‹ Des mots, des versChapitre 8 sur 36 · LE CHANT DU CORAILIEU · texte numérisé non relu

LE CHANT DU CORAILIEU

à Germain Beaulieu.

Sous Fonde où je descends dans mon lourd attirail, L'Océan m'a remis un collier de corail: Plus riche que l'onyx, plus blanc que le carrare, C'était du polypier le joyau le plus rare. — Tu rencontrerais bien, en égarant tes pas, "Quelque fille aux yeux noirs, si tu n'en voulais pas." J'ai donné le corail à Juana la blonde. Et depuis, malgré moi, je ne vois qu'elle au monde.

50 DES ICOTS

J'ai repris mes filets, mais non ma liberté. Comme Falcyonnaire au récif apporté Improvise l'atoll ou la nouvelle grève, Mon désir inquiet de noirs soucis se grève. L'Océan l'a compris, en me voyant souffrir : — Ce symbole d'amour, si tu le veux offrir, " La rouge Fleur de Sang, troublera sa pensée." Juana m'a souri comme une fiancée ....

Le sirocco terrible a soulevé la mer Et jeté sur l'écueil la balise et l'amer. Les bateliers sanglants gisent sur le rivage. Dominant de sa voix les clameurs du naufrage, L'écumeux Océan prélude au chant railleur : — J'ai des bijoux de deuil, si tu veux, corailleur. "Ta Juana n'est plus. Le corail noir l'enlace, " Ainsi qu'une madone en sa mystique châsse . . .

Ma barque se balance au gré du flot charmeur. Doucement elle va, sans voile et sans rameur, Et se perd dans la nuit comme ma vie errante. Sans pouvoir aviver l'ambition mourante.

Je déserte l'espoir et n'ai plus d'idéal. Que m'importe l'éclat du phare boréal : En berçant ma douleur en mon âme brisée, J'erre avec mon bateau sur la vague irisée.

Naples, 1908

Page 1