PHTHISIQUES. NON PHTHISIQUES
Père. Mère. Père. Mère.
„ j Nombre de malades. 10 6 56 62
Hommes- \ Leur âge moyen .. . 25,12ans 24,60 26,60 27,65
Femmes.
Nombre de malades. 9 14 48 49
Leur âge moyen. . . 18,56 21,48 23,48 23,59
Il résulterait de là que la phthisie transmise apparaît à un âge moins avancé que la phthisie non transmise. La différence est de deux ans environ pour les hommes et de trois ans et demi pour les femmes.
A coté de ces renseignements fournis par M. Walshe, nous croyons devoir encore ajouter comme données statistiques ultérieurement utilisables, les détails suivants empruntés au
rapport médical des médecins de l'hôpital de la Consomption de Londres (1).
Sur 1010 malades, dont 669 hommes et 341 femmes, 246 ou 24 £ pour 100 étaient issus de parents phthisiques. La proportion est plus forte pour les femmes (1*24, ou 36 pour 100) que pour les hommes (122, ou 18 pour 100).
La phthisie est transmise plus souvent par le père au fils, par la mère à la fille. En effet, l'hérédité par le père a été constatée chez 59,4 fils pour 100, et 43,5 filles pour 100; l'hérédité par la mère, chez 40,6 fils pour 100, et chez 56,5 filles pour 100.
12 hommes et 10 femmes étaient issus de père et mère phthisiques tous deux; 4 hommes et 6 femmes avaient en j3utre des oncles ou des tantes phthisiques.
Les individus qui sont sous le coup de la diathèse tuberculeuse qui leur a été transmise par leurs parents, présentent- ils dans l'habitude extérieure un ensemble de caractères analogues à ceux que nous avons signalés chez les scrofuleux, et propres à leur imprimer un cachet spécial ? Il serait erroné de croire qu'il en fût toujours ainsi. Toutefois, dans le jeune âge, les particularités suivantes ont été signalées comme des indices d'une diathèse tuberculeuse héréditaire.
La peau, plutôt blanche que brune, est en général fine et délicate. Les cheveux, de couleur variable, sont abondants, et comme on le dit vulgairement, semblent épuiser le corps par l'exubérance de leur développement.
Les yeux, largement ouverts, humides, présentent en général des pupilles dilatées, des sclérotiques d'un blanc bleuâtre; les cils, implantés en grand nombre sur le bord libre des paupières, sont longs et recourbés.
(1) The first médical Report ofthe hospitalfor Conmmption and diseases ofthechestby the physicians ofthe institution. London, 1849.
Pour compléter ce tableau, dont nous ne voudrions pas trop accentuer les traits, nous ajouterons que les tuberculeux sont, en général, d'une complexion délicate, que leur intelligence est précoce, et que dans leurs jeux, leurs plaisirs, leurs goûts, ils ne montrent pas cette impétuosité, cette turbulence que l'on observe habituellement chez les enfants de leur âge.
Il serait très intéressant de savoir si la nature héréditaire de la diathèse tuberculeuse introduit des modifications importantes dans la symptomatologie, la marche, le pronostic et le traitement de la maladie. Nous ne doutons pas que les observations faites à ce point de vue, ne permettent un jour de formuler là-dessus, un certain nombre de propositions dont on chercherait en vain la solution dans les auteurs qui ont écrit le plus récemment, et avec le plus d'autorité sur cette question. Partout où l'on voudrait trouver des assertions appuyées suides faits, on ne rencontre que le doute. C'est qu'en cette matière, les obstacles que rencontre l'observateur sont si nombreux et variés qu'ils intimident les plus courageux et les plus patients.
%it i M i l; m. — Cnncei'.
La transmission du cancer par voie d'hérédité est un fait trop généralement admis pour qu'il soit nécessaire de citer tous lés médecins qui en font un dogme médical. Récamier (1) dit que c'est là une vérité incontestable, tout en faisant remarquer que les organes compromis ne sont pas toujours les mêmes.
Mais un point moins élucidé et sur lequel les auteurs sont encore divisés, c'est l'estimation de la part exacte qu'il faut faire à cette cause dans le développement des maladies cancéreuses.Très peu de médecins ont donné des statistiques considérables et dignes de foi. Nous citerons seulement les suivants:
(1) Tome I, p. Î217.
M. Lebert (1) dit que l'influence que nous indiquons ici a été généralement exagérée par les auteurs. Il l'a recherchée avec le plus grand soin, et sur 102 cas, il ne l'a constatée que 14 fois; elle a existé 2 fois sur 13 cancers de l'utérus; 6 fois sur kO cancers du sein ; 1 fois sur 7 cancers du testicule, et 5 fois sur 42 cancers de l'estomac.
On voit donc que, d'une manière générale, la proportion des cas dans lesquels l'hérédité a été constatée, est de 7/1.
M. Velpeau (2) a constaté l'hérédité chez plus du tiers des malades qu'il a observés : chez les uns, c'est le père qui est mort d'un cancer au pylore, à la langue, au foie ou aux organes génitaux ; mais pour le plus grand nombre, la maladie avait existé chez la mère, soit à l'utérus, soit au sein.
Le chirurgien que nous citons a vu des familles où les trois sœurs, filles d'une mère qui avait succombé à un cancer de la mamelle, ont été atteintes du même mal, entre trente et quarante ans.
Sur 26 cas suivis d'autopsies de cancer de l'utérus que nous avons eu l'occasion d'étudier nous-même pendant notre internat à la Salpêtrière, en notant les antécédents des ascendants , nous avons constaté que 6 fois les mères des malades étaient mortes d'accidents semblables. Ces accidents ultimes éprouvés par les mères de nos malades, ont été désignés par nos malades elles-mêmes, h fois sous la dénomination d'ulcères à la matrice, et 2 fois sous celle de suite de couches éloignées. Dans un de ces six cas, une sœur de la malade avait, comme sa mère, présenté une semblable affection (3).
On trouve encore dans la thèse de Lafond (Paris 1856), les résultats statistiques suivants relatifs au siège et à l'hérédité du cancer.
Sur 71 cas de cancer dont l'auteur a dépouillé les antécé-
(1) Traité des maladies cancéreuses. Paris, 1851.
(2) Traité des maladies du sein, p. 586.
(3) Becquerel, Maladies de l'utérus, t, II, p. 170.
dents, il a trouvé que 64 fois la dégénérescence cancéreuse n'était pas héréditaire, que le nombre des hommes atteints s'élevait à 27, et celui des femmes à M; que sur ce nombre de faits, les organes de la reproduction et de la lactation ont été envahis 36 fois. L'appareil digestif apparaît ensuite comme étant le plus fréquemment le lieu d'élection du mal, et dans ces circonstances, c'est le sexe masculin qui paye le plus fort tribut à la dégénérescence, ensuite, par ordre de fréquence viennent les organes des sens eux-mêmes, et l'auteur fait remarquer à ce propos qu'il ressort de ses propres recherches, que les parties qui protègent ces organes, sont principalement envahies par le cancroïde.
Une autre question se rapportant à la transformation des maladies héréditaires, qui sera traitée ultérieurement, a préoc cupé les auteurs. Suivant M. Bazin (1), la dartre et l'arthrilh aboutissent souvent au cancer. Le produit est d'ailleurs k même que celui deladiathèse cancéreuse.
Dans la diathèse cancéreuse, le produit morbide existe dès le début, dans les maladies constitutionnelles, il est précédt d'un grand nombre d'affections, et n'apparaît qu'à la période terminale.
M. Paget(2) a cherché à prouver par une série de relevé statistiques que les sujets issus d'ascendants cancéreux, son prédisposés, alors qu'ils ne sont pas atteints à leur tour d cancer, au développement de diverses tumeurs bénignes. C serait en quelque sorte l'expression incomplète de la diathès cancéreuse envoie d'extinction.
La maladie héréditaire que nous étudions ici présente un particularité digne d'être notée, car elle se distingue très net
(1) Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées de natui arthritique et dartreuse. Paris, 1861, p. 45. ' (2) On the hereditary transmission of tendencies to cancerous and otht j L tumours (Médical Times, 22 août 1857). dt
l'api
;ement de celles dont nous nous sommes occupé jusqu'ici, randis, en effet, que celles-ci, pouvant se manifester à toutes .es périodes de la vie, éclatent presque toujours dans le jeune âge, comme cela a lieu d'une manière très évidente pour la scrofule et la syphylis héréditaire, le cancer est surtout fréquent au retour d'âge; or, le moment le plus fréquent où les enfants viennent au monde est, pour les parents de dix à quinze ins, antérieur à cette époque.
Voilà donc une maladie qui n'éclatera chez les individus que quarante ou cinquante ans après qu'elle leur aura été transmise par des géniteurs qui en étaient eux-mêine exempts au moment de la procréation, et chez lesquels elle n'a éclaté que iix ou quinze ans, vingt ans même après qu'ils en avaient xansmis le germe à leur postérité. N'est-ce pas là, nous le demandons, dans l'étude de l'hérédité, une particularité dont la physionomie mystérieuse est bien digne de notre méditation ?
C'est en vain d'ailleurs que l'on chercherait chez les personnes qui sont virtuellement en proie àladiathèse cancéreuse léréditaire, des signes de ce vice congénital.
Rien, absolument rien, ne les distingue de celles qui jouissent de la santé la plus excellente.
Comment l'hérédité s'établit-elle? On ne le sait point, et rien l'indique d'abord qu'elle aura ou qu'elle n'aura pas de manifestation dans la descendance des individus qui en sont atteints.
Peut-on du moins prévoir quelles seront les parties malades? Suivant M. Velpeau, cette localisation serait en rapport avec l'aptitude des organes à recevoir l'influence des actions externes ; mais rien ne peut le faire présumer.
La syphilis, cette maladie que quelques médecins refusent de mettre au nombre des diathésiques lorsqu'elle est ac-
,4RTI('l;Fi IV. — Syphilis.
quise, doit être qualifiée de diathèse quand elle est transmise si par voie d'hérédité, et alors elle vient se ranger sans conteste n ù côté delà scrofule, du cancer, de la goutte, du rhumatisme i que nous avons étudiés jusqu'ici.
Démontrer, en accumulant les opinions de médecins dont l'autorité fait loi, et les preuves cliniques relatées partout, que J la syphilis peut être héréditaire, nous paraît superflu. si Il n'y a pas lieu non plus de déterminer dans quelle pro- s portion cette diathèse se manifeste relativement à la syphilis acquise par contagion.
Quel profit la pratique pourrait-elle tirer d'une pareille Ji étude ? Laissant donc de côté ces diverses questions, nous di- Gi rons, et c'est là un fait généralement admis de nos jours, que )[ la syphilis congénitale n'a été observée jusqu'ici d'une manière , incontestable qu'immédiatement après la naissance ou quel- m (jues mois après.
Ce n'est pas que nous repoussions d'une manière absolue D la doctrine qui consisterait à voir dans des accidents cutanés ou autres, se développant à une époque beaucoup plus tar- ][ dive, des phénomènes de syphilis héréditaire. Rien ne nous<|; autorise en effet à considérer la chose comme impossible. Mais M si des faits de cette espèce ont été mis en avant, ils n'ont pas {\{ été accompagnés de preuves suffisantes pour entrer dans le domaine de la science.
Ce n'est pas ici non plus le lieu de rechercher si la syphilis, en passant d'une génération à une autre, peut se transformer, f? si elle peut, par exemple, prendre le masque des affections scrofuleuses. Les avis sont trop partagés sur ce point pour que noussoyons autorisé à prendre franchement un parti.
Cette question sera discutée plus loin, dans la deuxième partie. Laissons donc de côté toutes ces questions qui sont encore à l'étude, exposons en résumé les phénomènes pathologiques par lesquels se révèle la syphilis héréditaire ou congénitale. Chez un enfant dont, l'un des parents ou tous les deux sont
sous l'influence de la vérole constitutionnelle, elle ne se révèle que par des accidents appartenant aux périodes secondaire et tertiaire de la syphilis, et se montrant à la Ibis sur plusieurs points du corps.
Certains enfants viennent au inonde portant les stigmates de la syphilis ; chez d'autres, elle ne se manifeste par des signes extérieurs qu'au bout de quelques jours, de plusieurs semaines et même de plusieurs mois.
Les manifestations pendant la vie intra-utérine consistent : 1° En pustules plates et taches cuivrées, constatées immédiatement après la naissance : Gilbert, cité par Bertin (1), Guérard (2), M. Landman (S), A. Cooper, M. Bouchut (h), M. Deville qu'il cite, et M. Cullerier, en ont vu des exemples : 2° En éruptions pempliujoïdes, observées par un grand nombre de médecins : qu'il nous suffise de citer Rondelet (5), Bertin (6), Dugès (7), Krauss (S), MM. Stolz, Danyau, Paul Dubois, Cruveilhier, Trousseau, Huguier, etc. ;
3° En altérations organiques diverses. C'est ainsi que M. P. Dubois (9), Brun, Spath, Wedl, Virchow (10), ont constaté dans le thymus du pus disséminé ou réuni en foyer, et voient dans cette lésion une des causes de la mort prématurée du fœtus.
Du côté du poumon, M. Depaul (11) a signalé des altérations
(I) Traité des maladies vénériennes chez les enfants nouveau-nés. les femmes enceintes et les nourrices. Paris, 1810, p. 38.
("2) Journal de Siebold.
(3) Annales médicales de la Flandre occidentale. Mars 185'J, p. klQ.
(4) Traité des maladies des nouveau-nés, p. 850.
(5) De morbo gallico.
(6) Op. cit. , p. 95. — Id. , p. 98.
(7) Thèse inaugurale. Paris, 1828.
(8) De pemphigo neo-natoram. — Uoniiœ, 183/i.
(9) Du diagnostic de la syphilis considérée comme une des cau. es possibles de la mort du foetus (Gazette médicale de Paris, 1850).
(10) La syphilis constitutionnelle, trad. de Paul Picard, 1860, p. 158.
(II) Bulletins de la Société analomique,