‹ Des maladies nerveuses en général, de l'épilepsie en particulier, et des moyens de les combattre avantageusement; recherches précédées d'un court examen physique et moral du système nerveux, et mêlées de réflexions sur quelques changemens à faire subir à notre législationChapitre 32 sur 33 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En résumant tout ce qui a été dit dans cet Essai, nous pensons sérieusement que les maladies nerveuses sont , à proprement parler , les maladies qu’engendrent les ralïinemens de la civilisation - que, pour diminuer la fréquence de ces affections , il faut s’attacher moins à faciliter les progrès de l’esprit humain qu’à faire germer dans le cœur de l’homme les vertus propres à le préserver des passions , soit par un système d’éducation hase sur la religion ( car sans celle-ci point de bonne morale) , soit par des lois en harmonie avec notre position sociale. Ainsi nos lois criminelles , notre Code pénal surtout , exigent une réforme complète. La graduation des peines , leur application , la latitude laissée aux juges , la classification des crimes et délits , tout a besoin d être changé ; ces lois manquent par les bases.

En examinant seulement les horreurs commises pendant et depuis nos discordes politiques, les causes qui les ont amenées , nous persistons à considérer ces horreurs comme les tristes et affligeans effets de la névrose qui, à cette époque, envahit le corps social en France.

Qui oserait contester aujourd’hui que la corruption des esprits et des coeurs n’ait causé ce délire qui a fait passer, sous nos yeux, tant d’atrocités inouies ? Non , l’homme n’est pas ne assez méchant pour commettre de pareils attentats. Une éducation vicieuse et d’horribles exemples, peuvent seuls le rendre aussi criminel.

On a voulu remédier à cette névrose , on n’a fait qu’entretenir son intensité , parce qu on n a pu employer le véritable remede que tard j estait une monarchie légitime et constitutionnelle, qui a déjà produit un grand bien , mais n’a encore pu éteindre les derniers symptômes convulsifs , parce qu’il est des maladies chroniques qu'il faut observer long-temps , et sur lesquelles

les médicamens les plus convenables n’agissent que lentement.

Il est donc à-peu-près démontré qu’il faut bien se garder d’agiter la passion la plus irritable d’un peuple. On a remué la vanité en France , qu’en

a-t-on recueilli ? Que l’on questionne , à ce

sujet , les médecins des maisons où sont reçus les aliénés , les familles dont quelques membres gémissent dans les spasmes , les convulsions , ou les aberrations de l’esprit , inévitables effets de l’indépendance , de l’ambition , ou du vice.

Que l’on compare le nombre des affections mentales , des suicides, etc., d’aujourd’hui, à ceux des époques antérieures à t)3 , par exemple !

L’histoire des anciens peuples nous avait assez prouvé que les empires qui veulent sortir des limites posées par la Providence , finissent par ne pouvoir se garantir de catastrophes terribles, et même d’une décadence assurée. Athènes et Rome sont encore là, pour attester que tant de

lumières embrasent lot ou tard , suivant l’expression d’un publiciste distingué.

C’est en vain qu’on chercherait à blâmer les institutions religieuses : elles n’auraient jamais été regardées que comme utiles , qu’elles sont aujourd’hui reconnues indispensables par les hommes amis de l’ordre , de la tranquillité de leur pays , et jaloux d’assurer le bonheur des générations futures ; et , en effet , ne peut s’empêcher de s’écrier un médecin moderne , quoiqu’entaché d’un peu de philosophisme : « Que ne devrait -on pas attendre d’un certain nombre d’hommes qui vivraient exempts de soucis relativement à la vie animale , qui ne seraient dérangés par aucune affaire domestique , et qui y choisis parmi les plus privilégiés de la nature , se réuniraient ensemble de plein gre , pour travailler de concert y se communiquer leurs opérations , se consulter mutuellement , et pouvoir faire en commun ce qui leur serait impossible privativement. » Les institutions monastiques seules présentent ces précieux avantages.

On a dû voir , dans la première partie de ce livre , que toute l’organisation humaine se réduit à deux principes : l’âme et le corps , ou l’esprit et la matière ; que la première commande , et l’autre exécute, et que ces deux puissances sont soumises à la volonté d’une intelligence suprême, infinie, dont on voit les actes sans concevoir leur source.

Le cerveau est le centre de l’intelligence humaine ; de là partent tous les ordres de celle-ci , qui , d’après les impressions quelle a reçues d’enhaut par les agens extérieurs , comme la lumière sur l’œil , les saveurs sur les nerfs du goût et de l’odorat , etc. , sont portés vers les extrémités de l’empire de la pensée par un fluide contenu dans les nerfs. Ce dernier laisse en passant, dans les chefs-lieux organiques , des secours , des instructions , et revient ensuite au cerveau , rendre compte de sa mission , et recevoir de nouveaux commandemens , s’il y a lieu.

Ces commandemens , transmis par les nerfs , sont exécutés par des organes qui portent le

nom de muscles, de glandes, d’artères, cœur, estomac , intestins , etc. Telle est la vie : la rupture de son plus petit chaînon peut causer la perte de tout l’édifice , lorsque Dieu le veut.

Nous avons exposé succinctement les derangemens auxquels cet édifice est sujet, quant au système nerveux ; fait connaître les causes de ces dérangemens, et les moyens d’y remédier ou de les pallier , lorsqu’ils n’ont pu être prévenus par une éducation convenable , ou combattus par des lois appropriées aux circonstances où se trouvent les peuples au milieu desquels on a laisse penetrei la corruption.

Enfin nous avons fait voir que , suivant les cas , on peut retirer de très grands avantages du trépan , de la section des nerfs , de l’armoise , du laurier-cerise, de l’aimant, etc., etc., et que, pour espérer de guérir l’épilepsie, il faut, de toute rigueur, se rendre maître de la cause, plus particulièrement pour cette maladie que pour d’autres affections.

Heureux si nous avons satisfait à noire lecteur ; heureux surtout si nous parvenons à être utile aux personnes atteintes de névroses ; c’est là tout ce que nous ambitionnons !

Nous croyons devoir présenter ici, par département , le nombre des épileptiques connus. Nous n’y comprendrons pas ceux de ces malheureux que l’amour-propre des parens tient au secret , ni ceux que l’on traite dans les hôpitaux ; ils y reçoivent des secours, nous ne devons donc pas nous en occuper.

Puisse ce tableau fixer l’attention du digne directeur des établissemens d’utilité publique , M. de Bois-Bertrand , qui ne connaît d’autre ambition que celle d étendre et d’affermir l’empire de la bienfaisance.

L humanité loue déjà les nobles qualités de son âme et de son cœur ; elle redira ses constans efforts en faveur des êtres qui languissent dans les convulsions et les déchiremens.

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