‹ Des méthods dans les sciences de raisonnementChapitre 198 sur 198 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DE L'OPPOSITION APPARENTE DES PBIKaPES.

6S. Dans les sciences mathématiques il y a beaucoup de formules qu'on appelle générales et qui cependant sont soumises à certaines exceptions : comment n'en serait-il pas de môme dans les sciences morales, dont les données sont beaucoup moins précises que celles des premières?

L'avantage qu'il y a à réunir sous un même énoncé le plus grand nombre possible de vérités ou de préceptes conduit aux propositions générales, et, lorsqu'il y a des cas particuliers où ces propositions sont en défaut, cela n'empêche pas de les maintenir, en indiquant les exceptions. C'est ainsi que les formules algébriques, qui donnent les solutions des questions de nombres et sont d'un usage indispensable, deviennent illusoires lorsque les nombres donnés se trouvent dans certaines conditions particulières bien déterminées.

Il en est de m6mc de tout précepte de morale, qui est l'indication de ce qui est bien, dans un «ombre indéfini de cas analogues. Le précepte n'est pas moins utile à formuler, parée qu'il y aura des circonstances exceptionnelles où il devra èlre modifié i il est nécessaire de donner aux hommes une règle qui soit dans presque tous les cas applicable, au lieu de les laisser dans l'incertitude dans ces cas, parce qu'il s'en rencontrera par hasard quelquesuns où la règle sera en défaut. Seulement, il pourra être bon de les avertir avec beaucoup de circonspection que ces cas exceptionnels pourront quelquefois se présenter,

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s CHATIMENT DE SIED.

nion sur la question de savoir si Dieu cbàtie pendant leur vie ceux qui commettent le mal, et préserve dans les dangers les liommes vertueux : or, la conscience seule ne pouvant nous éclairer à cet ëgard, nous sommes obligés d'observer les faits et de faire usage de la raison qui nous a été donnée. Et nous croyons n'être pas téméraire en exprimant ainsi notre opinion :

Dieu, en nous inspirant l'amour du bien, a voulu qu'il y eut pour nous des inconvénients à faire le mal, mais il nous a laissé à tous la liberté de faire l'un ou l'autre; il n'influe donc pas sur nos actes particuliers, car ce serait la destruction de la liberté ; et quant à la punition des fautes, son principe remonte à la création de l'espèce humaine, et elle n'est pas décrétée par Dieu dans chaque cas particulier; aussi se trouve-t-elle soumise aux défectuosités que l'homme aperçoit en toutes choses et qu'il serait téméraire déjuger : car ce qui est imperfection aux yeux de l'homme peut être un élément nécessaire d'un ensemble qu'il ne connaît pas.

Ce que nous venons de dire pour chaque homme en particulier s'applique à une société considérée comme un être collectif. Si elle abandonne la voie qui conduit au but qui lui est assigné, il en résulte toujours des suites fâcheuses, qui pourraient la conduire à sa ruine si elle persistait dans le mal. Ces punitions ne sont pas infligées directement par un acte de la volonté de Dieu; le principe qui les produit est dans la nature même de l'homme et lui a été imprimé dès son origine. C'est toujours Dieu qui punit, mais d'une manière plus conforme à l'idée que l'homme se fait de sa grandeur.

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