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PREMIÈRE ORGANISATION D'UNE SOCIÉTÉ

■48. Je suppose une famille vivant dans une contrée habitée ou non par d'autres et à- l'existence de laquelle ont suffi jusqu'à un certain moment les produits de ses troupeaux et d'une agriculture peu avancée. L'accroissement continu de cette famille a fini par rendre ses revenus în- .suffisants pour ses besoins : elle émigré avec ses troupeaux en emportant le peu d'ustensiles et d'instruments de travail qu'elle possède, et s'arrête dans un pays fertile qui lui promet une culture facile et productive, et lui olTre d'abondants pâturages pouvant subvenir, sans travail, à la nourriture de nombreux troupeaux-

Elle se fixe en ces lieux, construit des cabanes simple;

pour

;lle et des abris pour les animaux. Elle ensemence la

terre, et, en attendant les récoltes de diverses espèces, elle vit des réserves qu'elle avait économisées.

Après un certain temps, une seconde famille, poussée par les mômes nécessités que la première, peut-être même par son invitation, vient s'établir dans le même lieu. Elle

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prend possession de terres contiguës à celles qu'occupe la première, et chacune, prévoyant l'arrivée de nouvelles familles, trace les limites du terrain qu'elle entend garantir, tant pour les membres qui la composent acluellemeut que pour ceux dont elle pourra s'accroître dans un prochain avenir. La grande étendue des terres fertiles permettra cette prise de possession, sans qu'il en résulte aucun froissement ni aucun désir de s'emparer de ce qui a été choisi par le premier occupant.

Enfin, après un temps suffisant, toutes les terres jusqu'à des distances considérables sont occupées par de nombreuses familles. Chacune a passé les limites de ses possessions ; elles sont respectées de tous, parce que personne n'est poussé par la nécessité à convoiter le bien des autres; et c'est ainsi que le droit de propriété s'établit sans contestation.

Après l'aclièvement des travaux de défrichement et de premier établissement, la culture de la terre et le soin des troupeaux n'exigeant plus la coopération de tous les membres de la société, une partie d'entre eux pourra donc se livrer à d'autres travaux d'utilité générale. On apprendra à transformer la toison des troupeaux d'abord en tjl, puis en étoffes qui procureront des vètemeiits plus commodes que des peaux grossièrement cousues ; la culture du lin fournira des étoffes plus délicates encore et des vêtements plus légers. Il faudra imaginer des moyens d'exécution pour la fabrication de ces étoffes, et le travail de l'esprit viendra ainsi en aide au travail manuel. On fera de même des perfectionnements dans les instruments aratoires et dans les outils de tous genres. La construction des édifices deviendra par là plus facile ; les moyens de transport par terre ou par eau seront rendus plus commodes. La mouture des céréales, faite d'abord par des moyens grossiers exigeant un temps considérable, se fera par des appareils, compliqués

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