OBSERVATION V
Varioloide. — Convalescence. — Délire. — Illico. — Guvifison.
Sicard, âgé de 31 ans, entre, le 20 novembre, dans le service de II. Gubler (salle Saint-Louis, nol3), pour une varioloide des plus oënignes.
Le 24. Les pustules étaient à la période de dessiccation, quand e3 malade fut pris, dans la nuit du 23 au 24, d'un délire léger.
Pendant la journée du 24, et surtout la nuit du 24 au 25, l'agitation fut très-grande et nécessita l'emploi de la camisolle de force.
Le 25. M. Gubler note l'absence de fièvre et prescrit l'illico.
Le 26. Le délire a cessé. Sicard a été calme toute la nuit.
Le 27. Guérison complète.
Chaleur. — A cette liste, que je ne donne pas comme empiète, des agents qui paralysent le système nerveux •aso-moteur , j'ajouterai la chaleur. Magendie injecte de 'eau froide dans les veines d'un animal, et la tension 'ugmente. Il injecte la même quantité d'eau chaude, et la onsion diminue. La chaleur paralyse donc le système lerveux vaso-moteur. Les effets de la chaleur sur le sysème vasculaire qu'elle dilate, et sur les sécrétions qu'elle
augmente sont bien connus. Voici ce que lit Rapou : « Dans l'air sec à 55°, la peau s'écMuffe... Elle s'injecte, se gonfle ainsi que le tissu cellulaire sous-cutané... Le pouls est fort,... la face animée, et la transpiration s'établit. » Il est de notion banale que les doigts augmentent de volume par la cbaleur.
Pression atmosphérique. — Enfin la diminution de pression atmosphérique augmente le nombre des pulsations et donne lieu à des hémorrhagles, ainsi que l'ont constaté tous les aéronautes et que l'ont écrit MM. Bénedict de Saussure, Gay-Lussac.. Lepileur.
2" Tous les autres médicaments que j'ai observés présentent à coup sûr enLre eux de grandes différences d'action, sur lesquelles je n'ai pas à insister. J'ai voulu mettre en saillie leur caractère commun : la galvanisation du grand sympathique.
Digitale. — Pour ce médicament, plus que pour tout autre, il faut tenir compte de la dose, ou plutôt de l'unicité ou du fractionnement dans l'administration.
A dose élevée, unique, l'action apparaît primitivement sur le cœur lui-même. A dose fractionnée, la circulation générale m'a paru primitivement atteinte, et le cœur ne l'a été que secondairement.
Un cas d'empoisonnement par la digitale, que j'ai observé dans le service de M. Lorain, m'a fourni l'occasion d'étudier les effets de l'absorption d'une haute dose non fractionnée :
Un caractère frappe ici tout d'abord, c'est l'irrégularité rhythmique des battements du cœur. Le tracé sphygmo-
graphique montre des groupes également espacés de trois sommets pulsatils séparés par une longue descente silencieuse (tracé n" 6). Envisagé d'une autre façon, il mon-
tre des groupes formés d'une pulsation longu*^ et de deux brèves. M. Gubler compare chacun de ces groupes, au point de vue phonique, à un dactyle ( — uu).
La ligne d'ascension est verticale et indique une projéction nette et rapide du cœur.
La malade était tourmentée de vomissements, de coliques et de troubles de la vue. Quelques heures après, le pouls reprenait un peu de régularité ; par moments encore, une pulsation manquait et permettait une descente complète du levier, qui traçait ainsi une seule pulsation longue au miheu de plusieurs brèves. Le lendemain, les symptômes généraux s'étaient amendés, le pouls avait repris sa régularité complète, et la ligne du tracé, notablement plus élevée (tracé n" 7), faisait apparaître, par comparaison, l'augmentation de tension de la veille. En même temps, le sommet tend, dans ce dernier tracé, à s'arrondir, ce qui indique une entrée de l'ondée sanguine moins rapide que la veille dans un milieu où la tension avait cependant diminué.
Ainsi administrée, la digitale semble donc être un agent perturbateur du cœur, mais surtout un tonique de cet organe, ainsi que l'indique la verticalité de la ligne d'ascension et l'acuité du sommet.
A dose fractionnée, la digitale semble agir primitivement sur la circulation générale, sur la tension. Dans un de mes tracés, la digitale a succédé à l'opium
(tracé n" 8, opium); ce Iiasard assurait plus de netteté à l'action de la digitale, si le sens de son action était inverse de celui de l'action de l'opium.
On voit, en effet, après 20 centigrammes de poudre de feuilles de digitale (tracé n"9, digitale), le tracé perdre beaucoup de son élévation, et perdre en outre chaque jour une pulsation pour la longueur du papier et la durée de la course de la plaque; puis tout à coup le tracé se relève, le nombre des pulsations écrites augmente de trois (tracé n° 10). Il y a là un phénomène d'accoutumance que le sphygmographe était seul en demeure de découvrir le premier.
Je signale en passant cette intervention toute pratique de l'instrument.
On élève la dose, et la tension augmente de nouveau. La ligne d'ascension devient courte et oblique; la ligne de descente décrit une courbe consécutive à la gêne de la déplétion vasculaire ; le nombre des pulsations s'abaisse (tracé n° 11). — Un tracé très-analogue à celui-ci, obtenu par M. Siredey dans le traitement par la digitale, a été pu-
blié dans la thèse de mon excellent collègue M. Legroux. Mais on voit combien ces tracés diffèrent de |celui que peut donner l'administration de la digitale à dose élevée et d'un seul coup (n° 6).
Chez le malade dont je présente ici le tableau sphygmographique, la cessation de la digitale ne s'était pas iiccompagnée de la cessation des effets. C'était la preuve icrite de l'accumulation du médicament dans l'organisme : accumulation importante à connaître et qui constitue une différence importante entre la digitale et certaines autres substances : la belladone, par exemple.
Enfin, le dernier de ces tracés montrait une diminution Ide tension, avec rebondissement et rareté du pouls, qui oattait 50 fois par minute. Ici est intervenue une cause i'.péciale agissant en sens inverse de la digitale sur la tension, qu'elle diminue, tout en ralentissant le pouls : aa convalescence d'une pneumonie. Quel que soit le moment où l'on examine un malade traité par la digitale, t élévation de la tension et le ralentissement du pouls sont eonc des phénomènes constants.
Réciproquement, la suppression de ce médicament il accompagne toujours, au bout d'un certain temps, varia-
li3 avec la durée et la dose, d'une diminufion dans la însion, avec augmentation de la fréquence du pouls. Ce tableau montre cette diminution de tension consé-
Bordier g
cutive à I3. suppression de la digitale (n" 12, pendant digitale) (n° 13, après digitale).
Certains malades présentent une tolérance particulière ; c'est lorsqu'une lésion du système circulatoire et surtout du cœur lui-même vient incessamment lutter contre les effets de la digitale, qu'on observe ces effets tardifs.
C'est dans ce dernier cas qu'on peut profiter des renseignements donnés par le sphygmograplie dans la médication par la digitale à dose élevée et unique.
Les doses fractionnées, dont l'action porte primitivement sur les vaisseaux, semblent mieux remplir les nombreuses indications de la digitale en dehors des affections du cœur.
Je citerai l'exemple d'un malade atteint d'endopéiicardite rhumatismale, qui, après six jours de traitement par la digitale à la dose de 20 centigrammes de poudic de feuilles par jour, présentait encore un pouls à 12H, avec tension très-faible, et redoublements très-considérables (tracé n" 14).
Il a fallu arriver à la dose de 50 centigrammes en deux
heures pour élever la tension d'une façon très-réelle, mais sans ralentissement du pouls (tracé n" 15).
Cette action delà digitale légitime parfaitement l'emploi qu'en a fait M. Duclos, de Tours, dans la pneumonie. Hirta
(emploie dans les fièvres où prédominent la chaleur et la véquence du pouls. Wunderlich a conseillé son emploi »ns la fièvre typhoïde ; c'est, bien entendu, à la condition •apphquer ce médicament aux formes ou aux périodes )3ngestives qu'il pourra trouver ici quelque efficacité - on lut d'aïUeurs, et le dicrotisme du pouls l'indique assez )3mbien s'abaisse la tension dans cette maladie. La digi- 11e trouvera donc, au moins contre ce symptôme un mploi rationnel. Traube s'en sert également contre l'éwation extrême de la température dans certaines fîèx-es. M. Oulmont, qui a surtout expérimenté ce médicaeent dans le rhumatisme articulaire aigu, fait remarquer lie, dans les cas qu'il a observés, la diurèse n'est pas agmentée; ce fait est si contraire à l'action de la digitale iii est, à coup sûr, un des meilleurs diurétiques qu'il •oit, sans doute, trouver sa cause dans les sueurs rmme on le sait, profuses qui sont habituelles dans lé lurs du rhumatisme articulaire aigu; l'hypercrinie se rra faite par la peau, au lieu de se faire par le rein . Cette Ittion de la digitale sur la contraction musculaire des iisseaux a été rapprochée par M. Gubler, dans ses commentaires de thérapeutique, de la cause même de son ac m sur le cœur. Pour lui le muscle cardiaque maintenu ..s un état de tonicité plus grande aurait'besoin dtne ts forte rep etion de ses cavités par le sang, leur stitlant normal, pour entrer en contraction.