‹ Des mécanismes respiratoires chez les Crustacés Décapodes; essai de physiologie évolutive, éthnologique et phylogéniqueChapitre 44 sur 82 · S 6. — ORNEMENTATION DE LA BRANCHIE CHEZ LES PORTUNIDES · texte numérisé non relu

S 6. — ORNEMENTATION DE LA BRANCHIE CHEZ LES PORTUNIDES

L'ornementation de la branchie chez les Portunidés est en général assez simple; elle n'offre une certaine complication que chez le Porlumnus variegatus Leacu, le Platyonichus ocellatus LaTR., et l'Achelous orbicularis RicatEer, c’est-à-dire chez les

formes initiales des rameaux nepluniens ; chez les Polybies, les Portunes, les Carcins, elle est très faible au contraire.

Ceci ne doit pas nous étonner, car l'ornementation de la branchie, comme d'ailleurs l'ornementation de la carapace, est fonction de l'äctivité chitinogène ; or, chez les Crustacés que nous étudions en ce moment, la chitinisation est faible en général, et la carapace présente peu de crêtes, de tubercules, etc. Seuls les

Platyonichus et les Neptunes font exception, et ce sont eux

précisément qui ont des lamelles branchiales munies d’ornements.

Première série. — Platyonichus ocellatus Larr. — C’est un Crabe d'assez grande taille et fortement chitinisé ; le dessus de la carapace est couvert de tubercules développés surtout dans sa partie antérieure ; le front, qui est situé dans un enfoncement, a trois dents, et les bords latéraux ont cinq épines développées ; le dessous de la carapace est granuleux ; le rebord ptérygostomien saillant est couvert de tubercules, et présente, en dedans d’une ligne latérale prononcée, une crète dentée, due au frottement des pinces contre la face inférieure de la carapace. Celles-ci sont fortes, anguleuses, garnies de crêtes, d’épines, de tubercules, de brosses, ce qui indique, semble-t-il, des mœurs carnassières.

Je prendrai pour type de la branchie une des branchies 4, qui sont les plus développées.

La forme générale est celle d’une pyramide quadrangulaire (fig. 117, À) dont le plan de symétrie serait légèrement incurvé en S, dont la face externe serait un peu plus large que la face interne, la largeur de l’une et l’autre faces allant régulièrement en décroissant de la base au sommet. Les lamelles sont insérées perpendiculairement aux vaisseaux externe et interne: Cinq ou six lamelles de grandeur croissante constituent la base de la branchie et leur bord externe est laillé en une sorte de triangle saillant, comme cela s’observe tout le long de la branchie chez certains Corystidés. Au delà de la base, l'ornementation se perfectionne et a lieu suivant un type uniforme.

La face externe est constituée par deux sortes de pleins cintres, entre lesquels s'étend à la façon d’un ruban le vaisseau externe, et qui sont séparés des pleins cintres des branchies voisines par des sillons prononcés ; il en résulte que les faces latérales proprement dites, celles qui sont en contact d’une branchie à l'autre, ne corres-

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pondent guëre qu'à la moitié de l'épaisseur totale de la branchie.

Ces faces latérales présentent une particularité extrêmement remarquable (fig. 117, C); dans toute leur étendue, les bords des lamelles extrêmement épaissis se touchent (1) : il faut attribuer cet épaississement à la pression et au frottement des branchies les unes contre les autres, et remarquer qu'il a un avantage: celui de

maintenir les lamelles écartées les unes des autres, et par suite

de forcer l’eau, pour passer de la face interne (flancs des épimères) (2) à la face externe, de couler entre les diverses lamelles.

Sur la face interne, assez étroite, plane, fait saillie le large vaisseau interne; vers la base, ce vaisseau présente quelques crochets chitineux, espacés et courts, indiquant un faible frottement de l’épipodite correspondant, qui, en effet, est très grêle; sur l'échantillon observé, celte face présentait d'ailleurs des traces manifestes d’ensablement. Il faut noter que cet épipodite dépend des maxillipèdes postérieurs et par suite a tendance à devenir immobile comme cela a lieu chez les formes fouisseuses.

La face externe, au contraire, présente une ornementation compliquée, el qui est évidemment en rapport avec les frottements exercées par les épipodites externes, bien développés. Les bords des lamelles sur cette face offrent typiquement de chaque côté deux rangées d'aspérilés chitineuses saillantes et bien visibles: une rangée n'existe en général que vers la base, à quelque distance de la limite supérieure de la face latérale (7. para-latérale); l'autre rangée, sensiblement parallèle au vaisseau médian (7. paramédiane), est beaucoup plus constante.

Considérant les lamelles postérieures de la branchie 4 0 (fig.117, 4); la rangée para-latérale se poursuit sur les 22 premières lamelles, et comprend : 1° (lamelles de la base) de simples incurvations du bord ; 2° des saillies prononcées dirigées vers le sommet de la branchie et en haut, chevauchant les unes sur les autres, et s'éloignant de plus en plus de l'axe de la branchie; 3° de simples accidents du bord ; la rangée para-médiane, qui commence après les lamelles de la base, est formée également de saillies : 19 celles-ci sont d'abord

(1) Les faces latérales ont par suite une teinte différente de celles des faces externe et interne.

(2) L'eau qui entrerait par l’orifice postérieur décrit plus haut (p. 250), commencerait

par glisser contre les flancs épiméraux,

dirigées du côté de la base de la branchie et ne présentent pas un alignement rigoureux ; 2° elles disparaissent ensuite sur 18 lamelles (sauf deux); 3° elles réapparaissaient pour former celte fois une ligne régulière parallèle au vaisseau externe, et sont alors plutôt dirigés vers la pointe de la branchie; 4° elles ont tendance à disparaitre, ce qui à lieu à la pointe de la branchie.

Les lamelles antérieures de la même branchie 4 D présentent également Îles fi. 117. — Platyonichus ocellatus LATR. Ornemendeux rangées de sail- tation de la branchie. À, branchie 4 b vue par le côté postéro - externe ; PB, profils de ; à lamelles branchiales de 4 b et de 3 c; C, la rangée para - laté- épaississement du bord des lamelles au niveau rale se poursuit sur des faces latérales.

une plus grande longueur, les saillies étant moins prononcées, là où il y a des saillies correspondantes de la rangée para-médiane.

lies chitineuses, mais

La dissymétrie s'accentue dans la branchie voisine 3 c (fig. 117, B, en bas); les lamelles postérieures non bombées vers la base présentent deux rangées de saillies chitineuses, correspondant aux deux lignes de tangence avec l’épipodite, — les lamelles antérieures, au contraire, fortement bombées, présentent une seule rangée de saillies, l’épipodite ne frottant les lamelles que suivant une seule ligne, qui existe dans toute la longueur de la branchie.

Chez 3b, la symétrie se reconstitue : les lamelles antérieures et postérieures ne présentent que la rangée para-médiane de saillies, le contour des lamelles ayant une courbure régulière; c’est à peine si l’on trouve quelques traces des saillies para -latérales vers la base et sur les lamelles postérieures.

Il en est de même sur les lamelles postérieures de 2 €, qui sont seules visibles.

Les branchies 5 et 6 ont l’ornementation des branchies 4; seulement les lamelles postérieures de 6 c”, qui présentent d’ailleurs la rangée régulière des saillies para-médianes , s'allongent vers l'arrière,

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et se terminent en des pointes qui chevauchent les unes sur les autres.

J'ai décrit dans ses plus petits détails l’ornementation des branchies du Platyonichus ocellatus LATREILLE, afin de montrer l'influence du frottement de l'épipodite sur le développement d’épaississements et de saillies le long du bord des lamelles branchiales, épaississements qui maintiennent l'écart des lamelles, saillies qui, accrochant celles des poils des épipodites, jouent un rôle considérable dans le nettoiement des branchies.

Achelous orbicularis Ricnrer. — Chez l'Achelous orbicularis RICHTER, à carapace très plate, les branchies ne peuvent pas se développer en hauteur, et

l’ornementation est d’un type

D un peu différent (fig. 118).

Le vaisseau interne, peu ) saillant, est garni de quelques.

crochets, dirigés vers la base ou le sommet de la branchie A suivant leur position.

| Le vaisseau externe est

débordé de part et d'autre

par les lamelles. Les rangées

Fr&. 118. — Achelous orbicularis RIGHTER. de crochets qui garnissent la

Ornementation de la branchie. À,

profil d’une lamelle branchiale; B, face externe de chaque côté

ornements des lamelles, face externe; sont au nombre de érois ;

C, ornements, face latérale. la rangée para-médiane est

formée d’aspérités pointues

dirigées en avant; dans la rangée suivante, ces aspérités ont pris

une forme hémisphérique et viennent butter chacun contre la

lamelle située immédiatement en avant, maintenant ainsi l'écart;

la rangée la plus écartée (para-latérale) est composée de saillies irrégulières en forme de tête.

Les épaississements latéraux sont réduits; ils occupent seulement

la limite des faces latérales avec la face interne, et ont la forme de

fuseau.

Ainsi chez le Platyonichus ocellatus LaTr., et chez l’Achelous orbicularis RIicaTER, les lamelles bien régulières et rigides sont

maintenues écartées les unes des autres par des épaississements de leur bord ; il en résulte que la branchie forme un tout qui se tient bien.

Portumnus variegatus LEacx. — Chez le Portumnus variegatus LEeacx, forme actuellement fouisseuse, la branchie est du type de celle du Plàtyonichus ocellatus Larr. Mais l'influence de la vie fouisseuse prolongée et presque exclusive modifie la chitinisation : la branchie commence à se déformer, les contours des lamelles chevauchent déjà un peu les uns sur les autres ; les saillies para-latérales de la face externe qui se trouvent sur presque toute la longueur de la branchie présentent des formes variées, têtes plus ou moins régulières rappelant les saillies correspondantes de l’Achelous orbiculäris RICHTER.

Neptunes. — Chez les Neptunes, les faces latérales se développent en hauteur, tandis que la face externe s’aplanit, entre les diverses branchies, il n’existe plus que d’étroits sillons.

Chez le Callinectes diacanthus Lare (fig. 120 C'), les lamelles ne se sont épaissies d’une façon sensible sur les faces latérales qu’à leur limite inférieure ; quant aux faces externes,elles présentent :

> nolentus HERBST (fig. 119, Css N.s.), la rangée para-médiane seule est bien développée ; de Fi. 119 à 122. — Ornementation des

deux rangées de saillies chi-

lineuses bien prononcées qui

er chaque demiics lamelles branchiales des Neptuniens.: podÈs à RUE N. s., Neptunus sanguinolentus

Ns rappellent celles des Platyo- U nichus ; la rangée para-latérale n’occupe de même que le premier tiers ou la première EG moitié de la branchie.

Chez le Neptunus sangui-

interne, une ligne régulière Hergsr; C, Callinectes diacanthus est dessinée, vers le milieu, LATR.; G, Goniosoma anisodon DE

par de légers épaississements Haaw; 7, Thalamita sima M.-Epw.

des lamelles.

Chez les Neptunes, le vaisseau interne fortement saillant présente plusieurs rangées de poils, de diverses tailles, ornés plus ou moins

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eux-mêmes ; ceux-ci développent à leur extrémité deux rangées de soies fines et acérées ; les épipodites correspondants sont relativement plus développés que chez les Platyonichus (Voir fig. 128).

Goniosomes. — Les branchies du Goniosoma anisodon DE HAAN, Crabe qui a des caractères neptuniens manifestes, ressemblent à celles des Neptunes; à la limite des faces latérales et de la face interne, il y a des épaississements du bord des lamelles ; sur la face externe, les saillies ont la forme de tampon d'écart et rappellent celles des Achelous.

Thalamites. — Les branchies des Thalamites ressemblent beaucoup à celles du Platyonichus ocellatus LaTR.; les épaississements portent sur toute la hauteur des faces latérales.

Deuxième série. — Les branchies des Polybies et des Portunes ont une consistance bien moindre que celle des branchies que j'ai décrites jusqu'ici.

Chez le Polybius Henslowi LEAc« (fig. 124, P.H.), il y a encore, à la limite des faces latérales et de la face interne, de légers tampons de séparation entre les lamelles branchiales ; mais les saillies de la face externe, peu saillantes, ne se voient pas au premier examen ; elles sont d’ailleurs assez irrégulières.

(: FX Pr.

Fi. 123 à 125. — Ornementation des lamelles branchiales des Portuniens. C. Carcinus mœænas PEennanT ; P.H., Polybius Henslowi LEACH; P. p., Portunus puber L.

Chez les Portunes, on ne trouve plus les épaississements des faces latérales, et même chez des formes de grande taille, comme le Portunus puber L. (fig. 125, P.p.), il n'y a qu'une rangée de crochets peu saillants de chaque côté du vaisseau externe. Chez le Portunus holsatus FaBr., les lamelles sont sinueuses; à la limite des faces

latérales et de la face externe, il se forme des saillies irrégulières ; celles-ci sont rares sur le reste de la face externe; le vaisseau interne en revanche présente quelques poils espacés, grèles et commençant à se barbeler.

Chez le Carcinus mœnas PENNANT (fig. 123, C), le bord des lamelles porte des saillies irrégulières et peu accentuées.

En général chez les Polybies, les Portunes, les Carcins, les épaississements des faces latérales sont très atténuës ou manquent, l’ornementation des faces externes est irrégulière et toujours peu prononcée; chez tous (sauf chez le Portunus holsatus FaBr.) le vaisseau interne saillant porte des tubercules, développés surtout vers la base, et sur chacun desquels s'insère obliquement un poil ; la direction du poil dépend de la position du tubercule (Voir plus haut, p. 191).

Chez le Portumnus näsutus LATR., enfin, la branchie subit l'influence de la vie fouisseuse exclusive : elle se développe mal, présentant des chevauchements et des rétrécissements qui lui donne une forme tout à fait irrégulière.

On voit donc ici encore que l’ornementation diffère suivant que l’on envisage les Crabes de l’une ou l’autre série.

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