DÉCÈS
HISTOIRE ET STATISTIQUE
blême de statistique, savoir, qu'il a observé les mêmes symptômes dix, trente, cent fois (sotivent) dans les mêmes circonstances, d'où il conclut. Toute autre combinaison de l'esprit ment au praticien ; si la médecine n'avait pas négligé cet instrument de progrès, elle posséderait un plus grand nombre de vérités positives , on l'accuserait moins d'être une science sans principes fixes , une science vague et conjecturale (1).
II en est qui dédaignent la statistique parce qu'on en abuse, parce que ses résultats sont quelquefois infidèles et mensongers. Recueillir des tableaux statistiques d'après des faits qu'on n'a point observés soi-même, c'est courir à l'erreur. Une statistique médicale , par exemple, faite par des employés, est nécessairC'Tient inexacte. Quel est le médecin qui oserait rédiger la constitution médicale de son bôpital d'après les registres des bureaux aux entrées et aux sorties? Nous ne parlerons point des individus qui dissimulent ou dénaturent la vérité des cbiffres : il est évident que leur statistique ne peut servir les sciences, mais l'abus d'une chose doit-il la faire proscrire?
D'autres dénigrent la statistique, parce que c'est une œuvre de travail pénible et opiniâtre, et qu'ils redoutent le labor improbus. Ils préfèrent les mots, les phrases , les subtilités aussi vides que leur esprit aux vérités d'observation. Qu'on demande à M. Louis ce que lui ont coûté de labeur et de temps, ses recherches statistiques sur la phlhisie (2).
Quelques esprits légers déclarent que des recherches statistiques sur l'âge, le sexe, la profession des aliénés, sur les causes de la folie, etc., sont secondaires , sans importance, indignes de leur attention. Pinel ne pensait pas ainsi. Ce grand maître a fait de la statistique dans la seconde édition de son immortel Traité de l'aliénation vientale. P'inel enseignait que le médecin puise ses inspirations thérapeutiques dans l'étude du commémoratif des affections cérébrales et dans la connaissance de tout ce qui a précédé l'explosion du délire. Les docteurs Ruch en Amérique, Burrovif et Halliday en Angleterre, HolsenNorwège(3), Guallandi en Italie, Rech à Montpellier, et bien d'autres, ont pensé comme Pinel.
Des tableaux statistiques , construits avec conscience , d'après des notes journalières, recueillies, pendant plusieurs années, sur un grand nombre d'aliénés soumis aux mêmes conditions, fourniraient des termes de comparaison avec d'autres tableaux rédigés d'après des observations faites sur des aliénés vivant dans des climats opposés, sous l'influence de mœurs, de lois,
(t) La statistique appliquée à l'étude de la médecine, a été l'objet d'une discussion du plus haut intérêt, dans le sein de l'Académie royale de Médecine; on consultera avec avantage tous les détails de cette discussion dans le Bulletin de l'Académie royale de Médecine , t. i""' , Paris, 1857, in-S».
(2) Recherches anatoviico-pathologiques sur la phthisio, Paris , 1825 , in-S». — Note sur la fréquence relative de la phthisie chez les deux [Annales d'Hygiène publique , Paris, 1851 , tom. VI, pag. 50 cl suiv.). — Instruction sur l'étude de la phthisie considérée dans les divers cVimats (Bulletin de l' Académie royale de Médecine ^ Paris, 1837, tom. i", pag. 312 et suivantes).
(ô) Voyez Remarques sur la statistique des aliénés et sur le rapport du 7iotnbre des aliénés à la population et Analyse de la statitx'ique des aliénés de la Norwège (Annales d'hygiène publique et de médecine légale, tom. vi, pag. 352).
DE CHARENTON
i\e régime diflcrenls. Que de résultats précieux pour la connaissance de la folie et de ses causes surgiraient de ces faits rapprochés, comparés par une sage critique ! que de questions de haute philosophie résolues par la comparaison de ces travaux statistiques!
J'aime la statistique en médecine, parce que je crois à son utilité ; aussi , depuis trente ans, m'en suis-je aidé dans mes travaux sur les maladies mentales. C'est le meilleur instrument pour mesurer l'influence des localités, du régime et des méthodes du traitement.
Nous avons recueilli tous les jours les éléments de nos rapports statistiques annuels ; je dis nous, parce que M. Bleynie, médecin-adjoint, et M. Calmeil, médecin-inspecteur du service de santé, ont une forte part dans ces recherches. Les employés n'y sont pour rien ; les registres de l'administration servent seulement de contrôle.
J'ai fait connaître assez amplement les localités et les circonstances au milieu desquelles vivent nos malades pendant leur séjour et la durée de leur traitement dans la maison de Charenlon. Je n'ai plus qu'à rappeler qu'on admet, dans cette maison, des aliénés de tout âge, de tout sexe, de tout rang, quels que soient les causes , le caractère, les complications , l'ancienneté de l'affection mentale qui les a conduits dans l'établissement.
Voulant obtenir les résultats les plus incontestables, j'ai tenu compte, dans la construction de mes tableaux statistiques, de tous les aliénés admis , quel que fût l'état de leur santé à l'époque de leur admission. Nous restons ainsi dans des conditions peu favorables au chiffre des guérisons, puisque, outre les idiots, les épileptiques et les paralytiques, il entre, à Charenton, beaucoup d'aliénés qui sont privés de la raison depuis un grand nombre d'années.
Tableau général des admissions.
Années.
18ÔI
TOTAUX
Hommes.
Femmes.
TOTAUX
Le terme moyen des admissions, pendant les huit années dont nous rendons compte, est de 194-4. Ce terme est plus élevé, pendant les quatre premières années, que pendant les quatre années suivantes. Faut-il attribuer cette différence à des circonstances générales qui ont éloigné de la capitale les personnes qui s'y rendaient avant 1830, ou mieux, à la création et à l'amélioration des établissements d'aliénés dàns plusieurs déparlements voisins de la capitale, établissements qui retiennent les aliénés qui avant étaient dirigés sur Paris? L'autorisation nouvelle et étrange qui permet l'admission des aliénés non indi- 2 3o
gents dans les hospices de Bicôtre et de la Salpélrière , ne serait-elle pas une troisième cause de cette différence? En admettant les aliénés non indigents dans les hospices, remplit-on le but de l'institution de ces établissements qui ont été créés pour les pauvres ? Ne craint-on pas d'altérer le sentiment moral qui doit lier tous les membres de la famille , en favorisant l'avarice de quelques parents d'aliénés qui préfèrent , comme plus économique , le séjour et le traitement dans les hospices que dans la maison de Charenton , oii tout le monde paye?
TABLE A.U
Des admssi ons relativement aux saisons.
a(M K<M aiO cO rO sb, «o cCS s 1^ nO b>>. f iO
sn o
Ni
' sn
ri