INTRODUCTION
Depuis cinquante ans les sciences naturelles sont entrées dans une voie bien spéciale : les naturalistes, au lieu d'étudier les êtres vivants à la fois aux trois points de vue que doit envisager tout biologiste, ceux de la physiologie, de la morphologie et de l’évolution, Se sont engouës d’analomie et d’histologie, et ont laissé de côté la physiologie, du moins celle qui concerne les animaux dits inférieurs.
Tandis que les ouvrages sur la physiologie de l'Homme et des Vertébrés supérieurs sont innombrables, un seul livre, inachevé d’ailleurs, celui de KRUKENBERG, Vergleichend-physiologische Vorträge (1886), rend compte de ce quia paru dans le domaine de la physiologie des Invertébrés. Quand on parcourt les index bibliographiques qui sont à la fin de chaque chapitre, on est frappé de ce fait que les quelques recherches qui ont été effectuées sur les animaux inférieurs viennent en général des physiologistes de l'Homme.
INVERTEBRATE ZOOLOGY
Crustaces
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Ceux-ci ont souvent une technique merveilleuse, les résultats auxquels ils arrivent sont d’une rigueur absolue, mais, quand ils sortent de leur domaine habituel, ils restent pénétrés de la conception anthropomorphique : ils ramènent, comme le faisaient les anciens zoologistes, tout à l'Homme ; ils expliquent les phénomènes simples qui se passent chez un Protozoaire ou chez un Cœlentéré par les phénomènes complexes qui ont lieu chez les Vertébrés supérieurs. Ils choisissent les animaux pour expériences d’après leurs instruments : ce sont ceux qui par leur taille ou par quelques dispositions spéciales se prêtent le plus facilement à l’expérimentation telle qu'ils la conçoivent, animaux düts physiologiques, qui sont naturellement l’objet de leur étude, et ainsi celle-ci s'éparpille sur quelques êtres pris au hasard dans le règne animal, types terminaux et aberrants pour la plupart (1), etne permet pas de suivre l'évolution d'une fonction. Les médecins trouvent un certain intérêt à injecter à des animaux marins des poisons, tels que la strychnine, la digitaline, la nicotine, extraits de plantes terrestres, alors qu’il est du plus haut intérêt pour le zoologiste d'étudier les intoxications par les substances chimiques dissoutes en quantité variable dans l’eau demer, O, CO?, NaGl, CaO, AzH$, ptomaïnes, etc., substances qui dépendent de l'habitat et du genre de vie de l'animal étudie.
C’est pénétré de la théorie de l’évolution que j'ai abordé l'étude physiologique des Crustacés; j'ai cherché à mettre en évidence l'influence du milieu exlérieur, de l'habitat, du genre de vie (éthologie) sur la fonction et ensuite sur la forme, et ainsi à suivre la filiation des espèces (phylogénie), en deux mots j'ai essayé de faire de la physiologie comparée, éfhologique et phylogénique.
J'ai essayé de faire de la physiologie éthologique, et pour cela j'ai eu recours à l'observation sur le vivant, si délaissée de nos jours, bien qu’elle ait fait la gloire des RÉAUMUR, des TREMBLAY, des SPALLANZANI. Mon père m'ayant exercé à la pratiquer dès l'enfance, à l'âge de 10 ans je soupçonnais déjà l'influence des facteurs éthologiques sur la croissance des hôtes de nos mares. Plus tard en suivant les leçons de M. GraRp, j'ai pu me rendre compte combien ces
(1) Ce sont la Grenouille, l'Ecrevisse, l'Escargot, le Scorpion, ete. ; il faut remarquer d'ailleurs combien antiscientifiques sont ces expressions ; qu’entend-on en effet par la Grenouille, alors que la Grenouille verte, la Grenouille agile, la Grenouille rousse, ete., se comportent au point de vue physiologique de manières si différentes.
facteurs sont variés et dépendent les uns des autres, et me persuader de leur importance. Mon plus profond désir serait réalisé s'il y avait dans ce travail quelques reflets de l’enseignement de ce Maitre.
J'ai essayé de faire de la physiologie phylogénique, et, pour rechercher comment les changements du milieu extérieur et ceux de l’activité des animaux ont entrainé l’évolution des espèces, je suis revenu aux vieilles traditions scientifiques françaises. Sur le conseil de M. EpmonD PERRIER qui à bien voulu me guider dans les nombreuses recherches expérimentales que j'ai faites au laboratoire de St-Vaast-la-Hougue, j'ai médité longuement l'œuvre de LAMARCK, et je me suis toujours efforcé d'appliquer dans les sciences naturelles les méthodes rigoureuses des sciences physiques ; ainsi je suis arrivé à me bien convaincre que toute variation qui se produit chez un être vivant est le résultat de la réaction physico-chimique de l'organisme contre le milieu extérieur.
J'ai choisi les Crustacés Décapodes, parce que chez ces animaux toutes les fonctions pour ainsi dire extériorisées sont faciles à étudier, et que le moindre changement dans le mode de vie détermine des variations morphologiques ; chez eux on peut arriver à expliquer les plus minimes saillies de la chitine qui revêt le corps.
J'ai choisi l'étude de la respiration, après avoir entendu au Muséum, pendant l'hiver 1896-97, les belles leçons de M. Bouvier sur l’appareil respiratoire des Arthropodes; gagné par l'enthousiasme de l’éminent zoologiste, j'entrevis alors tout ce que l’on pouvait tirer d’un pareil sujet.
Je publie aujourd’hui une partie de mes recherches, celle qui concerne les mécanismes respiratoires; je me réserve de traiter plus tard le côté chimique de la question.
L'étude éthologique que j'ai entreprise m’a conduit successivement en divers points du littoral français. J'ai passé trois saisons au laboratoire de St-Vaast-la-Hougue (août et septembre 1896, 16 juillet à 16 octobre 1897, 1% août à 10 septembre 1898) ; c’est donc dans cette station que j'ai effectué la majeure partie de mes observations. J'ai visité la côte du Boulonnais et travaillé au laboratoire de Wimereux (août 1899) ; j'ai séjourné à la Station zoologique d'Arcachon du 15 septembre au 3 novembre 1898 ; enfin j'ai exploré la côte provençale, séjournant successivement aux laboratoires de Tamaris et d'Endoume (septembre et octobre 1899). À Wimereux, M. GIaRp a attiré mon attention sur l'influence des œufs et des parasites sur la respi-
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ration et les rapports qui existent entre le mode respiratoire de l'hôte et la nature du parasite. A Arcachon, j'ai eu la bonne fortune d’être initié à certaines méthodes de physiologie par M. le Professeur JouxEr. À Marseille, MaRION par sa profonde connaissance des conditions éthologiques dans le golfe de Marseille a beaucoup contribué à l'achèvement de mon travail.
Dans l'intervalle de mes séjours à la mer, j'ai travaillé au laboratoire d'Entomologie et de Carcimologie du Muséum ; M. BOUVIER m'y a fait faire sous sa direction l'étude anatomique de l'appareil respiratoire chez les Crustacés Décapodes, il m'a communiqué une foule d'espèces de Crabes très rares et fort ntéressantes (provenant des explorations du Travailleur, du Talisman, du Blake, etc.) et m'a prodigué ses savants conseils avec un dévouement que je n’oublierai jamais.
Je tiens ici à exprimer toute ma reconnaissance aux savants éminents qui ont dirigé mon travail, MM. EpMoND PERRIER, GIARD et E.-L. BOUvIER, et aux distingués directeurs des laboratoires maritimes d'Arcachon et de Tamaris, MM. JoLyeT et R. DuBois pour l'accueil qu'ils m'y ont fait.
Je suis heureux de pouvoir exprimer également à M.REMY PERRIER, chargé de cours à la Faculté des Sciences de Paris, toute ma gratitude respectueuse pour la bienveillance qu'il n’a cessé de témoigner à son préparateur.
Je me souviens aussi de tout ce que je dois à l'excellente amitié de M. GRAVIER, assistant au Muséum.
Je liens en terminant à adresser un souvenir ému à la mémoire de mon père, qui me donna le goût des sciences naturelles, et d’une personne qui me fut particuliérement chère, FELIX BERNARD, et aussi à celle du professeur Marion de Marseille qui, au cours de la maladie qui l’a enlevé à l’affection de ses élèves et amis, a bien voulu s'intéresser d'une façon toute particulière à mes recherches et m'adresser des encouragements.
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