‹ Des maladies mentales [electronic resource] (volume 2)Chapitre 37 sur 63 · MOIS · texte numérisé non relu

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Total général 546

HISTOIRE ET STATISTIQUE

Il est mort, depuis le 1" janvier 1826 jusqu'au 81 décembre 1833, S46 aliénés sur toute la population de Charenton. La moyenne annuelle des morts a été de 68,3. La population comprend 492 individus existant dans l'établissement le 1"="^ janvier 1832, et 1557 aliénés entrés dans la maison pendant les huit années de mon service, ce qui porte la population réelle à 2,049. La mort n'a pas frappé seulement les aliénés admis ; elle a surtout exercé ses ravages sur les 492 malades existants lorsque j'ai commencé le service. Si je n'avais tenu compte que de la mortalité des malades admis pendant les huit années, le chiffre des morts eût été bien moins élevé (1). La mortalité a donc été, relativement à la population réelle, comme 1 à 3,75, c'est-à-dire d'un quart à peu près. La mortalité des hommes a été plus considérable que celle des femmes, puisque l'on compte 140 femmes décédées et 406 hommes. La proportion est comme 1 à 2,9. Je ferai remarquer que la mortalité est moins forte dans les quatre dernières années : cette différence doit être attribuée, particulièrement , à la diminution de la mortalité des femmes depuis 1830. J'ai déjà dit, en parlant des guérisons, que depuis la même époque la guérison des femmes avait augmenté. On ne saurait attribuer ces deux résultats qu'à l'habitation des nouvelles constructions, dont les dames ont pris possession dès le mois de mai 1829. Ni le régime, ni les soins médicaux, ni les services domestiques , ni la surveillance n'ont changé ; les habitations des femmes sont devenues meilleures. Il faut conclure de là que des constructions bien faites, bien appropriées, ont une influence incontestable, non-seulement sur le bien-être des aliénés, mais encore sur la durée de leur existence et sur leur guérison. Cette conséquence démontre la nécessité de constructions nouvelles pour la section des hommes traités à Charenton.

Trimestre d'hiver.

— de printemps.

— d'été.

— d'automne.

La mortalité est à son maximum en hiver, elle diminue au printemps et à l'automne, elle est plus faible en été. L'été conserve la vie des inflrmes, tandis que l'hiver leur est toujours contraire.

La mortalité de Charenton serait bien affligeante si l'on ne tenait compte des circonstances dans lesquelles se trouvent les aliénés lors de leur admission. On n'envoie point dans cette maison des maladies aiguës de l'encéphale qui, dit-on, guérissent toujours, et qui grossissent le chiffre des guérisons de quelques établissements. Rarement il entre à Charenton des folies récentes : la plupart ont été rebelles à divers traitements et sont anciennes. Plus d'un sixième des aliénés (idmis (274) est atteint de la paralysie générale qui pousse incessamment l'aliéné vers la tombe; 62 sont cpileptiques, 15 sont idiots, en tout 351, nombre qui est aux admissions comme 1 à 4,37. Que

(1) Celte considération a échappé à la légèreté d'un critique aussi indulgent pour hiimènic que sévère pour les autres.

DE CHAllLISTON.

serait-ce si j'ajoutais îi celte somme les paralytiques , les cpircpliques et les idiots existants au 1" janvier 1826? Nous ne pouvons dissimuler cependant que les vices de construction de quelques habitations des hommes nuisent à la conservation de leur vie. Ce que je disais tout à l'heure delà diminution de la mortalité des femmes, depuis qu'elles habitent le quartier neuf , fortifie mon opinion à cet égard.

J'ai signalé le choléra-morbus comme une cause qui a conduit trois aliénés à Charenlon. Le choléra était un temps d'épreuves pour cet établissement. M. Palluy, directeur, après s'être consulté avec les médecins, prit les plus sages précautions de salubrité ; plusieurs corridors et cellules furent blanchis à la chaud ; la surveillance des objets de propreté et de régime fut plus sévère ; les aliénés reçurent un potage chaud le matin. Le choléra, qui frappa un grand nombre d'aliénés dans les hospices de Bicèlre et de la Salpétrière, épargna les habitants de la maison de Charenton. Un seul aliéné, qui était dans les meilleures conditions de santé, fut atteint et mourut en treize heures. Un serviteur succomba moins au choléra qu'à son état d'ivresse habituelle.

L'envahissement du choléra dans la division des aliénés de Bicélre et de la Salpétrière fait sentir combien était erronée l'opinion de ceux qui pensaient que la folie était une immunité contre les épidémies. D'un autre côté la bonne santé des habitants de Charenton, pendant que le choléra sévissait dans le pays, démontre que la folie n'est pas non plus une prédisposition aux maladies épidémiques. La salubrité du site de Charenton, les sages mesures adoptées par le directeur, ont-elles servi de préservatif aux aliénés de cet établissement, ou bien cet heureux résultat est-il l'eflFet d'une de ces anomalies si souvent observées dans la marche du choléra? anomalies signalées , d'ailleurs, par tous les historiens des grandes épidémies qui ont porté leucs ravages du sud-est au couchant.

Ouvertures de corps.

Les ouvertures de corps sont faites, à Charenton, avec la plus scrupuleuse attention. Elles sont inscrites sur le registre déposé dans le cabinet du médecin en chef; cette inscription est faite à la suite des renseignements déjà consignés au même registre , sur les causes , les symptômes et la marche de la folie de chaque décédé. Il résulte du dépouillement de ce grand nombre de faits, que les altérations du cerveau et de ses enveloppes ont lieu plus souvent que les lésions des viscères et des membranes contenus dans le thorax et l'abdomen. Le chiffre que je donnerais serait sans utilité et n'apprendrait rien sur le siège et la cause iramcdiale du délire. Ce que j'ai publié sur les ouvertures de corps de femmes aliénées de la Salpétrière, semble peu conforme aux résultats nécroscopiques obtenus à Charenton. Les altérations organiques des viscères et des membranes du thorax et de l'abdomen étaient plus fréquentes à la Salpétrière. Je n'avais affaire, dans cet hospice, qu'à des femmes aliénées, et parmi elles très-peu étaient paralytiques. En définitive, les recherches cadavériques faites dans ces deux grands établissements sont restées jusqu'ici stériles pour la détermination des conditions matérielles du dçlire.

HISTOIRE ET STATISTIQUE

Rien n'est plus impénétrable que l'action du cerveau sur la manifestation de l'intellifïence ; rien n'est plus obscur que les rapports de cet organe avec les perturbations intellectuelles et morales. Les travaux n'ont point manqué sur des sujets d'un si haut intérêt. Depuis les temps antiques où l'on croyait que la folie était l'efifet de la colère des dieux, jusqu'à nos jours où l'on prétend que toutes les perturbations des idées, des aÉFections, des déterminations chez les fous sont des actes sans conscience ; depuis Galien jusqu'à Tiedemann et Shaw, pour l'anatomie du système nerveux ; depuis Démocrite, qui cherchait les causes de la folie dans les viscères abdominaux, jusqu'à Gall qui trouve cette cause dans les circonvolutions du cerveau, que de théories, que de systèmes , que d'erreurs qui se sont détruits les uns les autres , sur les conditions matérielles de la raison et de la folie ! Les recherches cadavériques de Morgagni, Greding, Meckel, Rochoux, Rostan, Lallemand, Bouillaud, Abercrombie, Foville, Bayle, Calmeil, etc., ont signalé les lésions organiques de l'encéphale qui se révèlent par des désordres de sensibilité ou de myotilité; mais quelques lumières que les travaux de ces auteurs aient répandues sur les maladies du cerveau et des méninges, le mystère de la pensée , les conditions de sa manifestation sont restés impénétrables, et la physiologie et la métaphysique n'ont pas été plus heureuses que l'anatomie pathologique. Faut-il se décourager? Non, sans doute ; les maladies que je voudrais appeler maladies organiques de l'encéphale sont mieux connues ; leur diagnostic est plus certain. De nouveaux efforts dévoileront peut-être les lésions cérébrales qui produisent la folie.

Les faits nécroscopiques recueillis à Cbarenton ne sont point perdus pour la science; deux ouvrages d'anatomie pathologique ont été publiés depuis 1826; M. le docteur Bayle, dans un ouvrage très-intéressant qu'il a publié sous le titre de Traité des maladies du cerveau, a tenté de prouver que la paralysie et la monomanie d'orgueil ont pour cause la méningite chronique. M. le docteur Calmeil , qui est encore inspecteur du service de santé à Cbarenton , a fait mieux connaître qu'elle ne l'était avant lui la paralysie générale des aliénés, par une suite d'observations du plus grand intérêt (1). Cet infatigable médecin a publié depuis un mémoire sur la moelle rachidienne , et s'est chargé, pour le dictionnaire de médecine, de tous les articles sur les maladies mentales et sur la pathologie du système nerveux. Les articles qui ont déjà paru , font vivement désirer ceux qui^ doivent les suivre. Quelques points d'anatomie pathologique du cerveau et de ses enveloppes ont servi de texte aux dissertations inaugurales d'anciens élèves de Cbarenton. M. le docteur Moreau s'est attaché à apprécier l'influence des causes physiques sur la production de l'aliénation mentale. Les tumeurs formées dans la cavité crânienne font le sujet de la thèse de M. le docteur Malherbe.

RËSUUÉ ET COIVCLUSIONS.

ta maison de Cbarenton est dans une belle situation, sur les bords de la

(I) De laparalysio considérée chez les aliénés, Paris, 182!), in-S».

DF. CIIARENTON.

Marne, à l'aspect du midi, entourée d'une végétation riche et variée. Elle est consacrée au traitement des aliénés des deux sexes ; les bâtiments qui la composent sont nombreux et les jardins vasies.

La section des hommes se compose de quatre cours dont deux sont plantées ; de trois infirmeries, d'une salle pour les malades qui ont du penchant au suicide; d'un dortoir, d'une galerie et de six corridors sur lesquels s'ouvrent les portes des chambres ; d'une salle de bains ; de six chaufFoirs ou salles de réunion.

La section des dames a un jardin particulier, quatre cours plantées , deux infirmeries, une salle pour les femmes portées au suicide , deux salles de bains, sept dortoirs, six galeries et corridors sur lesquels s'ouvrent les portes des chambres , cinq chaufFoirs.

L'établissement, placé sous la direction immédiate du ministre de l'intérieur, surveillé par une commission spéciale, est administré par un directeur assisté d'un économe, d'un caissier, d'un agent comptable , d'un secrétaire général et d'employés de bureau. Le médecin est secondé par deux médecins et par deux élèves en médecine. Le chirurgien en chef a un adjoint et un élève en chirurgie. Un pharmacien prépare et distribue les médicaments. Un aumônier fait les fonctions du culte catholique , dans une chapelle intérieure.

Les infirmiers sont nombreux et surveillés par un infirmier en chef. Les infirmières sont dirigées par une surveillante et deux sous-surveillantes.

Les pensionnaires de première classe, tous les jours, et les pensionnaires de deuxième classe, deux fois la semaine, dînent avec les employés, à la table commune, présidée par le directeur. Le médecin modifie le régime des pensionnaires de troisième classe, et l'améliore lorsqu'il le juge utile.

Tous les pensionnaires suivant, que l'état de leur raison le permet, se réunissent dans un salon oij ils se livrent à divers jeux de société, à la musique, à la danse, mais entre eux et les employés de la maison. Ils ont un billard à leur usage ainsi qu'un très-vaste jardin pour se promener. Les convalescents font des courses hors de la maison ; les individus dont la raison est encore troublée , obtiennent la même permission , mais alors ils sont accompagnés par un domestique. Les femmes ne sortent jamais seules. Plusieurs malades rendent quelques services dans l'intérieur de l'établissement. Un très-petit nombre cultive la terre. Dans l'année 183-4, plus de trente de nos malades ont été exercés au maniement des armes. J'espère que par la suite, ce mode de distraction , mieux organisé, s'étendra à un plus grand nombre d'aliénés. Les femmes, outre la promenade dans leurs jardins particuliers, outre la distraction qu'elles trouvent dans leurs cours plantées d'arbres et le grand salon de réunion , sont toutes excitées à faire quelques ouvrages à l'aiguille; un grand nombre se livre à ce genre d'occupation.

Ainsi organisée, la maison de Charenton offre des conditions très-favorables pour le traitement des aliénés; elle offre les garanties les plus désirables aux familles , pour les soins qu'elles ont droit d'exiger h l'égard des malades qu'elles envoient dans l'établissement.

Les avantages de la situation, la régularité et la douceur de l'adminis-

HISTOIRE ET STATISTIQUE

tralion, le zèle des médecins, l'abondance des services domestiques , la tenue générale, le succès du traitement administré aux malades, l'immense réputation de la maison de Charenton, font mieux ressortir les vices de quelques habitations et l'urgence de nouvelles constructions, particulièrement pour les hommes.

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