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CHAPITRE IV

MODIFICATIONS QUE LE SEXE APPORTE AUX MANIFESTATIONS DE LA VIE ET DE L'INTELLIGENCE.

Les êtres qui occupent le dernier rang du règne organique sont produits, dans des conditions données, par la force plastique de l'univers, sans qu'ils aient le pouvoir de se reproduire eux-mêmes. Tels sont , parmi les végétaux, les plantes agames, les algues, les lichens, les champignons; et parmi les animaux, les infusoires.

L'alliance de l'air et de la terre, de l'humidité et de la chaleur suffit pour donner lieu à ces productions spontanées de la nature.

Ces productions nous offrent pourtant quelque chose de plus que ce qui se trouve dans chacun des agents producteurs , une vie propre , une vie

jusqu'à un certain point indépendante : or, comme on ne saurait trouver dans l'effet plus qu'il n'y a dans la cause, il est de toute évidence que les agents dits producteurs ne sont ici que des moyens, que des organes dont se sert le principe animateur de tout ce qui est.

Ce principe est vie et intelligence, puisqu'il organise la matière avec art et qu'il la meut et la dirige vers un but déterminé.

Toute organisation est un travail de V esprit.

Tout mouvement est une émanation directe ou indirecte de la vie , et la vie elle-même est esprit,

La génération est donc un acte du principe spirituel qui arrive à ses fins par des moyens mécaniques.

Ce principe forme d'abord spontanément au sein de la nature les êtres de l'organisation la plus simple; puis, à un degré plus élevé, il reproduit l'individu par le secours de ses propres organes , comme cela a lieu dans le règne végétal ; et enfin, quand l'organisation se complique et que la vie se développe, le concours de deux individus devient nécessaire; il faut une multiplication de forces.

Dans ces divers modes de reproduction, il y a toujours antagonisme, parce qu'il y a toujours un

des agents qui répond particulièrement au principe actif, et un autre qui représente la substance passive.

Cette distinction détermine ce que nous nommons le sexe.

Le sexe féminin possède en grande partie, si ce n'est en totalité, les éléments de la génération, le germe.

La graine est en germe dans l'ovaire des plantes, avant même la fécondation, comme l'embryon est en germe dans l'ovaire des animaux femelles, avant l'approche du mâle. Le pollen des plantes et le sperme des animaux doivent être considérés comme une sorte de ferment.

Du sexe masculin vient la stimulation vitale qui anime le germe et provoque son développement dans de certaines directions, ce qui fait que le produit tient à la fois du mâle et de la femelle : de la femelle qui fournit la matière et le moule, et du mâle qui représente réellement l'artiste moteur.

Le rôle le plus actif dans la fécondation appartient au sexe masculin, et c'en est assez pour mettre la supériorité de ce côté, car l'agent d'où procède la stimulation vitale est évidemment celui où le principe animateur est le plus développé.

L'agent qui fournit les éléments matériels ne vient qu'en seconde ligne, puisque ces éléments resteraient à jamais inertes si la puissance masculine ne les appelait à la vie.

Il y a entre le mâle et la femelle, quant à la fécondation, presque la distance de rang qu'il y a entre la cause et l'effet.

Dans la génération spontanée, c'est le calorique qui représente le principe actif ou l'agent masculin, de même que l'eau représente l'agent féminin.

Il existe du reste entre le calorique et la vie, entre la lumière et l'intelligence, des rapports dont nous ne pouvons point encore apprécier la connexion, mais que l'on ne saurait méconnaître. Le calorique vivifie la nature : sous son influence, une multitude d'êtres prennent naissance, et dès qu'il est supprimé, tout développement organique s'arrête, toute vie cesse. De même, si vous supposez des êtres organisés plongés dans une nuit éternelle, vous comprendrez que ces êtres pourront avoir le mouvement, mais qu'ils n'auront jamais la connaissance intellectuelle.

Qui sait si le calorique, la lumière, la vie, l'intelligence ne sont pas des degrés divers d'une même

— 168 " — puissance? Il y a de fortes raisons pour l'affirmative.

Dès que nous considérons des individus se reproduisant eux-mêmes , nous trouvons des organes mâles et des organes femelles, c'est-à-dire des organes stimulants et des organes contenants.

Tantôt ces organes sont accouplés et réunis sur le même individu , comme dans le plus grand nombre des végétaux, tantôt ils appartiennent à deux individus distincts.

Dans l'un et l'autre cas, l'activité provocatrice est toujours le privilège de l'organe mâle.

Lors de la fécondation des fleurs hermaphrodites, les étamines et les anthères qui constituent les organes mâles exécutent de véritables mouvements. Les étamines se redressent ou s'inclinent pour atteindre le stigmate du pistil , selon que ce dernier organe leur est supérieur ou inférieur , et en même temps les anthères ouvrent leurs capsules pour répandre le pollen.

Dans les plantes dioïques où les organes mâles et les organes femelles appartiennent à des individus distincts, la fécondation s'accomplit par l'émission du pollen qui passe du mâle à la femelle,

en franchissant quelquefois des distances assez grandes. On a vu au Jardin des plantes de Paris, du temps de Bernard de Jussieu, un pistachier femelle qui jusque-là avait été stérile , produire des fruits, par suite de la floraison d'un pistachier mâle que l'on cultivait dans la pépinière des Chartreux, près le palais du Luxembourg, et qui fleurit cette même année pour la première fois.

C'est bien ici où l'on reconnaît que les générateurs ne sont que les instruments d'une puissance supérieure; car, dans ce cas, ce sont les vents et les insectes qui sont les véhicules de la poussière fécondante ; et pour que cette poussière, en si petite quantité, ne se perde pas dans l'espace et atteigne si parfaitement son but , ne paraît-il pas nécessaire qu'elle soit dirigée?

Croyez bien qu'en cela, comme dans tous les mystères de la nature , il y a quelque chose de divin.

Et quoi de plus divin et de plus intellectuel que les lois de l'attraction, de l'électricité et de la vie? Tout n'y est-il pas calculé pour des résultats prévus?

Dans le règne animal , le mâle est toujours pro-

vocateur; il a l'initiative. Le souffle de vie, la fécondation émanent de lui, et si la femelle coopère plus amplement et plus longuement à la procréation, c'est du côté matériel : son corps est, pour ainsi dire , le laboratoire de l'espèce, tandis que le corps masculin en est Y agent moteur» Aussi , dans toutes les espèces animales, la femelle est- elle marquée d'un caractère d'infériorité à l'égard du mâle : témoin la poule à l'égard du coq, la paonne à l'égard du paon, la génisse auprès du taureau, la jument vis-à-vis l'étalon, la biche près du cerf, la lionne près du lion.

Les organes de la vie végétative sont plus développés et plus actifs chez la femelle; et chez le mâle j ce sont les organes de la vie supérieure et de la vie de relation, la tête et les membres. Ces différences sont très-marquées dans l'espèce humaine.

La femme a le bassin beaucoup plus large que l'homme et la tête plus petite.

Il faut observer, en outre, que les parties antérieures de la tête sont, chez la femme, moins développées que les parties postérieures, et nous ne devons pas oublier que, s'il est quelque chose de certain dans l'organologie, c'est que les lobes céré-

braux antérieurs sont le siège des facultés intellectuelles, tandis que les lobes cérébraux postérieurs répondent aux qualités affectives , aux penchants et aux instincts.

Les qualités affectives, les penchants, les instincts dominent, en effet, chez la femme, sur les facultés intellectuelles.

La femme est un être de sentiment , et l'homme un être de raison.

Or, le sentiment n'est que la conscience vague et obscure de ce qui est ou doit être, tandis que la raison en est la perception claire , mais limitée selon les bornes de la capacité humaine.

L'homme étend sa vue plus loin dans l'infini; cela est vrai au physique comme au moral, car nous verrons bientôt que l'organe visuel a moins de portée chez la femme, de même que l'organe de l'ouïe a une réceptivité moindre pour les sons éloignés.

Le système osseux, si nous en exceptons les os

du bassin, est chez la femme moins développé, moins résistant, et l'appareil musculaire offre la même disposition.

L'homme est d'une plus haute stature; il a le

corps plus robuste , et cet avantage n'est point dû à l'éducation diverse que reçoivent les deux sexes parmi les nations civilisées, puisqu'il se fait remarquer chez les sauvages et partout où l'homme et la femme partagent les mêmes travaux.

Le tissu cellulaire, que l'on doit regarder comme le tissu élémentaire des corps organisés , est plus abondant chez la femme ; preuve que son développement personnel est moins avancé, et qu'elle doit fournir à d'autres développements.

Ce qu'elle perd ici du côté de la force, elle le gagne du côté de la beauté, car le tissu cellulaire , en soulevant la peau , efface les saillies osseuses et produit ces molles inflexions et ces contours gracieux qui séduisent nos regards ; il harmonise les diverses parties du corps par des lignes courbes insensibles, et facilite la souplesse des mouvements en lubréfîant les organes de la locomotion.

Si le cerveau, organe de l'intelligence, est plus développé chez l'homme, surtout dans ses parties antérieures, la moelle épinière l'est davantage chez la femme.

Chez elle , le corps des vertèbres a plus de hau-

teur et moins d'épaisseur, et les cartilages intervertébraux occupent plus d'espace; d'où il résulte :

1° Que la colonne vertébrale est plus longue chez la femme, ainsi que le prouvent du reste ses inflexions prononcées ;

2° Que le canal vertébral est plus ample, et partant que la moelle épinière est plus développée chez elle en épaisseur et en hauteur.

A ce sujet, nous devons nous rappeler ce que nous avons dit plus haut , que l'activité vitale est toujours en rapport avec le développement de la moelle proportionnellement au reste du corps , et que, par un contraire, ce développement, prédominant plus ou moins sur celui du cerveau, indique toujours dans la série animale un degré d'infériorité.

Les fonctions de l'élément supérieur sont donc plus favorisées par l'organisation féminine sous le rapport de l'entretien et de la conservation de l'existence, et elles le sonfc davantage par l'organisation masculine sous le rapport de la connaissance et de la direction.

La femme vit en général plus longtemps que

l'homme, bien quelle ait moins de force et que sa santé soit plus souvent troublée.

Elle fait aussi beaucoup plus de sang, mais l'homme à son tour produit plus de pensées.

Chez la femme la circulation est plus rapide , la respiration plus accélérée; elle vit plus vite, elle vit pour deux. Son existence presque tout entière se rapporte à la conservation matérielle de l'espèce.

Si l'homme a l'initiative dans l'œuvre de la génération, s'il représente le principe animateur et actif qui met en mouvement les éléments matériels et leur communique le souffle de vie, c'est la femme qui fournit ces éléments et qui travaille le plus longtemps et avec le plus de peine à leur élaboration.

La nature a tout disposé pour cela : la région des organes génitaux est beaucoup plus développée, et toutes ses dimensions sont beaucoup plus considérables chez la femme que chez l'homme.

Le tissu cellulaire, ou tissu élémentaire, est en plus grande proportion chez la femme.

La formation du sang, ainsi que nous venons de le dire, est plus active et plus abondante chez elle, et le flux périodique auquel elle est sujette paraît

surtout établi pour la débarrasser d'un excédant qui ne trouve son emploi que par la génération. En effet, l'arrivée des menstrues annonce l'époque de la puberté, et leur cessation définitive indique Tâge où la femme n'est plus en état de concevoir Leur suspension a lieu d'ordinaire dès que la grossesse se déclare et pendant l'allaitement; en tout autre temps l'absence des menstrues est un signe de stérilité.

La femme est donc en travail pendant les plus belles années de sa vie pour la nutrition de l'espèce.

Remarquez en outre que les organes de la génération ont sur elle une influence beaucoup plus marquée que sur nous : les sensations qui en émanent retentissent dans tout son être et lui causent des spasmes étranges. On ne peut s'imaginer à quel point le cerveau et les autres organes sont chez elle sous la dépendance de l'utérus. Plus de liberté d'esprit, plus de régularité dans les opérations intellectuelles dès que l'utérus est malade; toute l'économie en est troublée. Comme aussi, dès qu'il survient quelque altération dans un autre point du corps l'utérus s'en ressent.

Il est évident que l'utérus est un des pôles de l'organisation féminine.

L'âme suit cette direction.

Dès l'enfance nous voyons la petite fille manifester ses penchants par le soin qu'elle donne à sa poupée et par le plaisir qu'elle prend au ménage. Tout ce qui a pour but l'entretien de la vie matérielle l'intéresse particulièrement.

Le petit garçon, au contraire, se plaît à imiter ce qui a rapport à la vie publique, au gouvernement des villes, à Fart militaire , à la répression des délits, aux cérémonies religieuses, aux voyages, aux exercices équestres, suivant ses dispositions.

L'homme n'a pas pour la progéniture un attachement aussi sensible que la femme. Ce ne sont guère que des sympathies morales qui lient le père à l'enfant. Il y a plus que cela chez la mère; elle aime son enfant comme le fruit de ses entrailles, comme le plus pur de son sang, comme sa vie.

La substance du cerveau et des nerfs a plus de consistance, plus de densité chez l'homme; elle est plus molle chez la femme.

Faut-il voir dans ces différences organiques la cause pour laquelle la femme jouit d'une excitabi-

lité plus grande , et l'homme d'une réceptivité plus durable? Il est sûr que la femme est plus facilement et plus vivement émue, et que l'homme retient plus longtemps les sensations, ce qui permet chez lui au principe actif et supérieur de réagir plus librement.

La femme est donc moins capable que l'homme de réflexion.

Par cela même qu'elle est d'une excitabilité extrême, tout ce qui donne lieu à des sensations exagérées la trouble ou l'entraîne.

L'homme, moins sensible, est plus maître de lui; car la sensibilité qui multiplie nos rapports extérieurs, quand elle est trop développée, nous asservit.

Les nerfs émanant du rachis sont plus gros chez la femme proportionnellement au volume des muscles.

La femme nous offre tous les caractères extérieurs du tempérament nerveux : aussi en a-t-elle les qualités et les défauts, et nous la voyons souvent tomber dans les inconvénients qui se rattachent à l'exagération de ce genre de tempérament.

Extrême dans le bien, elle Test aussi dans le mal ; elle est inconstante et mobile ; elle veut et ne veut pas; elle flotte; elle hésite; elle prend bientôt en dégoût ce qu'elle recherchait avec le plus d'ardeur; elle passe de l'amour à la haine avec une étonnante facilité ; elle est pleine de contradictions.

Capable des actions les plus héroïques, elle l'est aussi des crimes les plus atroces. La jalousie transforme souvent cet ange de paix en démon de la guerre ; elle empoisonne sa rivale tout aussi bien qu'elle ferait elle-même le sacrifice de sa vie pour son amant.

Douce et impétueuse tour à tour ; timide et craintive par le sentiment qu'elle a de sa faiblesse, elle est quelquefois susceptible d'un courage extraordinaire, et, si l'on considérait le courage selon son étymologie française, comme une sorte de rage de cœur, comme un état d'exaltation , il serait vrai de dire que la femme a plus de courage que l'homme, et l'homme plus de bravoure que la femme.

L'homme, mû par une volonté ferme, voit le danger et l'affronte; la femme ne calcule rien; elle voit un but et veut l'atteindre.

Si vous contrariez sans ménagement ses désirs

impétueux, sa mobilité se change en opiniâtreté; vous la briseriez plutôt que de la réduire. Elle est terrible dans ses vengeances.

Les émotions populaires, les terreurs de la superstition , Fivresse du fanatisme politique se propagent parmi les femmes comme un incendie.

Se croient-elles menacées du courroux céleste, elles remplissent Fair de leurs gémissements; les temples ne peuvent les contenir.

Le souffle des révolutions vient-il à ébranler les bases d'un État, elles se jettent avec furie dans la tourmente; les réactions des partis nous les montrent plus acharnées, plus sanguinaires que les hommes.

Mais d'un autre côté , quand les sentiments généreux les exaltent, elles deviennent sublimes et nous laissent loin derrière elles. Arthémise et Lucrèce sont des types qui n'ont point d'analogue parmi les hommes. On ne rencontrerait pas chez nous un amour aussi désintéressé, aussi ardent que celui dont Héloïse a fait preuve au moyen âge. Son amant Àbélard offre un contraste caractéristique : plus sensuel que tendre , il ne se passionna réellement que pour les disputes de l'école, et sa

correspondance nous montre une âme satisfaite et fière de sa conquête, plutôt que touchée du dévouement d'Héloïse.

C'est une femme, Madeleine, qui personnifie le repentir, comme sainte Thérèse personnifie la dévotion, et Jeanne d'Arc l'enthousiasme politique.

La femme porte le sentiment et les passions du cœur à leur dernière limite , précisément à cause de la facilité avec laquelle elle cède aux influences étrangères : V individualité est chez elle moins prononcée. Il y a dans son organisation physique quelque chose d'indéterminé et de fuyant, quelque chose d'insaisissable qui ajoute à ses moyens de séduction en irritant les .désirs. Le sentiment de pudeur dont la nature l'a douée, et qui l'enveloppe comme un voile, agit dans le même sens.

La cohésion des parties est moindre chez la femme : tout son corps est plus flexible et plus mou. La peau } qui est V organe Imitateur de l'individu, est chez elle plus mince, plus douce, à mailles moins serrées et plus extensibles.

Les influences atmosphériques, la température et l'électricité agissent plus puissamment sur la femme que sur l'homme. La femme est dans une

union plus intime avec la nature , elle appartient plus au tout; elle en est moins distincte. Voilà pourquoi sa volonté personnelle est plus faible , et ses instincts plus forts.

Les instincts sont des manifestations de la raison impersonnelle qui agit dans les animaux sans leur participation réfléchie, pour les conduire au but providentiel.

Plus le principe actif s'individualise, plus, l'intelligence devient personnelle par la prédominance des fonctions cérébrales; moins il y a d'instinct, et plus il y a de raisonnement et de conceptions propres : c'est ce que Ton observe dans toute la série animale, c'est ce qui a lieu pour l'homme à l'égard de la femme.

La femme accomplit par instinct, avec facilité, une multitude de choses auxquelles nous n'arrivons pas aussi facilement par la réflexion; mais nous lui sommes incontestablement supérieurs dans tout ce qui demande de l'application et du raisonnement, comme dans l'interprétation des lois de la nature, dans la philosophie, les sciences mathématiques.

L'homme a toute la force physique qu'exigent

-~ 182 — les grands travaux pour la culture du sol et sa défense.

La femme a la souplesse et la dextérité que demandent les œuvres minutieuses et les détails domestiques. Elle ne saisit point les objets dont elle veut s'emparer avec autant de puissance que nous, mais elle les manie plus habilement, plus délicatement. Vous observerez qu'elle a la main plus petite et les doigts plus effilés. Elle excelle dans les travaux à l'aiguille, dans la broderie et la tapisserie. Si elle s'adonne à la peinture, elle réussit mieux dans la miniature qu'en tout autre genre.

Elle mesure moins d'espace que nous en marchant, et accomplit plus difficilement de longs trajets; mais sa démarche a une légèreté et une grâce que nous ne saurions égaler. Elle est la première, sans comparaison, dans l'art de la danse, dans cette association de mouvements harmoniques et cadencés.

En général, les organes des sens sont plus exigus chez la femme; en compensation, ils sont doués d'une sensibilité plus vive, et leur texture organique a plus de finesse, ce qui leur donne l'avantage dans les opérations qui demandent moins

de réceptivité et de force que de prestesse et d'acuïté.

La femme a le globe oculaire moins gros et le cristallin plus convexe, de sorte que si elle ne peut pas recevoir autant de rayons lumineux que nous en recevons, elle voit pourtant mieux de près; habile à distinguer les nuances délicates, elle a de la peine à mesurer les proportions d'un corps volumineux ou éloigné.

Elle a l'oreille plus petite et le conduit auditif plus étroit, mais ce conduit est chez elle plus cylyndrique qu'infundibuliforme, c'est-à-dire qu'il se rétrécit moins rapidement; et s'il admet moins d'ondes sonores, si, par conséquent, il perd les sons lointains, ceux qu'il reçoit arrivent plus directement à la membrane du tympan , et la femme est en état de discerner le timbre des sons les plus légers qui se font entendre à peu de distance.

Les organes du goût et ceux de l'olfaction ont également chez elle moins de développement et plus de ténuité, aussi la femme donne-t-elle la préférence aux aliments d'une saveur douce et aux parfums délicats.

Ces rapports différentiels dans les propriétés ex-

térieures et les fonctions sensoriales se retrouvent dans les facultés intellectuelles et les opérations cérébrales.

Chez l'homme, l'intelligence servie par des organes plus fermes et plus développés embrasse un horizon plus vaste et s'élève à des considérations d'un ordre plus élevé.

Chez la femme, l'intelligence personnelle a moins d'étendue et de puissance, mais elle est plus subtile et plus déliée.

La vivacité et la multiplicité des sensations, probablement aussi la conformation des lobes cérébraux antérieurs, ne permettent pas à la femme d'apprécier exactement le rapport des choses, leurs effets et leurs causes.

Elle a de la peine à fixer longtemps son attention sur un même objet, elle est peu propre à l'abstraction et aux généralités; mais, en revanche, elle saisit merveilleusement les qualités sensibles et les vérités de détail et pour tout ce qui ne demande que du tact, de la finesse et du goût, elle est supérieure à l'homme.

Elle a plus de ce qu'on nomme esprit, mais rarement elle atteint les hauteurs sublimes du génie. Au-

cime des grandes découvertes n'est due aux femmes., Nous ne leur devons aucun des chefs-d'œuvre qui honorent l'humanité , soit dans les arts , soit dans les lettres, et cependant beaucoup d'entre elles se sont adonnées aux arts et aux lettres par goût et par inclination.

Quelle est la femme que l'on peut opposer à Phidias ou à Raphaël , à Platon ou à Virgile ? Trouvons-nous parmi elles un Aristote? Elles réussissent dans le genre familier, dans l'expression des sentiments tendres et délicats, dans le commerce épistolaire, dans les peintures de mœurs, mais quand elles veulent s'élever à de plus hautes considérations, elles brûlent leurs ailes à la lumière.

La femme est curieuse à l'excès , non par amour pour la vérité, mais parce qu'elle a besoin d'émotions, et c'est en quoi notre curiosité diffère de la sienne. Nous recherchons laborieusement tout ce qui agrandit la sphère de notre intelligence; la femme recherche surtout ce qui l'amuse ou l'intéresse. Les scènes de la vie privée ont pour elle plus d'attraits que les secrets de la science.

Ce ne sont point les législateurs qui, les premiers, ont assigné aux deux sexes des attributions di-

verses, c'est la nature; elle seule a marqué les rangs par la différence des organisations. Tous les théoriciens du monde ne pourront rien contre elle.

La voix, qui est un indice de l'état des forces et des qualités intimes de l'être, est plus grave et plus étendue chez l'homme , elle a le ton du commandement.

Chez la femme, elle est douce,, flexible, suppliante, plus appropriée que la nôtre aux diverses intonations du chant.

La voix de l'homme convient mieux aux discussions publiques et à l'enseignement de l'école; aussi ses organes vocaux sont-ils plus développés et plus fermes. C'est là un fait anatomique bien établi.

L'excitabilité étant plus vive chez la femme, et l'individualité étant moins arrêtée, moins finie, si Ton peut ainsi dire, elle reçoit plus aisément les impressions et les traduit au dehors plus fidèlement et plus promptement; sa physionomie est plus expressive, plus mobile que la nôtre. Son âme est en quelque sorte transparente sous la frêle et délicate enveloppe dont elle est revêtue. Comme cette âme est moins retirée en elle-même, qu'elle s'appartient

moins, elle reflète avec une grande facilité les émotions passagères et empruntées : voilà pourquoi les femmes réussissent si bien au théâtre dans la mimique, et pourquoi Ton trouve plus de comédiennes habiles que de bons acteurs.

L'instinct musical est plus répandu parmi les femmes, et l'instinct poétique parmi les hommes; c'est que la musique ,est la langue du sentiment non convertie en perception, et que la poésie veut des sentiments et des idées. La musique éveille l'intelligence et provoque la naissance des idées, de toute sorte d'idées, suivant son caractère, mais elle n'en exprime aucune formellement.

Comme la femme estplus dépendante quel'homme de ce qui l'entoure, comme elle est moins distincte du tout universel et que les instincts ont sur elle plus d'empire , elle est plus intimement avertie , plus sensiblement convaincue qu'un esprit infini gouverne et vivifie le monde. Elle est plus religieuse que l'homme par le côté affectif; mais la puissance réflective et la raison personnelle étant moins développées en elle, elle subit plus aisément les diverses hypothèses que l'imagination, l'ignorance et la politique ont substituées aux vérités fonda-

mentales. Elle est enfin plus disposée que nous à la superstition et aux croyances mythologiques qui personnifient les attributs de Dieu ; elle adhère à ces croyances avec enthousiasme, et il est toujours difficile de lui faire accepter des notions simples et sans image. Nous devons respecter jusqu'à ses erreurs, si elles sont nécessaires pour entretenir un sentiment dont l'absence donnerait la mort à ame.

Puisque la femme est dans une union plus étroite avec l'infini, il n'est pas impossible que son esprit dépasse quelquefois les limites du temps et de l'espace, et qu'il entrevoie des choses qui s'accomplissent à distance ou qui sont encore dans les secrets de l'avenir. 11 est sûr que les femmes ont plus souvent que nous de ces pressentiments merveilleux, de ces illuminations soudaines qui trouvent dans les faits leur complète réalisation. On ne saurait nier ces phénomènes sans renverser l'autorité de l'histoire qui en a recueilli les preuves d'après le témoignage des hommes les plus recommandables. Les meilleurs esprits de l'antiquité et les plus graves d'entre les modernes n'y auraient point ajouté foi si la chose était dépourvue de fondement,

et nous ne trouverions pas dans tous les temps et chez tous les peuples cette croyance aux pressentiments et au don de seconde vue presque aussi généralement établie que le sentiment même de la divinité. Il faut que cette croyance s'appuie sur des faits assez souvent répétés et assez positifs pour avoir acquis ce caractère d'universalité.

Du reste, il n'est presque personne qui, dans son expérience personnelle, ne puisse citer quelque fait extraordinaire en ce genre.

Disons donc que les pressentiments et les vues de l'esprit à travers l'espace ne doivent pas toujours être confondus avec les hallucinations résultant d'un état morbide du cerveau \ sans quoi, il faudrait taxer de folie la plupart des hommes célèbres qui nous assurent avoir eu dans le cours de leur vie de ces pressentiments ou de ces révélations intimes que l'événement a justifiés d'une manière éclatante. Cicéron et Plutarque en donnent des exemples. L'empereur Napoléon y croyait fermement; et de grands physiologistes, au nombre desquels il faut compter Burdach, admettent la possibilité et la réalité du phénomène.

Il y aurait alors suspension momentanée de Tin-

dividualité intellectuelle, car ce n'est que par notre relation avec l'infini que nous pouvons traverser le temps et l'espace. Ce phénomène trouve dans nos doctrines une explication naturelle, mais il n'en est pas moins un fait exceptionnel, un fait rare que Ton ne doit admettre qu'avec la plus grande réserve, parce quil touche de trop près aux hallucinations morbides, et qu'il a trop souvent servi de prétexte à l'imposture pour tromper l'ignorante crédulité.

La femme naturellement exaltée et crédule s'est plus d'une fois persuadée que cet état tout à fait anormal pouvait être un état habituel, et soit qu'elle fût dupe d'elle-même ou qu'elle voulût régner sur des imaginations plus faibles, elle s'est donnée comme interprète de l'avenir et des choses cachées, et s'est assise sur le trépied de la devineresse. Cette déplorable manie est beaucoup plus commune parmi les femmes que parmi les hommes, surtout chez les peuples enfants et dans les temps barbares, où tout ce qui est singulier et accidentel est regardé comme une manifestation particulière de l'esprit de Dieu.

En résumé, l'individualité humaine est moins

prononcée chez la femme que chez l'homme, ainsi que l'indique l'organisation respective de l'un et de l'autre sexe.

Les traits du visage sont plus accentués chez l'homme; son front est plus large et plus élevé; tout son corps a plus de développement et de vigueur.

Le corps de la femme a des proportions moindres, si ce n'est du côté des organes de la génération, et il a aussi moins de consistance et de force.

Le cerveau est chez elle moins développé dans ses parties antérieures.

La femme jouit d'une sensibilité sensoriale plus vive, et l'homme d'une puissance de réaction plus grande.

La femme étant plus impressionnable que l'homme est par cela même moins indépendante. Non-seulement elle cède plus aisément aux influences extérieures, mais encore elle est mue intérieurement par des instincts plus puissants et plus multipliés que les nôtres, c'est-à-dire que l'intelligence lui est moins personnelle et qu'elle agit moins librement.

Ses sens, quoique plus impressionnables que

— < 192 — les nôtres, ont moins de portée, et il en est de même des organes cérébraux.

Ce qui domine chez la femme, c'est le sentiment, c'est Tinstinct, c'est la maternité.

Chez l'homme, c'est la force, le raisonnement, la volonté.

Dans l'œuvre de la génération , l'homme a l'initiative; son rôle est plus actif, il est d'un ordre supérieur, mais il est aussi de peu de durée. Celui de la femme, que l'on me passe cette expression, est plus substantiel et se prolonge bien davantage. La femme y est employée tout entière et pendant les plus belles années de sa vie.

Comme la plante, elle semble particulièrement destinée à la germination ; on dirait une fleur animalisée : elle en a la délicatesse comme elle en a l'éclat; son parfum, c'est son âme.

Le monde matériel est subordonné à l'homme. Il subjugue la femme.

•Jelle qu'elle est, la femme sert de complément à la nature humaine et l'embellit. Elle en représente le côté sensible. L'aménité, la fécondité, la beauté sont ses attributs distinctifs.

Si l'homme a la force du corps et la supériorité

intellectuelle en partage, la femme a pour elle l'harmonie des formes, la souplesse des mouvements, la finesse de l'esprit.

Elle est visiblement née pour les talents d'agrément elles détails domestiques, comme l'homme est né pour les grands travaux et la direction sociale.

Les qualités affectives sont plus développées chez la femme : le dévouement est sa loi ; le sacrifice est son triomphe. Jeune fille, épouse ou mère, elle n'est jamais à elle, et son abnégation fait sa grandeur.

Elle est plus pieuse que nous, parce qu'elle est plus fidèle aux instincts primitifs. Son cœur est un sanctuaire que l'homme de bien respectera toujours; le triple flambeau de la foi, de l'espérance et de l'amour y brûle sans cesse.

Si la femme a besoin d'appui , l'homme voué au travail a besoin d'encouragement et de consolation. 11 trouve cet encouragement, cette consolation dans le commerce de sa compagne; les grâces dont elle est ornée lui font oublier les fatigues de la vie; son regard approbateur est un des plus beaux rayons de la gloire; son sourire dissipe nos

ennuis; la persuasion est sur ses lèvres; la douleur s'endort à sa voix, et le malade trouve par ses soins un adoucissement à ses maux.

Elle veille au foyer domestique , comme un génie protecteur, tandis que l'homme explore la nature et la soumet à son usage.

La douceur de caractère propre à la femme corrige la rudesse de nos mœurs.

La rectitude de ses instincts sert quelquefois à ramener notre esprit qui s'égare.

Nous sommes, il est vrai, plus riches que la femme en intelligence personnelle , mais la femme est plus riche que nous en sentiment et en affection.

C'est ainsi que les deux sexes sont unis entre eux par leurs qualités respectives et qu'ils se complètent mutuellement.

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