‹ Des manuscrits de Buffon (volume 2)Chapitre 38 sur 39 · PROPOSITIONS EITRAITES DES ÉPOQLKS DE LA NATURE · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS EITRAITES DES ÉPOQLKS DE LA NATURE

vre, déftaée d'expressions précises pour les idées abs- Crtites

Page 476. La parole de Dien aeroit contradietoîfe ou

inintelligible, si nous n'admettions point rexistence de ces premiers temps antérieurs à la formation du monde tel qu'il est.

Page 476. Toute raison, toute vérité venant égalemoit de Dieu, il n'y a de différence entre les vérités qu'il nous a

révélées et celles qu'il nous a permis de découvrir par nos observations et nos recherciies. que celle d'une première faveur faite grataitem^it à une seconde grâce qu'il a voulu ililTérer.

Page 477. Les vérités de la nature ne dévoient paroitre qu'avec le temps, et le souverain Être se les réservoit comme le plus sûr moyen de rappeler Thorome à lui

lorî^l|ue la foi, déclinant dans la suile des siècles, seroit devenue chancelante.

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PIÈCES JUSTIFICATIVES m

TEXTE DB L'éciUTCIUt KT OBJBCTIOHS.

11 y a d'aatres dtflérenoes entre les vérités révélées et rdles que nous ilécouvrons par nos observations. Ce qu*on appelle vérité physique, connue par des observât iotis, n'est pas aussi certain que les vérités que Dieu nous révèle» ou du moins ne Test pas toujours.-

Les vérités de la nature ne sont pas le plus sûr moyen de rappeler rhomme à Dieu, témoin les philosophes dont parle rApdure dans son épitre aux Romains. « Qui cum oo*

ff gnovissent Deum, non sicut Deuni glohficaverunt. » Ce n*est pas par la physique, mais par une révélation nouvelle que Dieu a réformé le monde. Ehl comment les vérités physiques seroieut'dles le fdu9 9Ûr moyen, lorsque M. de Buffon avoue lui-même (page 476) « qu'il n'y a qu'un petit n nombre d'hommes auxquels les vérités physiques et as- « tronomiques soient assez connues à n'en pouvoir douter» n et qui puissent en entendre le langage. »

PIÈGES JUSTIFICATIVES

PROPosiTioiis Bimins dus iroQOis i»& la hatobb.

Page 478. Une vérité nouvelle est une espèce de mirade; l'effet en est le même, et elle ne diiïère du vrai mirack qu'm ce que celui-ci est un coup d'éclat que Dieu frappe immédià-

Icnfient et mrement, au lieu qu'il se sert de Thomme pour découvrir el maniléster les merveilles doiU il a rempli le sein de la nature, etc. . .

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PlfiCBS JUSTIFICATIVES

mTE DK L ÉCRITURE ET OBJECTIOHS.

C'est ôter au miracle sa forée probante, anéantir ses

ellels, que de lui comparer, de lui assimiler ce qu'on appelle une vérité nouvelle de pljysi(iue; celle ci n'est jamais aussi certaine, elle n'a point une lin aussi déterminée que celle pour laquelle le miracle est fait, elle n*est pas à la portée de lotit le monde, an lien que le miracle, le vrai miracle, frappe et a la force de convaincre les plus iguoraïUb cummâ les plus savants.

On «goûte, pour fuiir ces oliserrations, que l'ensemble du

système proposé dam Fonyrage des Èpoqxies de la naffHTê ue s'accorde en ricii avoc re qui est rappuiié dans le premier chapitre de la Geuèse.

Les différentes époques de M. de Buifon n ont aucun rapport avec les différents jours de la création, ni pour V ordre du temps ni pour les circonstances des faits, et cependant M. de Buffon avoit dit en ITM : « Je déclare que je n'ai « eu aucune intention de contredire l'Écriture... que je « crois très-fermement tout ce qui est rapporté sur la créa-* <i tion, mt pour l'ordre des temps, soit pour les ctrcon" « stances des faits, et que j'abandoime ce (jui, dans mon <( livre, regarde la formation de la terre, et eu gênerai tout « ce qui pQonroit être contraire à la narration de Moïse. »

Le système des époques est-il présenté comme une pure hypothèse on comme une véritable assertion? Pour résoudre

PIÈCES JUSTIFICATIVES

TEXTE DE l'ÉCRITDRE £T OBJECTIONS.

celte question, il faut distinguer ce qui est dit dans cet ouvrage (le la première formalion des planètes, el ce qui est <liL dus révolutions par lesqueiles elles (surtout la terre) ont passé.

M. de Bufibn (page 487) demande seulement qu'on se

contente de conclure ave^ hiî que, (( si Dieu Veut peruiis, « il se pourrait, par les seules lois de la nature, que la terre (i et les planètes eussent été formées comme il le dit (par a le choc d*une comète qui les eût détachées du soleil). »

Mais pour les révolutions de la terre qui ont suivi sa première l'ormatiou et que M. dcBuffon appelle les Époques, ce sont des ùniis qui appartiennent à l'histoire de la terre, fiiits ensevelis, à la vérité historique desquels il faut remonter par la seule force des laits subsistants; c'est un passé ancien qu'il iaut jugei^ par les faits, par les monurneuts, par les traditions, moyens qui ne peuvent servir à unupure hypothèse, d'une chose possible dans un antre ondbe; ce jHHitdes faits prouvés dans toute la rigueur qu'exige la plus stricte logique, d'abord à priori.,.; 2* ab actu...\ 5*^ à posteriori,

D^ailleurs les seuls efforts que fait -M. de Buffioin fiour concilier ses Époques avec le i^it de Noise prouvent qu'il

prétend parler de T organisation passée de la terre.

PIËGBS JUSTIFICATIVES

EXPLICATIONS ËT RÉPONSES'

Deux mots, si saUimes qu'ils expriment la création de tout ce qu'embrasse l'univers, ne semblenfe-ils pas devoir envelopper les images de ces tbrniations laimenses que les premiers instants de Texistence du monde virent sortir des mains dn Créateur? Or, dans ces deux mots mystérieux, où la terre ost nommée avec le ciel, où un point est compté avec l'immensité — au commeiiceuieat Dieu lit le ciel et la terre — n'entrevoit-on pas que la (erre apparlenoit alors au ciel d'une manière beaucoup plus étroite que lorsque l'on put concevoir qu'elle en étoit entièrement détachée? C'est alors (jue je puis penser que ddus ce ciel, océan de feu, d'où jaillirent des globes innombrables^ la terre» pénétrée ellemême d'un feu qui n*étoit point pour elle de la lumière, étoit vide et nue, et le demeura de même jusqu'à ce que l'ex*

* Le leeteur ii*oabUe pas que ce projet à*explieatimu et de ré~ ponm est de Bexon.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

liiiclioii (le son feu la coiivrîl de ténèbres proprement dites, qui eu eitet ne I olïusquèreul pas plus que m pouvoit £eûre sa propre incandescence, puisqu'il est reconnu que h seule réflexion des rayons sur des corps opaques peut prodaîr^ des images, que dans le foyer même de la lumière tout objet est invisible, et qu*un œil placé dans le soleil ne verroit rien de l'univers? C'est api ès ces ténèbres du chaos, où les feux et la nuit confondus ombrageoi^t à l'envi k terre ; c*est dans oe premier instant d'équilibre et de repos, que la lumière jaillit sur elle, que le soleil exista pour elle, et que la lune lui prêta sa clarté. Loin donc que je nîe que les premiers temps de la terre n'aient commencé par une nuit totale» je reconnois qa*elle ne put jouir que par la suite d*une clarté proprement dite, et que son premier état, qui la rendoit accidente ilemenl lumineuse pour d'autres globes, étoit d'élre pour elle-même un abîme abso* lument sans lumière,

Ce qui est avancé ici n'est donné que comme conjecture, et je reconnois, en examinant plus profondément ce point, que l'établissement de la végétation sur de grandes portions de la terre a pu et même dû précéder la production de la nature TÎvanle au sein des eaux ; et qu*en effet l'on peut encore admirer ici Taccord des nioiiuraenls de la nature avec la narration de l'écrivain sacré : car il est Irès-possible, et même probable, que la chute des grandes cavernes eût absorbé une partie de Tanden océan, et par conséquent découvert des portions élevées du globe, où dut s'établir d'abord la végétation, avant que l'océan lui-même ne fôt

t>IÈGE8 JOSTU'iCATiVES m

parvenu au point de tempéralure lavorable à la uaissauce des lires mante dont il plui alors au Créateur de le peu* pler : ainsi la première production des végétaux a précédé,

daLS ce point tle vue, celle des animaux vivants au i-eiiides mers; et ce n'est que relativement à la reirailc subséquente do ces mêmes mers, et à l'établissement de la végétation étendue de proche m proche sur les terres qu'elles abandonnoient, que l'on peut dire que la population des eaux et la naissance des végétaux sur une grande paitie de la terre sont conlemporaïues.

Sans doute qu'un coin de la terre planté de la main de Dieu même n*atiendoit pas que la foible main de l'homme vhit le féconda* et rembeflir; mais cet heureux asile de

l'homme innocent fut, comme on sait, effacé d'une terre qui ne porluil plus que des coupables : c est à ces (listes origmes que nous sommes forcés de nous arrêter, puisqu'il ne resta rien de la félicité première qn*un souvenir et des regrets; et, en considéi le ^j^lobe en ce dernier clat, il faut avouer que, dans toutes ses parties, l'homme a subi l'arrêt qui le condamnoit à lutter contre la nature pour se la rendre favorable, et qu'il n*en est aucune en effet où la persévérance et les efforts de l'homme n'aient dû seconder la nature pour amener cet hciu'enx degré de tempéiature et de fécoudité qui lait de notre séjour, non pas à la vérité un paradis, mais un lieu d'exil adouci ou du moins assez , supportable.

Ce tt*est pasda premier homme, ni de l'heureux et tran»

tu PlÀCEb JUSTIFICATIVES

quille séjour qu'il habiia si peu de tanps, tans de ses descendants mailienmix, et de la vaste demem^ de peine, d angoisse et de mort, où ils lurent touâ jetés, que j*ai voulu parier» en les peignant éperdus et tranbknis devant les poissanoes de la nature irritées, et qui sembtoient les menacer de toutes \m ls; aussi n'ai-je pas dit !e premiei" harnme^ mais, les premiers hommes^ témoins des mûuvù" menu eammUifSj etc. Quant à Adam et Ère dans le pa* mdis, je sais par&itement qu'ils ne rougissoîent point et Il i voient pas à rougir de leur nudité, que ce n'étoit point uue nudité honteuse et affligeante, et j'avoue qu*en parlant de la nudité de leurs tristes eaianis, c'est surtout sur la nudiié d*esprit qu'il me semble que doit tomber tout ce (}ue Texpi^essiou peut comporlei' d'idée d'afUiclion et de honte. '

£t pour ce qui regarde la crainte qu'impiimoii am premiers hommes la fureur dee animaux férocea, en ne peut se disssimuler que rbomme n*ait été dépouillé de son empire sur eux en même temps que de ses autres prérogatives ^ que dès ior$ ils ne soient devenus j>our lui des ennemis redoutables que Tartseid, joint à. la force, a po dompter. ^

Je sais de plus qu'Adam, en signe de son domaïue sur les animaux, les nomma luu:"; mais ces déiiominations ont été sans doute perdues, car il paroit qu'il a fallu en créer d*au« très dans toutes les langues ; les rabbins sont» je crois, les seuls qui aient soutenu que Ces dénominations primitivea étoient conservées dans la langue litibi Jique, et que de plus elles renfermaient ia véri^ble notion des vertus et du naturel de chaque animal ; mais nous sommes forcés d avouer qu'en consultant les noms hébreux des animaux rda-

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riÊCES JUSTIFICATIVES

livcineiit à leur histofare ualureUe, iioQs iiavoiis pu y découvrir cette énergie.

Toutes les choses que la révélation nous fait connoilre étant nécessairement de celles que la nature ne peut ni nous oflïir ni nous apprendre, il suit que la prédiction de saint Pierre sur la destruction du monde doit nous'launoncer d*une toute autre manière que de celles que nous pourrions conjecturer par la suile des induclious naturelles: or celles «ci paraissant toutes nous convaincre du dépérissement futur du globe par l'extinctiou graduelle de la chaleur qui lui est propre, il suit que la prédiction de saint Pierre reçoit de celte hypothèse même le caractère le plus respectable et le plus important de la révélation, qui est d'annoncer des choses entièrement au delà de la nature» et que par ses propres forces elle ne peut pas plus faire prévoir que faire arriver,

L'époque de la séparation des deux grands continents peut bien être plus ancienne que la date des déluges, sans

que celle de la première existence du genre humain en soit reculée au delà des bornes que les traditions sacrées lui assignent, puisque cette séparation peut s'être faite avant qu'il n'y eût des hommes; la conjecture qui fait rapporter cette séparation au moment de la submersion de TAtlan* tide ne doit point s'opposer à cette possibihté: prennèrement, ce n'est qu'une simple conjecture ; eu second iieuy ce qui est dît de la puissante population de TAtlautide

i76 PIÈ€Lb JlbllMCATIVËS

n'est fondé que sur un rêdtde Platon; or il est dmr que, dans la couciuTeiice une autorité de ce philosophe uc peut jamais balancer celle de Moïse.

Et quant à l'ancien peuple savant auquel il a?oit peutéire ùlhi trois mille ans pour trouver la période lunîsolaîre, ne put-il pas être détruit et disparallre dms ce point même de sa splendeur, î-ans cjue par couse pieuL sa durée dil txcédé.celie qui peul être renfermée dans Téieudue des huit mille ans fixée par les interprétations permises de la chronique sacrée?

Le déluge universel étant en lui-même un article de foi^ puisqu'aucune couse naturelle ne peut produire sur le globe

une fois découvert, un déluge véritablement ujuver^el, et que l'Écriture nous le l'ait en effet regarder, non comme une catastrophe de la naUve^ mais comme un fléau versé par la rengeance divine, ce n'est point sur ce déluge que j'ai pu raisonner quand j'ai parlé de ceux qui sont arrivés par la suite des révolutions du globe : ainsi les inductions tirées des temps, soit du déluge des Grecs ou d'Ogjgès, soit de celui dont les Égyptiens avoient conservé la me* moire qu'ils avoient pu trausnietlie aux Hébreux, uc peuvent fournir matière k aucuue diÛiculté concernant l'époque du déluge universel, que je crois d'autant plus par la foi, qu'il doit, comme je viens de le remarquer, moins être compris dans l'iustoire de la nature.

Vin

Loin que ce que j'ai dit sui^ i'iaterprélaliuu iégiUme de

rËchUire, dans les points où les vérités naturelles doivent nécessairement se condlier avec elle, puisse autoriser les physideiis à en négliger le sens, je crois leur avoir donné un exemple, iion-seulemciit du soin avec lequel on doit i:hert:her ù le |>éuélrer, ntais du respect avec lequel on doit toujours regarder celte sainte Écriture, et des efforts que Ton doit faire pour y rapporter tout ce qu'une observation conslante fait découvnrde vérités dans Thistoire delà nature. Si mes lentalives n'éloiout poiiU iieui€ii>es, mes inlentionsdu moins seroieiit estimables; et il y auroit plus que de Tinconséquence à m'objeeter que j ai autrefois réfuté des physiciens pour avoir proposé des systèmes inconciliables avec le récit de Moïse, piiisqu'ici je donne im nouvel exemple du soin avec lequel on doit chercher à les concilier. Si j'ai dit que Thistoire sacrée étoil écrite dans une langué pauvre» ce qui est reconnu de la langue hébraïque par tous les savants, ce n'est que pour mieux fiiire sentir la nécessité de porter la réflexioti la plus profonde h l'interprélalion lie tous les mois du livre sacré qui peu veut embrasser l'étendue des notions métaphysiques, ou envelopper comme en énigmes les vérités de la nature : et il faut nvoner avec moi que les inlerprcialions bornées ou factices de Ti^'UGrauce, ou le servilealtacliemenl à la h Itrc, rcndroieut cette sainte parole aussi imnteUigible qu'elle devient claire et lumineuse quand on en développe les sens profonds et qu'on en pénètre l'esprit.

tx

Je recomiois la dillérence immense qui se trouve entra les vérités révélées et cdles que la simple observation nou$^

m l'ifii^KS iUSTiKlCAIiVES

Itut dècuuvrii , j aunie que i.i certitude de la véiité phybique, fondée seulement sur l'observation, n'est jamais é^e à celle que doit produire le témoignage de Dieu même; et je m*étonne même que Ton ait semblé aooor* der que ces deux c€rlitude> [Uiis^oiit quelquefois être de niveau ^ Mais je pense qu'il faut m'accorder aussi que ces certitudes» si différentes en ellespmêmes, se rapprochent dans la manière dont nous les acquérons tontes deux, qui ei>t également le rapport constant de nos stiis, ici sur les phénomènes que nous présente unilormément la nature, là sur la suite non interrompue d*une tradition autbentique et transmise sans altération par tous ses organes.

L'aveuglement des philosophes dont parle saint Paul» sur les grandes vérités que prêclient les roenreilles de la nature qu'ils ont connues, ne peut pas j>lus nuire à la |)ersuasion qu'elles produisent sur les vrais sages que l incré* duliié de ceux qui résistent à la foi ne nuit à la conviction des vrais chrétiens qui lui soumettent leur esprit. C'est en vjin qu'on objecte que les grandes vérités physiques et astronomiques ne sont à portée que d'un petit nçmbre d'hommes : c'est pour ce nombre, petit mais précieux pour sa conviction et sa persuasion, que Dieu a donné à cesvé^ rites tant de force et de ninjesté, et (ju'il a fait du spectacle de 1 univers le magmlique emblème d une intelligence et d une puissance infinie.

* Ce qu*on appelle vériii's j»liysiques connues par des observalions n'est pas iuissi curlaiu ([ue les vérilés 4ue Dteu nous révèle, OU du moim ne le^l pas toujours. \ph6. de Meabieui^ de Soibomie.)

PIÈCES JUSTIFICATIVES 219

Ce n'est rien dter de leur force aui miraciee partieiilien

que Difii dans certaines circonstances n voulu iaire éclater aux yeux des hommes, que d'écouter en même tempa la voix toiqours perlante des merveilles de la création, de ces grands miracles de la nature qui nous enseignent sans cesse ctUe M itiice tlivme,(iue, suivaiiL uue expression sublime et sacrée, le jour annonce au jour et la nuit révèle à la mit, liCs miracles particuliers, dira*t-on, agissent plus généralement et sur nii plus grand nombre; je l'avoue, mais les miracles de l'univers n'en agissent que phis puissamment sur le petit nombre des esprits qui, se tirant de Tignorance aveugle de la foule commune, s'élèvent à la contemplation des œuvres admirables de la Divinité.

système des époques, pour ce qui concerne la formation des planètes, est une hypoth^, et, loin de rétracter ce que j'ai toujours pensé et ce que j'ai dit au* trefois de la subordination des idées systématiques à des vérités d'un ordre infiniment plus respectable, j'ai, dans cet ou VI âge même, renouvelé lî-dessus ma soumission et ma déféfenoe. Mais, quant à la partie des faits, j'avoue que je regarde mes Époques comme un ouvrage vraiment liisiui i(|ue, parce qu'en efl'et les fails y sont antlientiqnes et constatés, et qu'à moins d'anéantir tes preuves innombrables que toute la nature nous en fournit, il faut re* connotlre avec moi que le globe a passé par toutes les révolutions dont nous avons suivi les traces empreintes sur toute sa surlace. C'est donc à concilier ces faits, puisqu ou ne peut les détruire, que doivent se porter tous les efforts

m fl&GES JUSTIFIGATIfKS

des esprits sages; que si ma eonciKatioa n'étoit pis aussi complète et aussi solide que je b erois, ce ne seroit

(jii'uuc raison de plus pour chercher à en tioiiver une aulre ; aucune découverlc n'ayant été faite jusqu'à présent dans la nature qui n'ait pu se concilier avec les pria-cipes sacrés, et réciproquement aucune vérité physique bien établie n'ayant pu Jusqu'ici être al(a(|uéc par TKcriture, sinon lorsqu'on se refusoit à l'interpréler et à l'entendre, comme trop souvent la piésomption, l'obstination et l'ignorance en ont été la cause: cause funeste, puis^ qu'elle a compromis inutilement et sans fruit les principes respectables de la religion, en même temps que llétn la raison et affligé rhumanité.

Page xcu. C'est en effet à M. de BreteuiL^ à donner des ordres au Jardin rcyaly et non à M. d'ÀngeviUer, qui n'y est rien tant que j'y serai.

Non-seulement Buffon ne supportait aucun empiétement

sur son autorilé, mais il la vouhnt enlonK e des formes les plus pompeuses. 1/éclianlillon suivant (dont le modèle est resté dans les archives de l'administration du Jardin des plantes) prouve qu'en ce genre il allait jusqu'au luxe.

« Nous, Geoi'ges-Louis Le Clerc, chevalier, comte et seigneur de BniTon, la Mairie et It s Bei^ges, vicomte

de Quincy, RougemonI et autres lieux, l'un des Quarante de rAcudémie Française, trésorier perpétnel de rAcadénne royale des sciences à Paris, des Académies de Londres, Édimbourg, Berlin, Péleiisbourg, Borne, Florence, Bo-

* Ministre de la inaisoii du lioi.

PIÈCES JUSTIFICATIVES m

logtie, Philadelphie, Boston, etc., etc., Intendant du Jardin et Cabinet du Roi, à Paris, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, sahit.

« Sur ce qui nous a été représenté que Toffiee de professeur de ehimie aux écoles du Jardin du Roi... est fic< tucllement vacant par le décès du S. Macquer, et qu'il est nécessaire de nommer un successeur capable de remplir les fondions de cet office de professeur de chimie aux écoles dudit jardiu. En conséquence et en vertu des pouvoirs à nous accordés par le Hoi, ainsi qu'à nos prédécesseurs Intendants dudit Jardin royal, de iioninior et présenter à Sa Majesté, tous les ofliciers qui dé> pendent de cet établissement, nous nous sommes due* ment informés de la personne et de la capacité du sieur Autoine-Fraiiçois Fuiircroy, docteur en médecine de la Faculté de Paris/ comme aussi de sa boaue vie et mœurs et religion, l'avons, sous le bon plaisir de Sa Majesté, nommé et présenté, nommons et présentons par CCS présentes, poui èUe etc.

c S3 février 1784. »

A M. de Lacépède sollicitant un office au Jardin royal, iBufion detuanda rengagement suivant :

n J ai rhouneur de déclarer et d'assurer à M. le comte de Buffon que si je suis assez heureux pounobteni^qwl-'

que place qui demande que l'on réside à Paris, je renoncerai à tout emploi ou service étranger, incompatible avec la résidence dans cette capitale.

« Le comte de Lacépèdr.

a 5 décembre 1784. »

m PIÈCES JUSTIFICATIVES

Page xciii. II le maria n ayant encore que vingt ans,

La jeune femme qu'avait choisie Builon était orpheline de père; deux cent mille francs lui appartenaient à titre d'hérilagQ. Buffon se chargea de gérer la fortune des

jeunes gens.

Daus le registre des dépenses courantes qu'il tenait se ^ trouve cette note :

i Je donne mon fils 4,500 lims par quartier, ce

qui fait 18.000 livres p u un. Or, je lui doiaie 11,000 livres eu uu seul payement au commencement de chaque année, et madame la marquise de'..«. lui donne 2,000 livres par chaque an, ce qui fait en tout 51,000 livres,

« Payé à mon fils jusques au 7 février 1787. »

Un autre registre constate minutieusement les produits de ses terres, prés, vignobles, maisons, etc., etc., et enfin les revenus ou appoinlements que lui payait l'État.

« 1* Ma place d'Intendant du Jardin et Cabinet du roi me

vaut 6,000 livres, qui sont payés par semestre par radroiuislration des domaines du roi. Le sieur Lucas est chargé du recouvrement.

« Il m*a été accordé par le roi, après trente-cinq ans de service, une somme de 5,000 livres en supplément de mes appoinlements par une ordonnance sur le trésor rojal, dont il faut tous les ans solliciter Texpédition.

* Sa beiie-nièrf .

PfÈCES JUSTIFIGATITBS 983

« Reçu toutes les années jusques et y compris le 31 décembre 1786.

« 3" Il m'a été accordé par le roi une pension dû 6,000 UvreS| dont 4,000 sont réversibles sur la tête de mou fils et qui me sont pajées au trésor royal.

« Reçu toutes les années juscpies et y compris le Si décembre i786.

« 4"^ J'ai uuû pension, en qualité de trésorier de l'Acadé* mie des sciences, de 3»00U livres.

« Reçu toutes les années jusques et y compris le SI dé*

cembre 1785, ainsi l'année 1786 m'est duc.

f 5' Le roi a eu la bonté de m'accorder sur sa cassette une pension de 800 livres par an, la({uelle se paie d'avance et par quartier.

« Reçu tontes les années jusques et y compris le quartier d'oclobre 1786.

« 6"* Le roi m*a accordé une gratification annuelle- de 4,000 livres sur la caisse du conunerce, et qui se paie ehcK M...., par six mok, sur ma simple quittance.

u Ue\:u jusques el y compris le 51 décembre 1786.

Page xcnr. Les instructions les plus dignes^ les plus Umehantes que pelisse inspirer un esprit ferme et juste

uni à un cœur huuU^tneni mornL

Elles iureut portées par M. Faujas de Saint-Fond. Le jeune BufTon servait dans les Gardes françaises à Tépoque de son mariage; il quitta ce corps en 1786 pour entrer

comme capitaine dans le régiment de Cbartres. Incapable de concevoir un soupçon injurieux, U s'était laissé éloi-

«84 PIÈCES JUSTIFICATITES

gner. Le S2 juin 1787, son père lui écrit : a L'honneur YOiu cenunande, avec moi, de sortir de vote régiment

pour n*y jamais rentrer » La démission du jeune homme

fui remise au roi. Le maréchal de Ségur le lit^ plus tard, rentrer dans un autre corps. Daniji les premiers jours d'avril 1788, madame Necker lui adresse cette lettre :

« Vous êtes major en second, monsieur; je le sais depuis deux jours, mais c'est encore im secret, et je n*ai pas même

.•nijourd'hui la prrniission de vous le dire : ainsi n*en parlez ab2>oiumeut qu'à votre sublime père» on me l'apprendra eu forme quand vous devrez le savoir et remerder. Au reste, ce que je vous dis est sûr. Madame de Grammont et M. de Guibert ont mis le plus grand zèle dans votre cause, el M. de Brienne s y est prêté malgré tous les obstacles; j'ai déjà témoigné ma reconnaissance, mais nous conviendrons ensemble des visites que vous aurez à faire, quand la chose sera connue. C'est une nouvelle obligation que vous avez n votre sublime père, votre respect filial vous a bien servi dans l'opinion. J'avais fait copier votre biHet, cehii qui accompagnait cette ravissante lettre sur l'ouvrage de M. Necker, et tout le monde a lu ce billet aussi avec attendrissement; si j'étais capable de quelque mouvement de joie, cet événement me 1 aurait donné. Adieu, monsieur, redoublez de soins, s'il est possible, auprès de ce lit de douleurs, et que vos vertus vous rendent digne du nom que vous portez ; raille comphments et amitiés. »

Page xciv. A% mois de décembre il fit son testament

Voici un extrait de ce. testament :

biyiiizeQ by

PlÈCliS JUSTIFICATIVES 285

« Par-devant les eoiiseiliers du roi, notaires au Chàtelel,

c Fut présent H. Georges Louis le Clerc de Bnffon, seigneur, elc, etc.

c Trouvé par les susdits notaires dans un cabinet ayant vue sur le jardin au premier étage du bâtiment de Finten^ danee dudit jardin, dans son fbuteuil, malade de corps, mais Sam d'esprit, mémoire et jugement, etc., e!c. .... .

a Je lai^ à mou iils les soins de faire convenablement mes obsèques et de donner aux pauvres les aumônes qu'il jugera à propos.

« Je prie ma très-respeclable et plus chère amie, madame Necker, d agréer le legs que je preuils la liberté de lui faire du déjeuner de porcelaine qui m'a été donné par le prinee Henri de Prusse; on remettra aussi à madame Necker la boîte sur laquelle elle a eu la bouté de me donner son )>orlrait.

a Je donne et lègue à M. le chevalier de Buflon, mon frère, trois mille livres de rente en pension viagère

exempte de toutes retenues, etc.

u Je donne et lègue à madame Nadault, ma sœur, deux

mille livres de rentes en pension viagère, etc.« elc :

elle en recevra les intérêts sur ses simples quittattces sans avoir besoin de l'autorisation de son mari. De luijiulU; rente la moitié sera réversible sur la téte de mademoiselle Sophie Nadault» ma nièce.

« Voulant reconnaître les soins, le zèle et la fidélité de la demoiselle Blesseau, surveillanle de ma maison depuis dixneuf années, je lui donne et lègue quinze cents livres de rente viagère, et je lui doiine et lègue en ouire cinq années de ses gages à raison de six cents livres par année, ce qui fait luic .sûuime de trois mille livres une fois payée que j*cu-

Î86 l'ILCES JUSTIFICATIVES

tends lui être déKfrée dans les sii mois de men décis

« Je eonfirme la pemîon d^aumdnes ^agères de huit

fonis livres pai aimée que j'ai faite au révérend père Ignace ikHigot, ancien gardien des capuciniens et actuellement ?i-

eaire desserant ma {MiroisM de Boflbn, el entends en

outre qne ledit révérend pére Ignace Bougot conserve la joui>i?aiice pendant Sii vie île tous les meubles meublants, elleU mobiliers, même de la vai^^selle d'ai^entqui m'appartiennent et qui se trouveront dans ma maison seigneuriale de Btifîon et dépendances d'icellc.

« Je lionne et lègiie au sieur Lucas, hnissier de TAcadé-

mie des sciences, une somme de li^ois mille livres une fois

payée» en reconnaissance des services assidus qn*ii m'a

toujours rendus.

u Je donne et lègue h M. le vicomte de Saint-Belin, mon

neveu et iilleul, un diamant de la valeur de huit mille

livres.

« Je venx et entends que tons les legs par moi ct*des8«is

faits <oient délivrée li aucs et quittes de tous droits d'insinualiou et autres, lesquels seront entièrement à la charge de ma succession.

f Je fais et institue Georges-Louis-Mam Le Clerc de Duffon, mon fils unique, iiion k'i iiier et légataire universel dans tous les biens dont je mourrai pourvu. ........

« Je veux et j*entends que les deux cent mille livres que j'ai reçus à compte sur la dot de madame de Buffon (sa bellefille) soient affectées spécialement sur les fonds qui m appai tiennent et qui forment les cinq huitièmes de la valeur des privilèges de V Histoire naturelle et de tous les volumes qui en font et feront partie, montant à plus de trois cent mille livres, ce qui est plus que sufiisant pour ic remboursement

PlÈCtS JUSTIFICATIVES

de ladite dot, le cas y édiéaDl; eu conséquence, j'engage mon ûls à faire emploi des fonds qui proviendront dudil

privilège jusqu'à concurrence de deux cent mille livres en acquisition jie contrats sur les états de Bourgogne ou autres, à titre de remploi des deniers dotaux de ladite dame de BufTon, afin (jue le surplus de mes biens soit déchargé de toute afîectation relalivcment aux créances de ladite dame pom* les deux cent mille livres que j'ai reçus de sa dot.

« Je nomme et choisis pour exécuter mes dernières in* tentions, M. le chevalier de Bnlfon, mon frère, et M. le chevalier de Sainl-Beliu, mon beau-frère; je les pnc de vouloir bien me donner cette denuèrc preuve de leur attachement et d'aider de leurs conseils mon fils ; je l'exhorte à se con* duire en tout par les sages avis de ses oncles.

(T Je révoque tous testaments, codicilles M autres dispositions de dennèics volontés que j'ai faits avant le présent testament, auquel seul je m'arrête comme coutenaut mes dernières intentions »

Page XC1V. Il se souvifU alors douloureusement des

plans de M. d^Angeviller^ et fit un dernier effort pour ressaisir cette survivance tant désirée pour son fils.

Il écrivit à M* de Breteuil. 11 ht écrire par son fils au marquis de la Billarderie, frère de M. d'Angeviller. Ce*

iui-ci qui, seize aiis auparavant, avait obtenu que la survivance du Jardin royal lui serait accordée, n osa point alors faire valoir ce titre, bien qu'il eût reçu de Buffoii une sorte de démission. Voici U réponse du marquis de la Billarderie au jeune comte de Buffon :

l'IÉCKb iliSTlFlCATlVËb

« J'ai écrit hier à mon frère, monsieur, comme je TOUS lavais promis; n'ayant pas reçu la réponse, j*ai pris le parti d*aHer à Versiailles. Je n'ai pu le voir que

lard et j'arrive ce soir à onze heures. Je ne me suis pas trompé eu vous préveuuul de sa délicatesse sur ce qui est afi'aire d'argent; il m'a dit qu'il ne s'était pas cru susceptible d'une pareille offre, et qu'il ne se pardonnerait jamais s'il avait été capable de balancer un instant à la refuser; je m'y allendais d'autant plus que ma manière de penser est tonte semblable. U m'a ajoulé qu'il a déjà fait des démarches assez fortes pour obtenir que je lui fusse substitué, et qu'il ne pouvait rien changer à ses dispositions. Quant à moi, monsieur, ma Icndie amitié pour M. votre père et celle que j'ai pour vous depuis votre enfance vous assurent des soins que je me don» nerais pour vous obtenir ma survivance si nous avons le malheur de perdre M. votre père, et je compte assez sur votre amitié pour me llatler que dans ce cas vous me souhaiteriez d'aussi longs jours que j'ai désirés à mon respectable ami; c'est au moins une justice que vous rendrez aux sentiments avec lesquels je suis

« 1*' «Yril 1188, & minuit. »

Les deux lettres suivantes, adressées par ic jeune liutfua probablement à M. de Breteuii, bien que celui-ci fût alors remplacé dans le ministère de la maison du roi par H. de

VilledeuiU mettent en lumière sa déférence filiale et son désintéressement.

PIÈGËS JUSTIIICATIVËS

« Monseigneur,

« Mouseigiieur rai-clievè|ue de Sens ^ ii^esi point à Paris, et il m'est impossible, dans des moments où mon père est

aussi malade, ck» le quitter et d'aller â Versaillesî; j'ai donc rtiouacur de voub envoyer les deux papiers relatili» à Ja survivance du Jardin du roi. Vous en ferez, monseigneur, ainsi que de la lettre que vous a écrite mon père, l'usage que vous eroircz cuuvcuahlc. Je suis Lieu sûr que l'amilic que vous» avez toujours eue pour mou père et la supénoi ilé de vos lumières vous fera prendre le parti que je dois suivre.

« avril 17^. »

u Monseigneur,

{( J o^c V0U6 piiei' de vouloir bicu ue laii c aucun usa|^e de l'aute que je vous ai remis de la part de mon pera coucer^ nant la survivance de rintendance du Jardin du roi. Je n'ai fait eu cela qu'exécuter sa volonté posilive, et je u'ai uidie part à l'acte qu'il a fait. La démission qui existe dans vos bureaux, monseigneur, me persuade que mon père a eu à ce sujet une absence de mémoire, qu'il n'est pas étonnant d'avoir après une maladie aussi longue. Enfin je vous deuiaiide, monseigneur, de vouloir bien rei^ariler cet acte comme non avenu et d'ordonner qu'il me soit renvoyé. J'ai

* Étieune-Cbarles de Loménie de Brienne, né i Paris en 1727; sacré 6vcque de Condom en 1761, archevêque de Toulouse en 1763; chef du conseil des finances en 1787; archevêque de Sens et ministre principal en 1788.

ï!*.n PIÈCES JUSTIFICATIVES

écril à Mou^eigiicui' rarclievé<|uc ilc Sens pour lui faire lu môme deoMade^ et j'espère qu'il voudra bien avoir

c'gard à ma lellre.

« ïiM i'iioiuieur, etc.

Le manpiis ilc la Dillaideric pai vmt à ôii*c iuletitiaiil ilu iardiu du roi; mats il le fut peu de temps. Ëii i79i, effrayé de la gravité des événements, il quitta son poste et passa à rélraiiiror.

Sou frère, qui avait aussi émigié, (omba dans la ire:$8e, et mourut en Russie en 1810. L'impératrice Catherine lui avait fait une pension.

Wt'^v xi;v. Les dt'rnit i't's litjnes que Bujlou dicUi /"umU adreiméen à imdame Necker.

11 veuaiX de se Taire lire {deux i<»in's avant sa mort} riiilroduclion du Hvrc de M. Necker sur les opinions i-clîgicuses :

« Ah! la siipcrhe introduolion ! Ce ne sont point de

vains ariiiiinnils, mais des vérités iwistantcs que Tautcur développe avec une loixe qui n'appartient qu à lui. Y a-t-il, en eftèt, aucun ordre social dans lequel le souverain et son peuple ne doivent être de même opinion religieuse, quelle que soit celle religion? et iioh<; grand lioiunic, plus laclié à la sienne, a eu l04ile raison de la donner pour exemple, en disant même comment il a été conduit, après le vide des affaires, à des spéculations phis élevées. Je puin lui pioinclLre eu effet (rois sortes d*inuiiorlalilés : la première, <-elle doul il ue doute |>as, et qui, pr un clan su*

PIÈCES JUSTIFICATIVES 2tU

blinie, porle âoii ùme liaiis (*eUe immensité dont elle est propre à faire partie; la secoiule immorlalité sera celle que riiisiloire donnera à M. Necker^ comme administrateur regretté de la nalion entière; et enfin la troisième immorta-

lilé do mou éloquent ami sera celiu d'uu ccrivalu (jui n'a pas eu lie luodèle, ( t doiit le cœur et l'àme se réunl>sent pour le bonheur des lionimes.

u Celte partie ma d'autant plus louché, qu ii y réunit les vertus de ma sublime amie» que je n*ai cessé de respectel* et d'admirer comqie un don divin, et dont elle seule

avait été fuyorisée par le souveiaiu Être. »

n J*ai présenté la plume à mon père, et il a encore eu

Ja force de Mguer. «

Madame Necker < écrit au jeune Buflbn :

« Comment vous rendrais -je, monsieur, toutes les im-

pressions qufi nous avons reçues hier? L'étonnement, la (ioulLiii , la tendresse, mille scntitiu iits réunis, sont entrés daus nos cœurs comme par torrents. L'anrioiis-uous pu croire que ce grand homme, que dis-je? cet homme sans pareil, eàt ajouté à notre admiration, et que ce fût au milieu de ses souffrancas, après une lon^ïue maladie, qu'il se moutràt plus sublime encore que lui-même? car il olfre seul une mesure digne de lui; il me semble que je succombe sous le poids de cette roerreille qui me paraît une sorte (le rêve; mais, hélas! tous ces nioiiveuieuls tedeni bientôt la place aux angoisses qui me dévorent. Conmieut a été cette nuit si redoutée t J'ouvre toujours vos lettres avec effroi. Croyez cependant, monsieur, que votre piélé iiliale est une (MHisolation pour moi, (*t qu'elle ajoute liean-

m l'IKCES Jl-STIFICATIVES

ronp encore â tout rattachement que vons m'aviez în-

Âpi^ In )HTtc (le son père, le jeune eonite de Biiiîon reçut de madame Nccker cette lettre :

« Ah ! monsieur, vous avez tout perdu» et moi que pourra:-je vous diret Ma douleur est affreuse; j'avais pour ami

cet lioiiiuK» unique sur la terre par la puissance de la pensée, jointe à la sen ibilité, à la bonté, à des vertus aussi i ublimes que son génie. Vous aviez pour père et pour le meilleur des p^res celui dont le nom vivi*a autant que ce nu n le dont il fui le plus bel onieiikiil; il vivra puur la . gloire, mais il ne vivra plus pour nous. 0 mon Dieu ! daigne recevoir dans ton sein celui dont les vertus te rendirent un si bel hommage sur h terre; daigne entretenir son en- Tant unique dans le> principes nobles et purs doriL il reeut un si bel exemple, ;]ui sont gravés d'avance dans son cœur, et qui seids peuvent honorer encore en particulier une mémoire illustre qui sera chère à toutes les nations. Je ne sîîis ce que j'écris, je ne sni< ce que je pense; tout m avei tit qu'il n'est plus, et je le cherche encore dans les objets qui lui furent chers et qui ont été témoins de ses derniers mo* ments. Il me sera doux de, vous voir dès que votre affliction vous perniellra de sortir, si je puis au nionis Irouver enex)re quelque douceur au milieu de l'amertume dont mon âme est inondée. Je ne puis continuer sans excéder mes forces. Vons jugez de notre affliction et de Tintérèt que M. Necker prend à vos peines.

« lie séjour de Paris m'élant odieux, je ne larderai pas â me rendre h $aint«Ouen; mais je serai également à por-

PIEGES JUSTiFlGATlVËS 293

iee (l avoir de vos nouvelles et de conuRuniquer avec vous. »

IMoili (le reconnaissaiirc pour une amitié que n'aiïaiblissnil point son isolement, le iils de Buffon se montra dévoué à Nccker. Son caractère généreux lui fit enibrsijssrr avec ardeur toute; les réformes; pour un moment îl devint l'objet de la faveur populaire; cet'c faveur lui valut uno ovation h Bordeaux, et le fit nommer général de la première fédération qne formèrent les quatre départements composant l'ancienne Bourgogne. Mai«, lorsqu'on en vint h exiger qu'il ahaudoiniât lo nom porté par son père, il écrivit an président de T Assemblée nationale :

M . . . Le nom de Buffon, que mon père a toujours porté

et a laul illnshé, est dovenu pour moi la |);irlic la plus chhc et la plus précieuse de mon patrimoine. Je dois tout à ce nom si justement célèbre, et cependant, comme c csht nom d un village, je serais forcé de Tahandomier ou d'en [imitlre un autre. LWssemblée uaUonale n'exigera pas nu pareil sacrifice; il est an-dessus de mes forces, et le moment où elle a placé dans la salle de ses séances le portrait de Franklin sera celui où le fils de BulTon oblieudrt d'elle de coiiliuutT à poi irr le nom d uu j»ère aussi illustre par stis lalents que par ses vertus. C'est à ronibre de sa mémoire, de sa réputation et de sa gloire que j'o. e vous présenter cette demande. Les titres, les armes, ^e les quitte sans rcgViHs; mais renoncer à un nom si précieux est impossible pour moi

qn*nne k>i autorisa le divorce, il en réclama le bé-

m PIÈCES il STIFICATIYËS

liéfice. Eu janvier 1795, il épousa la liJle de madame Daubentoa, celle jeune Betzj^ dont sou pèie parle souvent dans ses letires.

Lors de la réorganisation de rarmée) en 1790, il avait vlé iioinnu'^ coIoiil'I d'au ré<^inieut d'infanterie; mais Lieiilot profondément altrislé des excès commençants de la révolution, il s*était retiré au château de Brienne et fut poilé sur la liste des officiers qui avaient déserté leur corps.

Dénoncé par un tlonic>Li4uc, il fut arrêté h Paris et enfermé au Luxembourg, eu 1795. Le Iribuual révolutionnaire l'accusa d'avoir trempé dans mie Gonqpiratiou> il refusa de se défendre. Le 10 juillet, au pied de Téchafiiud, il remit au prêtre qui raccouipagnait une montre sur laquelle son père avait fait placer sou portrait de vieillard en une magnifique miniature; il pria qu'elle fût remise à sa jeune femme, oubliée aloi"s dans une prison ; puis il gravit d'un pus ferme les marches qui le coiiduisaieut au supplice; mais, avant de livier sa téte, il jeta au peuple ce mot sanglant pour la nation : « Citoyens, je me nomme IL BtttTou. »

rOUCB ADMINtSTRATIVE DE FARi8«

7 thermidor an II de la République*

Acte de décès de Louis-Marie Le Clore- BulTon, du 33 messidor, âgé de vingtHiieuf ans, domicilié à Paris^

rue Blati^iiou, 15.

Oigitized

Je dois mdiquer au lecteur, qui a l)ieti voulu me suivre dans cette étude, les sources où j'ai puisé.

A l'appai ilioii du volume que je publiai en i844, la veuve du fils de Baiïon\ voulant, me dit-elle, m engager à un nouveau travail me conRa, avec un abauduu coaiplet, toutes les lettres qu^elle possédait, tous les papiers. qui étaient restés au château de Montbard : a ces matériaux précieux, elle ajouta ses souvenirs.

Madame de la Fresnaye, petite-fiUe de Gueneau

de Monlbeillaid, a eu la l)onté de me communiquer les lettres de Buiiou à ce plus illustre de ses collaborateurs*

M. Feuillet de Conciles ne s'est pas borné à m'ouvrir ses si riches et si justement célèbres collections; il a bien voulu faire fouiller, pour moi, dans les collections étrangères,

* Morte au château de MontbaFd en 1853, âgée de soixante-dizhuit ansi

M. NadauU de Buflbn, représeaianl indirect, mais

unique aujourd'hui, de la famille du grand ^naturaliste, après avoir mis en ordre les matériaux qui déjà m^avaient été confiés par madame rie.Buflun, a l)ien voulu les mettra h ma disposition.

L'midit et excellent Walckenaer avait depuis longtemps déposé entre mes mains le fruit de «es rerherriies; il me lé«;nnit, disait-il, le soin d'en faire usage. M. Cousin, dont la magnifique bibliothèque embrasse tout, a bien voulu me donner quelques lelUL'S. Je dois aussi léuiuigner ma reconnaissanct» à MM. Chastes (mon savant confrère à rinstiluti, J. Janin, Chambry, Boillie et Tessereau.

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