‹ Des kystes hydatiques du corps thyroïde: et de leur traitement par l'extirpation totaleChapitre 7 sur 29 · SR · texte numérisé non relu

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OBSERVATION I (Inédite.)

Observation recueillie à la Clinique de M. le professeur JaBouLay, par M. CavaiLLon, interne du service.

Kyste hydatique du corps thyroïde (Lobe médian). — Intervention. — Ablation de la poche. — Guéërison.

D. M..., 30 ans, cultivatrice, entre, le 8 juin, salle Saint- Pierre. Rien à signaler dans ses antécédents héréditaires. Aucun membre de sa famille n'a présenté de goitre. Pas de maladie antérieure.La malade n’habitait pas avec des chiens. Menstruation à 15 ans. Depuis, la malade a été réglée régulièrement. Au moment de l'installation des règles, elle n’a pas remarqué que son cou ait augmenté de volume. Le début de l’affection remonte à cinq mois, pendant une grossesse ;

c'est à ce moment que le cou a commencé à augmenter de volume; la tumeur s'est accrue encore après l'accouchement.

Depuis lors, cette masse a grossi progressivement sans qu’à aucun moment il ne se soit produit de dilatation brusque. La période cataméniale restait sans influence; jamais la malade n'a présenté de phénomènes de compression. Elle entre dans le service uniquement pour sa tumeur.

À son entrée on se trouve en présence d’une malade ayant l'aspect extérieur d’une bonne santé.

Au niveau de la région médiane du cou on constate une tumeur du volume d'une mandarine. La peau qui la recouvre ne présente pas de dilatation vasculaire, et est parfaitement mobile sur la tumeur. Cette masse est mobilisable dans le sens latéral et dans le sens inféro-supérieur. Elle est surtout mobile avec le larynx pendant les mouvements de déglutition.

À la palpation, cette tumeur, d’une façon générale, apparaît rénitente; recherchée en un point limite on a une sensation

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très nette de fluctuation ; pas de frémissement hydatique, pas d'expansion, pas de souffle. La tumeur est limitée, en bas, au niveau de la fourchette sternale, et il est possible, en la soulevant d'introduire l'index dans l'encoche supérieure du sternum.

I n'existe pas de signe de compression vasculaire. Pas d'œdème ni de troubles vaso-moteurs. Pas de phénomènes de compression nerveuse. Pas de troubles de la voix. Pas de dilatation ni d’inégalité pupillaire.

Pas de compression du côté de la trachée. Pas de dyspnée au repos. Un peu d’'essoufflement pendant la marche rapide. Pas de crise d'asthme. Un peu de dysphagie.

Cœur. — Bat normalement, à 80, sans bruit pathologique.

Impulsion normale. |

Pouls régulier, sans intermittence; tension normale.

Poumons : Rien.

Ürines : Ni albumine, ni sucre.

Pas d’œdème des membres inférieurs.

Rien à signaler du côté de l’appareil digestif.

Organe des sens. — Pas d’exophtalmie. Rien à la pupille. Pas de signe de Stelwag, ni de de Graef.

Pas de paralysie à la convergence.

On ne remarque rien autre chose qu’un peu d’agitation.

Léger tremblement vibratoire des membres supérieurs.

Notons que jamais la malade n’a eu d’urticaire.

Le 10 juin, intervention. — Anesthésie locale au chlorure d’éthyle; la malade étant assise, M. Jaboulay pratique une incision au niveau de la ligne blanche du cou,sur une étendue de 8 centimétres environ. La paroi saigne assez abondamment.

Après incision du tissu cellulaire sous-cutané, on dissocie une mince lame de tissu glandulaire; au-dessous, on aperçoit la paroi lisse du kyste. Après incision il s'écoule, sous pression, un liquide clair comme de l’eau de roche. Le chirurgien en reçoit dans la bouche : ce liquide avait une saveur salée. La quantité peut être évaluée à r00 grammes environ. En suspension dans celiquide flottaitune vésicule,du

volume d’un œuf de pigeon, dont les parois, très minces, étaient transparentes. La membrane germinative étant enlevée, on pratique la dissection de la poche en dehors de l’adventice. Cette manœuvre est assez laborieuse, beaucoup plus, en tout cas, que s'il s'était agi d’un goitre kystique ordinaire; la face externe de la poche avait, en effet, contracté des adhérences assez étroites, latéralement, avec letissu glandulaire des lobes thyroïdiens, en arrière avec la face antérieure du conduit trachéal. Après l’extirpation, le corps thyroïde est absolument séparé en deux, la face antérieure de la trachée est à nu ; on peut voir alors qu’elle est ramollie et aplatie contre la face postérieure.

L'hémostase avait été fait à mesure. On termine l'opération par la suture hémostatique en masse suivant la technique ordinaire de M. Jaboulay. En somme, ablation de la vésicule-mère, de la vésicule-fille et de la membrane adventice.

L'examen miscroscopique du liquide a été pratiqué immédiatement par M. Gayet, chef du laboratoire dé la clinique, qui nous a remis la note suivante : « Le liquide examiné sans aucune manœuvre préalable sur une lamelle, présente une foule de crochets très caractéristiques. On obtient une préparation beaucoup plus intéressante par la centrifugation, Par ce procédé on réunit une sorte de sable abondant au fond du tube du centrifugateur. L'examen au microscope, après coloration au picro-carmin, révèle une quantité de vésicules contenant chacune un échinocoque avec une belle couronne de crochets. Les crochets sont au nombre de 25 à 30. Sur les préparations non colorées on voit, pendant assez long temps, les mouvements amiboïdes de la masse protoplasmique qui remplit la vésicule ».

Les suites opératoires ont été des plus simples. Une légère élévation de température autour de 38°, 3805 s'est maintenue pendant 48 heures. Jamais la malade n'a présenté de phénomèênes dyspnéiques ou de voix bitonale.

La malade a été pansée au huitième jour. Il existait, à ce

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moment, un petit hématome. Elle est sortie du service quinze jours après l'intervention, complètement guérie (1).

OBSERVATION II (Goocx) (2)

Assez gros kyste hydatique du corps thyroïde. — Perforation de la trachée. — Mort subite. — Autopsie.

Il s’agit d’un jeune garçon de 16 ans qui avait au cou, depuis plusieurs années, une tumeur qui acquit rapidement le volume d’un œuf de poule; grande dyspnée d’effort, visage cyanosé, voix faible, toux spasmodique. La surface externe était irrégulière. On soupçonnala présence deliquide: on fit une ponction et on évacua trois onces d’un liquide aqueux. La respiration du patient devint plus facile. Le jour suivant, des phénomènes infectieux survinrent du côté de la tumeur; la situation s'améliorait, lorsque, brusquement, le malade rejeta par la bouche une petite hydatide et mourut presque aussitôt.

Autopsie. — La tumeur semblait prendre son origine dans le lobe droit du corps thyroïde transformé en un kyste formé d’une membrane celluleuse. Dans les parties antérieures et latérales on pouvait encore distinguer le kyste et la substance glandulaire, confondus tous deux plus profondément. La tumeur était appliquée sur presque les 2/3 du cartilage thyroïde, sur le cartilage sricoïde et six anneaux de la trachée, très intimement unis à ces derniers. On ouvrit le kyste irrégulièrement épaissi, très distendu ; il contenait dans sa cavité une deuxième hydatide libre et mobile, absolument

(1) Les pièces de l'opération ont été présentées à la Sociétédes Sciences Médicales, par M. Patel, chef de clinique de M. Jaboulay. Voir Lyon Médical, 12 juillet 1903.

(2) Goocx. — Cases an pratical hemarcks in surgery with sketches of machines. Vol, II, Normich, 1767.

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analogue à celles qui avaient été rejetées par la toux, avant la mort, mais beaucoup plus grosse.

Après avoir enlevé la poche, on vit un trou intéressant le cricoïde et les deux premiers anneaux de la trachée, large comme un tuyau de plume, et par lequel, à travers le parenchyme glandulaire, le kyste pénétrait dans la trachée. La surface interne de la membrane hydatique était couverte de petits tubercules et de mucosités sans pus et sans traces d'ulcérations. A l'ouverture de la trachée et du larynx, la partie correspondante à la glotte et aux ventricules parut gonflée et œdemateuse‘; du bord inférieur du cartilage cricoïde jusqu’au huitième anneau de la trachée, le côté droit du canal aérien était tellement comprimé par la tumeur qu’il arrivait presque au contact du côté opposé.

OBSERVATION III (RappP) (1).

Rapp observa, chez un jeune homme de 14 ans,ungoitre à peu près sphérique, de 2 à 3 pouces de diamètre, très consistant et très tendu, mais à surface régulière. Le malade mourut subitement après un violent accès d'étouffement.

A l'autopsie, on trouve la partie supérieure de la trachée comprimée contre la surface antérieure des vertèbres, et applatie comme un ruban. La substance du corps thyroïde n’était pas altérée, mais, dans son tissu, se trouvait une grosse hydatide tendue, entièrement libre, qui, seule, constituait le goitre. L'enveloppe de cette hydatide se composait d’une membrane blanche, solide, qui put facilement être divisée en deux feuillets ; l’intérieur était rempli d’un liquide clair, incolore. Sur la surface interne de la poche se trouvaient des granulations blanches et petites comme des grains de sable; au microscope, elle présentaient l’aspect de petits

(1) Rap», in Naumann. — Handbuch Medecin. Klinik. Berlin, 1830-

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