p. 238.

la paroi postérieure du canal inguinal. Il suit de là que le péritoine ne se prolonge pas en cul-de-sac hors du ventre, comme chez l'homme, »

Les idées de Velpeau furent partout admises, même à l'étranger, et, en 1850, Raixey‘ confirme encore son opinion.

Mais, en 1851, Broca décrivant, devant la Sociélé anatomique de Paris, le sac darloïque de la femme, nous donne la structure exacte des grandes lèvres. Il termine ainsi son exposé, renversant d’un coup toutes les idées de Velpeau : « Le point le plus important à noter, c’est que le ligament rond de l'utérus, après avoir perdu le plus grand nombre de ses fibres qui s'implantent sur le pubis et sur les piliers de l’anneau, s'engage dans le goulot du sac dartoïque et s’éparpille en plusieurs petits faisceaux blancs qu'on peut suivre jusque dans la grande lèvre. Chez le fœtus, l’extrémité inférieure de ce prolongement péritonéal qu’on appelle le canal de Nück, et qui accompagne le ligament rond, vient se terminer en cul-de-sac dans le goulot de la bourse membraneuse que je viens de décrire. »

L'année suivante, Morpan?, dans sa thèse, et Cru- VEILHIER®, dans son Anatomie descriptive, se rangent à l'avis de Broca. Le grand anatomiste nous dit même que, pendant son séjour comme médecin à l'hôpital de la Salpêtrière, 1l a rencontré assez souvent le canal de

! Rainey, Philosophical lransaclions of London, t. CXL, 1850.

* Morpain, Eludes anatomiques el pathologiques des grandes levres, Paris 1852.

# Cruveilhier, Anatomie descriptive, 3° édition, p. 710.

Nück persistant chez les femmes les plus avancées en âge. :

La question en était là quand parut, en 1865, la thèse de Srmox Dupray!, qui revient aux idées de Velpeau. Duplay admet, comme ce dernier, que le ligament rond s'arrête au-dessus de l'anneau inguinal externe, mais 1l se demande toutefois si le péritoine n’accompagne pas les vaisseaux et les nerfs de ce ligament jusque dans la grande lèvre, comme Morpain dit l'avoir vu.

Voulant éclaircir ce dernier point, il examine 21 fœtus de’différents âges, depuis 4 à 5 mois jusqu'à la naissance et 1l avoue n'avoir Jamais rencontré « le moindre vestige du prétendu canal de Nück ». Son ami Spiess, faisant les mêmes recherches sur 4 fœtus (2 à terme, 1 à 5 mois, l’autre à 7 mois), arriva au même résultat. Duplay nous expose ainsi ce qu'il a vu dans ses dissections: « Lorsqu'on a mis à nu l’ouverture externe du canal inguinal, on voit passer par cet orifice les vaisseaux du ligament rond, entourés par un lissu cellulaire fin, et se perdant dans la grande lèvre. Dans aucun cas je n’ai pu découvrir le moindre vestige d’une cavité séreuse à ce niveau ; J'ai pu disséquer les vaisseaux, les dissocier, les couper même complétement ; toujours j'ai pu m'assurer ensuite, même chez les sujets les plus jeunes, que je n’avais nullement intéressé le péritoine. D'autre part,en examinant du côté de l’abdomen, au niveau du point où le ligament rond pénètre dans les parois abdominales, on voit le péritoine recou-

! Duplay, des Collections séreuses el hydaliques de l’aine, Paris 1865.

cer D L'omes

vrir, en se déprimant légèrement, l’orifice supérieur du canal inguinal, pouf se réfléchir immédiatement sur le ligament rond, qu'il entoure complètement. » Une seule fois, il trouve ce prolongement du péritoine et cette fois-là encore, il s'agissait d’un vieux sac herniaire. |

Pour expliquer l'erreur des anatomistes, Duplay admet qu'ils ont tout simplement créé artificiellement le canal de Nück, ce qui est facile, soit en introduisant eten poussant un stylet par la fossette péritonéale, soit en traillant le tissu cellulaire qui environne l’orifice inguinal externe. « Toutefois, ajoute-t-1l, je pense que pour nier l’existence du canal de Nück, il faudrait un plus grand nombre d'observations. »

L'opinion de Duplay fut probablement admise en France pendant longtemps, car on ne trouve jusqu’en 1878, dans notre littérature médicale, aucun auteur qui fasse objection à cette manière de voir. Mais il n’en fut pas de même à l'étranger : ZuckerKkANDL, en Allemagne, fait, en 1876, des recherches sur la persistance du canal de Nück et 1l le trouve 4fois, dont 3 fois des deux côtés, sur 19 enfants de un à douze ans ; et GarrLaBp Taomas!, en Amérique, constate que, chez les jeunes sujets, la tunique péritonéale des ligaments ronds se prolonge dans une partie du canal inguinal, constituant le canal de Nück.

La question est reprise en France en 1878, par Cu. Féré?, dans une communication à la Société anatomi-

! Gaillard Thomas, Maladies des femmes, p. 87. ? Ch, Féré, Bulletin de la sociélé anatomique, 1878, p. 58.

que : « Si Je présente, nous dit-il, un exemple de cette disposition anatomique, ce n'est pas que je ne sois encore très convaincu qu’elle est tout à fait exceplionnelle, mais parce qu'on en a nié l'existence d'une façon presque absolue ; et je tenais à montrer qu'il est impossible de se méprendre.

Il s’agit d’une petite fille morte d’athrepsie dans le service de M. Parrot. Du côté gauche, en dehors du ligament rond, au moment où il pénètre dans la paroi abdominale, on voit une petite fossette à peine appréciable; si on fait glisser un peu en dehors et en haut le péritoine pariétal, la dépression disparaît complètement. A droite, on voit surle même point une dépression linéaire un peu concave en dehors, de 3 nullimètres de long, dirigée obliquement de dedans en dehors et d'avant en arrière. Quand on tire un peu en dehors le ligament rond, le sillon s’élargit et on voit un petit orifice circulaire permettant l’introduction d’une sonde cannelée ordinaire qui, poussée doucement, pénètre obliquement jusqu’au bord inférieur du pubis ; si alors on tire un peu fort sur le ligament rond en même temps qu'on fat glisser en dehors le péritoine pariétal, la sonde remonte un peu, mais elle reste engagée dans une étendue de 23 millimètres... »

« Les dimensions de ce conduit ne permettent pas de supposer que ce soit un sac herniare; ce ne peut être qu’une disposition congénitale. »

Dans la même séance, M. Perirr ajoute qu'il a vu un cas analogue chez une femme de seize ans ; le canal de Nück allait jusque dans la grande lèvre, son orifice

supérieur aurait pu contenir aisément le petit doigt,

Page 1