QUE LA SOUVERAINETÉ NE SE PERD PAS
53. Une société organisée est un être collectif qui , comme l'individu, a ses intérêts, ses volontés, ses caprices même. Il se renouvelle continuellement avec le temps; ses membres disparaissent successivement, d'autres naissent, et en plus grand nombre si les moyens de subsistance ne font pas défaut. Au bout de quelques années, aucun de ceux qui vivent à un certain moment n'existera, mais la société ne meurt pas, sa personnalité subsiste.
C'est ainsi que les molécules de matière qui composent le corps de l'homme se renouvellent incessamment, et qu'au bout d'un certain temps aucune de celles qui s'y trouvaient n'y reste plus, au dire des physiologistes 5 mais le principe qui les animait n'a pas cessé d'être et de sentir la continuité de son existence.
La société est donc un être dont la vie peut être considérée comme indéfinie, qui se perfectionne successivement, et a la conscience de sa continuité par la lenteur avec laquelle s'opèrent ses transformations. Les causes qui l'ont fait naître subsistent et s'accroissent de plus en plus; son existence ne pourrait être détruite que par un suicide impossible. Comment donc pourrait-on admettre qu'elle perdit jamais le droit qu'elle a eu d'abord de se diriger ellemême et de prendre les mesures qu'elle jugera favorables à ses intérêts et à son bonheur.? Lors même que, dans un moment de caprice ou d'erreur, elle se serait livrée à une direction étrangère, un autre caprice si l'on veut, ou une