‹ Des microscopes et de leur usage: Description d'appareils et de procédésChapitre 5 sur 40 · DU MICROSCOPE SIMPLE · texte numérisé non relu

DU MICROSCOPE SIMPLE

Toute lentille convexe est un microscope simple; les sphérules de verre, les loupes de tous genres, rentrent dans la même catégorie.

Depuis le globe de verre rempli d'eau ou microscope simple des anciens, jusqu'aux doublets que nous employons aujourd'hui , l'instrument a subi de nombreuses modifications ; mais avant d'entrer dans des détails plus étendus sur ces divers changemens, donnons quelques instans à la théorie.

Nous pourrions renvoyer nos lecteurs aux préliminaires, mais nous attachons une grande importance à ce que Ton comprenne bien l'action du microscope simple, d'ailleurs quelques mots suffiront.

Etablissons d'abord que le point de vision distincte pour les vues ordinaires, est à 8 ou 9 pouces, ou bien, pour se conformer au système décimal et faciliter le calcul, 0'",25. — Néanmoins la vision sera encore plus ou moins distincte, en certains points intermédiaires à cette distance et à celle où les objets paraissent troubles. Maintenant supposons que l'œil soit placé en fig.30, pi. V et l'objet en SS ; cet objet paraîtra plus grand qu'il n'est en réalité, parce que l'angle sous lequel on le voit, est plus grand que si cet objet était placé à la distance de la vue distincte; mais on

verra lobjet confusément, parce qu'il se trouvera en décades limites auxquelles la vision distincte peut naturellement s'opérer. Dans ces circonstances, on place tout près de Tœil, une lentille convergente et l'objet est transporté en deçà de la distance focale de la lentille, précisément autant qu'il le faut pour que son image ff se trouve reportée à la distance Of , Of à laquelle s'opère naturellement la vision parfaite. Lorsqu'au moyen de quelques essais, on aura trouvé la distance où l'objet doit être placé, l'image ff sera vue distinctement et en outre l'angle visuel fÀf * qu'elle sous-tend, sera égal à l'angle SAS sous lequel l'objet paraîtrait à la vue simple, si on pouvait le voir distinctement d'aussi près que AP. On aura donc le double avantage de voir distinctement et sous un angle plus grand qu'à l'ordinaire. Mais par cela même qu'il ne nous sera jamais arrivé de voir ainsi l'objet que nous observons, l'idée que nous nous formerons de sa grandeur réelle, ne sera modifiée par aucune expérience préalable sur les rapports des distances avec les angles visuels; et comme nous verrons l'objet sous un angle beaucoup plus grand qu'à la vue simple* quoiqu'avec la même netteté et à la même distance où nous chercherions à le placer pour l'apercevoir distinctement, nous jugerons qu'il est en effet grossi sous toutes ses dimensions (1).

Il est facile de concevoir que l'image sera en même temps beaucoup plus claire^ car la réfraction rassemble et ramène dans l'œil, un grand nombre de rayons lumineux qui, sans l'interposition du verre, tomberaient en dehors de l'ouverture pupillaire.

Est-il nécessaire d'ajouter que, plus la lentille sera conver- , gente, plus l'angle visuel sera agrandi et conséquemment, plus l'objet paraîtra grand ?

La manière la plus simple de se servir de la lentille, est de l'enchâsser dans un cercle solide muni d'un manche qui permet de

(1) Biol, Physique,

le tenir dans une ms^in, tandis que l'autre fait Toffice de porte-objet ; mais il serait difficile et même impossible de mettre ce procédé en usage, lorsque les lentilles ont un court foyer et par conséquent, une grande puissance d'amplification. Si les plus petits objets paraissent considérablement amplifiés lorsqu'on les examine avec une lentille puissante , on conçoit que les plus légers mouvemens subiront la même loi et que la main la plus ferme ne sera jamais assez immobile pour éviter les changemens de rapport entre l'œil, la lentille et l'objet. S'il fallait à chaque instant remédier à ces déplacemens, il en résulterait une grande perte de temps et une fatigue capables de dégoûter Thomme le plus persévérant, des recherches microscopiques.

Aussitôt que Ton fut parvenu à construire des lentilles à court foyer , on sentit le besoin impérieux de les fixer d'une manière invariable ; chacun disposa l'appareil suivant ses goûts et les exigences des différentes espèces d'observations.

Nous pensons qu'il est inutile de décrire tous les changemens éprouvés par la monture de l'instrument ; l'important est de faire connaître la construction généralement adoptée de nos jours et surtout les modifications apportées à la pièce principale , la krUille.

Occupons-nous d'abord de cette dernière.

Une bonne lentille doit être formée d'une substance parfaitement homogène, très transparente, jouissant d'une grande puissance réfringente et d'un très faible pouvoir dispersif. Il faut joindre à ces qualités, Texactitude des formes et la perfection du travail.

En examinant les différons microscopes simples, nous verrons comment on a cherché à remplir ces conditions.

Le moyen le plus simple pour faire une lentille, a été indiqué par Stephen Gray. Ordinairement il pratiquait dans une lame de métal, une ouverture très étroite sur laquelle il déposait une

çoutte d'eau contenant des animalcules ; cette goutte prenait une forme plu$ ou moins spbérique et jouait assez bien son rôle dans certaines circonstances.

Ce fut peut-être cette idée qui conduisit le docteur Brewster à £aire des expériences sur diSérens liquides ; car Teau ne possède qu'un faible pouvoir réfringent , son évaporation rapide altère prompt^nent la forme de la lentille et dailleurs, on ne peut conserver un pareil amplificateur. Le savant docteur employa successivement lacide sulfiirique et l'huile de ricin qui jouissent d'une plus grande puissance de réfraction. Les huiles essentielles et l'alcool pourraient être mis en usage, si leur volatilité n'était un obstacle insurmontable.

Mais le docteur Brewster alTeclionne surtout les lentilles suivantes. Il pose une goutte de baume 'de Canada ou de vernis à la térébenthine sur une lame de verre et suivant que la quantité de liquide est plus ou moins abondante, ou que l'on a fait sécher la goutte sur la partie supérieure ou inférieure du verre, la lentille sera plus ou moins convexe et l'amplification plus ou moins forte. Le même auteur nous apprend qu'il a obtenu de bons résultats, en employant des yeux d'ablettes et d'autres petits poissons, en guise de lentilles.

Nous passons rapidement sur ces procédés auxquels nous attachons peu d'importance parce qu'ils sont plus curieux qu'utiles; nous n'en dirons pas autant des globules de verre fondu. Les premiers observateurs ont employé ces globules et leurs belles découvertes ainsi que nos propres expériences, nous ont prouvé que Ton peut en obtenir de fort beaux résultats.

La manière de les fondre est très simple et les amateurs nous sauront peut-être gré de leur donner le procédé que M. Laligant de Saulieu avait communiqué à M. LeBaillif. Si nos indications paraissent insuffisantes, on trouvera la description ori^nale dans les Annales de Cindmtrie mUi&nale et étrangère.

Deux eooditions sont nécessaireâ pour obtenir des globules par£ût8 : l'' Il faut leur donner une forme sphérique. 2^ Il importe que le verre dont on £aiit usage, soit pur et exempt de bulles.

Pour éviter 1^ bulles, il faut prendre un morceau de verre à vitre facile à fondre et passablement pur. Si on dirige brusquement sur ce verre, la flamme d'une chandelle animée par le chalumeau » il se fendille ei souvent même on peut, en conduisant la pointe du jet sur l'extrémité d une fente» parvenir à donner aux fragmens une fbrme allongée (Il est bon que leur largeur n'excède pas 5 à 6 millimètres). Par ce moyen, on évite les érailluros que le meilleur diamant occasionne aux angles de^ bandes qu'il détache ; les bulles sont presque toujours le résultat de ces éraillures qui p^sistent malgré la fusion.

On prend un de ces fragmens que l'on soude par ses deux bouts à des morceaux de verre ou aux extrémités de deux petits tubes ; saisissant alors à deux mains, ces appendices accessoires, on présente le fragment central à la partie la plus diaude de la flamme, et bientôt il prend à peu près la forme d'un cylindre d'un demimillimètre de diamètre. Lorsqu'on a une suffisante longueur de verre ainsi façonné, il est bon de l'examiner à la loupe pour choisir les parties les plus pures, puis on les remet au feu pour les allonger en fils dont on proportionne la grosseur à celle des globules que l'on veut obtenir. Si l'on est parvenu à détacher des. fragmens de verre assez longs, il devient inutile de les souder aux appendices.

Il nous reste maintenant à fondre les globules en leur conservant une forme sf^érique. Pour y parvenir , on pr^d un morceau delil de verre que l'on coupe par un bout dans la flamme, caria fracture pourrait déterminer des inégalités. Alors on saisit le fil par une de ses extrémités avec une pince d'horloger et en présentant le bout opposé à la flamme, il se contracte en un globule qui ne remontera jamais jusqu'à toucher les pinces, parce qu'elles erapê-

cbenl le morceau de fil qu'elles contiennent, de s échauffer assez pour se fondre et se réunir au globule. Ce dernier resté suspendu par un pédicule fort délié que Toil place de cdté dans la monture,pour qu'il ne trouble en aucune manière, la netteté de la vision.

Ces globules sont d'autant plus ronds, qu'ils sont plus petits.

Pour s'assurer de leur pureté, on les saisit avec la pince par leur pédicule et on les place entre l'œil et la lumière. Ils paraîtront parfaitement nets s'ils sont purs, et parsemés de taches noires, s'ils contiennnent des stries ou des bulles.

Une lampe à l'esprit de vin est préférable à une chandelle ; on est moins exposé à ternir ou à tacher son ouvrage.

On trouvera dans divers articles de Hook, du père Délia Torre, de Butterfield et de Sivright (1), les différons procédés que ces auteurs employaient pour obtenir des globules fondus ; nous n'avons rapporté que celui qui nous a été indiqué par M. Le Baillif, parce que ses résultats nous ont paru supérieurs à tous les autres.

Le lecteur pensera peut-être, qu'il eût été convenable de suivre un certain ordre chronologique dans nos descriptions, mais notre but était de nous débarrasser d'abord de tout ce qui n'était pas réellement une lentille travaillée par l'opticien; seulement nous avons été du simple au composé, de la goutte d'eau au globule de verre fondu.

La lentille bi-convexe parait être la première lentille travaillée que les opticiens employèrent pour le microscope simple. Les instrumens de Wilson et de Cuff furent long-temps les plus usités, mais le verre bi-convexe avait de grands défauts inhérens à sa forme. Plus la courbure était prononcée , plus les aberrations étaient manifestes.

Pour remédier à ces défauts , on employa des diaphragmes qui

(i) Voir le» HecherclieH hifttoriqnes.

diounuaieni conaidérablement rouverlure et forçaient l'observateur à ne se servir absolument que du centre de la lentille. On s aperçut bientôt, que Ton n'avait fait que remplacer un défaut par un autre non moins important, car, dune part, Tétroitesse de l'ouverture ne permettait de voir qu'une très-petite partie de l'objet, et de Tautre, la feible quantité de rayons lumineux qui traver sait l'ouverture, était souvent insuffisante pour que la vision fût distincte.

On ne songeait pas, comme le dit si ingénieusement M. le baron Séguier(l), quen circonscrivant la vision, ce moyen ne fesait que sotuiraire à Cœil, des défauts auxquels il, ne remédiait pas.

Frappés de ces graves défauts, les plus habiles physiciens cherchèrent à résoudre le problême. Wollaston, Herschell, les docteurs Brewster et Goring, se livrèrent à des expériences ingénieuses^ et savantes, et s'ils n'atteignirent pas positivement le but, ils rendirent la tâche moins difficile.

Hâtons-nous d'ajouter qu'à Wollaston était réservée la gloire de l'emporter sur tous les autres, mais nous pensons sincèrement, qu'une telle victoire et le nom du vainqueur, doivent consoler de la défaite.

Toutefois, la première tentative connue, appartient au docteur Brevester. Dans son Traité des nouveaux instrumens de Physique^ publié en 1813, ce savant écrivait : « L'on ne peut espérer d'améliorations essentielles pour les microscopes simples, qu'autant que l'on découvrira quelque substance douée comme le diamant, d'un fort pouvoir réfringent combiné avec un léger pouvoir dispersif. »

Guidé par cet aperçu, le docteur Goring, avec son ardeur habituelle, engagea M. Pritchard à faire des tentatives pour confectionner une lentille en diamant; M. Goring voulut même fournir les

{\) Rapport Inît à In Société d'encoiiiacjrnîeTit le 8 janvier 185/i.

matériaux et après un long travail et de nombreux accidens, M. Pritchard termina en 1826 sa première lentille, de moins d un millimètre de foyer. D autres opticiens suivirent cet exempte et moi-môme je fis en 1832, des lentilles en pierres iiies. Dès cet instant, les pierres précieuses eurent au moins quelqu*u1ilité réelle et non plus seulement une valeur de convention.

Les avantages de ces lentilles sur celles en verre, dépendent de leur plus grand pouvoir réfringent.

Ainsi, à courbure égale, l'amplificateur en pierre fine, donnera un grossissement plus considérable et par conséquent, on pourra, avec une lentille légèrement convexe , obtenir les mêmes amplifications qui exigeraient une grande convexité dans une lentille de verre ; il résulte encore de ce fait, 1® que laberration de sphéricité sera moins prononcée dans les lentilles en {terres précieuses , puisque ce défaut est le résultat d'une trop grande courbure, et 2® que le faible pouvoir dispersif des pierres fines, rendra ces lentilles presque entièrement achromatiques.

Aussi, dans son enthousiasme, M. Goring s'écrie : « Je regarde les lentilles en diamant comme le nec plus uUrà de la perfection pour le microscope simple! »

Il est vraiment pénible de foire crouler un si bel édifice d'espérances. Les lentilles en pitres précieuses ont certainement de grands avantages et la science est redevable à celui qui le prunier eut cette belle idée; mais l'état de cristallisation des pierres, s'oppose souvent à ce qu'on puisse les mettre en œuvre. Il suffira de lire le récitdes difficultés prouvées par M^ Pritchard, pour se convaincre de la vérité de ce fait. Plusieurs de ces pierres ont une double réfraction , polarisent la lumière et sont par conséquent, impropres à l'usage auquel on les destine. Quelquefois même, la polarisation a lieu dans certaines parties de la pierre, tandis que d'autres en sont exemptes. On répondra qu'en les taillant dans le sens de l'axe optique , on peut remédier à ce grave inconvénient; >

mais le travail de ces pierres est tellement diflicile, que les meilleurs lapidaires étaient d'avis, qu'on ne parviendrait jamais h leur donner une forme convexe ou piano-convexe et surtout , à obtenir un poli parfait. Quoiqu'on ait vaincu en partie ces difficultes, les inconvéniens signalés plus haut, n'en subsistent pas moins. Ceci nous conduit naturellement à parler du prix élevé d'une pareille lentille , quoique pour quelques personnes, ce soit un argument bien faible. Une bonne lentille en diamant coûterait 500 fr. ou plutôt serait sans prix.

Un bon doublet en verre ne revient qu'à 10 ou 20 fr.

Les lentilles en grenat , n'ont pas les mêmes inconvéniens , mais on leur reproche leur coloration qui existe toujours plus ou moins, lors même qu'elles sont très-peu convexes. Ce défaut peut être favorable dans certaines circonstances , lorsqu'on veut , par exemple, observer un objet très4)rillant.

J'ai foit avec cette substance, des doublets d'un prix modéré et qui parfois peuvent être utiles.

Je passerai sous silence les lentilles en cristal de roche, en tourmaline, etc. , parce qu'elles ne me paraissent pas mériter une mention spéciale et que l'expérience les a fait abandonner c<miplètement, même par leurs inventeurs.

En définitive, nous poserons une seule question qui nous paraît devoir terminer le conflit entre les pierres précieuses et le verre. A-t-on jamais vu, à l'aide des pierres précieuses, qudqu'objet que l'on n'ait pu voir aussi distinctement avec nos doublets? — Non. — Dès-lors toute discussion devient inutile.

Laissons là les pierres fines et suivons la voie qui nous con-* duira jusqu'à l'époque actuelle.

Wollaston, dont il faut toujours citer le nom quand il s'agit d'idées ingénieuses et de perfectionnemens utiles, fut le premier à faire exécuter des lentilles composées de plusieurs verres, pour remédier aux imperfections du microscope simple.

Il est vrai de dire, qu'à une époque antérieure, on avait déjà conçu la possibilité de cette combinaison (1), mais les auteurs qui en ont parlé, paraissaient ignorer complètement ses principaux avantages.

Dans les bulletins de la société d'encouragement (février 1837), M. Francœur nous apprend qu'il fesait usage de lentilles semblables depuis trente ans et qu'il fut surpris de voir attribuer celte invention au physicien anglais.

Quoi qu'il en soit, on peut lire dans les Transactiom PliUotophiques ( année 1812, page 375 ), les raisons qui portèrent Wollaston à construire son doublet péri$copique. Nous les donnons ici d'une manière succincte.

1^ La lumière est insufiisante dans les lentilles à forts grossissemens, à moins que l'on ne donne au diaphragme une large ouverture pour obvier à ce défaut ;

2^ Si l'objet est d'une certaine étendue, l'aberration de sphéricité s'oppose à ce que l'on voie distinctement toutes ses parties ;

3** de n'est qu'en rétrécissant beaucoup l'ouverture du diaphragme, que l'on parvient à se servir d'une pareille lentille; tout en détruisant l'aberration , ce moyen limite nécessairement le champ de vue et s'oppose à ce qu'une quantité sufiisante de rayons lumineux arrive à l'oeil.

WoUaston fit construire son doublet périscopique composé de deux lentilles piano-convexes de même courbure , opposées par leur côté plan et séparées par un diaphragme dont l'ouverture centrale ne donnait passage qu'aux rayons perpendiculaires aux surfaces courbes de la lentille^ Le diamèj^re de cette ouverture devait être égal au cinquième de la longueur focale du doublet. La iîg. 31, pi. l*^"", représente la disposition des verres et la marche des rayons.

(1) Voir les Recherches historigtuê.

. Mais cette lentille composée de deux verres piano-convexes , ne formait pas une sphère complète et par conséquent , les rayons qui la traversaient ne se réunissaient pas tous au même foyer. WoUaston avait encore signalé la perte de lumière déterminée par la pluralité des surfaces qu'il fallait traverser.

Pour perfectionner ce doublet , le docteur Brewster proposa plusieurs sphères; les unes, composées de deux lentilles réunies par leur centre, au moyen d'un tube rempli d*un liquide possédant le même pouvoir réfringent que le verre, ou même, d'une petite pièce de verre de même forme que le tube; fig. 32, pi. U^i les autres, séparées par des plaques de verre et un diaphragme intermédiaire aux plaques ou aux surfaces planes des lentilles; enfin le docteur anglais construisit la sphère rodée d une seule pièce, fig. 33, qui, légèrement modifiée par M. Goddington , porte le nom de lentille œil d'oiseau, fig. ^i.

Mon père construisit en France , les premières lentilles œil doiseau , qu'il nomma coniopsides et fit l'application du même principe aux oculaires de lunette, mais, M. Francœur(l), signala plusieurs inconvéniens attachés à cette construction et entre autres , la difficulté d'exécution , le prix élevé , l'affaiblissement de la lumière qui avait à traverser une grande masse de verre , etc. Néanmoins, nous construisons toujours des lentilles de Goddington, fixées dans une monture qui permet de les tenir à la main. Dans quelque position qu'on les place, l'axe visuel passe toujours par le centre de la sphère et cette circonstance les rend d'un usage excessivement facile. Ces petites loupes peuvent être employées avec avantage par les naturalistes.

Il ne nous parait pas nécessaire de décrire les lentilles dites sans aberrations et le doublet périscopique du célèbre John Herschel; ces combinaisons ne sont pas ordinair^otient employées.

(i) Bulletins de la Société d'encouragement, février 1837.

Nous arrivons enfin au perfectionnement le plus réel subi par cet instrument.

Ainsi que nous l'avons dit, WoUaston avait déjà fait des tentatives dans le but de perfectionner le microscope simple, mais Tes^ prit positif et consciencieux de cet illustre physicien, ne pouvait se contenter d'un essai qui n'avait pas rempli le but qu'il se proposait. Il fit de nouvelles recherches et un mois avant sa mort, le 27 novembre 1828, atteint d'une affection cérébrale qui le conduisit au tombeau, il publia son Mémoire sur le doublet microscopique dont nous allons nous occuper. Ce fut son dernier legs scientifique, son dernier mot d'adieu à la science!....

Citons textuellement :

c< L'examen de Toculaire des télescopes astronomiques d'Huy* gens, me fit soupçonner qu'une combinaison semblable, appliquée dans un sens inverse au microscope, pourrait également avoir l'avantage de corriger les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité. »

WoUastoû ajoute, « que son doublet, ressemble assez bien à y^ deux dés à coudre ajustés l'un dans l'autre, au moyen d'une » vis et perforés à leurs extrémités. Au moyen de cette disposi- » tion, les surfaces planes des deux lentilles piano-convexes, per- » mettent de^ les ajuster fecilement dans le même axe et la vis » fournit les moyens de varier leur écartement, de manière à leur » faire produire le meilleur effet possible. »

» D'après mes expériences, je suis porté à croire, que la meil- » leure proportion entre les foyers des lentilles, doit être de 3 » à 1 et que leur réunion produira l'effet le plus satisfesant , » lorsque la distance des deux surfaces planes sera environ » de 1, 4/10 du foyer le plus court »

Dans notre chapitre Eclairage^ nous reviendrons sur l'appareil de WoUaston ; pour le moment, ce qui nous importe, c'est de bien décrire son doublet.

La fig. 35, pi. 1", nous représente cet appareil. A est le dé ou la

monture qui contient la plus grande lentille , B est le dé inférieur muni de la lentille la plus forte.

La monture inférieure B^ présente un épaulement C qui la retient dans Tanneau du porte-lentille. Cet ajustage est» d'après Wollaston , bien préférable à une vis et permet de changer les doublets plus facilement.

I^ coupe des deux lentilles isolées, est représentée en ÂB, (ig. 36.

« Avant de terminer» dit Wollaston, je ferai remarquer un » grand avantage qui m'a confirmé dans le choix que j'ai fait des » lentilles piano-convexes convenablement disposées ; je veux par- » 1er de la direction du côté plan vers lobjet , car si la lentille tou- » che au liquide que Ton examine, la vision ne sera pas empêchée , » mais au contraire favorisée par le contact des deux milieux ; tan- » dis qu'en employant une lentille bi-convexe, un pareil accident » (qui n'est pas rare avec les verres à court foyer), forcerait de » suspendre l'expériwice jusqu'à ce que la lentille ait été enlevée, » nettoyée et remise en place. »

On ne nous accusera sans doute pas de présomption, si nous disons, que celte ingénieuse, lentille avait pourtant ses défauts et pour ne nou9 attacher qu'au plus important, nous ferons remarquer, que l'épaisseur du doublet de Wollaston, nécessitée par l'éloignement des lentilles, était un véritable obstacle lorsqu'il s'agissait de disséquer sur le porte-objet, car le foyer se trouvait tellement rapproché des lentilles, qu'il devenait impossible de faire agir les instrumens de dissection et surtout d'employer de forts grossissemens. C'étaient là de graves défauts, compensés à peine par l'absence presque complète d'aberrations.

Néanmoins , frappé d'un perfectionnement aussi remarquable , je me hâtai de construire le microscope de Wollaston avec toute l'exactitude qu'il me fut possible d'apporter à ce travail et bientôt, je pus le mettre sous les yeux de MM. Audoin, Brongniart, do Mirbel, Brcschet, Le Baillif et Baron Séguier.

.Ces messieurs saccordèrent tous à reconnaître, que les prévisions de WoUaston étaient fondées, que l'instrument produisait des effets remarquables, mais ce fut avec la mémo unanimité, qu'ils signalèrent les déffiuts dont jai déjà parlé.

L'écartement des verres, dans le doublet de WoUaston, n'était destiné qu'à produire l'achromatisme; je pus me convaincre, (|ue cette condition nétait pas d'une grande importance pour le microscope simple; l'aberration de sphéricité seule, me parut être le point capital.

Je réussis enfin à terminer le doublet que je vais décrire et qui est aujourd'hui généralement adopté p^r les savans les plus distingués.

Il se compose de deux verres piano-convexes de foyers égaux, A, B, fig. 37 et 38, pi. 1*^*; l'un très large B, placé du côté de l'objet, Tautre plus petit et supérieur A. Leurs faces planes sont toutes deux tournées vers l'objet. Entre ces deux lentilles serties séparément dans leurs montures a, b, j'ai placé un diaphragme d dont l'ouverture o varie suivant le foyer du doublet. De cette manière, la lentille est beaucoup moins épaisse et plus lumineuse que celle de WoUaston. Je dois ajouter, qu'elle présente un immense avantage, puisqu'elle permet de conserver entre eUe et le porte-objet, un espace très suffisant pour faire agir commodément les instrumens de di&section.

Un autre avantage qu'on ne contestera sans doute pas à mon doublet , c'est qu'il peut se démonter lorsqu'il est nécessaire de nettoyer les verres et qu'en revissant les différentes pièces dont il se compose, elles se trouvent toujours parfaitement centrées.

Souvent même, on peut désirer un très faible grossissement que l'on obtient avec la plus grande facilité, en n'employant que la moitié du doublet.

Mos pfTorts ont été amplement roromponsés par k» succès que

j'ai obtenu, l'approbation des savans et le témoignage flatteur de la Société d'Encouragement (1).

Notre microscope simple perfectionné , fig. 2 , pi. 3 » est renfermé dans la bptte X sur laquelle on le visse, lorsqu'on veut observer.

TT, tige carrée creusée carrément pour recevoir la seconde tige G, dont la face postérieure porte une crémaillère et qui se meut au moyen du bouton à pignon R.

Nous avons rendu la partie optique mobile, parce que le microscope simple est particulièrement destiné aux recherches et aux dissections anatomiques et qu'il faut conserver à la platine la plus grande solidité, pour que les mains trouvent un point d'appui immobile qui leur permette de faire agir les instrumens de dissection, sans déranger l'objet du foyer, ce qui arriverait ifailnliblement par suite de la pression exercée sur une platine mobile.

Au somn^et de la tige G, est ajusté à angle droit le bras a, terminé par un anneau A qui porte les doublets.

L'ancienne méthode qui consistait à visser les amplificateurs, avait plusieurs inconvéniens ; nos doublets entrent à frottement dans l'anneau.

P, platine large et percée à son centre, d'une ouverture circulaire.

D, diaphragme variable qui peut être enlevé à volonté.

M, Miroir qui glisse à frottement sur la tige T, au moyen de la' botte B.

La figure 3, représente le microscope anatomique de M. Le Baillif.

La tige T, est solidement, fixée à la table P. Cette table est large et percée à son centre, d'une ouverture circulaire qui reçoit le tambour B également à jour en et couvert d'une plaque de verre.

(jl) MédaUlc d*or.

C C» sont deux colonnes ou pieds do la table, solidemmii fixés sur la botte.

M, miroir mobile sur cette dernière, au mojren du pivot Y.

La tige SA, se meut d'avant en arrière dans la boîte L, au moyen du pignon S ; cette botte peut elle-même exécuter un mouvement horizontal sur la tige G. Cette disposition permet de parcourir en tout sens une surface, de retrouver facilement les parties déjà disséquées et de poursuivre son travail sans déranger la préparation. On enlève ad libitum le tambour B.

Pour se servir du miiîroscope simple , il faut d'abord placer convenablement l'objet sur la table anatomique ou sur la platine. On trouvera au chapitre Préparation des objets , la manière de disposer un certain nombre de corps avant de les soumettre à l'investigation microscopique. Ces exemples suffiront pour guider les observateurs dans leurs premières tentatives, l'expérience fera le reste.

L'objet placé sur la platine, on choisit un doublet d'un pouvoir amplifiant proportionné à la nature du corps à étudier ou bien, au genre de recherches que l'on veut entreprendre. Au reste , pour procéder suivant la meilleure méthode, il faut commencer par les plus faiibles grossissemens qui donnent une idée exacte de l'ensemble, passer ensuite à de plus fortes lentilles, pour dévoiler successivement les moindres détails et enfin , employer alternativement ces difTérens amplificateurs. C'est ainsi que l'on parvient à une connaissance parfaite des divers corps de la nature, sans craindre les erreurs ou les illusions qui sont toujours le résultat d'une observation mal faite.

Lorsqu'on a fait choix d'un doublet, on règle la distance focale au moyen de la crémaillère et on s'occupe de l'éclairage, ainsi que nous l'avons indiqué au chapitre 5.

Pour les dissections , il faut appuyer les deux poignets sur la

lable anatomkfue, de maDÎère à faire agir libremènl les pointes , ciseaux, scalpels, etc.

Nous terminerons ce chapitre, par la description d'un nouveau microscope simple qui peut être fort utile aux anatomistes.

Lorsqu'il s'agit de faire des dissections minutieuses , il arrive parfois , qu'on est arrêté dans ses recherches, par l'impossibilité où l'on se trouve d'employer de forts grossissemens , car il n'y aurait plus assez d'espace entre la lentille et la platine, pour admettre tes instrumens de dissection.

J'ai donc imaginé, en 1835, de placer au dessus du doublet, une lentille achromatique concave que j'avais construite en 1827 et qui .peut s'en éloigner ou s'en rapprocher à volonté ; l'effet de cette combinaison , est d'augmenter le grossissement et de reculer le foyer. Ainsi disposé, cet instrument sera le plus puissant de tous les microscopes simples et cependant, l'espace destiné au passage des scalpels, pointes, etc. , sera plus consid^able que si l'on fesait usage du doublet seul. Plus le verre concave sera éloigné de ce dernier, plus le grossissement sera fort; cette puissance sera également en raison directe de la concavité.

Je ne sais si cette combinaison a été employée par nos prédécesseurs ; je ne le pense pas et d'ailleurs, s'il en était ainsi, je ne la considérerais pas moins comme ma propriété, car elle me fut suggérée par le désir de faire disparaître les inconvéniens dont j'ai parlé plus haut^t non par une réminiscence.

Au moment de publier cet ouvrage , nous venons de reconnaître une application importante de ce dernier instrument.

Plusieurs ophthalmologistes distingués nous avaient souvent demandé une loupe ou microscope simple assez puissant , pour examiner les yeux malades des personnes qui se confiaient à leurs soins. La difficulté n'était point de construire un microscope puissant, mais de le di^oser de telle sorte, que le grossissement demeurant le même^ le foyer ne fût pas trop près de la lentille. En effet.

quand on place un corps trop pr^ dun œil, surtout lorsqu'il est malade , les paupières se ferment à Tinstant et Ton est obligé de les maintenir otivertes, soit avec les doigts, soit au moyen d'instrumens appropriés ; mais cette violence, quelquefois très douloureuse, a encore pour effet d'irriter l'œil et d'augmenter sa disposition à la mobilité et la difficulté de suivre ses mouvemens.

On évite ces inconvéniens avec notre nouveau microscope et déjà, nous avons reçu les remerctmens de plusieurs personnes qui en ont fait usage.

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