‹ Des maternités-- étude sur les maternités et les institutions charitables d'accouchement àChapitre 28 sur 93 · SI · texte numérisé non relu

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combe, pendant ces deux mois, 16 el 17 pom' 100 des femmes accouchées, puis en mars, avril elmai, les choses reviennent peu à peu à rélat normal; en juin, tandis que la Maternité de Port- Royal est le siège d'une épidémie de fièvre puerpérale qui enlève

14.4 pour 100 des accouchées, la Clinique voit sa mortaUté descendre à 2,9 pour 100, Tout à coup la fièvre puerpérale y éclate, s'étend à un grand nombre de femmes, et, dans le mois de juillet, 13 accouchées sur 65 succombent, donnant une mortalité de 20 pour 100. Pendant ce temps, la Maternité, ordinairement si meurtrière, présente une mortalité exceptionnellement faible (pour elle du moins) de 5,5; 3,3 et 2,2 \x)\\r 100.

Mais à partir du mois de novembre 1862, tout rapport cesse d'exister dans la mortalité des deux établissements ; tandis que la moyenne des décès, pour 1863 et 1864 réunis, est, pour la Clinique, de 4,3 pour 100 accouchées; elle est, pour la Maternité, de

16.5 pour 100, et elle y atteint, en janvier, 23 pour 100; en février, 32 pour 100; en octobre, 26 pour 100, et, enfin, en décembre, 58 pour 100, chiffre sans précédent; aussi, après que sur 34 accouchements effectués pendant ce dernier mois, il y eut eu 20 décès, on se décida enfin à fermer rétablissement.

Une seule fois, en mars 1861, il y eut une coïncidence dans l'existence d'une épidémie à la Clinique et à la Maternité. Ce fait est tellement exceptionnel que je me suis rendu à la maison d^accouchement de la rue de Port-Royal, pour savoir quels étaient à cette époque les médecins ou Tinterne chargés du service de cette maison, car ils auraient pu être les agents de transmission de l'épidémie de l'un à l'autre des deux établissements, maïs je dois avouer que s'il existe à cet égard des probabilités, je n'ai pu acquérir de certitude pour la négative ou l'affirmative.

Vienne. — I^ non-coïncidence des épidémies entre deux établissements voisins est bien plus remarquable encore quant à ce qui concerne les deux Maternités de Vienne.

Les deux cliniques d'accouchements de Vienne, celle des élèves

98 DES MATERNITKS.

en médecine et celle des sages-femmes sont placées dans le même hôpital (Allgemein Krankenhaus), et comme il est facile de le voir (PI. VI, fîg. 2) dans deux com*s conliguës, dans deux balimenls faisant partie des mêmes constructions. Si la fièwe puerpérale est une maladie épidémique dont le développement soit dû à ces iniluences atmosphériques occultes, à ces miasmes créés de toutes pièces et voyageant avec les vents, elle devra régner simultanément dans les deux services d'accouchements, y faire un nombre de victimes variable sans doute ; mais il paraît impossible que la mortalité descende en même temps dans l'un au-dessous de la moyenne, tandis qu'elle arrive dans l'autre à un chiffre élevé. Le tableau suivant démontre cependant, d'une manière évidente, cette absence de coïncidence dans l'étal sanitaire, la non-coïncidence des épidémies.

MORTALITÉ POUU 100

1'* CLIXIQIE S* CLMIQVB

1858. Juillet 0,9 24,7

1839. Juin 15,» 3,4

1840. Octobre 20,3 5,8

1812. Décembre 31,3 3,7

1844. Mars 17,0 3,5

1844. Novembre 11,0 0,7

1845. Oclobre 14,8 1,5

1846. Mai 13,4 0,4

1847. Avril 17,0 0,7

1856. Septembre 1,3 10,5

1862. Décembre 6,3 0,2

On ne saurait invoquer, pour expliquer ces différences, l'état lâcheux de l'une des cliniques, puisque c'est tantôt l'une, tantôt l'autre qui est le théâtre de l'épidémie.

Dans un tableau ci-joint (PI. IV), j'ai, à Texemple de M. Spath, représenté par un tracé gi'aphique la courbe de la mortalité dans les deux cliniques en prenant pour exemple les années 1840, i841, i842, i843, 1844, 1845 et 1846.

BÏS. MATERNITES.

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En mai 1840, l'état sanitaire des deux cliniques était assez satisfaisant, car la mortalité y était descendue à 1,1 et 1,2 pour 100; elle diminua encore les deux mois suivants dans la seconde clinique (0,6) et son maximum, qu'elle atteignit en octobre, fut de 5,8 pour 100. Pendant ce temps la mortalité s'éleva graduellement dans la première clinique ; elle atteignit successivement les chiffres de 10; 14; 19; 21 pour 100 en août, septembre, novembre, décembre; elle était montée, en octobre, à 29 pour 100, et en s\x mois, sur 1393 femmes, il en mourut 250; tandis que dans la seconde clinique, celle des sages-femmes, sur 1064 accouchées, il en était mort 45, c'est-à-dire que la seconde clinique avait conservé sa mortalité moyenne de 4 poui' 100, tandis qu'elle s'était élevée dans la première à 17 pour 100.

En janvier et février 1841, Tépidémie entra en décroissance, l'état sanitaire redevint assez satisfaisant en mars, avril et mai, et, sauf une légère aggravation en juin dans les deux cliniques, cet état se continua assez bon jusqu'en octobre. Mais, à partir de cette époque, une grave épidémie envahit la première clinique, et la mortalité s'y éleva en novembre et décembre 1841, janvier et février 1842 à 22; 19 ; 20 et 12 |)our 100, tandis que la seconde clinique, placée dans les mêmes constructions, mais sans communication de personnel avec la première, n'avait qu'une mortalité de 3; 5 ; 2 et 4 pour 100. Bientôt cependant la seconde clinique voit cesser son immunité relative, sa mortalité s'élève et reste élevée toute Tannée (5; 12; 7 pour 100) ; mais celle de la première clinique s'élève bien davantage : une effroyable épidémie y fait périr en 8 mois 432 accouchées, et la mortalité y atteint, en décembre 1842, 31 pour 100, tandis qu'elle n'est dans l'autre clinique que de 2 pour 100.

A partir de ce moment le nombre des décès diminue dans la première clinique d'une manière constante, et en juillet la mortalité tombe à 0,5 pour 100. Elle suit une marche absolument mverse dans la seconde clinique, et du mois de décembre 1842 au mois d'avril 1848, elle monte graduellement et arrive à 20 pour 100«

Pendant toutes les années suivantes, la raortnlilé de la première clinique reste toujours plus élevée que celle de la seconde; cette différence se prononce surtout en octobre 1845; elle se continue pendant treize mois jusqu'en novembre 1846.

Pendant que 543 femmes sur »3881 accouchées succombent dans la première clinique, donnant une mortalité moyenne de 15,9 |)our 100, la seconde clinique perd 104 accouchées sur 3732 ou 2,7 pour 100,

Les mômes divergences se sont montrées dans les années 1854, 1855, 1856, 1857 et 1858. En février 1854, la première ch'nique a 10 pour 100 de mortalité; la deuxième, 1,7 pour 100 seulement. En septembre, le rapport se renverse, tandis que la première garde sa moyenne (5 pour 100), la seconde perd 15 pour 100 des accouchées. En décembre, nouveau changemenl, la mortalité s'élève à 7 i)our 100 dans la première, mais elle s'élève dans la seconde au chiffre élevé de 18 jiour 100.

De telles différences ne sauraient exister si la maladie était pui*ement épidémique dans le sens hippoci^atique donné ordinairement à ce mot. A quoi tiennent donc les différences si grandes dans la mortalité simultanée des deux établissements voisins? C'est que la contagion ne s'est exercée que trop facilement dans la clinique envahie, dîuis des salles renfermant un gi*and nombre d'accouchées; mais que cette contagion n'a pu s'exercer de Tune vers l'autre clinique, la première étant réservée exclusivement aux étudiants, la seconde exclusivement aux sages-femmes, et qu'aucune communication directe ou indirecte n'exislait entre elles.

Peut-on, en présence de i>areilles divergences dans la mortalité de deux établissements aussi voisins, admettre aujourd'hui que l'on aaflaireà des épidémies pures de toute contagion? Si l'éclosion et le développement de la maladie étaient dus à des miasmes répandus dans l'air et s'arrèlant au-dessus d'une Maternité, ou à un état particulier de latmosphère: chaleur, humidité, électricilé, pression barométrique, etc., capable de dévdapper primilivement et dans le

même temps la fièvre puerpérale chez un grand nomWe (t accouchées, Pépidémie devrait sévir à la fois dans deux services placés dans le même établissement, presque dans la même cour, dans le même bâtiment ; la coïncidence devrait surtout exister lorsqu'une mortalité exceptionnellement élevée frappe une des Maternités; or, celte coïncidence dans la mortalité n'existe que lorsque celle mortalité est peu élevée, et elle disparaît, au contraire, quand la mortalité s'élève notablement ; de telle sorte qu'il faudrait admettre que ces prétendues influences épidémiques eocercent d^ autant moins largement leur action qu'elles sont plus actives^ et qu'une épidémie se localise d'autant plus qu^elle sévit avec plus de force. Soutenir une pareille proposition serait se mettre en contradiction avec tout ce que nous a appris l'observation, avec la logique la plus élémentaire. I^s épidémies de fièvre puerpérale tiennent à la contagion, c'est ce que j'espère démontrer par de nombreux exemples.

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