CREPUSCULE
Un chœur éolien chante l'hymne du soir. J'entends pleurer sa voix aux cordes de ta lyre. C'est l'heure du repos et du tranquille espoir. Le grand poème s'ouvre à l'âme qui veut lire.
A ce moment divin où le cœur transporté Vient contempler le beau dans la gloire céleste, Sens-tu renaître en toi l'hypnose du Léthé ? . . . L'espace est imprégné d'une ambroisie agreste.
La nature frissonne et tout vibre en son sein, Comme à l'ombre du cloître où flotte le mystère, Des nonnes à genoux le frémissant essaim Tressaille en écoutant l'orgue du monastère.
Poétique silence et merveilleux instant Où l'inspiration à l'idéal unie Cherche dans l'invisible un rêve consistent, Et trempe la pensée à la source infinie.
0 soir, flambeau mourant d'un jour qui disparaît. De la veille dernière image symbolique.
Placide muézin du sombre minaret Publiant du charnier le texte catholique !
La vie en nous éteint ses décevants éclats Comme Tardent soleil à Theure vespérale; Le bronze du clocher s^ébranle dans un glas Lorsque s'allume aux cieux l'entité sidérale.
La raison, libre enfin, dans sa sérénité. S'exalte dans l'extase et dans l'éternité.