‹ Des maladies héréditairesChapitre 13 sur 25 · ARTICLE VII · texte numérisé non relu

ARTICLE VII

B. — A la suite de ces faits qui ont trait à une fluidité spéciale de la niasse sanguine, en vertu de laquelle des hémorrhagies variées, souvent incurables, se manifestent à plusieurs points du corps, il en est d'autres qui ont principalement rapport à la transmission héréditaire d'états spéciaux du liquide sanguin.

(1) Le nombre des femmes serait à celui des hommes comme 1 : lx. (Grandidier, Die hemaphile odei die bluterkrankeit . Lepzig, 1855. — Comme 1 :7 suivant les relevés du docteur Lange, de Posidam. (Dissertation, 1850.)

(2) Dans les faits recueillis par Grandidier, les hémorrhagies nasales se seraient montrées 110 fois ; tandis que celles des intestins et de la bouche, qui viennent immédiatement après pour la fréquence, n'auraient eu lieu que 32 fois.

Ainsi, M. Piorry considère la pléthore sanguine comme étant souvent l'apanage des membres d'une même famille; puisqu'on hérite, dit-il, de la constitution de ses parents et que le tempérament sanguin exagéré constitue l'état pléthorique, il en résulte nécessairement que la pléthore peut être héréditaire (p. 81).

Quant à la possibilité de la transmission héréditaire de ces états particuliers qui constituent l'anémie ou la chlorose, les faits allégués par les auteurs ne nous paraissent pas suffisamment probants jusqu'ici pour que nous en tenions un compte sérieux : attendu que ces états divers peuvent se perpétuer dans une même famille, moins sous l'influence de causes héréditaires que sous l'action de causes locales, telles que le genre de vie, les habitudes variées, etc., agissant simultanément sur plusieurs membres d'une même lignée.

ARTICLE VIII. — Uîathèses diverses (rhumatismales, arthritiques).

Quant aux manifestations héréditaires des autres diathèses, soit arthritique, soit dartreuse, soit rhumatismale, sans vouloir récuser d'une manière absolue leur répercussion héréditaire, il nous a été bien difficile, au milieu du conflit des opinions émises à ce sujet, de démêler la vérité : les auteurs admettent, en général, avec une grande facilité l'action, soit du vice dartreux, soit du vice arthritique, soit du vice rhumatismal, dans cette série de causes banales qui président au développement de la plupart des maladies : c'est ainsi que Pujol regarde comme exposé au cancer l'individu chez qui il y a des antécédents scrofuleux et goutteux (1); que Gintrac admet une relation intime entre les diathèses cancéreuses, herpétiques, et les affections nerveuses, etc.

(1) Médecine pratique, t. IV, p, 148.

— Uk —

Mais si l'on arrive à discuter même les laits qu'ils allèguent, on ne rencontre que des théories et de ces assertions dénuées des preuves que la médecine moderne n'aime pas à rencontrer dans les faits cliniques ; aussi est-ce pour ce motif que nous n'insistons pas sur ce sujet, faute de matériaux suffisamment démonstratifs.

Cependant nous ne pouvons nous empêcher de rappeler à propos de la transmission héréditaire, de la diathèse rhumatismale, l'opinion si hien autorisée de M. Bouillaud sur cette matière : « Ce que l'on a dit avec raison, écrit-il, au sujet de l'hérédité du rhumatisme nous paraît rentrer dans ce qui concerne la prédisposition. En effet, il parait très vraisemblable que, si des parents rhumatisants nous transmettent le fâcheux héritage d'être prédisposés actuellement au rhumatisme et à la goutte, c'est que nous avons aussi hérité de leur constitution (i). »

C'est en effet ainsi, comme nous l'avons déjà indiqué à plusieurs reprises, que nous croyons que l'on doive se rendre compte de la transmission héréditaire de certains états diathésiques. Il y a hérédité de la maladie dans ces cas, parce que la prédisposition qui y conduit est héréditairement transmise.

B. — Maladies du système nerveux.

La transmission héréditaire des affections du système nerveux est une donnée si généralement admise, que personne ne songe à la contester sérieusement aujourd'hui : établie au rang des traditions scientifiques, elle a fini par acquérir une importance capitale dans les investigations judiciaires ; car, d'après Marc (2), s'il y a possibilité, dans une enquête médicolégale, de démontrer l'existence de la disposition héréditaire,

(1) Bouillaud, Traité du rhumatisme, p. 255.

(2) Tome I, p. 285.

elle suffit presque seule pour établir la réalité d'une lésion de l'entendement.

Mais lorsqu'on cherche à préciser avec une exactitude rigoureuse la part qui revient à cet ordre de causes dans la production des névropathies, on se trouve en présence des appréciations les plus diamétralement opposées. Pour M. Moreau (de Tours) (1), l'hérédité serait la source des neuf dixièmes des maladies nerveuses ; mais cette proportion énorme n'est jusqu'à présent admise par aucun autre observateur, et dans le sens opposé, Neumann (2) a été jusqu'à prétendre que si le facteur héréditaire paraissait jouer, en pareil cas, un rôle plus considérable que dans les autres maladies, c'était aux recherches minutieuses dirigées dans ce sens qu'il fallait attribuer le résultat.

C'est donc à la statistique qu'on est obligé d'avoir recours, pour dissiper, s'il est possible, les doutes qui régnent sur ce point. Malheureusement il ne faut pas s'attendre à rencontrer dans les chiffres l'uniformité qui n'existe pas encore dans les opinions : nous comprendrons mieux, sans doute, après ce travail, la puissante action des influences que nous étudions ; mais il nous sera toujours impossible de lui assigner des limites bien précises.

I. Aliénation mentale. — Parmi toutes les névroses, la folie est celle où se manifeste le plus nettement la transmission morbide. Mais le phénomène de l'hérédité ne consiste pas uniquement dans la transmission directe d'un genre particulier de folie; on voit, sans doute, certaines formes, certaines variétés de l'aliénation mentale, la monomanie suicide, la folie religieuse par exemple, se perpétuer dans les membres d'une même famille ; mais le plus souvent, comme le fait observer

(1) La psychologie morbide, p. 116.

(2) Psychiatrie, 185.% p. 40.

— kC) ~

M. Moreau (de Tours) (1), le phénomène de l'hérédité consiste dans la transmission d'un état moral particulier, qui constitue une prédisposition morbide. La folie des parents peut se transmettre aux enfants sous forme d'excentricité, et l'excentricité des parents peut devenir de la folie chez les enfants. Au reste, la plupart des aliénés donnent naissance à des sujets qui peuvent offrir des névropathies de toute espèce, suivant l'observation de M. Gintrac (2) ; l'hystérie, l'hypochondrie, l'épilepsie, et surtout les convulsions sont l'expression la plus ordinaire de ce tempérament spécial quand il ne dégénère point en folie. Il est généralement admis que les enfants qui naissent avant que les parents aient été fous sont moins sujets à l'aliénation mentale que ceux qui sont nés après (3).

La prédisposition héréditaire à contracter la folie paraît s'accroître de générations en générations. Ceux qui naissent de père et mère aliénés sont évidemment plus exposés que les autres à perdre la raison. Enfin, la vieillesse, chez les parents, peut occasionner, d'après Burton, une prédisposition à la folie chez les enfants.

Il est difficile de soumettre au contrôle de la statistique ces appréciations délicates ; mais il a été plus facile d'y recourir, pour trancher la question controversée de la prépondérance des sexes dans la transmission des maladies mentales. Contrairement à l'opinion de Buffon, il est admis par la plupart des auteurs, que la folie est plus souvent transmissible par les mères que par les pères (li) ; M. Baillarger, par des recherches statistiques fort étendues, a démontré la justesse de cette opinion (5); sur 600 cas, dont 453 étaient héréditaires, l'influence

(1) La psychologie morbide, p. 16!i et passîni.

('2) Mémoire sur l'influence de l'hérédiiéi et& {Mémoires de l'Acad. royale de méd., t. XI).

; (3) Esquirol, Traité dès maladies mentales,- U I, 66.

(4) Esquirol, t. I, p. 65.

(5) Annales médico-psychologiques, lbkll, p; 328.'

— kl —

de la mère s'est fait sentir 271 ibis, celle du père 182 fois seulement.

Ce n'est point exclusivement chez les parents de l'aliéné qu'il faut rechercher les antécédents pathologiques : ils peuvent exister chez les aïeux (hérédité rétrospective), chez les oncles, les tantes, les cousins (hérédité collatérale) ; la maladie peut épargner une génération pour retomber sur la génération suivante (1); enfin, les diathèses, le rhumatisme, la goutte, les scrofules peuvent, grâce au principe de la transformation des maladies transmises, engendrer la folie héréditaire.

« Aliénés, idiots, scrofuleux et rachitiques, dit M. Moreau, » (de Tours) (2), doivent, en vertu de leur commune origine, de » certains caractères physiques et moraux, être considérés » comme les enfants d'une même famille, les rameaux d'un » même tronc. » Il est de la plus haute importance de ne point oublier ces données, si l'on veut obtenir, à cet égard, des résultats irréprochables.

Venons maintenant aux chiffres indiqués par divers observateurs. La statistique de Charenton avait fourni à Esquirol (3) les renseignements suivants : sur 1375 aliénés il y eut 337 cas de transmission héréditaire. D'après ses impressions personnelles, et sans donner aucune statistique à cet égard, Esquirol pense que l'hérédité est la cause ordinaire des dérangements moraux chez les riches, et doit compter pour un sixième parmi les circonstances qui les produisent chez les pauvres (h).

(1) Grube, cité par M. Gintrae {Mémoire précité, p. 273), rapporte le cas suivant : un père atteint d'aliénation mentale eut des iils intelligents et même distingués, cpii remplirent avec succès des emplois publics. Leurs enfants parurent d'abord sains d'esprit, mais à vingt ans ils donnèrent des signes de folie.

(2) Psychologie morbide, p. 99.

• (3) Esquirol, t. II, p. 683.

Op. cit., t. I, p. 6A.

Des recherches beaucoup plus étendues ont permis â M. Parchappe de dresser le tableau suivant (1) :

Cas d'hérédité. Admissions.

Établissement d'Esquirol.

Salpêlrière

Turin

M. Gintrac , de son côté , a recueilli les données suivantes (2) :

Cas d'Iiérédilé. Admissions.

Parkman (de Boston) 33 62 53 p. 100

Ruer, à Marsberg (Westphalie) 613 1535 33 —

Esquirol, chez les nouvelles accouchées. . 5 15 33 —

— ù son établissement en 1818 .. . 75 268 25 —

— cas de lypémanie 110 482 22 —

— à la Salpêtrière 88 403 21 —

Ellis, à l'asile d'Hauwell 214 1380 15 —

François, à la Salpêtrière et Bicêtre, en

1822, 1823 et 1824 201 1726 11 —

— A l'hospice deConnecticut, en 1826

«tl827 5 62 8 —

Bouchet, à l'hospice de Nantes 60 710 • 8 —

Pling-, à Carie, aux Etats-Unis 40 1125 3 —

A Anversa (royaume de Naples) 20 1725 1 — .

Renaudin, à Stéphansfeld 4 253 1 —

En ajoutant les chiffres de M. Parchappe. 1682 14362

Les déductions fondées sur un nombre aussi considérable de cas nous paraissent offrir des garanties satisfaisantes : on remarquera cependant que les éléments dont se composent

(1) Recherches statistiques stir les causes de l'aliénation mentale. Rouen, 1839, p. Zi9.

(2) Mémoire cité, p. 270.

;es diverses statistiques sont loin d'offrir des résultats comparables.

Nous empruntons cà l'ouvrage de Griesinger un aperçu sommaire de la statistique allemande (1).

Jakobi, sur 220 cas de manie 1/H1

lîergmann, hérédité directe. t/5e

— — directe ou indirecte ensemble 1/3

Hoogen, sur 187 cas, directe 1/8C

— — directe et indirecte ensemble . ... 1/3

Flemming, à Saxenberg 1/5C

Damerow, à Halle, sur 773 cas l/à

Martini, à Leubus, classes élevées de la société 8/1*6**

— i . — artisans ■. ... 1/4

Le même, à Codiitz, sur 70 cas 2/3J

Sclilager, à Vienne J /251'

Cet auteur ne considère comme héréditaires que les cas où 'un des parents était atteint de folie au moment de la procréalion du sujet devenu plus tard aliéné. Sur ces bases, il n'est pas étonnant qu'il ait rencontré un rapport aussi faible. Nous empruntons également à Griesinger les renseignements suivants sur les statistiques anglaises et américaines :

Webster, à Bethléem (1848), sur 1 798 admissions, a trouvé des faits de transmission héréditaire dans presque un tiers des cas. L'hérédité, d'après lui, serait un peu plus fréquente chez les femmes.

Skae, à Edimbourg, sur "248 cas, aurait également constaté l'hérédité chez un tiers des malades.

Dans une statistique générale des établissements anglais et irlandais, on aurait trouvé, sur hh 717 aliénés du sexe masculin, -v ^ de cas héréditaires, et stir 43 091 femmes aliénées, ~. Il est à peine nécessaire de dire que cette proportion nous paraît de beaucoup inférieure à la réalité.

A l'asile de Bloouringdale, dans l'Etat de New- York, la proportion des cas héréditaires aurait été de \ pendant les années J 8Zil et 1849.

(1) Die Pacte : und Thérapie (1er psyohisehen KrankheHen, Sfttllgàftl, 1860, p. 155.

LIAS, il

Dans l'établissement d'York, spécialement consacré aux quakers, l'hérédité directe se montre dans | des cas; l'indirecte dans un ,t. La prédisposition héréditaire existe donc chez la moitié des malades (1).

Dans le rapport décennal de l'hôpital de Bethléem à Londres, M. le docteur Hoorî a trouvé, pour la période de I8/1O à 1855, les résultats suivants :

Sur 2 729 admissions, dont 1 066 hommes et 1663 femmes, il s'est présenté 270 cas d'hérédité ; le rapport est donc de 10 pour 100 (2).

M. le docteur Bini, à Florence, a vu pendant les années 1850 et 1851, les prédispositions héréditaires se manifester IQli fois sur 678 admissions : il y avait 1S2 cas douteux. Le rapport serait donc de 25 pour 100 (3).

M. le docteur Prichard, directeur de l'asile d'Abingdon Àbbey, à Northampton, a constaté, pendant la période comprise entre le 1er janvier 185/s et le 31 décembre 1858, 18 cas de prédisposition héréditaire sur 58 admissions. Le rapport est donc d'un tiers; il faut se rappeler que l'établissement en question est exclusivement consacré à des malades appartenant aux classes élevées (à).

Les contradictions apparentes qui sautent aux yeux dans les statistiques diverses que nous venons de rapporter, peuvent aisément s'expliquer par des raisons satisfaisantes. L'attention plus ou moins sévère que les observateurs ont mise à étudier les antécédents de leurs malades, les bases essentiellement dissemblables qu'ils ont choisies pour établir la proportion des cas héréditaires, enfin les conditions sociales des malades qui

(1) Julius. Beitr&ge s. liritische Irrenheilk, p. 280.

(2) Annales médico-psychologiques, 1856.

(3) Suzijio cli statistica del H. Manicomio di Firense, de 1850 à 1853. (.'4) Statist. reports of Cases oflnsanily treated of Abingdon Abbeg, etc.

jNorthamptoii, 1859.

'ont été l'objet de ses recherches , tels sont assurément les motifs qui expliquent de pareilles différences dans les résultats obtenus. Griesinger fait observer que les petites statistiques, celles qui ne portent que sur un nombre restreint de malades, donnent invariablement une proportion bien plus considérable que les autres : c'est là, sans doute, une conséquence bien naturelle des soins apportés à l'étude de chaque cas en particulier, dans les établissements où le petit nombre des sujets permet plus facilement de recueillir des observations détaillées.

Il est évident, d'une autre part, que les auteurs qui se sont bornés à constater l'hérédité directe, sans tenir aucun compte de l'état intellectuel des parents éloignés, ont du obtenir des résultats moins complets que les autres observateurs. Lorsque, au contraire, on recherche dans les antécédents de famille de l'aliéné non-seulement les névroses de toute espèce, mais encore des affections étrangères au système nerveux, la phthisie, la scrofule et le rachitisme, par exemple, il est évident qu'on devra rencontrer, dans l'immense majorité des cas, le vice héréditaire ; c'est ce qui justifie l'opinion déjà citée de M. Moreau (de Tours) ; mais, pour obtenir des résultats, il serait indispensable de s'entendre sur les bases qu'il convient d'adopter pour Ge travail.

L'influence des mariages consanguins qui, d'après tous les auteurs qui ont étudié ces questions difficiles, qui est la source d'une multitude d'infirmités héréditaires , est un élément dont il faut souvent tenir compte. Chez les sectes religieuses qui repoussent l'alliance des étrangers, le nombre des aliénés est incontestablement plus considérable, et l'influence des aïeux se fait plus distinctement sentir. Nous avons déjà signalé les résultats constatés à l'asile d'York; un fait curieux qui viendrait à l'appui de cette manière de voir, c'est que dans certaines localités où les habitants ont depuis longtemps continué de se marier entre eux, la proportion des aliénés est notable-

ment plus forle que dans les contrées voisines. Il en serait ainsi dans les îles de la Manche, d'après le rapport adressé par M. le docteur van Leuwen aux Étals de l'île de Jersey; dans certaines communes, il y aurait 1 aliéné sur MO habitants ; le rapport n'est que de l à (500 en Angleterre, et 1 sur 1 000 en Europe (\). On pourrait attribuer en partie à celte cause la fréquence plus considérable de la folie héréditaire parmi les classes aisées de la société, et plus spécialement chez les grands personnages ; il est cependant bien d'autres influences qui doivent évidemment concourir à ce résultat, et sans parler des excès de tout genre qu'il est permis de soupçonner en pareil cas, ne doit-on pas s'attendre à voir les troubles du système nerveux se transmettre moins souvent des pères aux enfants, parmi de simples ouvriers ou de pauvres paysans, que chez des familles mêlées depuis longtemps au mouvement intellectuel de leur époque.

Il est un dernier fait que nous croyons devoir signaler à l'attention de nos lecteurs. La proportion des cas héréditaires parmi les aliénés, les épileptiques et les autres individus atteints de maladies nerveuses, serait à coup sûr bien plus considérable, si la plupart de leurs enfants ne succombaient point en bas âge à des convulsions ; c'est là,- pour ainsi dire, l'équivalent de la folie chez les jeunes sujets qui présentent rarement, comme on le sait, de véritables cas d'aliénation mentale.

II. Monoiiianies. — La folie est donc une affection essentiellement héréditaire ; mais les manifestations spéciales de cette maladie sont-elles également transinissibles ? Le fait en lui-même ne saurait être douteux, bien qu'il soit difficile de produire à cet égard des statistiques aussi concluantes que lorsqu'il s'agit des conditions générales de l'aliénation mentale. « On a vu, dit M. Morean (de Tours), le délire se reproduire

(1) Annales médico-psychologiques, 1850.

» chez les entants avec les mêmes caractères, les mêmes

> nuances qu'il avait présentés chez les parents. Tous les au- ) teurs rapportent des cas de ce genre : les enfants perdent la

> tête, sont frappés des mêmes anomalies intellectuelles, sous

> l'influence des mêmes causes, à la même période de l'exisi lence que leur père ou leur mère (1). »

L'observation suivante que nous empruntons à l'ouvrage le More (2) présente un exemple singulier de cette eoïnci- Jence pathologique.

Une femme, accouchée depuis deux mois, étant tombée ma- :ade, éprouve un violent désir de tuer son nourrisson. Une surveillance attentive l'ayant empêchée de donner suite à ce projet, elle finit par guérir, et devint excellente mère.

Trente ans plus tard, sa tille, devenue mère à son tour, éprouve pendant le cours de l'allaitement des hallucinations : îllc entend des voix qui lui ordonnent de tuer son nourrisson. Elle fut sur le point de céder à cette impulsion homicide, mais les personnes qui l'entouraient l'ayant empêchée de commettre ce crime, elle fut prise d'un délire maniaque pendant a nuit. Elle finit plus tard par recouvrer la raison.

Il serait aisé de multiplier' les exemples de ce genre : chez presque tous les auteurs qui ont étudié ce sujet, on trouve des observations de monomanie homicide héréditaire, de folie jérotique ou religieuse, de démonomanie (3) transmises d'une o'énération à l'autre. Mais de toutes les monomanies, celle du suicide est assurément la plus apte à se propager parmi tous les membres d'une famille : sur vingt ras de celle espèce, M. Falret a noté cinq fois l'influence héréditaire (4). Zimmermann rapporte qu'il existe en Suisse un village où il n'y a pas

(1) Psychologie morbide, p. 1(58.

(2) De la folie, t. I.

(C) Esquirol failobsener qu'il étail parlé jadis do familles vouées au diable pendant plusieurs générations. {Des maladies mentales, t. I, p. 482.) (l\) Falret, De l'hypochondrie et du suicide. Paris. 182'?, p. 6.

une famille dont quelque membre ne se soil volontairement* tué (1). Ces tendances distinctes sont d'autant plus remarquables qu'elles s'attaquent souvent à des gens d'ailleurs parfaitement raisonnables, quelquefois même très intelligents, et* qui ne diffèrent du commun des hommes que par un mépris exagéré de la vie. Les observations de ce genre abondent chez tous les auteurs : nous nous bornerons à rapporter le fait suivant , que nous empruntons encore à M. Moreau ( de Tours) (2):

« B... appartient à une famille où la tendance au suicide est héréditaire depuis trois générations; ce sont des impulsions de la même nature qui l'ont conduit à l'acte qui l'amène aujourd'hui à Bicêtre.

» Il raconte que son grand-père, homme violent, excentrique, d'un caractère insupportable, s'est pendu dans le bois de Clairvaux, où il était employé des eaux et forêts... L'une de ses fdles, exaspérée par les mauvais traitements de son père, est allée se jeter sous un marteau de forge; elle est morte peu de jours après de ses blessures. La grand'mère du sujet, qui est morte de chagrin par suite de la brutalité de son mari, l'avait souvent menacé de mettre fin à ses jours, à la manière de sa propre sœur, qui s'était jetée dans un puits.

» Les trois enfants qui ont survécu à leurs parents sont venus à Paris. Le fds aîné, qui est l'oncle du malade, a gagné beaucoup d'argent comme propriétaire de cabriolets, et l'a dissipé en folles débauches; il voulait, disait-il, se donner la mort aussitôt un certain chiffre de fortune réalisé. On ne sait s'il a donné suite à ses desseins.

» Le père du malade, vivement affligé de la mort de sa femme, a été le soir même se faire broyer sous les roues d'une loco-

(1) Falret, loc. cit., p. 29. On pourra consulter également avec fruit les recherches de M. Cazauvielh. (Du suicide, de l'aliénation mentale et des crimes contre les personnes, etc., 18&0).

(2) Psychologie morbide, p. 173.

motive, après avoir recommandé ses enfants à son fils aîné, sujel.de l'observation présente.

» L'un des frères du malade s'est jeté du haut des tours de Notre-Dame, à vingt-sept ans, bien qu'il eût à celte époque une assez belle fortune. Le plus jeune de ces huit enfants, auquel le malade s'est tout particulièrement attaché, et pour l'éducation duquel il avait fait de grands sacrifices, avait souvent pensé à se donner la mort : il proposait quelquefois à son frère de se lier l'un à l'autre par des cordes, pour se jeter ensuite dans la Seine. Il a fini par céder aux impulsions qui le tourmentaient depuis si longtemps, et, dans les derniers jours de mars 1856, il s'est pendu à l'un des arbres qui bordaient la route de Caen à Lisieux. La nouvelle de sa mort a enfin déterminé le malade à la tentative de suicide qui le conduit à Bicêtre. »

Nous voyons dans cette singulière observation un exemple frappant d'une monomanie héréditaire qui a fait six victimes en trois générations, chez des individus qui, malgré quelques excentricités, n'avaient point montré de la perversion intellectuelle sous d'autres rapports.

Le malade, assiégé depuis longtemps par les prédispositions de famille qui le portaient à se détruire, avait enfin cédé à ces impulsions funestes, après une lutte prolongée.

Nous ne savons pas ce qu'il est devenu plus tard; mais il n'est que trop probable qu'il n'aura point échappé à la fatalité qui le poursuivait.

Nous ajouterons, pour terminer, que la folie puerpérale paraît mériter une place parmi les vésanies qui descendent de génération en génération. Sur 57 cas de manie chez les nouvelles accouchées, Burrow a constaté l'hérédité 28 fois, et à l'hôpital de Bethléem, on l'aurait constatée Zj5 fois sur 111 cas (1).

(1) Requin, Pathologie médicale, l. IV, p. 750.

Xous avons longuement insisté sur les données statistiques qui démontrent la transmission héréditaire de l'aliénation mentale, en raison de l'importance du sujet et de l'abondance des matériaux que possède la science sur ce point. Nous seront plus bref pour ce qui touche aux 'autres névroses, dont l'histoire est loin d'être aussi complète sous ce rapport.

III. Epilepsie. — Les opinions des auteurs sur la transmissibilité de l'épilepsie sont loin d'offrir cette concordance que nous avons rencontrée au sujet de l'hérédité dans les affections mentales. Selon Tissot, la transmission de cette maladie, quoique possible, doit être considérée comme un fait exceptionnel (1); M. Ginlrac, après une analyse approfondie, finit par se rangera celte opinion (2). Esquirol et la plupart des médecins qui ont étudié cette affection la considèrent, au contraire, comme l'une de celles qui descendent le plus ordinairement des parents aux enfants. « Neque, dit ,1. Hoffmann, est ullus » morbus magis gentilitius, et qui tune facile a parentibus in » liberos devolvitur (3). »

Dans les statistiques dressées par divers observateurs, au sujet de l'hérédité dans l'épilepsie, nous retrouvons les mêmes divergences que pour l'aliénation mentale, et cela sans doute par les mêmes raisons. Esquirol (h) a rencontré des vestiges d'hérédité dans 105 cas, sur 321 épileptiques. MM. Boucher et Cazauvielh (5) sont parvenus aux résultats suivants : sur 130 épileptiques, 99 venaient de parents exempts d'affections nerveuses, et 31 de parents aliénés, épileptiques, imbéciles et hystériques.

58 femmes, devenues mères pendant le cours de leur mala-

(1) De l'épilepsie, p. 27.

(2) Mémoire cité, p. 322.

(3) Opéra omnia, t. III, p. 10.

Dict. des sciences médicales, art. Épilepsie. (5) Arrh. générales de médecine. 1826, t. IX, p. 510, et I. X, p. 5.

die, donnèrent naissance à 58 enfants, dont 21 ont vécu, et 37 sont morts. Sur ces 21, l/i sont sains, o épilepliques, et Zi hystériques. De tous les enfants morts, le plus âgé avait quatorze ans, les autres sont morts en bas âge, et presque tous, au rapport des mères, dans des convulsions.

M. Beau (1) n'a rencontré l'hérédité que 22 fois sur 232 cas.

Enfin, M. Herpin (2), après de laborieuses recherches, est parvenu à dresser le tableau suivant :

Maladies constatées chez tes parents des épilepliques,

1" SÉR1B. 2* SERIE .

243 cas. 137 cas.

Épilepsie 7 cns. 3 cas.

Aliénation mentale 1S <i

Suicide 1 »

Mélancolie 2 »

Hypochondrie L 2

Hystérie 1 2

Ghorée. . '|ï' ' 1

Somnambulisme 2 »

Mobilité nerveuse exagérée 2 1

Apoplexie avec hémiplégie H ?

Ramollissement cérébral 1 »

Paralysie générale » 2

Méningite et hydrocéphalie chronique . 7 (i

Convulsions mortelles I »

Tétanos » 1

flans un travail demeuré classique (3) ,M. Moreau(de Tours), le grand partisan de la doctrine de l'hérédité dans les névroses, est arrivé à des résultats bien plus concluants, dans le sens de la transmission de l'épilepsie.

L'analyse de deux cent quarante observations de M. Calmeil, consignées sur les registres de la Salpètricre (1822 et 1823), lui a permis de constater que sur 185 épileptiques, sur la parenté desquels on a pu se procurer des renseignements, 65 comptent dans leur famille, des membres dont l'état de santé

(1) Arch. générales de médecine, 21' série, t. XI.

(2) Du pronostic et dit traitement de l'épilepsie, p. 325.

(3) De l'étiologie de l'épilepsie, mMém. de l'Acad. de méd., t. XVIFt.

a dû être pour eux la source du mal héréditaire : c'est une proportion de 35 pour 100.

Les recherches personnelles de M. Moreau lui ont donné les résultats suivants:

Sur 44 enfants épileptiques, 8 cas d'épilepsie chez les parents, et 100 cas d'affections nerveuses diverses, répartis sur 83 parents.

Sur 51 épileptiques adultes (hommes), 14 cas d'épilepsie chez les parents, et 113 cas d'affections nerveuses, répartis sur 115 parents.

Sur 29 épileptiques (femmes), 12 cas d'épilepsie chez les parents, et 71 états pathologiques répartis sur 57 parents.

En résumé, sur 124 malades l'épilepsie s'est rencontrée 30 fois chez les parents (1/4).

La folie est dans la proportion d'un cinquième, l'hystérie d'un neuvième ; les paralysies et les apoplexies sont dans les mêmes proportions.

De ces chiffres, M. Moreau déduit la conclusion que l'hérédité, dans cette maladie, est hien plus fréquente qu'on ne le pense, et que si la plupart des auteurs ne l'ont pas constatée dans une aussi forte proportion, cela tient à ce qu'ils n'ont pas assez soigneusement interrogé les antécédents de leurs malades.

M. Delasiauve (1) ne partage pas les opinions qui viennent d'être citées, il s'est attaché à ne rechercher que les cas de transmission de l'épilepsie proprement dite.

Les résultats ohtenus, sur 300 cas, ont été les suivants :

Absence complète de renseignements 167

Déclarations formelles de non-hérédité 120

l 3 mères \

Hérédité présumée jl frère [épileptiques.

(l tante )

Affinités nerveuses 2 oncles imbéciles.

— 1 frère idiot.

— 1 mère sujette aux convulsions.

— ■ 1 frère sujet aux convulsions.

— 2 mères hystériques.

— \ tante aliénée.

(1) Traité de l'épilepsie, p. 18G.

D'après ces résultats, M. Delasiauve se trouve d'accord avec M. Beau, qui tend à rétrécir la sphère de transmissibilité de la maladie. Il rappelle, à cet égard, l'opinion de Leuret, qui n'a pu constater qu'une seule fois l'hérédité chez 67 épileptiques.

IV. Hystéine. — La plupart des auteurs ont admis la transmissibilité héréditaire de l'hystérie. M. Landouzy(l) a classé parmi les causes prédisposantes de cette maladie, non-seulement l'hérédité directe, c'est-à-dire l'affection hystérique de là mère, mais encore les autres névroses constatées chez les consanguins.

M. Briquet (2), d'après sesnombreuses observations, eslarrivé aux conclusions suivantes :

1° Les hystériques ont 25 pour 100 de parents atteints d'affections nerveuses ou cérébrales.

2" Les sujets non hystériques n'en présentent que 2 1/8 pour 1.00.

3° Chez les sujets où l'hystérie a débuté d'emblée par une attaque convulsive, la prédisposition héréditaire existe dans une proportion de 28 pour 100.

h" Celle proportion est de 19 pour 100 quand la maladie a débuté lentement.

5° Elle est de 28 1/2 pour 100 chez les sujets où l'hystérie s'est développée avant l'âge de la puberté.

0° Les sujets nés de parents hystériques sont douze fois plus prédisposés que les autres à contracter cette maladie.

7° La moitié des mères hystériques engendre des hystériques.

8° Dans la majorité des cas, il n'y a dans une famille que l'une des filles qui soit hystérique. C'est exceptionnellement qu'on en rencontre deux ou trois.

(1) Landouzy, Traité de l'hystérie, p. 181.

(2) Briquet, Traité de l'hystérie, p. 79.

V. Idiotie. — 11 est possible, d'après M. Calmcil (1), que l'idiotisme se transmette par voie d'hérédité. Fodéré a constaté que le crétinisme se propage du père au fils, et que l'idiotie des enfants est d'autant plus prononcée que l'intelligence du père et de la mère présente un moindre développement.

L'idiotisme est fréquent dans les familles qui comptent parmi leurs membres des épileptiques, des aliénés ou de nombreux exemples de paralysie.

VI. Chorëe. — Il existe quelques observations de eborée héréditaire ; mais leur nombre est très restreint, par rapport à celui des observations que possède la science. L'hérédité, dans la chorée, est donc un fait, exceptionnel (2).

VIL — On trouve dans les auteurs des cas dans lesquels il est dit que les convulsions, la catalepsie, le tétanos se seraient transmis d'une génération à l'autre (3). Ce sont là évidemment des faits trop peu nombreux et ils prêtent par eux-mêmes trop de prise à la critique pour que nous en tenions un compte sérieux; c'est aux recherches des observateurs futurs qu'il appartiendra de fixer la science sur ce point.

VIII. ~ (juant à l'hypochondrie, les statistiques manquent en grande partie sur ce point et nous ne pouvons mieux faire que de citer l'opinion des principaux auteurs. M. Dubois (d'Amiens) (!\) considère l'hypochondrie comme peu susceptible de transmission héréditaire. M. Gintrac(p. 143) cite une observation de transmission héréditaire de cette perversion mentale, et conclut que l'hypochondrie peut aussi se développer sous l'influence héréditaire.

(1) Calmeil, Dict. en 30 vol., art. Idiot.

(2) Gintrac, Mém. cité, p. 305.

(3) Prosper Lucas, t. Il, p. 735.

(4) Histoire philosophique de l'hypochondrie et de l'hystérie, p. 60.

L'insuffisance des matériaux nous oblige donc à suspendre notre jugement, et à reconnaître que de même que nous avons vu certaines conceptions délirantes se transmettre de l'ascendant aux lignes descendantes avec des caractères homologues, de môme ces variétés de conceptions spéciales qui constituent rnyppehon.drje pourraient obéir aux mêmes lois de transmission. Il serait d'ailleurs indispensable, pour arriver à traiter la question d'une manière satisfaisante, de songer à ces faits de délire hypochondriaque que les médecins aliénisles ont signalés dans ces derniers temps (i), comme préludes de la paralysie générale, et qui, loin d'être des troubles fonctionnels ne devant persister qu'à l'état de phénomènes morbides passagers , ne sont au contraire qu'un des premiers signes d'une affection organique jusqu'à ce jour incurable.

IX. — Les névralgies , si elles peuvent se transmettre par voie d'hérédité, ne se transmettent cependant pas d'une manière assez positive pour avoir entraîné à ce sujet l'assentiment général : « On n'a en effet, dit Gintrac, constaté qu'un petit nombre de fois leur transmission dans les familles (p. (51). J. Frank ne mentionne même pas, à l'occasion de la névralgie faciale, la possibilité de cette transmission. Siebold qui a eu le soin de s'en enquérir n'a constaté que des résultats négatifs. Cependant Elsaesser a vu un père, son fils et deux filles atteints de névralgies. Valleix ne mentionne que fort peu de faits d'hérédité.

On comprend, du reste, combien il serait difficile de se prononcer sur une pareille matière, quand on songe, combien la plupart du temps les névralgies simples sont sous l'in- Uuence des causes accidentelles; et combien dans certains cas il arrive de fois qu'elles sont symplomatiques, soit de lésions

(J) Communication do M. Baillargor à P Académie des'JSciençes, 1860.

des centres nerveux, soit de dégénérescence des nerfs périphériques.

X. — Les névroses des appareils de la vie organique sont-elles sujettes à se transmettre aussi par hérédité ? Il semble qu'à ce propos, les témoignages en faveur de la transmission héréditaire soient plus abondants qu'au sujet de la transmission des névralgies externes. Ces névroses sont moins aptes à subir les influences des agents extérieurs, elles ont par sxibstratum le système nerveux ganglionnaire lequel fait en quelque sorte partie de la trame héréditaire des tissus vivants.

1° Tout d'abord, nous trouvons une des plus importantes, consistant dans une modalité morbide des nerfs pulmonaires, et décrite par les auteurs sous le nom d'asthme essentiel. Jusqu'à quel point cette névropathie peut-elle être envisagée comme transmissible héréditairement ?

XI. Asthme. — L'asthme considéré comme affection nerveuse idiopathique, comme névrose des organesrespiraloires, paraît obéir aux loisde la transmission héréditaire : M. Piorry(p. 101), d'après ses relevés, est disposé à le considérer comme tel. Trente-deux cas ont été recueillis, dit-il, avec soin ; vingtdeux semblent avoir été transmis par les parents. Sur ces trente-deux observations il donne les détails de sept cas qui paraissent pleinement prouver cette manière de voir. Alibert rapporte l'histoire remarquable d'une famille dans laquelle les frères furent atteints d'asthme vers l'âge de quarante ans. Nous trouvons encore dans la thèse de M. Lafont un fait confirma'tif (1) : sur six cas observés, dit-il, il n'en a trouvé qu'un seul héréditaire, et dans ce fait l'hérédité était dans la ligne

(1) Loc. cit., p. 80.

masculine; il s'agit d'un typographe dont le père, l'aïeul et le bisaïeul paternel lurent atteints d'asthme : il a un frère et une sœur; le premier seul est asthmatique. Chez tous ces malades, l'affection morbide s'est montrée à l'âge de quarante ans.

"2" L'intervention si intime du système nerveux de la vie organique dans la mise en action des fonctions circulatoires, nous amène pareillement à nous demander si les névropathies dont il peut devenir le siège ne seraient pas aussi transmissibles par héritage ?

Parmi les névroses cardiaques proprement dites, nous trouvons les palpitations, les tendances à la syncope et l'angine de poitrine.

Les auteurs qui ont abordé ce sujet se sont tenus dans une sage réserve, croyons-nous ; car il est bien difficile de pouvoir se prononcer sur une transmission héréditaire, lorsque l'on constate l'existence de palpitations nerveuses chez une jeune fille, par exemple, et que l'on apprend que sa mère en a présenté d'analogues à une certaine époque de sa vie. Faut-il voir ici de l'hérédité? et ne peut- on pas s'empêcher de reconnaître qu'il n'y a vraisemblablement qu'une transmission héréditaire d'un état névropathique particulier, qui, sous des influences déterminantes variées, soit de tempérament, soit d'impressionnabilité spéciale, se localisera principalement vers tel ou tel déparlement spécial du système nerveux. Et d'ailleurs ne sait-on pas maintenant que la plupart du temps certains (roubles de l'innervation cardiaque ne sont souvent que les préludes d'une lésion organique à ses débuts, et comme il est prouvé qu'un certain nombre de fois les lésions cardiaques organiques sont susceptibles de se transmettre par hérédité, quoi donc d'étonnant qu'elles se révèlent dès leurs premiers moments d'apparition par des symptômes névropathiques va-

— au —

ries, révélant tanlôl l'appareil symptomatique des palpitations, tantôt celui de l'angine de poitrine.

3" La transmission héréditaire de certaines névroses bizarres occupant le tube digestif est encore une question soulevée par les auteurs qui se sont préoccupés des modifications fonctionnelles morbides du système nerveux de la vie organique. Dans le pharynx , l'œsophage, l'estomac et le tube intestinal, l'innervation physiologique peut être primitivement troublée; elle peutl'ètre encore sympathiquement, lorsque, par exemple, la souffrance de quelque viscère éloigné vient à susciter sa susceptibilité morbide.

M. Lucas signale des cas d'œsophagisme, de certaines formes de gastralgies et d'entéralgics (1), empruntés à MM. Giu- Irac et Gaussail, à Pujol, qui se seraient perpétuées par hérédité. Ce sont évidemment là de ces faits qui rentrent dans la loi générale de la transmission des affections nerveuses héréditaires, dont nous avons déjà cité maints exemples à propos de l'hérédité des espèces morbides ; il n'y a là, à proprement parler, qu'un héritage spécial d'un état névropathique, avec détermination spéciale vers tel ou tel viscère préalablement prédisposé; et c'est à ce propos que les tempéraments, les sexes, les habitudes sociales doivent jouer un rôle prépondérant.

XL Apoplexie cérébrale. — Fréquemment liée soit à une constitution spéciale, à une manière d'être générale de l'organisme représentant ce que l'on dénomme ordinairement sous le nom de tempérament apoplectique, el d'autre part à des affections du cœur ou des vaisseaux, on comprend comment il peut se faire que, dans certaines circonstances, des phénomènes apoplectiques puissent apparaître dans une série d'in-

(1) Tome, 11, p. 606.

dividus de la même i'amille, par ce fait même qu'ils ont hérite des conditions spéciales d'organisation qui prédisposent à l'apparition des accidents apoplectiques.

La plupart des auteurs ont considéré l'apoplexie cérébrale comme pouvant se propager par génération. Pujol, Fodéré, Portai et Poilroux (1) abondent dans le même sens. Quinze mémoires adressés à la Société médicale de Marseille en 1810, sur la même question, la résolvent tous par l'affirmative.

M. Piorry (p. 107) a rapporté des faits qui lui sont personnels et qui paraissent du plus haut intérêt. « Nous voyons, dit-il , que sur 1 5 cas d'hémorrhagie cérébrale observés, 6 fois les parents ont été affectés de cette maladie, et. ensuite que , sur 27 cas de paralysie dont la plupart étaient en rapport avec d'anciennes hémorrhagies cérébrales, les parents en ont été affectés 15 fois; ainsi, sur 1x1 cas d'affections de ce genre, en voilà précisément la moitié où l'on peut noter des circonstances d'hérédité du côté des parents. »

Nous rapprocherons de ces faits un cas digne de remarque observé par M. Lucas lui-même : il s'agit d'une famille dans laquelle la mère meurt à soixante-trois ans d'apoplexie ; des deux filles qu'elle laisse, l'une succombe à son tour à cinquantetrois ans de la même affection ; l'autre perd ses 12 enfants de méningite tuberculeuse, et à soixante-sept ans, moins violemment atteinte que sa mère et Sa sœur, dèmeure hémiplégique (2).

M. Piorry, à propos des manifestations morbides, soit de forme congestive, soit déforme hémorrhagique, qui peuvent se présenter du côté des centres nerveux, arrive à cette conclusion que ces affections sont fréquemment héréditaires. C'est là, croyons-nous, une sage réserve, car nous ne pouvons pas nous empêcher de faire observer combien les observations

(1) Cilés par Lucas, p. ILû.

{'2) Tome IL, p. 7^8.

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