‹ Des maladies mentales [electronic resource] (volume 2)Chapitre 45 sur 63 · Logement des infirmières et passages · texte numérisé non relu

Logement des infirmières et passages

Au centre du préau , une fontaine et un réverbère.

NOTICE SUR LE VILLAGE DE GHEEL

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\OTICE SUR LE VILLAGE DE GHEEL.

Il existe de temps immémorial, au centre de la Belgique, dans la commune de Gheel, une colonie d'aliénés qui n'avait point encore été visitée par les médecins, et sur laquelle il n'a été publié jusqu'ici que des notions très-imparfaites.

En 180â, M. de Pontécoulant, alors préfet de la Dyle, dont Bruxelles était la capitale, Gt transférer à Gheel les aliénés qui étaient renfermés à Bruxelles. Voici comment s'exprime sur ce sujet ce magistrat, dans l'exposition de la situation administrative du département de la Dyle, au germinal an xjii.

Il Les insensés étaient entassés autrefois, à Bruxelles, dans un local étroit et malsain, dont les incommodités suffisaient pour rendre incurable la maladie qui les y conduisait. J'ai cru remplir à la fois un devoir de l'humanité et une obligation de ma place, en adoptant, à l'égard de ces infortunés , un refuge recommandé par les succès d'une longue expérience. Instruit que la commune de Gheel, dans le département des Deux-INèthes, était un asile ouvert à ce genre d'inflrmités , après m'être entendu avec le préfet de ce département , j'ai fait transférer les fous de l'hospice de Bruxelles dans le village de Gheel, oîi ils jouissent d'une liberté qui n'exclut pas les soins que leur état exige. Des commissaires délégués par le conseil général des hospices se rendent périodiquement sur les lieux pour vériGer si l'on remplit envers ces infortunés toutes les obligations auxquelles sont tenus par contrat les habitants qui en sont chargés. »

En effet, en 1803, les aliénés renfermés dans l'hospice de Bruxelles furent transférés à Gheel , en sorte qu'il n'y a plus à Bruxelles qu'un petit nombre d'aliénés qui attendent leur translation : soit dit en passant , le local où sont renfermés ces malheureux est très-mauvais.

«1 II est impossible, dit M. d'Herbouville (1), de passer sous silence une singularité remarquable de la commune de Gheel, qui fait partie de l'arrondissement de Turnhout. Gheel est une colonie de fous qu'on y envoie de tous les coins du département et des départements voisins. Ces malheureux sont en pension chez les habitants; ils se promènent librement dans les rues, mangent avec leur hôte et couchent dans sa maison. S'ils se livrent à quelque

(1) StaUiiiiquQ du 'département des Deux-Nàthen, 1804.

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accès , on leur met les fers aux pieds , ce qui ne les empêche pas de sortir ; cet étrange pensionnat est, de temps immémorial, la seule ressource des habitants de Gheel ; jamais on n'a entendu dire qu'il en soit résulté des inconvénients. )>

4,e docteur Andrée parle ainsi de Gheel : « Auprès d'Anvers il y a, dit-on, un village qui s'appelle Gheel , fameux parce que la folie , si ce n'est plutôt l'imbécillité, y est pour ainsi dire endémique, ce qui a fait donner à ce village le nom de village de fous. Le temps était trop mauvais, ajoute M. Andrée, lorsque je suis passé dans ce pays, ce qui m'empêcha d'approfondir le fondement de ce bruit populaire. S'il en est comme on le raconte , ce phénomène serait très-remarquable sous le rapport physiologique, et mériterait^ d'être examiné avec attention par les médecins du pays. »

» Vous ne savez pas, dit M. de Jouy (1), qu'il existe dans le département des Deux-Nèlhes, une bourgade qui s'appelle Gheel, dont les quatre cinquièmes des habitants sont fous, mais fous dans toute la force du terme, et qui jouissent sans inconvénient de la même liberté que les autres citoyens. Il y a bientôt un demi-siècle qu'un magistrat d'Anvers (M. de Pontécoulant), frappé du mal-être qui résulte pour les insensés de leur réunion dans un même hôpital, obtint du gouvernement la permission de les faire transférer dans la commune de Gheel, et de les distribuer chez les habitants, qui reçurent chacun une pension assez forte pour les indemniser de leurs frais et même de leurs soins. Le choix de ce petit bourg n'avait pas été fait au hasard. Placé au milieu d'une vaste bruyère qui l'isole de toutes parts , la surveillance y devient très-facile, et deux ou trois hommes suiSsent pour garder ce troupeau d'insensés , qu'une cloche rappelle chez leurs hôtes aux heures du repas et à la chute du jour. Des aliments sains, un air pur, un exercice habituel , tout l'appareil de la liberté , tel est le régime qu'on leur prescrit , et auquel le plus grand nombre doit , au bout de l'année, sa guérison. » L'imagination brillante de M. de Jouy a singulièrement embelli le petit nombre (le vérités renfermées dans ce passage.

Le Dictionnaire géographique du royaume des Pays-Bas, au mot Gheel, copie servilement le passage de la Statistique des Deux-Nèthes que j'ai cité.

Tels sont les documents que j'ai pu recueillir sur Gheel ; ils prouvent que ceux qui ont écrit sur ce village et ses habitants ne les ont pas visités. Depuis longtemps je désirais fixer mes idées sur ce sujet. Tous les renseignements que j'avais demandés ne m'avaient pas satisfait. Enfin, le 29 août 1821 , je me rendis à Gheel avec M. le docteur F. Voisin (2). M. Vanertbon , directeur des monnaies du royaume des Pays-Bas , voulut bien m'accompagner et me servir d'interprète auprès des habitants, qui parlent le flamand et entendent mal le français.

Nous restâmes à Gheel quarante heures ; nous parcourûmes le village , nous visitâmes plusieurs habitations , nous interrogeâmes les habitants , les

(1) Hennile de la Chaussée d'Antin, t. III.

(2) Auteur d'un bon ouvrage, ayant pour titre : Des causes morales et physiques des maladies mentales, Paris , 1826, in-8".

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aliénés; nous ne négligeâmes rien pour bien connaître cet étrange établissement.

La Campine, contrée au milieu de laquelle se trouve la petite ville de Gheel, est, comme l'indique son nom [Keinpen-land) , un pays plat, privé d'arbres, arrosé par les Deux-Ncthes , isolé des terres cultivées par des landes et des bruyères. Le centre de la Campine, autour de la ville, est cultivé dans un rayon d'une lieue et demie à deux lieues.

La commune de Gheel dépendait autrefois de la mairie de Bois-le-Duc, plus lard du département des Deux-Nclhes et de l'arrondissement de Turnhout., Elle se compose de la ville même de Gheel, de quelques hameaux et de quelques fermes; elle a une population de 6 à 7,000 habitants, et de 4 à 800 aliénés, qui sont distribués dans le village, dans les hameaux et dans les fermes de la commune.

La petite ville de Gheel est à l'angle nord d'un triangle formé par les villes. d'Anvers, deMalines et de Gheel; elle n'a qu'une rue principale qui est large, pavée; les maisons n'ont généralement qu'un étage et sont assez bien bâties. En arrivant par la route d'Anvers, un aliéné que nous rencontrâmes sur la place nous conduisit à l'église paroissiale, à l'hôpital, qui est au centre de la ville, et à l'église de Saint-Amans, (/ui est à l'extrémité.

L'église de Saint-Amans était autrefois une collégiale; on y conserve, dans une châsse d'argent, les ossements d'une sainte martyre appelée Nymphna. Cette église paraît avoir été bâtie vers le XIIP ou le XIV" siècle, s'il est permis d'en juger par son architecture. Elle est petite, quoique ayant des bas-côtés. Au milieu du sanctuaire s'élève le tombeau des anciens comtes de Gheel ; de chaque côté du mafître-autel , sont supportés par des culs-de-lampe deux groupes de grandeur naturelle , représentant la sainte Nymphna qui prie pour deux aliénés qui sont à côté d'elle enchaînés des pieds et des mains. Derrière le maître-autel on remarque la statue de la sainte ayant terrassé le démon qui est calme à ses pieds.

Derrière le chevet de l'église on conserve les pierres qui ont servi de cerceuil à la sainte, et qui ont été retrouvées miraculeusement vers le VII" siècle. La caisse qui renferme ces pierres est en bois , couverte de peintures représentant des miracles relatifs à la délivrance des possédés , et est élevée à trois pieds du sol par deux pilastres et deux colonnes , en sorte qu'entre ces supports un homme à genoux peut se traîner sous ces pierres miraculeuses.

Dès le VU" siècle, la sainte Nymphna acquit une très-grande célébrité pour la délivrance des possédés du démon qui étaient conduits h Gheel, non-seulement de la Flandre, du Brabant, mais encore de toutes les provinces environnantes : c'est là le commencement de la colonisation des aliénés dans cette commune. Des prêtres attachés à la collégiale de Saint-Amans exorcisaient les possédés qui étaient conduits de toutes parts. Depuis la suppression de la collégiale , la colonie a été entretenue par les aliénés de la Belgique et même de la Hollande, envoyés à Gheel par leurs parents, ou par les administrations charitables.

A notre arrivée, nous rendîmes visite h M. le recteur de la paroisse, âgé de 73 ans. Ce vénérable ecclésiastique fut étonné qu'on attachât tant d'impor-

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lance à celle aalique institution. II nous assura , avec l'accent de la conviction, qu'il avait vu plusieurs aliénés guéris par l'intercession de la sainte. Les guérisons, ajouta-t-il , sont plus rares chaque jour, depuis que la foi s'éteint et que la religion s'exile de la terre.

Nous fûmes curieux de savoir quelles cérémonies on pratiquait pour obtenir l'assistance de la sainte Nymphna. Un aliéné, qui déjà nous avait indiqué la paroisse, nous accompagna à l'église de Saint-Amans. On nous y vendit un petit livret écrit en flamand, qui contient un abrégé de la vie de la sainte et l'histoire de quelques grands miracles opérés par son intercession. Les parents de l'aliéné font faire une neuvaine dans l'église de Saint-Amans. Pendant les neuf jours, le malade est placé dans une maison adossée à l'église; on l'enferme seul ou avec d'autres compagnons d'infortune dans une chambre et sous la surveillance de deux vieilles femmes. Un prêtre vient tous les jours dire la messe et lire des prières. Les fous tranquilles, assistés de quelques enfants du pays, de quelques dévotes, font, pendant les neuf jours, trois fois en dehors et trois fois en dedans, le tour de l'église. Lorsque les malades sont derrière le chevet de l'église, où repose la caisse qui contient les pierres du cercueil de la sainte, ils s'agenouillent et se traînent sous cette caisse trois fois, c'est-à-dire à chaque tour qu'ils font dans l'intérieur. Si l'aliéné est furieux, on paye une personne du pays et des enfants qui font les processions pour lui.

Pendant que l'aliéné fait les trois processions, ses parents sont dans l'intérieur et prient la sainte afin d'obtenir la délivrance du malade. Le neuvième jour, on dit la messe, on exorcise l'aliéné, quelquefois même on recommence une seconde neuvaine. Autrefois il n'y avait pas d'aliéné' pour lequel, à son arrivée à Gheel, on ne fit faire la neuvaine. Aujourd'hui, il n'y en a qu'un petit nombre pour lesquels on y ait recours.

Quoique tous les jours s'afi'aiblisse l'influence miraculeuse de la sainte, quoique le nombre des guérisons soit peu considérable, cependant les maisons qui avoisinent Saint-Amans sont encore extrêmement recherchées pour loger les aliénés qui sont conduits à Gheel.

Voilà la part du merveilleux. Voici les observations qui peuvent intéresser plus directement la médecine et l'administralion.

De temps immémorial, l'espoir d'obtenir la délivrance des possédés du démon par l'intercession de la sainte Nymphna, a fait conduire de toutes parts à Gheel un grand nombre d'aliénés. Il est arrivé ici ce qui a eu lieu dans d'autres pays et dans des circonstances difiFérentes, que des pratiques établies sur la croyance des peuples ont été l'origine d'institutions souvent trèsi-uliles.

Les aliénés sont confiés aux habitants de la commune de Gheel, avec lesquels les parents de ces malades passent une sorte de contrat. On préfère les habitations de la ville, plus particulièrement encore celles qui sont les plus voisines de l'église. Mais ces malades sont logés aussi dans les villages, dans les fermes dépendant de la commune, hors du terriloire de laquelle on ne trouve plus d'aliénés.

Les habitants se chargent d'un, de deux, de trois, jusqu'à cinq pension-

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iiaires, jumais au delà. Dans l'hôpilal destiné aux pauvres de la commune, on reçoit huit à dix aliénés soignés par les religieuses qui desservent les pauvres malades du pays.

Si ces infortunés sont agiles ou sales, ils sont couchés sur la paille ou sur un sac rempli de paille hachée. Ce lit est place dans un réduit de la maison plus ou moins approprié pour cet usage. Lorsqu'ils sont propres, ils couchent dans des lits comme leurs hôtes et mangent avec eux. Ceux qui habitent dans la ville sont beaucoup mieux que ceux qui logent chez les paysans; j'en ai vu qui étaient bien logés, bien couchés; mais le plus grand nombre est très-mal.

Les fous envoyés et entretenus par l'administration des hospices de Bruxelles et de Malines, sont vêtus d'étoffes de laine; les autres portent les habits fournis par leurs parents.

La plupart de ces malheureux sont nourris, comme les paysans du pays, avec du lait de beurre et des pommes de terre. Dans la ville, la nourriture est meilleure, et ordinairement c'est la même que celle des personnes chez lesquelles ils habitent.

Les aliénés , hommes et femmes, errent librement dans les rues, dans la campagne, sans que personne y paraisse prendre garde, lors môme qu'ils ont des entraves aux pieds. Cherchent-ils à s'évader, on leur met des fers. Sontils furieux, on les enchaîne des pieds et des mains : alors ils ne sortent point, à moins qu'ils ne logent dans une ferme très-isolée; dans ce dernier cas, ils sortent toujours. En mettant les pieds sur le territoire de Glieel, nous vîmes avec douleur un maniaque qui s'agitait sur la route auprès d'une ferme, dont les entraves en fer avaient déchiré la peau au bas des jambes. Dans toutes les maisons, on voit contre la cheminée et souvent contre le lit, un anneau auquel on fixe la chaîne qui doit contenir ces infortunés.

Malgré ces moyens de contrainte , il arrive souvent que quelques aliénés s'égarent ou s'échappent; les gendarmes des communes environnantes en arrêtent à deux ou trois lieues et les ramènent à leur domicile.

Parmi les hommes, cinquante environ sont employés aux travaux de l'agriculture; ils servent de valets de ferme, et les cultivateurs en retirent un trèsgrand avantage. Presque toutes les femmes sont occupées à filer, à faire de la dentelle, ou bien elles remplissent les fonctions de servante dans la maison oij elles sont pensionnaires. Les uns et les autres reçoivent une légère rétribution en aliments. Celle rétribution est si légère que ceux qui vivent avec les paysans se contentent pour tout salaire d'un pot de bière qu'on leur donne le dimanche.

Les aliénés ne peuvent aller à la paroisse ; ils sont libres d'entrer dans l'église de Saint-Amans; cinquante à soixante assistent aux offices; quelquesuns chantent au lutrin, quelques autres troublent les cérémonies; mais les accidents sont rares.

Une ordonnance de police prescrit , sous peine de 3 florins d'amende , ;» tous ceux qui logent des aliénés, de les renfermer à la chute du jour, de les empêcher d'aller à la paroisse , et de ne pas les laisser sortir lorsqu'ils sont furieux.

Les administrations charitables payent 200, 250, 300 fr. de pension par

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an pour chaque individu ; les familles payent 600,1000, jusqu'à 1200 francs. On paye au moins 800 francs pour ceux qui sont admis dans l'hôpital.

L'administration des hospices de Bruxelles entrelient à Glieel un directeur particulièrement chargé de la comptabilité et du payement des pensions. Ce directeur a sous ses ordres un inspecteur qui surveille les soins qu'on donne à ces malades. S'il aperçoit quelque abus, il en avertit le directeur et deux médecins qui forment à eux trois une commission de surveillance. Si les aliénés sont mal soignés ou maltraités par leur hôle, le comité ordonne leur changement de domicile. Si une aliénée est grosse, le même comité la fait conduire à Bruxelles.

L<^ commissaire de police de Gheel est spécialement chargé de la surveillance des aliénés pauvres entretenus par la commission des hospices de Malines.

Nous eûmes avec M. le docteur Backer, qui exerçait la médecine à Gheel depuis trente-deux ans, un entretien de plusieurs heures. Ce médecin voulut bien satisfaire à toutes nos questions avec une obligeance parfaite : voici le résultat des précieux documents que nous puisâmes auprès de cet estimable confrère.

Les fous que l'on conduit à Gheel sont généralement et depuis longtemps regardés comme incurables ; ils ont ordinafrement été traités. Autrefois on venait chercher un miracle, aujourd'hui on demande un dernier asile pour les aliénés. Les médecins du pays ne sont appelés que lorsqu'il survient quelque maladie accidentelle. Néanmoins M. Backer et ses confrères en ont traité quelques-uns lorsque les familles les en ont chargés.

Les causes les plus générales de l'aliénation mentale, d'après ce qui a été observé à Gheel , sont les chagrins domestiques, l'ambition déçue, les excès de dévotion, l'amour contrarié.

La démence est l'espèce la plus fréquente; les suicides sont très-i'ares; il y a trente ans qu'un aliéné se coupa la gorge pendant les cérémonies de la neuvaine.

Les maniaques guérissent en plus grand nombre que les autres aliénés ; leur agitation les précipite ordinairement dans la démence. Il guérit peu de uionomaniaques ; il en guérit moins encore lorsqu'ils sont en proie à des idées religieuses.

L'on a vu quelques folies intermittentes se guérir lorsqu'on a pu déterminer l'aliéné à travailler à la terre pendant l'intermittence. Aussi la proportion des guérisons est plus considérable parmi les aliénés qui demeurent chez les paysans , quoique d'ailleurs ils soient moins bien soignés que ceux qui habitent chez les bourgeois dans la ville même.

Les monomanies à la suite de couches sont traitées avec l'eau de chiendent et un sel neutre, quelquefois avec succès. Le vinaigre est regardé comme utile contre la fureur.

L'influence des cérémonies religieuses pratiquées dans l'église Saint-Amans, en exaltant l'imagination de l'aliéné, en guérit quelquefois. Ce moyen ne doit pas être méprisé dans une contrée où les habitants sont religieux, et dont la plupart sont convaincus du pouvoir de la sainte Nymphna. Au reste, M. Backer

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pense que ces guérisons deviennent chaque jour plus rares. Il guérit à peu près tous les ans douze à quinze aliénés , y compris la cessation des accès de folie intermittente. On voit des guérisons s'opérer après deux ans et même trois ans.

La mortalité dés aliénés qui habitent la commune de Gheel est très rapprochée de celle des autres habitants, quoiqu'un peu plus forte. Les femmes sont sujettes à des dévoiemenls d'abord bilieux, qui deviennent noirs et conduisent prompt ement à la mort. '

Avant la révolution de 1789, il y avait dans la commune de Gheel 400 aliénés. En 1803, la population s'oleva à près de 600 par l'envoi des aliénés de Bruxelles; elle était de bOO en 1812. En 1820 et 1821, elle n'était que de 400 individus ; il y avait à peu près autant d'hommes que de femmes.

La présence, la commensalité des aliénés, le spectacle de ces malheureux errants librement ou enchaînés dans les rues, dans les campagnes de Gheel, n'exercent aucune influence fâcheuse sur les habitants du pays. Au reste, il ne faut pas croire que les rues de Gheel et les campagnes soient couvertes d'aliénés; on n'en rencontre qu'un petit nombre. Les femmes sortent peu. Tout au plus 100 sur 400 jouissent de la liberté entière d'all«r et de venir à volonté. Familiarisés avec ces infortunés, les Gheelois les rencontrent avec indifférence. Jamais les aliénés ne sont l'objet de la curiosité des grandes personnes, des agaceries des enfants, et de la clameur publique. S'ils excitent quelque rixe dans les cabarets où l'on a l'imprudence de leur donner des liqueurs enivrantes , ces rixes sont bientôt apaisées. Si , chez leur hôte , ils se livrent à quelque violence, elle est bientôt réprimée. Les voisins s'empressent d'assister ceux de leurs concitoyens qui sont aux prises avec un aliéné ; et les Gheelois ont une telle habitude qu'ils ne redoutent pas les plus furieux et les conduisent comme des enfants. J'exprimais à un habitant du pays des inquiétudes sur les suites que devait avoir quelquefois la fureur de ces malheureux ; il se rit de mes craintes et me dit : « Vous ne savez pas ce que c'est que ces gens-là : je ne suis pas fort; le plus furieux n'est rien pour moi. )t

Quoique libres, ces malades ne sont jamais l'occasion d'accidents graves pour les femmes enceintes, ni pour les enfants du pays ; et les habitants de Gheel vivent au milieu d'eux dans la sécurité la plbs parfaite.

Quoique les hommes et les femmes aliénés vivent librement entre eux et avec les habitants , il n'en résulte rien de fâcheux pour les mœurs ; et les grossesses des femmes aliénées sont excessivement rares; à peine en compterait-on^inq en dix ans.

Les Gheelois ont le même caractère , les mêmes mœurs , les mêmes habitudes que les autres habitants de la Campine. Il n'y a pas plus d'aliénés parmi eux que parmi les habitants des communes voisines.

Nul doute qu'il ne fût facile de donner à ce singulier établissement un plus haut degré d'utilité. J'eus l'honneur de proposer au ministre de l'intérieur des Pays-Bas, auquel je rendais compte de ce que j'avais observé, de faire construire un asile oii seraient reçus les aliénés qui, par leur agitation, leur violence, leur saleté, sont les plus exposés aux mauvais traitements de

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leurs hôtes ; tandis qu'on laisserait chez les particuliers les aliénés paisibles et propres. En même temps le directeur, le médecin et les employés supérieurs de cet asile seraient chargés d'exercer une surveillance active et continuelle sur tous les aliénés isolés et répandus dans la commune, et de diriger l'administration des soins qui leur sont dus par les personnes chez lesquelles ils sont logés.

Je ne finirai pas cette notice sans parler d'un aliéné qui nous fit demander la permission de nous faire de la musique : nous étions à dîner. Ce malade est un ancien musicien de Bruxelles ; il est âgé de 80 ans, d'un tempérament bilioso-sanguin; il se croit très-important, allié aux princes, riche à millions, destiné aux plus grandes dignités, le plus grand musicien du monde, etc.; ces idées de grandeur se présentent à son esprit dans le plus grand désordre; il les exprime de même et avec beaucoup de vivacité; la physionomie de ce malade, tout son extérieur, annoncent le contentement le plus parfait ; il est très-heureux ; il jouit de la plus grande liberté; il va chanter au lutrin les jours de grand'messe , et il se rend avec un de ses camarades , qui donne du cor, dans les hameaux pour faire danser les villageois. 11 joua pendant plus d'unquart d'heure sur son violon des airs et des morceaux difliciles, sans manquer une note ; il précipitait un peu trop la mesure. Pendant tout le temps qu'il resta avec nous et qu'il joua du violon, il ne cessa de dire à demivoix , quelquefois à voix haute , les choses les plus incohérentes. Quoique persuadé qu'il eût d'immenses richesses , il accepta avec empressement une pièce de monnaie que nous lui offrîmes. L'hôte chez lequel nous étions logés nous dit que notre musicien passerait la soirée au cabaret ; qu'au reste il était bruyant, mais jamais dangereux.

NOMBRE COMPARÉ DES FOUS

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