‹ Des kystes hydatiques du corps thyroïde: et de leur traitement par l'extirpation totaleChapitre 5 sur 29 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique

Les kystes hydatiques développés dans le corps thyroïde sont extrêmement rares. La première observation publiée sous ce titre remonte à 1754; elle est due à Lieutaud (1). Mais cette observation n’est pas du tout convaincante ; si la présence des hydatides était indiscutable, rien n’est, par contre, moins vraisemblable que leur développement dans le corps thyroïde. Celui-ci, en effet, « parfaitement sain dans son tissu, était énormément dilaté, et la compression à laquelle il avait été soumis l’avait fait se mouler sur la poche ».

En 1767, Gooch (2) publie la première observation authentique de kyste hydatique thyroïdien ; nous la reproduirons plus loin.

(1) Lruraun. — Mémoire à l’Académie Royale des Sciences, 1754.

(2) GoocH. — Cases an pratical remarcks in surgery

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Plus tard, Baumès (1806) (1), sans apporter de nouvelle observation à l'appui, admet un goitre hydatique dont il fait la septième sorte de son genre helminthèse.

Rullier 1817 (2), rapporte un cas qui lui semble être un kyste hydatique de la thyroïde ; mais rien, en réalité, ne justifie Ce diagnostic.

Rapp (3) en 1830, rapportela seconde observation authentique de kyste hydatique tyroïdien. L'autopsie fut faite. Nous reproduirons cette observation.

John Hunter (4) (1839) en publie une observation, mais elle est loin d’être probante : il s'agissait sans doute d’un kyste séreux du cou.

Un cas de Jobert de Lamballe, ne par Velpeau (1847), n’entraîne pas davantage la conviction.

Albers (5) (1850) publie le troisième cas non douteux de kyste hydatique du corps thyroïde : lautopsie fut faite; nous donnerons plus loin quelques détails sur cette observation.

En 1855, la question était encore bien obscure puisque Bach, qui publie à cette époque un mémoire sur les différentes espèces de goitre, fait « du goitre

(1) Baumès. — Traité élémentaire de Nosologie, 1806.

(2) Ruzzier. — Dictionnaire des Sciences Médicales (1817). (3) Rapp, i7 Naumann Handbuch Medicin Klinik. Berlin, 1830.

(4) John Hunter (1830), Traduction Richelot, t. I.

(5) AzBers. — [ahresbericht (1850).

(6) Bacx. — An. Path. des différentes espèces de goitres. Mém. Acad. Méd., 1855.

hydatique, une des transformations du goitre cellulaire ». |

Le premier het d'ensemble qui parut sur la question fut celui de Gurit (1) (1858). Dans sa monographie sur les tumeurs kystiques du cou, il étudie les kystes hydatiques du corps thyroïde et en réunit sept observations ; ce sont précisément les diverses observations dont nous avons parlé précédemment ; or, parmi elles, il n'y en a en réalité, que trois qui soient vraiment authentiques et elles nous sont connues. D'ailleurs Gurit dit lui-même ne pouvoir tirer de ses observations aucune conclusion ferme sur le sujet. | Houel (2) (1860), dans sa thèse d'agrégation, sur les tumeurs du corps thyroïde;. parle des kystes hydatiques : il dit n'en n'avoir trouvé aucun cas certain, à l'exception d’un seul qu’il tient de Nélaton et qu'il publie comme indiscutable. Bien qu'il ny ait pas eu d’autopsie, les signes cliniques observés, dans ce cas, par Nélaton, permettent, en effet, de penser que son diagnostic était exact: nous donnerons le résumé de cette observation.

Ferrant (3) (1861) publie une observation intéressante et certaine de kyste hydatique thyroïdien que nous reproduirons en le résumañt.

Davaine, dans son Traité des Entozoaires (1877),

(1) Gurcr. — Ueber dis Cystengemülste der Halses. Berlin, 1858.

(2) Houez. — Thèse on 1860.

(3) FErranT. — Bulletin Soc. Anat. de Paris, 1861.

sur 300 cas de kystes hydatiques, ne cite que trois cas de localisation dans le corps thyroïde. Ces trois cas sont dus à Lieutaud, Haen et Laennec. Nous avons déjà parlé du cas de Lieutaud et nous avons dit qu'il ne pouvait pas être considéré sûrement, comme kyste hydatique du corps thyroïde. L'observation de Laennec n'est pas moins discutable; là encore il s’agit bien d’un kyste hydatique, mais c'est la localisation dans le corps thyroïde qui est inadmissible, « le lobe droit de la glande étant refoulé à gauche par le kyste ». Quart à la tumeur kystique observée par Haen, elle siégeait bien dans le corps thyroïde, mais il n’est pas certain qu’il s'agissait d’un kyste hydatique ; il est probable, au contraire, que ce que Haen appelle hydatide, n’était autre qu'un bloc de matières colloides. D'ailleurs, Davaine ne rapporte ces trois cas que sous toute réserve.

Quelques années plus tard, une série d’observations paraissent, toutes très précises et très détaillées, quoique d’inégale valeur.

Meinert (1885), Reverdin et Mayor (1) (1885), Galozzi (2) (1886), Duguet (1886), Peyrot et Decressac (3) (1888), Péan (4) (1888),Gérard Marchand (1888), apportent des observations isolées. Dardel (5) dans

(1) ReyerDiN et A. Mayer. — Revue Médicale de la Suisse romande, 1885.

(2) GaLozzr. — Riforma Medica, 15 décembre 1886.

(3) Decressac. — Bull. Soc. Anat.,Paris, 1888.

(4) PÉaN.— Leçons de Clinique chirurgicale.

(5) DarDeLz. — Thèse de Paris, 1888.

sa thèse (1888) les réunit presque toutes et, les joignant aux observations anciennes, rapporte dix-sept cas de kyste hydatique du corps thyroïde; sur ces dix-sept cas, cinq sont considérés, par lui, comme douteux; les douze autres seraient authentiques. Nous sommes moins larges que lui et nous pensons qu'iln ya pas plus de dix de ses observations qui soient indiscutables.

Henle (1), assistant à la clinique de Mikulicz, de Breslau, publia, en 1895, un important travail sur la question. Il rapporte dix-huit observations de kystes hydatiques thyroïdiens ; parmi celles-ci quatorze, empruntée à la thèse de Dardel nous sont connues; trois autres avaient été publiées en Allemagne antérieurement; une est personnelle. De ces quatre observations nouvelles nous n’en retiendrons que trois comme indiscutables.

Enfin, Vitrac, de Bordeaux. dans un travail de la Révue de Chirurgie 1897, apporte une observation personnelle fort intéressante ; il dit, à ce propos, que le nombre de cas publiés jusqu'ici s'élève à vingt-six, y compris le sien.

Pour nous, nous ne pensons pas que le nombre des hystes hydatiques du corps thyroïde, observés jusqu'ici d'une façon indiscutable, soit si considerable. Nous n'avons trouvé,en tout, tant dans la littérature française que dans les littératures étrangères, que vingt-quatre cas publiés sous le titre de kyste hyda-

(1) A. Hence. — Achives fur Klinische Chirurgie, >, Qi BA 15,

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tique de la thyroïde. Deux d’entre ‘eux nous sont absolument inconnus dans leurs détails : ce sont un cas de Petrali (1) et un cas de Karpetchenco (2). Sur les vingt-deux observations restantes, nous n’en n'avons trouvé que huit dont l'authenticité repose ‘sur des constatations anatomiques faites pendant l'opération ou à l’autopsie et qui sont,par conséquent, à l'abri de toute contestation possible. Dans les six autres observations, le diagnostic de kyste hydatique ayant été établi par la ponction et l’examen du liquide, le diagnostic du siège thyroïdien repose sur les signes cliniques ordinaires aux goitres. Ces six observations doivent donc être considérées comme très probablement authentiques. Cela porte à quatorze le nombre des observations bien établies de kyste hydatique de la thyroïde.

Le cas que nous rapportons est indiscutable au double point de vue dela naturehydatique,confirmée par l'examen du liquide,et du sièce thyroïdien constaté pendant l'opération; c'est donc le quinzième cas de kyste hydatique du corps thyroïde qui ait été observé.

(1) Perrazr.— Sopra el g5zz0 idatoido; operazione. Anr. Univ. diMed. Milano, 1838.

(2) KaRPETCHENCO. — Protocoli Karkascavo medicinskavo

obchestestwa, n° 14, 1891. Vracht, 1892.

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