CHAPITRE II
I. De T Appareil (i) des sens destiné à recevoir les impressions externes.
Malgré les découvertes plus ou moins ingénieuses des Vésale , des \\ illis, des Vieussens , des Winslow , des Bichat, des Gall , des Legallois, etc., nous sommes porté à croire qu’il n’existe qu’un système nerveux dans l’économie animale. En effet , le nerf grand sympathique (2) dont on veut , à toute force , faire un
(1) Assemblage d’organes dont le but est de concourir à l’exercice d’une même fonclion; ainsi la trachéeartère, le poumon et sa membrane, forment l’appareil de la respiration , etc.
(2) Ce nerf, ainsi nommé par Winslow , et que Chaussier appelle trisplanch nique , à cause des trois sortes de viscères auxquels il envoie des rameaux, est cette série de ganglions et de filets de communication qui s’étendent le long de la colonne vertébrale depuis le col jusqu’au bassin.
système nerveux distinct , ne prend-il pas naissance dans la moelle épinière , et cette dernière n’est— elle pas la suite , la continuation de la moelle allongée , qui est la réunion de toutes les parties blanches ou médullaires que Ton aperçoit à la base de r encéphale ? N’y a-t-il pas d’ailleurs une identilé parfaite entre la substance médullaire des nerfs et celle du cerveau ?
Qu’on nous cite maintenant un nerf qui ne soit pas fourni par un autre nerf dépendant du cerveau , et nous admettrons la division qui a été établie.
Les nerfs cardiaques, les grands et petits splanchniques , le ganglion semi-lunaire , le plexus solaire, le rénal, les ganglions lombaires et sacrés, ne naissent-ils pas des différentes portions du trisplanchnique ? et, encore une fois, ce dernier n’estil pas une production cérébrale ?
Parce que la branche nerveuse , dite ophthalmique, est une des divisions des nerfs triju-
meaux , clic ne sera pas considérée comme une dépendance du cerveau ?
Allons plus loin. Tl est convenu, et meme constant, que les artères naissent des ventricules du cœur ; eh bien ! les artères coronaires , par exemple, qui sont fournies par la portion ascendante de l’aorte , qui naît de la base du ventricule
gauche du cœur, ne seraient donc pas considérées comme provenant de cet organe.
On aura beau nous dire que, dans certains animaux , il y a des nerfs sans cerveau ; que les acéphales sentent et se meuvent, etc. , nous répondrons à ces objections que nous ne croyons pas que l’organe de toute sensation et de tout mouvement volontaire soit , dans tous les animaux , borné à l’ensemble de la substance nerveuse renfermée dans le crâne. Cet organe , quclqu imperceptible qu’il soit, existe toujours, selon nous, et
ailleurs que dans le crâne, dans quelques classes d animaux d un ordre très inférieur. Gardons-nous de croire qu’une chose n existe pas , par cela seul
que nous ne pouvons la voir. Tout a une origine ; ii s'agit de la découvrir. Il n’est point d’acéphales, proprement dits, quoi qu’en disent quelques écrivains célèbres. La plus petite parcelle nerveuse peut servir de cerveau, et toutes les expériences faites sur des Lortues et des pigeons , par Duvernoy et autres, prouvent seulement qu on n’avait réellement pas enlevé le cerveau de ces animaux , puisque ces derniers continuaient a faire toutes leurs fonctions ; on avait pu les priver d’une partie nerveuse qui n’était pas la source primitive des organes des sens et du mouvement.
Rendons grâces aux anatomistes qui , sous d’autres rapports, ont fait faire de si grands pas à la science j mais simplifions , s’il est possible , l’étude de l’organisation humaine. Les sciences, en acquérant trop de développement et de surface, peuvent quelquefois perdre de leur solidité et de leur profondeur.
Les nerfs sontdes organes exclusifs de la sensibilité ; ceux des sens, proprement dits , viennent directement du cerveau et de la moelle épinière ;
ils sont spécialement chargés de recevoir les impressions externes. De ce nombre sont les organes
immédiats de la vue, du goût, de l’odorat, de l’ouïe , du loucher.
Les nerfs de l’œil et de ses dépendances , sont 1 oculaire y Y oculo-musculaire commun, Yoculomusculaire interne , Y oculo-musculaire externe , et l’ orbito-palpébral. Ces nerfs , que le cerveau fournit à l’œil , ne sont point les seuls que cet organe reçoive ; le IHsplanchnique lui en fc .mit aussi. Aucun anatomiste n’en parle ; c’est Chaussierqui , le premier, a fait connaître cette disposition-, qu’avait cependant pressentie Petit de Naniur.
La langue, organe spécial du goût, présente trois nerfs principaux , qui sont le rameau lingual de la cinquième paire , Y hypoglosse et le glosso pharyngien, quelques filets venant du maxillaire supérieur, du ganglion sphéno-palalin ou nasopalatin de Scarpa.
11 paraît que c est surtout dans le rameau lingual et le grand hypoglosse que gît le goût , puis-
que la section de ces deux parties nerveuses entraîne également la perte de ce sens.
L7odorat a lieu dans les fosses nasales et la membrane pituitaire qu’elle revêt, par quelques branches venant du maxillaire supérieur, et particulièrement par le nerf olfalctif , qui lire son nom à1 olfactus , ou qui appartient à l’odorat.
L’ouïe est placée immédiatement dans le vestibule , le limaçon et les canaux demi-circulaires (parties de l’oreille interne). Ce sens ne reconnaît d’autre ressort que le nerf auditif, dont les rameaux se distribuent aux parties de l’oreille interne que nous venons de nommer.
Le toucher réside notamment dans la peau, membrane formée de deux feuillets , l’épiderme et le derme. Les nerfs que la peau reçoit sont plutôt des extrémités nerveuses, sous forme de papilles , qui ne fondent pas un système nerveux spécial , mais qui proviennent des mêmes centres que ceux qui se distribuent aux organes des mouvcmens volontaires.
2. Del appareil des sens destiné a recevoir les impressions internes. Les nerfs qui composent l’appareil, dont il s’agit dans cet article, sont ceux qui se terminent dans la profondeur des viscères.
Nous citerons seulement les deux plexus pulmonaires q ui naissent du nerf vague ou pneumogastrique , et sont destinés à la membrane et aux glandes muqueuses des poumons. Nous croyons inutile de citer ici ceux des appareils digestif, génital, etc.
3. De t appareil des sens destiné a transmettre les impressions internes. Les rameaux nerveux qui, provenus des ganglions , vontse distribuer aux diffère™ viscères de la digestion, etc. Notre opinion est que les extrémités des nerfs reçoivent les impressions que ceux-ci transmettent par leurs anastomoses ou communications au siège de la perception des sensations , qui est le cerveau.
« Le besoin de respirer, dit M. Broussais , est le résultat d une impression interne qui réside dans la membrane muqueuse pulmonaire ; il est trans-
mis au cerveau par le nerf de la huitième paire , qui a des expansions dans celle membrane. Le point du cerveau qui le reçoit est celui où ce nerf aboutit , c’est-à-dire , la partie supérieure de la moelle allongée , et c’est aussi de là que part la volition qui met en contraction les muscles dilatateurs de la poitrine. Mais ce n’est pas par les nerfs de la huitième paire, qui ont apporté la sensation du besoin de respirer, que chemine celle volition; elle parcourt la moelle allongée, se répand dans la moelle épinière , et , de là , dans les nerfs cervicaux qui vont animer les muscles dilatateurs de la poitrine : ainsi l’acte de T inspiration est provoqué par une sensation ; le point d’où naît la huitième paire est celui où aboutit la sensation du besoin de respirer, et la volition qui va mettre en activité les muscles inspirateurs descend parla moelle cervicale. ( Journal universel des Sciences médicales'). »
Quoiqu’on puisse demander à M. Broussais ce qu’il en sait , voilà néanmoins des idées séduisantes sur le mécanisme de la respiration. Nous les devons à un médecin militaire , qui, avec les Cosle,
les Père y, les Descend tes , les Larrey, les Coufaneeau, etc. , etc. , a porté aux confins de l’Europe la réputation médicale de son pays , comme les guerriers, auxquels ces médecins prodiguaient leurs soins généreux, ont su y faire arriver la gloire de nos armes. Qu’on ne croie cependant pas qu’en plaçant M. Broussais au nombre des plus grands médecins de notre époque, qu'en reconnaissant qu il a presque changé la face de l’art de guérir, nous cessions d’im prouver l’opinion qu’il a de ne voir que les solides, et les altérations dont ils sont susceptibles.
Ce serait peut-ctre le cas de faire mention ici de la cause qui préside à l’exercice des fonctions cérébrales.
Mais moins hardi, et surtout moins pénétrant que les psychologistes , nous nous abstiendrons d entrer dans l’examen des phénomènes de la pensée. Aucune de nos facultés intellectuelles ne peut s’expliquer nettement que par la révélation. La physiologie n’y peut rien, la philosophie non
plus , nous entendons la philosophie purement raisonneuse qui se sépare de la religion.
Siquelque chose estprouvé en philosophie, c est que les premières vérités ne peuvent être ni senties y ni démontrées . Leur origine est donc en Dieu , source de toutes vérités, ou, pour mieux dire, Ici vérité meme.
La cessation de la perception et du mouvement que produit quelquefois la section des nerfs qui unissent les appareils de la locomotion et des sens, ne prouve pas que l’intégrité du cerveau 3oit indispensable pour assurer l’existence des actes de l’entendement. Nous avons vu des individus qui ont vécu et joui de toutes leurs facultés intellectuelles, après avoir perdu une partie plus ou moins grande de leur cerveau.
Le siège de famé est entièrement ignoré ; elle est partout, comme le Créateur du monde d’où elle descend, invisible comme lui, comme lui inaccessible au scalpel. Ainsi cest lame qui pense, qui voit, qui agit, qui veut, qui entend ,
qui est libre, qui sc souvient, qui prévoit, etc. Elle n’est point corporelle , elle est toute divine , et il est aussi impossible d’expliquer l’existence de Dieu que de la nier.
Prenons la mémoire, pour exemple de l’erreur des philosophes. Cond illac regarde cette faculté comme un effet de l’habitude que le cerveau ( qu’un célèbre anatomiste nomme l’homme inté rienr)dL contractée d’exécuter certains mouvemens.
N’est-ce pas là un premier pas vers la brute? L’habitude facilite bien le retour d’une série d’actes quelconques, mais ne suffit pas pour le déterminer. Nous avons, à coup sûr, n’en déplaise à ces messieurs, un œil, une ouïe, un odorat, etc., intérieurs.
Nous engageons le lecteur à méditer les admirables chapitres de Saint Augustin , sur la mémoire et sur les autres facultés de l’âme, dans les derniers livres de ses Confessions; l’excellent ouvrage de M. l’abbé Montaigne, sur les sourds-muets; l'introduction à la Philosophie, de M. Laurentïe.
Il ne nous est pas plus possible d’expliquer le mécanisme des sensations que les effets que leur attribuent les philosophes.
Toutes les idées nous arrivent par les sens , dit Locke. Les organes des sens frappés par les impressions extérieures, ajoutent quelques physiologistes, s’en emparent, et après les avoir modifiées, les confient aux nerfs qui les transmettent à l’encéphale , comme les veines transportent au cœur le sang contenu dans les extrémités capillaires : mais quelle est la force qui pousse ce sang ?
Par quel mécanisme les nerfs remplissent-ils leur double emploi ? est-ce par une sorte d’ébranlement? mais ces cordons ne sont pas tendus. Ou bien , comme l'analogie de leurs usages avec les deux ordres de vaisseaux sanguins a pu le faire présumer, est-ce par le secours d’une espèce de fluide soit électrique, soit galvanique, sécrété par lenévrélime(i)? Mais rien n’en démontre Fexis-
(i) Espèce de tunique membraneuse qui forme un
tence malgré la supposition de M. Cuvier; et celle existence fut-elle prouvée, elle n’expliquerait rien encore, et ne ferait que reculer la difficulté. En effet, comment ce fluide agit-il pour déterminer les opérations de l’entendement? Ne peut-on pas aussi bien se demander comment les sensations agissent-elles ? Toutefois il se passe probablement dans le cerveau, quand il est en activité, un changement d’état, peut-être une série quelconque de mouvemens inappréciables.
11 en est de même de la conscience, du librearhire ; il faut le croire, parce qu’il nous est révélé et non parce qu’on le sent. Il y a grand nombre de gens qui sentent qu’il n’y a pas de conscience, et qui se conduisent en conséquence.
lousles philosophes des écoles modernes ont pris pour base de leurs raisonnemens un homme philosophique , cest-à-dire isolé , qui n’a jamais
véritable canal pour chacun des nerfs. Bicliat, et avant lui Red, en ont démontré l’existence, mais ne nous ont rien appris sur sa nature intime.
existé. L’intelligence de l’homme se développe par la parole , parce qu’il est impossible de le concevoir autrement que comme être social. Supposez-le seul, sans rapport avec ses semblables ; ses sens, loin de développer son intelligence, nel’élcveront pas même à l’instinct de l’animal, parce que l’instinct de la brute est dans Y ordre de la création, et que l’homme isolé n’y est pas. Nous prions encore le lecteur de voir sur ce point l’ouvrage très curieux et très instructif de M. l’abbé Montaigne, sur les sourds-muets.
Ainsi Locke, Condiliac, comme tous les philosophes que l’on nomme sensualistes , par opposition à ces autres insensés que l’on appelle spiritualistes, etc. , ont cherché la vérité hors du christianisme, c’est-à-dire là où elle n’est pas. Cette philosophie cartésienne est certainement ce que
l’esprit humain a produit de plus faux. Elle tombe maintenant de toutes parts dans le mépris, et on la ruine de fond en comble.