‹ Des maternités; étude sur les maternités et les institutions charitables d'accouchement à domicileChapitre 35 sur 111 · IÉNA · texte numérisé non relu

IÉNA

Gœttingce. .

Maternité

Établissements recevant annuellement moins

de 100 accouchées

Lund

Pétersbourg. .

Clinique

Brême

Hôpital

Il est facile de voir, en parcourant ce tableau, que la mortalité relative, dans les petites et les grandes Maternités, ne plaide pas formellement en faveur des petits établissements ; c’est que l’influence des conditions hygiéniques pouvant amener le développement accidentel d’une fièvre puerpérale isolée, s’efface ou du moins s’amoindrit devant l’influence de celles de ces conditions qui favorisent l’extension à d’autres malades, par voie de contagion, d’une maladie puerpérale spontanément développée.

Toutes choses égales d’ailleurs, une grande Maternité présente cet inconvénient que si, faute de précautions suffisantes, la fièvre

puerpérale y éclate et s’étend sans que rien vienne s’opposer à son développement, le nombre des victimes y sera considérable. Mais une grande Maternité, dirigée par un médecin convaincu de la contagiosité de la maladie, offrant dans la disposition matérielle de ses salles les moyens d’isolement suffisants, sera bien moins meurtrière qu’un petit établissement où l’on ne se sera pas mis en garde contre la propagation de la fièvre puerpérale.

Une très-petite Maternité où les accouchements sont rares, où il n’y a souvent qu’une seule accouchée à la fois, peut rentrer dans les conditions favorables d’un service à domicile, car si une femme y contracte spontanément la fièvre puerpérale, la maladie pourra s’y éteindre faute d’aliment. Malheureusement il n’en est pas toujours ainsi, et la fièvre puerpérale s’y perpétue quelquefois en attaquant une femme venue pour faire ses couches quinze jours, un mois après le décès de la première; lorsqu’on n’a ni renouvelé complètement le mobilier, ni lavé le parquet, ni repeint à nouveau les murailles de la chambre.

Les questions de population, de disposition architecturale, si importantes quand il s’agit d’hygiène hospitalière appliquée aux hôpitaux généraux, perdent de leur importance [non pas absolue, mais relative ) lorsqu’il s’agit de salles de femmes en couches, car ici les questions hygiéniques de propreté, de renouvellement de mobilier, d’isolement des malades affectées, de précautions contre la contagion, l’emportent sur toutes les autres.

Le nombre des accouchements pratiqués dans une Maternité peut augmenter en même temps que la mortalité diminue, si l’on met en usage des précautions jusque-là négligées. C’est ainsi que, dans la dernière période décennale des trente dernières années, la mortalité à la Maternité de Vienne a diminué de plus de moitié en comparaison de ce qu’elle avait été dans la première période décennale, tandis que le nombre des accouchements avait doublé.

Les grands établissements présentent un inconvénient qui, pour être extra-médical, n’en est ni moins réel, ni moins grave. La fièvre

puerpérale prend parfois dans une Maternité une telle extension qu’il n’y a d’autre m iyen d’arrêter le mal que de fermer l’établissement et (qu’on me passe l’expression) de le remettre à neuf. Plus la Maternité aura d’importance, plus sa fermeture aura d’inconvénients, puisqu’elle privera de l’asile qu’elle leur eût offert un grand nombre d’accouehées.

Quelques médecins, il est vrai, sont opposés à la fermeture de ces établissements en cas d’épidémie. « La fermeture d’un grand établissement, dit M. Spath, acceptant sur ce point les idées de Siebold, a plus d’inconvénients qu’une épidémie passagère. » Je n’accepte pas, pour ma part, cette manière d’envisager la question. Je reconnais combien la nécessité de faire leurs couches dans leurs demeures souvent misérables sera pour beaucoup de femmes un surcroît de peines ; mais être reçues dans une Maternité où règne une épidémie, c’est, pour un certain nombre, la mort. « Mieux vaut souffrir que mourir, c’est la devise du sage, » a dit notre fabuliste. Elle peut ne pas être la nôtre quand il ne s’agit que de nous-mêmes; mais elle doit toujours l’être quand il s’agit de disposer de la vie des autres.

Loexhner (de Prague), Hecker (de Munich), Virchow (de Berlin), Schwarz (de Gôttingue), Lange (de Heidelberg), sont opposés aux grands établissements; Rokitansky, Oppolzer et Skoda (de Vienne) les admettent à la condition de leur donner un espace superficiel suffisant.

La question, malgré ces divergences d’opinion, me paraît facile à résoudre. Les petits établissements ont en leur faveur une moindre tendance au développement spontané de la fièvre puerpérale comme de presque toutes les autres maladies, et une limitation facile des influences contagieuses.

Les grands établissements ont contre eux l’absence de ces mêmes conditions favorables, la nécessité d’un large espacement entre les batiments, les inconvénients éventuels de leur fermeture. Ils ont en leur faveur une facilité plus grande dans l’unité de direc-

tion et dans l’éducation spéciale qui peut y être donnée. Mais ce que je puis dire ici, c’est que la grande mortalité qui existe dans quelques Maternités n’est pas sous l’influence directe ai immédiate du nombre des accouchements qui y sont pratiqués.

2° Encombrement. — Je n’ai rien de particulier à dire à cet égard. L’encombrement, toujours fâcheux, quelquefois fatal, suffit souvent seul pour déterminer l’éclosion des maladies; il est particulièrement dangereux quand il s’agit de malades baignées de matières aussi facilement décomposâmes que les lochies et d’une maladie aussi contagieuse que la fièvre puerpérale.

Nulle part peut-être l’encombrement n’a été porté aussi loin que dans l’ancien Hôtel-Dieu de Paris, et tel est le déplorable tableau que Tenon, en 1788, traçait de ce service d’accouchements :

« La situation des accouchées, à l’IIôtel-Dieu, est encore plus « déplorable que celle des femmes enceintes; elles sont de même « deux, trois, quelquefois quatre dans le même lit, les unes à une « époque de leurs couches, les autres à une autre époque ; leurs « évacuations naturelles les infectent. N’est-ce pas dans ces lits que « sont confondues les accouchées saines avec les malades, avec « celles qui sont atteintes de cette fièvre puerpérale qui en fait tant « périr! Quelle santé tiendrait ! cette affreuse situation! Quelle « maladie n’en serait pas accrue? Enfin, qu’on entrouvre ces lits « de souffrances, il en sort, comme d’un gouffre, des vapeurs « humides, chaudes qui s’élèvent et se répandent. Par un malheur « inconcevable, ces salles sont les plus basses de toutes celles de « l’Hôtel-Dieu et de toutes les salles des hôpitaux de Paris; d’ail- « leurs, comment et par ou en retirer l’air, puisqu’elles n’ont de « fenêtres que d’un côté? »

Et Tenon ajoutait : « A l’Hôtel-Dieu de Paris, ayons le courage « d’en faire l’aveu, la mortalité des accouchées est effrayante; elle « est dans le rapport de 1 à 15 2/5 environ. »

Quels devaient être les terribles effets d’un pareil encombrement

capable de développer primitivement la fièvre puerpérale chez un grand nombre d’accouchées ! Quelle différence n’y a-t-il pas entre cet état de l’ Hôtel-Dieu et la situation actuelle de la Maternité de Paris ! Cependant... la mortalité moyenne de la Maternité, depuis 1802, est de 1 morte sur 19, et sa mortalité moyenne, pour ces cinq dernières aimées, a été plus épouvantable encore que celle de l'IIôtel-Dieu de 1788 : 1 morte sur 8 accouchées !!! L’encombrement agit de deux façons : en développant primitivement la fièvre puerpérale, en facilitant outre mesure la contagion. Mais, je ne saurais trop le répéter, la contagion de la lièvre puerpérale est la cause principale de la mortalité excessive des femmes en couches, et si les appels incessants de la science ont pu faire diminuer l’encombrement et ses funestes effets, rien de sérieux n’a été fait à Paris contre la contagion. L’encombrement a presque disparu, la contagion persiste, à laquelle de ces deux causes faut-il attribuer la plus large part dans la persistance d’une effroyable mortalité?

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