‹ Des mécanismes respiratoires chez les Crustacés Décapodes; essai de physiologie évolutive, éthnologique et phylogéniqueChapitre 54 sur 82 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CONCLUSIONS

La vie fouisseuse et la phylogénie des Crabes.

OBrmanN |E, 94] a donné le tableau suivant relatif à la généalogie des Brachyures :

Gecarcinidæ

Ocypodidæ Grap sidæ

Lu 0 éssocaren idæ Thalarilidæ | Pinnotheridæ Podophthalmidæ Trapez ndæ FD | À rapide Portunide Xanthidæ Ozuidæ Le 0 D meridae 7 : Telphusidæ | Polybiüdé pa :

\ Menippidæ ro De

( Portunuinea L'ypica) Nautilocorystida

| arcinidæ Thidæ

({ Crancrinea Platyonichidæ Corystidæ Atelecyclidæ

On voit que c°t auteur fait descendre la plupart des Crabes, c’està-dire les Oxyrhynques, les Cyclométopes, les Catométopes, de forme fouisseuses (Corystidæ, Atelecyclidæ, Thiidæ).

Au cours des chapitres qui précèdent j'ai dû mettre en doute bien des fois cette opinion.

Chez les Oxyrhynques, il m'a été impossible de retrouver des traces d’un état ancestral corystidien.

Parmi les Portunidés, la forme la plus primitive que lon connaisse parait être le Portumnoides Garstangi Bonx (ancien Portumnus nasutus LATR); or, chez ce Crabe, si le front est avançant, les pattes-mächoires externes s'arrêtent à l'endostome ; cette disposition subsiste également chez le Carcinus inœænas PENNANT, peu différencié, qui perd l'avancée frontale au cours du développement, et chez les Polybies et les Portunes, qui, en général, n’ont pas le front avançant; mais chez les Portumnus et les Platyonichus, Crabes plus exclusivement fouisseurs on voit se façonner une véritable chambre prostomiale de Corystidé, sous l'influence des frottements des antennes et des appendices buccaux contre le sable ; j'ai montré plus haut (p.269 et p. 275) que cette chambre prostomiale est une acquisition secondaire, et qu’il est impossible de considérer les Platyonichidés comme les intermédiaires entre les Atélécyclidés (ou autres Coryslidés) et les Portunidés.

J'ai dà séparer des Xanthidés, un certain nombre d'espèces qui ont été jusqu'ici assez peu étudiées (Panopées, Pseudozius Bouvieri A. M.-Epw., etc.) et qui auraient admis pour ancêtre des Crabes non fouisseurs, à pattes postérieures subcylindriques, à front peu avançant, à paltes-màchoires non soulevées et en retrait même de l'endostome (Voir p. 309). Ces ancêtres se rapprocheraient beaucoup de ceux des Portunidés ; bien des fois, j'ai retrouvé chez les Panopées des côtes de l'Amérique du Nord l'aspect de nos Carcinus mœænas PENNANT; aussi c’est avec un vif plaisir que j'ai lu dans l'Histoire naturelle des Crustacés de MizNEe-EDWaRDS (1, p. 405) : « Genre Panopé; ce petit groupe semble conduire vers le genre Carcin >»; chez certaines Panopées, on voit se constituer une avancée frontale absente chez les formes primilives ; il en est de mème dans le genre Portune, où le Portunus pusillus LEacx seul prend, sous l'influence du genre de vie tout à fait particulier qu'il mêne (Voir p. 266), un front avançant. Il est probable que les Calométopes dérivent de Crabes voisins des Panopéesel encore moins

différenciés. Aïnsi les Pseudo-Xanthidés et les Catométopes ne prendraient pas leur origine parmi les Corystidés : l'avancée frontale que l’on trouve chez quelques espèces serait une acquisition se condaire, comme le prouve la disposition générale des antennules, qu. sont dès le début presque transversales.

Les vrais Xanthidés (Xanthes, Actées,.… Ætisus) comptent encore une espèce assez primitive, le Cycloxanthus 16 - dentatus M.-Epw., chez laquelle le front est étroit et avançant, et les antennules peu inclinées vers le dehors, mais où il y a à peine une ébauche de chambre prostomiale.

Les Afelecyclus, avec leur front avançant, leur antennules longitudinales, les antennes hypertrophiées, leurs pattes-mâchoires soulevées el avançantes sont nettement des formes corystidiennes ; mais sont-elles vraiment primitives? En se transformant, elles donnent naissance à des formes non corystidiennes, les Cancéridés ; mais n'avons-nous pas vu, les Platyonichus, formes corystidiennes, donner de même les Neptunes, Crabes qui gràce à leur activité ont conservé les renversements des Crustacés fouisseurs et les appareils filtrants de la chambre prostomiale.

Formes non corystidiennes..... F. corystidiennes..... F. non corystidiennes FORTUMMOTES LA CEE Platyomcnuss. 0 NCPIUNUS eme APElECYCIUS ee de CANCer RE

Il n'est donc pas impossible que les Afelecyclus qui sont déjà assez différenciés dérivent comme la plupart des autres Crabes de formes sans avancée frontale et sans chambre prostomiale.

J'arrive ainsi à considérer les Corystidés d'une façon tout à fait différente de ORTMANN : L’ils ne seraient pas des formes ancestrales ; 2° ils ne consllueraient pas un groupe naturel, car 3° ils proviendraient de l'adaptation à la vie fouisseuse de Crabes peu différenciés naturellement, mais appartenant à divers phylums.

I yaurait, non pas des Corystidés, mais des formes corystidiennes, résultant d’une convergence adaptative. Ceci expliquerait les différences considérables que l’on observe chez les divers Coryslidés, et que l’on attribuait jusqu'ici à l’extrème variabilité des espèces primitives.

Je résumerai dans le tableau suivant LE façon dont j'entrevois l’évolution des Crabes.

HE tes; inely* Psy, !

ä( 7) Us (l

ir f\aiy

Formes prunil ives

È ll Fanopecs si imnus 1 é Û

Curtonot à k E Aie uen alométopes | =Pseudo -Xanthidés

à front et à pallesmächoires ï

à ; bidés a 9 branchies Panopeides __

non avançantes

D'après ce tableau on voit que l'adaptation corystidienne se manifeste dans les divers phylums, chez des espèces plus ou moins différenciées, et avec une intensité variable.

FiG. 202. — Mictyris longicarpus. Maxillipèdes antérieurs.

Parmi des formes déjà assez spécialisées comme les Portunes, on peut voir s’esquisser une différenciation corystidienne chez le Porlunus pusillus LEACH qui, sous l'influence de la composition chimique de l’eau, sécrète une chitine faible et plastique rappelant celle des ancêtres.

On trouve également des transformations très curieuses chez des Brachyures également assez spécialisés, les Pinnothéridés, mais dont les conditions chimiques de vie sont tout à fait spéciales.

Je ne citerai qu'un exemple, celui du Fo

. ar, POP : . = - SPER ‘ Mi lyris longicai pus (Gélèbes) (1). Je ne Le op — Here décrirai point la forme bizarre de la cara- longicarpus. Maxillipace, et ne dirai point ici pourquoi pèdes postérieurs.

j'entrevois une parenté avec les Carpilies.

Je me bornerai à la description des pattes-mâchoires.

Les maxillipèdes postérieurs (fig. 203) forment deux opercules volumineux.

Les maxillipèdes moyens constituent des lames molles, spongieuses, couvertes de poils agglutinant des grains de sable.

(1) J'ai étudié un certain nombre d'espèces de Pinnothéridés, mais je me réserve de publier les résultats trouvés plus tard, en les complétant; au point de vue de la respiration, ce sont des formes excessivement curieuses.

322 GEORGES BOHN.

De même les lobes internes des maxillipèdes antérieurs (fig. 202) sont transformés en sacs spongieux, tandis que la lacini a une forme accidentée.

Tous les poils des parties spongieuses s’enchevêtrent les uns dans l'autre et agglutinant du sable constituent un filtre très parfait pour l’eau qui entre vraisemblablement par la partie antérieure.

C’est là une transformation que je n’ai trouvée nulle part ailleurs, et qui montre bien la plasticité remarquable de la chitine chez les Crustacés qui vivent dans des milieux chimiques spéciaux (1).

(1) Des recherches entreprises au cours de l'impression de ce travail (été 1901) m'ont permis de comprendre un des mécanismes par lesquels les substances toxiques du milieu extérieur peuvent déterminer des changements morphologiques ; ces substances détermineraient des spasmes toxiques, musculaires et cireulatoires, dans certains territoires de l'organisme, et par suite ces territoires subiraient des atrophies.

C'est ainsi que les branchies disparaîtraient en général : les réductions de la formule branchiale s’observent surtout chez les Oxystomes et les Pinnothéridés, Crabes qui vivent, comme je l'ai montré plus haut, dans des milieux toxiques et spasmodisants, peu au contraire chez les Dromiacés, chez lesquels je n'ai jamais pu déterminer des spasmes du scaphognathite.

Chez les formes actives, Weptuniens et Panopéidés, le courant étant probablement surtout inverse, les intoxications doivent porter leur action sur les parties antérieures du corps : front (érosion chez les Neptunes) ; lacini (échancrure chez les Carpilies, les Pseudozius, les Panopées) ; branchies (réduction du groupe antérieur chez toutes ces formes).

Les formes fouisseuses, qui échappent aux intoxications, ont souvent un front avançant, des appendices buccaux ou antennaires développés, une formule branchiale complète. (Note de l’auteur, 15 septembre 1901),

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