‹ Des méthodes dans les sciences de raisonnementChapitre 3 sur 45 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

Si l'on voulait remonter aux premières origines des connaissances humaines, il faudrait se reporter à l'époque de l'apparition de l'homme sur la terre, après que ce globe, primitivement incandescent et fluide, s'est solidifié à sa surface et suffisamment refroidi pour permettre et entretenir l'existence des végétaux et ensuite des animaux et de l'homme. Cette recherche dépendrait de l'état où on le supposerait au moment de sa création, et serait peu utile à cause de l'incertitude des données. Il est plus sage de considérer l'homme, tel qu'il est aujourd'hui, naissant au milieu d'hommes parvenus à un état de civilisation quelconque, vivant et se développant, avec leur aide, au moral comme au physique. Nous assistons tous les jours à ce développement successif, et l'étude en est assez facile à celui qui veut y donner un peu d'attention.

Nous ne nous proposons pas ici de nous livrer à cette étude, qui a été l'objet des méditations de tant de philosophes, mais simplement de bien assurer notre point de départ. Nous ne voulons pas qu'on puisse nous reprocher d'expliquer des choses par d'autres aussi peu connues, ou de supposer certaines connais-

lO AVÀNT-VROPOS.

sances antérieures, sans les mentionner expressément; nous nous bornerons toutefois à indiquer comment nous concevons que se sont formées les notions premières que nous admettons comme des données incontestables.

Les premiers mots qu'on essaye de faire balbutier à un enfant sont les noms des personnes et des objets qui l'entourent, et de lui-même, qu'il ne confond jamais avec ce qui n'est pas lui. L'association constante des mêmes sons aux mêmes objets fait que les uns lui rappellent les autres; mais, pour que ce soit devenu un commencement de langage, il faut qu'il ait compris que ceux avec qui il vit lient intimement à ce son l'idée de l'objet, et qu'il suffit de le faire entendre pour qu'on pense à cet objet et qu'on comprenne que les autres y pensent de même.

Les qualités des choses ont été aussi faciles à lui désigner par des mots, à la condition de se borner à celles qu'il peut expérimenter lui-même. Il en est de même d'un certain nombre de sentiments, et surtout d'actes, dont les uns lui sont demandés et les autres défendus. De cette manière l'enfant a bientôt à sa disposition un grand nombre de mots, substantifs, adjectifs et verbes; les autres parties du discours ne tardent pas à se joindre aux premiers, et il se trouve en possession d'un langage simple, borné aux choses qu'il connaît parfaitement, et sur lesquelles il peut exprimer certains actes, certains sentiments et diverses circonstances de temps, de position, etc.

Les idées générales et abstraites seront aussi facilement saisies par lui, pourvu qu'elles ne soient que des extensions des idées particulières qu'il possède. Il

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