DES ILLUSIONS CHEZ LES ALIENES
que les hallucinations se manifestent seules, sans délire, et que seules, elles caractérisent quelquefois, une variété de monomanie.
Les anciens n’avaient point distingué les visions des illusions des sens. Quelques modernes, adoptant la dénomination que j’ai proposée pour les visions, ont confondu les hallucinations avec les illusions , les distinguant néanmoins en hallucinations mentales (visions)f et en hallucinations sensoriales ( illusions des sens J. Ces auteurs n’ont point suffisamment apprécié la différence essentielle qui existe entre ces deux ordres de phénomènes. Dans les hallucinations , tout se passe dans le cerveau : les visionnaires, les extatiques sont des hallucinés, ce sont des rêveurs tout éveillés. L’activité du cerveau est si énergique , que le visionnaire ou l’halluciné donne un corps et de l’actualité aux images, aux idées, que la mémoire reproduit, sans l’intervention des sens.
Dans les illusions, au contraire, la sensibilité des extrémités nerveuses est altérée, elle est exaltée, affaiblie ou pervertie; les sens sont actifs, les impressions actuelles sollicitent la réaction du cerveau. Les effets de cette réaction étant soumis à l’influence des idées et des passions qui dominent la raison des aliénés, ces malades se trompent sur la nature et sur la cause de leurs sensations actuelles.
Les illusions ne sont pas rares dans l’état de santé, mais la raison les dissipe. Une tour carrée vue de loin paraît ronde; si l’on s’approche, l’erreur est rectifiée. Lorsqu’on voyage dans les montagnes , l’on
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prend souvent les montagnes pour des nuages ; l’attention ne tarde pas à corriger cette erreur. Pour celui qui est dans un bateau, le rivage paraît fuir; la réflexion détruit bientôt cette illusion.
Les hypocondriaques ont des illusions qui naissent des sens internes. Ces malades se trompent , se font illusion sur l’intensité de leurs souffrances, sur le danger de perdre la vie ; mais jamais ils n’attribuent leurs maux à des causes qui répugnent «à la raison; ils ne déraisonnent pas, à moins que la lypémanie ( mélancolie) ne complique l’hypocondrie. Alors il y a délire , les lypémaniaques hypocondriaques ont des illusions et déraisonnent sur la nature , les causes et les symptômes de leur maladie.
Les illusions, si fréquentes chez les aliénés, trompent ces malades sur les qualités, les rapports et les causes des imnressions actuellement reçues , et leur
font porter des jugemens faux sur leurs sensations internes et externes; la raison ne rectifie pas l’erreur.
Trois conditions sont nécessaires pour la perception d’une sensation. L’intégrité de l’organe qui reçoit l’impression, l’intégrité du nerf qui transmet l’impression, et l’intégrité de l’instrument qui réagit sur cette même impression.
Les illusions des sens reconnaissent aussi trois causes : l’altération des sens, la lésion des nerfs de transmission ou l’état anormal du cerveau.
Si la sensibilité et l’activité des sens sont troublées, il est évident que l’impression faite sur les sens par les
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objets extérieurs est modifiée; si les nerfs cle transmission sont lésés, et si, en même temps le cerveau est dans un état pathologique, celui-ci ne peut rectifier l’erreur des sens : de là les illusions.
Si l’attention trop fugitive, trop mobile des maniaques ne peut permettre aux sens de s’arrêter assez long-temps sur les objets extérieurs, la perception est incomplète, et les maniaques perçoivent mal les qualités et les rapports des objets qui les impressionnent. Dans la monomanie, au contraire, l’attention étant trop concentrée, ne peut se porter successivement sur les objets extérieurs et étrangers aux préoccupations intellectuelles ou affectives, qui dominent le malade : de là des illusions que la raison ne détruit pas.
Les passions, source de tant d’illusions chez l’homme sain d’esprit, modifiant aussi les impressions des aliénés, donnant une direction vicieuse à la réaction de leur cerveau , les passions sont la cause de mille illusions, chez les aliénés.
L’intelligence et les passions concourent donc avec les sens, aux illusions des aliénés; et les extrémités sentantes sont les véritables points de départ des illusions. Il y a toujours impression actuelle des objets extérieurs, impression des sens.
Voyons maintenant ce que disent les faits. Ils nous apprennent que les illusions naissent des sensations internes et des sensations externes. Je voudrais les distinguer en illusions ganglionnaires et en illusions des sens.
§ I. Les perturbations de la sensibilité organique, les
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sensations internes provoquent souvent les illusions des aliénés.
La peau de quelques aliénés est sèche, aride, terreuse, brûlante et fait mal ses fonctions. Ces malades sont indifférens aux températures les plus extrêmes. Pinel parle d’un maniaque qui ramassait de la neige à pleines mains, et en frottait sa poitrine avec délices. Quelques autres aliénés ressentent une telle irritation de la peau, qu’ils croient être frappés et meurtris par le plus léger contact; qu’ils se persuadent qu’on leur jette, des substances ou des poisons qui les brûlent , qui les déchirent , etc. Nous avons à Charenton une aliénée qui pousse les hauts cris dès qu’on la touche du bout doigt: Vous me faites du mal ! Ne me frappez pas , ne me frappezpasl s’écrie-t-elle.
Un officier d’ordonnance, âgé de vingt-sept ans, d’un tempérament sanguin , d’une force et d’une taille athlétiques , fut pris de fièvre intermittente, pendant la campagne de Prusse. On lui fit avaler un grand verre d’ea'u-de-vie, dans laquelle on avait fait infuser la poudre de deux cartouches. M*** devint aussitôt maniaque; délire général, loquacité, cris, fureur; il déchirait tout ce qui tombait sous ses mains, linge, vêtement , literie; force avait été de le laisser coucher sur la paille. Se sentant piqué , M... disposait la paille en rond, laissant au centre un espace vide, dans lequel il se plaçait; il agitait sa tête dans toutes lesdircctions, soufflant sans cesse sur la paille qui l’entourait, et poussant de temps en temps des cris, comme pour repousser des objets menaçans. Ce symptôme persista
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nuit et jour, .pendant plus de trois semaines. L’on sut que le malade prenait chaque brin de paille, pour autant de becs d’oiseaux de proie qui le blessaient. H soufflait dessus, et poussait des cris pour épouvanter et éloigner ces animaux malfaisans. Plus tard, ce même malade eut des illusions nouvelles. A peine était-il couché, qu’il détruisait toutes les pièces de son lit et passait par poignées, la paille de sa paillasse, au travers de la croisée de sa chambre , fermée par des persiennes, et parlait de temps en temps, comme s’il se fût adressé à des chevaux. Le bruit des pas des personnes qu’il entendait marcher, était pris par lui, pour les pas de ses chevaux qui venaient à la croisée comme à un râtelier. Le soin qu’on avait d’enlever la paille au fur et à mesure qu’il la jetait, entretenait son illusion. Il croyait que les chevaux l’avaient mangée. Souvent ce malade prenait les nuages pour des corps d’armée , et supposait que cette armée allait en Allemagne lorsque les nuages étaient poussés vers le nord , et marchait vers l'Angleterre lorsopAils couraient vers l’ouest.
Les douleurs que les aliénés éprouvent dans les différentes régions du corps , sont pour eux autant de causes d’illusion.
Mademoiselle âgée de dix-huit ans, jouissait
d’une bonne santé, quoique encore mal réglée. Elle éprouve, à la suite des évènemens de i8ï5, une douleur fixe au sommet de la tête. Bientôt elle se persuade qu’elle a, dans le crâne., un ver qui dévore son cerveau. La vue du cuivre la fait presque défaillir, et ses parens sont obligés de faire enlever toutes les
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dorures des appartemens. Elle ne consent à se promener qu’avec la plus grande répugnance, parce que la poussière soulevée par les promeneurs , est chargée d’oxide de cuivre. Rien ne peut la décider à toucher à un objet en cuivre, à un flambeau doré, ni à un robinet de fontaine. Plusieurs mois de traitement ayant été infructueux, je fus appelé auprès de cette jeune personne. Elle était maigre, un peu décolorée, très irritable, elle se refusait quelquefois à manger, dormait mal et avait de la constipation; elle parlait de ses répugnances, tantôt avec vivacité, tantôt avec colère, tantôt avec larmes. Je m’efforçai de gagner la confiance de la jeune malade, je flattai d’abord ses idées, et je lui donnai l’assurance que je détruirais le ver, cause de ses maux, si elle avait le courage de se laisser faire une opération peu douloureuse. J’avais si bien réussi à la persuader, qu’après une de mes visites, pendant laquelle je lui avais parlé de guérisons obtenues par un moyen que je lui indiquai, sa tête se monta et mademoiselle se fit avec un canif, une incision au cuir chevelu. A peine vit-elle son sang couler, qu’elle se trouva mal. Je fus aussitôt prévenu; je me rendis auprès de la malade, elle avait recouvré la connaissance et était très décidée à laisser faire l’opération dont je l’entretenais depuis quelque temps. Son courage soutint celui de ses parens qui consentirent à l’emploi du moyen que j’avais proposé. M. Bigot, médecin ordinaire de la famille, fit une incision cruciale, de plus de deux pouces d’étendue, sur le point douloureux; on laissa couler le sang. Nous montrâmes à la malade un fragment de fibrine que nous assurâmes, M. Bigot et
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moi, être le ver qui la faisait souffrir depuis si longtemps. Un cautère fut établi au centre de l’incision et maintenu pendant trois mois; la douleur fixe, les illusions et les craintes du vert-cle-gris , disparurent après ce temps.
Quelques années plus tard , pendant que je faisais, à la Salpêtrière, mes leçons cliniques sur les maladies mentales , un cas semblable se présenta, chez une femme de la campagne , entrée dans la division des aliénées. Cette femme se plaignait de douleurs fixes et très aiguës au sommet de la tête, douleurs qu’elle attribuait à la présence d’un animal ; ce qui l’avait jetée dans la lypémanie avec penchant au suicide. Je pratiquai une incision cruciale, sur le point douloureux ; j’eus soin de montrer à la malade un fragment de lombric de terre, lui assurant que c’était la cause de ses maux. Après l’opération, cette femme montra à ses compagnes l’animal dont on l’avait délivrée, exprimant sa joie d’être guérie. Mais trente-six heures après, les compagnes de cette malheureuse se moquèrent d’elle, lui dirent que je m’étais joué de sa crédulité : elle arracha aussitôt le cautère qui avait été établi; les don* leurs anciennes se réveillèrent, et avec elles les illusions.
Un général de division , âgé de cinquante et quelques années , avait contracté des rhumatismes pendant la guerre, et fut pris de manie avec fureur, à la suite d’une affection morale. Ses dents étaient mauvaises, il en souffrait souvent , il accusait le soleil d’être la cause des maux qu’il éprouvait, et lorsque ses dou-
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leurs étaient trop vives, ce général poussait des cris affreux , adressait des injures au soleil et le menaçait d’aller l’exterminer avec sa brave division. Quelquefois les douleurs se portaient sur un genou ‘T alors le malade saisissait avec une main la partie douloureuse et avec l’autre main fermée il frappait, à grands coups, sou genou, en répétant : « Ah! scélérat, tu ne t'en iras pas ! ah! scélérat!.. » 11 croyait avoir un yoleur dans ce genou.
Une dame âgée de trente ans ,, d’une forte constitution , devenue hypocondriaque , après de profonds chagrins qui lui avaient fait perdre le sommeil, se persuada que son cerveau était pétrifié. Plus tard, ayant senti battre les artères temporales, lorsqu’elle était couchée sur le côté droit, elle crut que son cerveau était liquéfié et qu’il coulait comme un torrent. Cette illusion était d’autant plus singulière, que cette dame savait très bien qu’une semblable désorganisation du cerveau est impossible.
Les douleurs gastriques, intestinales, les borborygrnes, le trouble des évacuations al vines, sont autant de symptômes sur lesquels les aliénés se font souvent illusion, portant des jugemens aussi faux que divers sur la nature et les causes de ces symptômes. Les faits,, à cet égard , sont très nombreux et se retrouvent dans tous les auteurs.
Ambroise Paré guérit un hypocondriaque qui croyait avoir des grenouilles dans l’estomac, en lui faisant prendre un purgatif qui lui procura des selles abondantes : on avait eu le soin d’introduire furtivement
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de petites grenouilles dans le vase qui devait recevoir les matières rejetées.
J’ai fait à la Salpétrière l’ouverture du corps d’une femme lypémaniaque, laquelle avait cru, pendant plusieurs années,, qu’elle avait un animal dams l’estomac, Elle avait un cancer de cet organe.
Il y a dans la division des aliénées de la Salpétrière, une femme qui, depuis un grand nombre d’années , éprouve des douleurs abdominales*. Elle assure qu’elle a, dans le ventre, tout un régiment; lorsque les douleurs s’exaspèrent r elle s’irrite, crie et répète quelle sent les coups que se portent les militaires en se battant et qu’ils la blessent avec leurs armes.
Une femme.,, âgée de 58 ans environ , d’une constitution forte et d’un tempérament sanguin, avait eu un enfant de M. R.,.. , chez qui elle était portière. Ce qui fut pour elle une source de vifs chagrins; elle éprouva depuis et fréquemment des affections gastrointestinales, elle devint dévote.. Les évènemens de la révolution concoururent avec la cessation des règles , à la rendre maniaque. Elle: fut conduite à la Salpêtrière, où elle a vécu un grand nombre d’années... Cette femme avait la taille petite, le cou gros et court,, la tête forte et beaucoup d’embonpoint. Sa physionomie avait quelque chose de mystique. Elle se plaignait de douleurs à l’épigastre, qui était sensible au toucher. Elle rendait beaucoup de gaz par la bouche, et était souvent affectée de dysménorrhée. HaliiLueilemen t calme , elle travaillait à la couture. Ou l’appelait daoas l'hospice la Mère de l’Eglise, parce qu’elle parlait sans cesse de
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sujets religieux. Elle attribuait ses souffrances à la méchanceté de Ponce-Pilate (c’est le père de son enfant ). Cet infâme s’est établi dans son ventre, elle l’y voit, et chaque fois qu’elle me rencontre, elle me prie de le chasser. Elle croit aussi avoir, dans le ventre, tous les personnages du Nouveau -Testament, quelquefois même ceux de la Bible. Elle me dit souvent : Je n y puis plus tenir , quand fera-t-on la paix de V Eglise? Si les douleurs s’exaspèrent , elle me répète avec un sang-froid imperturbable: Aujourd’hui Ton fait le crucifiement de Jésus-Christ , j’entends les coups de marteau qu’on donne pour enfoncer les clous. Elle croit que les papes tiennent concile dans son ventre. Rien n’a pu dissiper des illusions aussi bizarres. A l’ouverture du cadavre de cette femme, qui est morte le 6 mars 1 8 1 6, le corps avait de l’embonpoint. Je trouvai à la partie moyenne et supérieure de l’occipital, un enfoncement qui permettait d’y loger l’extrémité du petit doigt, qui ne s’étendait pas jusqu’à la table interne. Le cerveau était légèrement injecté, les ventricules contenaient une petite quantité de sérosité. Les ventricules du cœur étaient pleins de sang coagulé. Les viscères abdominaux adhéraient entre eux et avec les parois abdominales, par la membrane péritonéale qui était très épaissie; il fut impossible de séparer les intestins les uns des autres, tant les adhérences étaient fortes, ils formaient une masse solide, inextricable. Le foie était très volumineux, s’étendant à l’hypocondre gauche oh il adhérait avec la rate.
J’ai retrouvé la même altération, quoique l’adhé-
CTIEZ LES ALIÉNÉS.
rencc fût moins forte et moins générale, chez une démonomaniaque, qui croyait avoir dans le ventre plusieurs diables qui la déchiraient et la portaient sans cesse à se détruire. Cette femme était dans un état de maigreur excessive; sa peau était devenue très brune, comme tannée, et privée de toute sensibilité. J’ai quelquefois traversé sa peau avec de grosses épingles , sans provoquer la moindre douleur. Se voyant aussi insensible , cette lypémaniaque s’était persuadée que sa peau était changée en celle du diable.
Les irritations, les douleurs, les lésions des organes de la génération sont pour les aliénés , et particulièrement pour les femmes , des causes fréquentes d’illusions; elles ont quelquefois porté les aliénés à se mutiler.
Les femmes monomaniaques érotiques éprouvent tous les phénomènes de l’union des sexes; elles se croient dans les bras d’un amant ou d’un ravisseur. Une femme démonomaniaque hystérique croyait que le diable, des serpens, des animaux s’introduisaient dans son corps, par les organes extérieurs de la reproduction. Les cancers, les ulcères de l’utérus ne sont pas rares chez ces malades. Les aliénées hystériques sont disposées à attribuer, et attribuent quelquefois à des ennemis, à des jaloux, au diable, les douleurs, les constrictions de la gorge qui les suffoquent.
Les douleurs vagues que les aliénés sentent dans les membres, donnent lieu aux illusions les plus pénibles.
Nous avons à Charenton un monomaniaque, âgé de
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trente ans, qui est persuadé que, toutes les nuits, on le conduit dans les souterrains de l’Opéra -, là et même quelquefois sans être sorti de sa chambre, on lui enfonce des couteaux, des poignards dans le dos, dans la poitrine; on lui enlève tantôt un bras, tantôt une cuisse ; -on lui coupe même la tête. Lorsqu’on fait observera ce malheureux que sa tête est sur ses épaules, qu’il conserve ses membres, que son corps n’offreaueune plaie, aucune cicatrice, il répond alors avec vivacité: « Ce sont des scélérats , des magnétiseurs , des francsmaçons , qui ont le secret de raccommoder les membres sans quil y paraisse. » Si l’on insiste : « Vous vous entendez, réplique-t-il, avec ces monstres , ces brigands. Tuez-moi , tuez-m,oil Je ne peux résister aux souffrances qu’ils me font endurer , ni à leur cruauté. » Le père de ce monomaniaque et son ancien patron sont particulièrement accusés par Lui , comme les chefs de tous les scélérats qui le martyrisent chaque nuit.
§ II. Après les faits qui indiquent la part que les sensatious intérieures prennent aux illusions, passons aux illusions qui naissent des sens externes.
Les perturbations de la sensibilité animale, les impressions qui viennent du dehors , les sensations externes sont, avons-nous dit en commençant , des causes nombreuses d’illusions. Les illusions des sens externes ne sont pas rares chez l’homme en santé ; elles sont fréquentes chez l’aliéné : la raison rectifie bientôt l’erreur des premiers, elle ne peut rien contre les illusions des fous.
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Le maniaque entend du bruit, il croit qu’on lui parle et il répond , comme si des questions lui avaient été adressées. Entend-il plusieurs personnes parler? il croit que ce sont des amis qui accourent pour le délivrer, ou des sujets qui viennent l’élever sur le pavois et le proclamer roi. Le panophobe croit, au contraire, qu’on lui adresse des reproches ou des menaces : une phrase insignifiante, il la prend pour l’expression d’un complot tramé contre lui; il croit entendre des ennemis, des agens de polioe, des meurtriers se concerter pour l'arrêter, et le conduire à la prison ou à l’échafaud. Une porte s’ouvre-t-elle? il se croit perdu et prêt à devenir la proie de gens qui lui en veulent.
Un employé, âgé de trente-et-un ans, avait perdu son emploi qui lui servait à nourrir sa famille, et était tombé dans l’infortune. Il se rendait à Paris; tout-à-coup il s’élance hors de la diligence et provoque ses compagnons de voyage qui ont, dit -il, tenu des propos contre lui et applaudi à sa destitution. Tous les voyageurs, au reste, lui étaient inconnus. Arrivé à Paris, M... se loge rue de Bourgogne, mais il n’ose sortir de chez lui, voyant, dans toutes les personnes qu’il rencontre, des espions et des agens de police prêts à l’arrêter. Ce jeune homme d’ailleurs était très calme et très raisonnable, sur tout autre sujet. Un jour, il entend le pas de plusieurs personnes qui montent l’escalier de la maison qu’il habite. Convaincu que ces personnes viennent pour l’arrêter, il se saisit d’un de ses rasoirs, et se fait, au cou, plusieurs blessures peu profondes. Sa sœur qui était dans la chambre, se préci-
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pite sur son frère; celui-ci rejette le rasoir, mais il veut se jeter par la croise'e, en entraînant sa sœur avec lui. Les voisins accourent, on place le malade dans son lit. Il avait caché un canif, il se donne dans la poitrine sept coups qui ne pénètrent pas. Une heure après avoir été pansé et saigné , il m’avoue qu’il n’a cherché à se tuer, que pour se soustraire à l’arrestation et à l’infamie de l’échafaud pour lequel on venait le chercher.
J’ai donné des soins à une dame que le bruit le plus léger jetait dans la terreur, surtout pendant l’obscurité de la nuit; les pas d’une personne marchant très doucement, la faisaient frémir; le vent la faisait trembler ; le bruit qu’elle faisait elle-même dans son lit l’effrayait, l’obligeait à se lever et à jeter des cris de terreur. J’ai rendu le sommeil à cette panophobe, en conservant de la lumière dans sa chambre, et en faisant demeurer, auprès d’elle, une femme qui la veillait toute la nuit.
La vue est le sens qui provoque le plus d’illusions dans l’état de santé , parce que ce sens est plus souvent que les autres en rapport avec les objets extérieurs. Aussi les illusions de la vue sont très fréquentes chez les aliénés; elles donnent lieu à des ressemblances qui provoquent l’indignation, la crainte, le remord, la fureur, et elles augmentent presque toujours le délire. Ainsi, l’un voit, dans un parent, ou un ami, un inconnu, ou un ennemi dont il a eu autrefois à se plaindre.
Une dame âgée de vingt-trois ans, atteinte de manie hystérique , restait constamment aux croisées de son appartement : c’était pendant l’été. Lorsqu’elle aper-
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cevait un beau nuage isolé dans l’air, elle appelait à grands cris : « Garnerin , Garnerin , viens me chercher , » et répétait la même invitation jusqu’à ce que le nuage eût disparu. Elle prenait les nuages pour des ballons montés par Garnerin.
Un officier de cavalerie voyant des nuages, les prenait pour un corps d’armée que Bonaparte conduisait pour faire une descente en Angleterre.
Souvent les aliénés ramassent des pierres, des fraginens de verre qu’ils croient être des pierres précieuses, des diamans, ou des objets d’antiquité, d’histoire naturelle, qu’ils conservent avec le plus grand soin.
Nous avons à Charenton, un ancien professeur qui conserve dans sa cheminée, une quantité énorme de petites pierres auxquelles il attribue une grande valeur : il les distribue comme des récompenses d’un grand prix; il s’irrite et se fâche, lorsqu’on les lui enlève. Il croit que ce sont des caractères d’imprimerie dont il ne veut point se défaire. Un autre aliéné ramasse des pierres, des colimaçons, des débris de verre, de poterie, pour en faire, dit-il, une riche collection d’histoire naturelle. Il accuse d’ignorance ceux quine croient pas à la beauté et à la rareté de ses échantillons.
Madame de C. , arrivant à son temps critique, fut prise de monomanie hystérique: après quelques années, son délire changea de caractère. Madame.... faisait des vers, des comédies qu’elle voulait soumettre au jugement des académies, les faisant lire à toutes les personnes quelle rencontrait, s’applaudissant elle-même
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des beautés qu’offrait ses compositions. Dans les six dernières années de sa vie, elle n’écrivait plus, mais elle ramassait des cailloux , en remplissait ses meubles; de temps en temps , elle me confiait un ou plusieurs de ces çailloux, me vantait leur grosseur et leur prixf me recommandait de les faire remettre au roi , afin de rétablir les finances de l’état.
Les effets de la lumière réfléchie sur les parois des appartenions qu’habitent les aliénés, ou modifiée par des objets d’ameublement, sont encore des occasions fréquentes d’illusion.
Un M. ***, attaqué de lypémanie-hypocondriaque, frappait continuellement, avec sa canne, sur les meubles de son appartement ;et même d’un salon où il y avait plusieurs personnes; et plus il marchait vite, plus il frappait; j’ai fini par savoir que l’ombre projetée sur le parquet par les meubles, était, par lui, prise pour des rats. L’ombre produite par le malade passant entre les meubles et la lumière, lui faisait croire que les rats étaient en grand nombre, et alors il frappait pour les effrayer; plus il marchait vite, plus les jeux de la lumière étaient rapides, plus le malade croyait que le nombre de rats avait augmenté.
J’ai donné des soins à une jeune dame qui s’ètait occupée beaucoup d’art et de littérature : son imagination était très active. Cette dame était maniaque, elle passait la nuit dans l’insomnie, ravie des beaux tableaux qu’elle voyait dessinés sur les rideaux de son lit et de ses croisées. Elle exprimait tout haut sa joie et son ravissement. Je lui ai rendu le soin-
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meil , en la privant de lumière , pendant la nuit.
Une jeune dame atteinte d’un second accès de manie, refusait très souvent les al miens qui lui étaient servis. Lui en demandant la raison , elle me répondit que ses aîimens étaient quelquefois hérissés dVguilles et d’épingles.
Les aliénés ne peuvent souvent ni lire ni écrire; il ne faut pas toujours en accuser l’impuissance du cerveau, et l’affaiblissement de la raison. Il arrive à quelques-uns de ces malades que lorsqu’ils lisent ou écrivent , les lettres chevauchent les unes sur les autres, ou bien quelles se meuvent , comme si elles s’élancaient du papier. Ce qui évidemment les empêche de lire ou d’écrire.
Mais ces illusions de la vue sont-elles bien le résultat de l’action anormale des yeux, action que ne rectifie pas la réaction cérébrale? Les deux faits suivans répondent suffisamment h cette question.
Reil rapporte qu’une dame aliénée avait des accès d’agitation et même de fureur : la femme de chambre de cette dame, voulant un jour contenir la malade, posa les mains sur ses yeux. Aussitôt la malade revenue à elle, fut parfaitement calme, eu disant qu’elle ne voyait plus rien. Le médecin, instruit de ce phénomène , le constata lui-même , et acquit la conviction que l’agitation de cette malade était produite par le trouble de la vue qui lui représentait des objets effayans.
J ai donné des soins à un jeune militaire allié à la famille de Bonaparte. Après beaucoup d’écarts de
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régime et des mécomptes de fortune , il devint maniaque, et me fut confié. Il voyait, dans toutes les personnes qui l’entouraient, des membres de la famille impériale ; il s’irritait et s’emportait dès qu’il voyait les domestiques remplir quelque devoir servile; il se prosternait aux pieds de l’un d’eux qu’il prenait pour l’empereur; il demandait grâce et protection. Je m’avisai, un jour, de lui bander les yeux avec un mouchoir. Dès ce moment le malade fut calme et tranquille et parla raisonnablement lui-même de ses illusions. J’ai répété plusieurs fois la même expérience , avec le même succès. Une fois entre autres, j’ai conservé pendant douze heures, le bandeau sur les yeux du malade qui n’a point déraisonné pendant tout ce temps; mais aussitôt qu’il put voir, le délire recommença.
L’odorat, comme les autres sens, trompe les aliénés. Ces malades sont très défians , et refusent les alimens parce qu’ils les trouvent d’une odeur désagréable ; aussi la plupart flairent-ils les alimens solides ou les boissons qu’on leur offre, avant d’y goûter, et ils les repoussent quelquefois avec fureur, croyant sentir la présence du poison.
Plusieurs aliénés sentant des gaz répandus dans l’air, les croient malfaisans et propres à les empoisonner.
Un de nos malades, qui a par moment de la dyspnée , me répète souvent : Je ne sais pas ce quil y a dans l’air , mais je ne peux respirer. Il contient du méphitisme qui m’ôte la respiration ; je maigris horriblement , et j’en mourrai.
J’ai vu des aliénés très agités, très inquiets, calmés
CHEZ LES ALIÉNÉS
par des odeurs agréables répandues dans leur appartement.
Presque toujours au début et quelquefois dans le cours des maladies mentales, les fonctions digestives sont primitivement ou secondairement troublées, les aliénés trouvent un mauvais goût à tous les alimens qu’on leur présente, d’où ils concluent que ces alimens sont empoisonnés; ils les rejettent avec fureur ou avec effroi. Ce phénomène provoque encore, chez ces malades, l’aversion pour les personnes qui les soignent, et cette aversion est d'autant plus énergique, que ces personnes leur étaient plus chères et plus dévouées : qu’y a-t-il de plus affreux que la crainte d’être empoisonné par ceux qu’on aime? Cette crainte et la répulsion des alimens cessent après peu de jours, soit par la diète, soit après quelques évacuations, lorsque l’embarras gastrique ou l’irritation de l’estomac sont dissipés. Ce symptôme, si inquiétant pour ceux qui n’ont pas l’habitude d’observer les aliénés, n’a rien de grave. Il n’est point alarmant comme le refus obstiné de quelques monomaniaques qui ne mangent point, soit pour obéir à une idée fixe qui les domine, telle qu’une expiation, la crainte de manquer à un précepte religieux ou à l’honneur, soit pour terminer leur existence.
Il arrive aussi que la sécheresse et l’aridité de la membrane muqueuse de la langue et de la bouche, persuadent à quelques aliénés qu’on mêle de la terre dans leurs alimens, qu’on veut leur faire manger de la viande gâtée, tandis que dans d’autres cas , particulièrement dans la démence, le goût étant détruit, ces malades man-
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gcnt les substances les plus dégoûtantes et les plus fétides.
Le tact, appelé si souvent par la raison, pour dissiper les erreurs des autres sens, trompe quelquefois les aliénés. J’ai déjà cité plusieurs faits qui démontrent que la perversion de la sensibilité de la peau, cause de nombreuses illusions sur les qualités des corps a m b la ns ou mis en contact avec l’organe cutané.
Lorsque l’inflammation ou quelque autre lésion a lieu clans les méningés ou dans le cerveau, alors les membres des aliénés sont quelquefois Iremblans : les extrémités de leurs doigts ont perdu la sensibilité normale. L’attention ne dirige plus l’application des organes du toucher, la mémoire est infidèle. De là naissent des illusions sur les impressions tactiles des corps. Ces malades sont maladroits, saisissent mal, et ne retiennent pas ce qu’ils prennent. Ils cassent ou laissent tomber les objets qu’ils ont saisis. Il jugent mal de la forme, de l’étendue, de la solidité , de la pesanteur des corps, l’état pathologique du cerveau ne permettant point de rectifier ces illusions.
Une dame très affaiblie par une couche et par des évacuations sanguines faites pour combattre uu accès de manie , éprouvait une constipation opiniâtre. Je prescrivis des lavemens; malgré son agitation , madame *** voulut les prendre elle-même. A peine lui cut-on remis la seringue entre les mains, qu’elle la rejeta avec horreur. Le même fait s’est renouvelé plusieurs fois. Cette dame m’a assuré, depuis, que la seringue lui avait paru si pesante, qu’elle l’avait crue
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remplie de mercure, et s’était persuadée qu’on voulait faire de son corps, un baromètre..
Conclusion. — De ce qui précède, je crois pouvoir conclure :
i° Que les illusions sont provoquées par les sensations internes et externes.
2° Que les illusions sont le résultat de l’action des extrémités sentantes et de la réaction du centre nerveux. ,
3° Que les illusions sont aussi souvent provoquées par l’excitation des sens internes que par celle des sens externes.
4° Que les illusions ne peuvent être confondues avec les hallucinations (visions), puisque dans celles-ci le cerveau seul est excité.
5° Que les illusions égarent le jugement sur la nature et la cause des impressions actuellement reçues, et poussent les aliénés à des actes dangereux pour eux et pour les autres.
6° Que le sexe, l’éducation, la profession, les habitudes, en modifiant la réaction cérébrale, modifient le caractère des illusions.
7° Que les illusions prennent le caractère des passions et des idées qui dominent l’aliéné.
8° Que la raison dissipe les illusions de l’homme sain d’esprit, tandis qu’elle est impuissante pour détruire les illusions de l’aliéné.
Ce mémoire ne sera pas sans intérêt, si, par l’observation, j’ai constaté un phénomène psychologique mal apprécié, quoique fréquent, dans le délire; si les faits
2^4 DES ILLUSIONS chez les aliénés.
que j’ai rapportés, jettent quelque lumière sur l’histoire encore si obscure des aberrations de l’entendement; si ces mêmes faits fournissent des vues thérapeutiques applicables au traitement des maladies mentales.
DE LA FUREUR
DE XiA FUREUR.
La fureur est un emportement violent, causé par l’égarement de l’esprit ou du cœur : on appelle furieux, l’homme qui, transporté hors de lui par le délire ou par quelque passion, s’exhale en propos, en menaces, en actions, et cherche à nuire aux autres et à lui-même.
La fureur exprime le plus haut degré d’exaltation des passions véhémentes. On aime ou l’on hait avec fureur. On appelle fureur un violent accès de colère. Le fanatisme religieux, politique et l’enthousiasme se convertissent quelquefois en véritable fureur. Cet état extrême des passions , qui prive l’homme de la raison , qui le porte aux déterminations les plus funestes , conduit assez souvent à l’aliénation mentale; il cause des hémorrhagies , des convulsions, l’apoplexie, la mort.
Dans la fureur , la face est colorée, ou très pâle, toujours convulsive, l’œil est en feu, le regard farouche, la voix haute et saccadée, le ton menaçant, tout le corps est convulsivement agité. La fureur est expansive dans la plupart des cas; elle est quelquefois morne, concentrée; elle est toujours suivie de lassitude, de brisement des forces.
226 DE LA. FOREUR
La fureur est un accident , un symptôme , c’est la colère du délire. Elle a éfc confondue avec la manie par les anciens et par plusieurs modernes; de même qu’on a confondu avec l’hydrophobie la rage, qui est un degré extrême de fureur. La manie consiste dans un délire général chronique sans fièvre, avec exaltation de la sensibilité et des forces motrices, par opposition avec la démence, qui est un délire général, chronique sans fièvre avec diminution des forces. Mais tous les maniaques ne sont pas furieux, comme tous les hydrophobes ne sont pas enragés ; mais la fureur éclate dans tous les délires, même dans le délire fébrile; la fureur éclate dans toutes les aliénations mentales, même dans la démence; elle éclate dans plusieurs maladies qu’on ne peut confondre avec la manie, telles que les méningites, l’hystérie, l’hydrophobie; elle éclate dans l’ivresse, après l’usage de certains poisons, etc. Donc la fureur est un symptôme très distinct de la manie, elle peut bien appartenir à une variété de manie, mais non lui fournir un caractère spécifique, puisqu’on l’observe dans plusieurs variétés de monomanie, de lypémanie, de démence et d’idiotie.
Le tempérament sanguin et surtout le tempérament bilioso-ncrveux , très irritables l’un et l’autre, prédisposent à la fureur. La chaleur brûlante de l’air , certaines constitutions atmosphériques, certains vents rendent plus imminentes les explosions de fureur, ainsi que toutes les circonstances qui augmentent l’impulsion du sang vers la tête , ou excitent le système nerveux cérébral.
DE LA FUREUR
La fureur est causée par T usage, ou mieux par l’abus de plusieurs substances introduites dans l’estomac; le vin, les liqueurs alcooliques, l’opium, etc., jettent dans la fureur. Il eu est de même de la méningite, de l’hydropkobie et de l’hystérie. Dans tous ces cas, des hallucinations, des illusions des sens, la perversion des affections morales qui bouleversent la raison , rendent furieux. Si les maniaques sont plus souvent furieux que les autres aliénés, il faut en accuser leur tempérament, leur extrême susceptibilité, l’exaltation de toutes leurs facultés, ce qui les rend excessivement impressionables , par conséquent très irritables, très colères. L’homme en démence est rarement furieux, parce que l’innervation, chez lui, est sans force, la sensibilité est presque éteinte , les impressions sont presque milles. Par. plus que toutes les autres déterminations du délire, la fureur n’est automatique, dans ce sens que les furieux ne se livrent point sans motif à leurs emportemens. C’est pour éviter quelque danger dont ils se croient menacés, pour résister à des contrariétés vraies ou imaginaires, ou enfin pour se venger de ceux qu’ils prennent pour leurs ennemis , que les aliénés se mettent en fureur. J’aurai cependant à signaler quelques exceptions en parlant de la monomanie homicide. 1
La fureur est rarement continue; elle est intermittente, comme l’action des causes qui la provoquent; si elle est continue, elle ne peut être de longue durée.
1 Voy. note sur la monomanie homicide.
DE LA FUREUR
Elle est toujours un symptôme fâcheux clans la fièvre ou dans les phlegmasies. Il n’en est pas de meme dans l'aliénation mentale; la fureur est critique dans la démence consécutive. Lorsque après un traitement trop débilitant, les aliénés sont tombés dans la démence, s’ils reprennent des forces, la manie et souvent la fureur, mettent fin au délire. C’est ce qui avait été observé par Pinel sur les aliénés qui, après avoir subi un traitement à l’Hôtel-Dieu, étaient envoyés à Bicêtre dans une démence profonde. L’on voit aussi la fureur se terminer par la démence incurable, et quelquefois il suffit d’un seul jour de fureur pour cela. La fureur qui cause tant d’effroi et tant d’inquiétude à ceux qui ne sont pas familiarisés avec des aliénés, loin d’aggraver le pronostic de l’aliénation mentale, laisse plus d’espoir de guérison. Les maniaques et les monomaniaques furieux guérissent plus souvent que les aliénés calmes et faciles. Chez ceux-ci, il y a moins de force, moins d’énergie, moins de réaction ; les guérisons sont plus difficiles. Il n’est pas rare qu’après un accès de fureur , les aliénés deviennent plus calmes et plus raisonnables. Mais si la fureur est continue, si le délire est général et tellement intense qu’il ôte au furieux jusqu’au sentiment de sa propre existence, on peut craindre que le malade ne résiste pas à cet excès d’excitation , et que la mort ne survienne promptement. Si les aliénés dans leur fureur, commettent quelque acte d’atrocité, il est à craindre qu’ils ne guérissent point. Je n’ai point vu guérir d’aliéné ayant tué ses enfans, ses parens ou ses amis; mais ils ne sont pas incu-
DE DA. FUREÜR. 22C)
râbles lorsqu’ils n’ont compromis que leur propre existence.
La fureur étant un des symptômes les plus alarmans de la folie, doit attirer une attention particulière, mais elle n’exige point un traitement spécial : son traitement doit rentrer dans celui des maladies dont elle est le symptôme, il réclame néanmoins des soins hygiéniques spéciaux. C’est pour avoir pris la fureur pour la folie elle-même, pour avoir donné à ce symptôme une grande importance thérapeutique, qu’on a commis tant d’erreurs très graves dans le traitement des aliénés furieux. On saignait, avec excès, les furieux, dans l’intention d’abattre leurs fox’ces et l’on ne s’apercevait pas quela perte du sang augmentait le mal ; qu’elle necalmait les malades qu’en les privant de la puissance de réaction nécessaire à la solution de la maladie.
Ce symptôme a été la cause d’erreurs d’une conséquence plus générale, et non moins funeste aux aliénés. ÎSe voyant dans les fous que des furieux, on a logé, traité tous les aliénés comme des êtres dangereux et malfaisans, prêts à tout détruire, à tout exterminer, dont il fallait garantir la société : de là les cachots, les loges, les grilles, les chaînes, les coups, moyens qui, èn exaspérant le délire, étaient un des principaux obstacles à la guérison des aliénés. Depuis que ces infortunés sont traités avec bienveillance, le nombre des furieux a diminué au point que , dans les hospices bien tenus et convenablement distribués , sur plusieurs centaines d’aliénés, on n’en rencontre quelquefois pas uu seul qui soit en fureur.
DE LALIÉNATION MENTALE
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