‹ Des mots, des vers [microforme]Chapitre 34 sur 40 · SHYLOCK · texte numérisé non relu

SHYLOCK

Toi, le pâle usurier, opprobre des voleurs, Qui comblais tes cofires avides

Avec l’âpre rançon des hontes et des pleurs, Grevant les bours

En pressurant les deuils nés de la pauvreté,

; déjà vides

Tu rillais orphelin et veuve Au nom de astice et de l'autorité; Et tu réclamais dans ta preuve Une livre de chair pour une livre d’or !

Mais tu trouves, maître, tes maîtres.

Dans la juste géhenne où tu gémis encor Aves les fripons, tes ancêtres,

Où les froids embryons de tes calques maudits, Germés dans le sein d’une pieuvre

Grandissent, au milieu des éternels proscrits, Tu vois s’élaborer ton œuvre !

Longtemps tu l’as pétri de tes infâmes mains, Ce monstre affolant de l’Usure,

Et tu n’espérais pas d'aussi beaux lendemains Pour ta hideuse créature.

Souffre en paix, vieux Shylock. Ton nom est

immortel.

Ta postérité souveraine

T'édifie en tous lieux un méprisable autel ; Et les angoissés qu'elle enchaîne

Brûlent en ton honneur espérance, avenir, Prostituant la renommée.

Ton règne désastreux n'est pas prêt de finir, O sombre dépouille exhumée !

Partout, sur les comptoirs crasseux, es doigts

[crochus

Supputent le taux inflexible

Que ta science avait créé pour les déchus; Et comme l’on vise une cible,

Des yeux de flamme vont peser dans le foyer Des travailleurs porte-misères,

Le peu de pain qui reste aux mioches à broyer Pour se réchauffer les artères !

Ta gloire n’est pas morte, à sinistre marchand , ,

Et victime de ton emprise, Faniant et Judas et les deniers du Champ, Toute la terre te méprise !

Page 1