SURVIVANCE
DES VEBS 221
SÏÏRVIVANCE
à la Ligue des patriotes.
Quand Voltaire parlait de nos " arpents de neige "
A Fhétaïre Pompadour, A Louis agréant le cynique manège
D'innombrables valets de cour, Aux faiseurs, aux mignons, aux veneurs de débauche
Traînant le Lys toujours plus bas, A tous ces claque-dents que le Pouvoir embauche
Et qu'il souffleté à chaque pas; Quand Arouet disait ces paroles sinistres
Pleines de sombres lendemains.
Combien de parvenus, déguisés en ministres.
Sans honte pour leurs parchemins.
Sans fierté pour le roi, sans foi pour la Patrie, Eclaboussaient les vrais héros
Qui, quand même, luttaient pour la Gaule flétrie, Dans un cercle de fer enclos !
Ah ! ces arpents de neige étaient trop loin de France,
Trop loin de vos louches désirs.
Vous étouffiez les cris de la désespérance
Qui déferlaient, trouble-plaisirs.
C'était vraiment trop loin pour quitter vos orgies
Qui pressuraient le sol natal.
Pour vos pâles amours, funèbres liturgies
Sonnant aux cœurs le glas fatal; Et vos divins marquis, vos troublantes marquises.
Prostitués faisant fiorès, Ne voyaient pas aux murs des retraites exquises
L'affreux " Mané, Thécel, Phares." L'Europe vous crachait défaites sur défaites.
Alors que dans vos lupanars Une molle jeunesse organisant des fêtes
Ouvrait les villes aux pillards.
Et dans cette époque, où régnait la valetaille;,
Malgré Fattente sans espoir, Lévis sanctifiait sur le champ de bataille
Le dernier pouce du terroir.
Ce n'était plus, hélas ! une guerre en dentelle
Où les imberbes maréchaux Courtisaient hors des camps des succès de ruelle
Dans l'ombre des boudoirs bien chauds; Mais le soulèvement suprême d'une race
Contre l'esclavage et l'oubli Dont le pacte d'Utrecht évoquait la menace.
C'était, par l'effort ennobli, Un peuple qui croulait sans espoir de revanche.
Voyant le drapeau d'Albion Aux brèches des remparts, et comme une avalanche
Passer la noire Cession.
L'âme du Canada sonnait ses funérailles
En brûlant le Fleurdelisé
Mais Lebel amusait le Bourbon de Versailles
Dans le Parc-aux- Cerfs enlisé !
0 mon pauvre pays ! tu pleurais en silence. Quand les baisers d'une Margot
Scellaient à Trianon ta nouvelle allégeance; Et lorsque aux galas d'un Bigot
On épuisait ton or e^i riant de tes larmes,
Pour gaver le clan des troqueurs, Tu rougissais de voir cette boue à tes armes,
Et tu la cachais aux vainqueurs; Car ton mâle courage étoilant l'héroïsme
Au champ d'azur de ton blason, Combattait à la fois l'assaut du despotisme
Et l'œuvre de la trahison.
Mais tu devais tomber au milieu de ta gloire,
Par le servilisme abattu.
Ta ruine fut plus belle qu'une victoire.
De pourpre sanglante vêtu, Flame aux yeux, glaive au poing, et le cartel aux
lèvres.
Tu t'effondras comme un géant.
Broyant sous tes débris les sycophantes mièvres
Qui se terraient dans leur néant.
Si la défection prolongea ton martyre.
Après le geste Sainte-Eoy, Après que le triomphe eût porté le délire.
Avec une nouvelle foi, Au sein des combattants qui rachetaient les Plaines;
Si ton gibet de paria Sécha ta jeune sève en tes artères pleines.
Ta semence fructifia.
Ton souvenir pieux suivit à la conquête,
Et dans un critère plus fort, Inspirant l'idéal que nul écueil n'arrête.
Délivre tes fils de la mort.
La Vaillance à ton front pose son auréole
Dont s'éclairent nos libertés, Et rouvre les chemins à l'âme régnicole
Vers les grandes réalités.
Laisse un siècle mévendre et mépriser tes glaces.
Il fallait l'injure à tes preux.
Il fallait assouvir de faveurs et de places
Les parasites cancéreux Qui, comme une morsure, incorporaient leur honte
x\ux flancs débiles d'un Capet.
Laisse rire une caste où la licence monte.
Lentement, jusqu'au couperet.
11 fallait assourdir cette veule noblesse
Par des festins où tes clameurs N'iraient plus étrangler les hymnes d'allégresse
Dans la gorge des écumeurs.
En dépit des vendus, des vendeurs, et des lâches.
Titrés pour te tyranniser.
Gagistes odieux d'inavouables tâches
Qui te laissaient défranciser,
Tu descellas tes fers et rejetas la cangue,
Et dédaignant l'obscur affront, Bravant ceux qui voulaient expatrier ta langue,
Tu relevas plus haut le front.
Ainsi qu'en une cendre où le feu couve encore
Et qu'un souffle peut rajeunir, Tu voyais s'allumer une nouvelle aurore
Dans les brunies du souvenir, Lorsque ta prescience, alimentant la flamme
Au fo3^er mourant du destin, Sur les événements développait sa trame
Jusqu'aux bornes de l'incertain.
Sous le nombre écrasé tu parus au prétoire,
Grandi par l'abandon brutal ; Mais, malgré tout, français, tu dresses dans l'Histoire
Ton gigantesque piédestal.