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DE LA NÉCESSITÉ PRÉTENDUE DE LA SUPPRESSION

Frappés des inconvénients de l’industrie à domicile, certains auteurs souhaitent sa disparition. C’est, disentils, une forme arriérée de production, incapable de lutter avec les modes de travail plus perfectionnés, supérieurs au point de vue technique, et qui exerce une funeste influence sur les conditions de travail de l’usine, sur l’établissement d’une réglementation ouvrière... Peut-être cependant, déclarent-ils, pourrait-on considérer comme inévitables les

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inconvénients de cette forme de travail, et s’efforcer quand même de la conserver, si son maintien avait pour résultat d'augmenter le bien-être des ouvriers : or, nous l’avons vu, l’industrie à domicile fait une situation malheureuse à ceux qu’elle emploie, leur donnant des salaires dérisoires, les obligeant à travailler d’une façon exagérée, dans de mauvaises conditions d'hygiène, favorisant, comme le déclare le Congrès des syndicats socialistes allemands (1896), la dégénérescence intellectuelle, corporelle et morale, anéantissant la faculté de résistance de ces travailleurs. L’industrie à domicile n’a donc que des désavantages.

On propose de modifier par la réglementation les conditions d’exercice de cette forme de travail. Mais, peut-on répondre, on ne saurait exercer de contrôle dans la maison de l’ouvrier, d’ailleurs une durée exagérée des heures de travail semble impossible à séparer de l’industrie à domicile ; quant aux conditions d'hygiène, elles ne sont susceptibles d’être modifiées que si l’on fournit aux ouvriers d’autres logements. Toute tentative de réforme par voie législative paraît donc condamnée par avance.

Faut-il attendre plus grand effet de l’association ? Mais, dans les industries à domicile, qui souffrent le plus du sweating-system, le travail n’est pas qualifié et l’on se trouve en présence d’une armée, en réserve illimitée, d’ouvriers sans travail, d’émigrants sans ressources,de femmes, pour qui le salaire est d’appoint, masse qui est disposée à travailler à n'importe quelles conditions. L'organisation de tels ouvriers semble être impossible ou tout au moins ne pouvoir donner grand résultat.

Peut-on alors maintenir l’industrie à domicile par des subsides et des dons ? Mais ce ne serait qu’un secours mo-

mentané, Car après s'être développées hors de proportion, attirant à elles un capital et des forces sûrs d’y trouver le maximum de rémunération, les industries ainsi protégées finiraient, le jour où elles seraient livrées à leur propre essor, par tomber plus bas que jamais, offrant des conditions de travail plus déplorables encore.

Il ne faut donc pas songer à sauver de sa déchéance l’industrie à domicile, mais, au contraire, à hâter par des mesures législatives sa disparition.

Unis sur la question de principe, les partisans de la disparition de l’industrie à domicile se divisent lorsqu'il s’agit d'organiser cette suppression.

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