II. — CAUSES DÉTERMINANTES
? 1%. — Causes Prédisposantes
A) Générales. — Toutes les maladies consti-
tutionnelles, principalement.Ja tuberculose, la syphilis, toutes les intoxications, comme le saturnisme ou l'alcoolisme,fournissent un terrain éminemment favorable au développement d’une névrite.
Pitres et Vaillard, après avoir publié un certain nombre de faits caractéristiques, ont été les premiers à signaler l’action pathogénique exercée par la tubercu'ose et le rhumatisme sur les nerfs périphériques ainsi que la fréquence des névrites pendant l'évolution de ces maladies infectieuses. Champenier, en 1895, a également décritles névrites syphilitiques. Depuis on a observé les mêmes complications survenues spontanément au cours du paludisme, de la Giphtérie, du diabète ou de l'érysipèle.
On peut juger par ces faits de la facilité avec laquelle une névrite se développera après le traumatisme opératoire sur un terrain ainsi préparé. Les rapports, en effet, qui existent entre le traumatisme
rate
et les maladies constitutionnelles, sont un principe bien connu de la pathologie gérérale. Le traumatisme joue, dans ce cas,le rôle d'agent de localisation et ce rôle a été bien établi spécialement pour la tuberculose et la syphilis. Pour ne parler que de ces dernières, la contusion peut faire naître sur place les manifestations du processus morbide général. D'ailleurs l'expérience fameuse de Max Schuller a été reproduite maintes fois et maintes fois vérifiée en clinique. Le traumatisme opératoire, qui est souvent considérable, doit avoir une action analogue et suffit
dans certains cas pour déterminer la localisation de
ces diathèses sur le cordon nerveux. Il est parfois difficile de saisir le rapport de causalité qui existe entre la maladie spécifique et la complication névritique, mais il appartient au chirurgien de le rechercher dans les antécédents du malade, car le succès du traitement dépend d'un diagnostic précis et on évite ainsi une intervention inutile.
Un autre facteur qui joue un grand rôle dans la prédisposition aux névrites post-opératoires, c'est l'hérédité nerveuse, l'hystérie. Plusieurs cas de névrites hystéru-traumatiques ont été signalés par Bernheim, Moty et Bristowe. Les anciens auteurs, Swan et Romberg, par exemple, avaient aussi relaté des observations typiques à ce point de vue, mais ils n’en pouvaient analyser les éléments, parce que la conception actuelle de l'hystérie n'existait pas encore. « Le rôle de l'hystérie dans l’évolution des névrites
« traumatiques est si fréquent, dit Moty, que, sur
« huit névrites traumetiques actuellement dans mon
CPAS
« service, huit sont compliquées d’hystéro-trauma- « tisme. » Tantôt la névrite apparaît d’abord seule, puis se complique ultérieurement de phénomènes hystéro-traumatiques ; tantôt, au contraire, l’hystéro-traumatisme se montre le premier, sous forme de contracture, par exemple, puis surviennent ensuite les phénomènes névritiques. Dans bien des cas, les symptômes sont enchevêtrés d’une manière si complexe qu'il est à peu près impossible de décider si l’un d'eux, commun aux deux affections, doit être attribué à la névrite ou à l'hystérie. Aussi doit-on soupçonner l'hystérie toutes les fois qu'une névrite post-opératoire présente des symptômes anormaux ou se montre particulièrement rebelle
Berheim cite trois observations de femmes chez qui une émotion morale, perturbant le système nerveux, a produit des névrites.
Chez ces trois malades la polynévrite a été précédée pendant plusieurs semaines de symptômes généraux:dépression,malaise,vomissements, frissons, etc., c'est-à-dire qu’un état général probablementinfectieux a précédé la localisation sur les nerfs périphériques. Il paraît légitime de conclure,d’après cet auteur, que la diathèse nerveuse a créé un terrain favorable, à la faveur duquel les microbes inoffensifs de l'organisme sont devenus virulents et ont créé la polynévrite ; polynévrite infectieuse greffée sur une diathès nerveuse ou hystérique et créée par elle.
Peut-être aussi l'émotion causée par les préparatifs de l’opération pourrait-elle agir sur un système nerveux prédisposé pour produire la névrite, comme
RUES dans les cas précédents de Bernheim, où une grande émotion semble avoir été la cause favorisante detous les accidents. C'est 1à, nous nous empressons de le dire,une simplehypothèse qui n’a encore été justifiée par aucun fait, et cette cause ne suffirait pas elleseule pour déterminer la névrite.
Nous avons eu pour notre part l’occasion d’observer cette influence de la tare nerveuse sur le développement et la productionde lanévritepost-opératoire. Plusieurs des malades dont nous avons recueilli les observations avaient des autécédents névropathes, très marqués, mais le fait le plus caractéristique est celui que nous devons à M. Jaboulay.
OBSERVATION I (Inédite) (Due à l’obligeance de M. Jaboulay.)
NÉVRITE POST-OPÉRATOIRE. — MULTIPLES INTERVENTIONS. — GUÉRISON PAR L’EXTRAIT THÉBAÏQUE.
X..., officier de marine, 27 ans. Antécédents nettement hys ériques. Le père est mort fou.
Amputé il y a quelques années du poignet gauche pour plaie par arme à feu de la main, le malade ressentit immédiatement après l'opération des douleurs très vives dans l’'avant-bras. Bien que la réunion soit obtenue par première intention, les douleurs persistent et vont même en s'exacerbant. Il y a un peu d'hyperesthésie cutanée, et de contracture musculaire.
Plusieurs chirurgiens, en particulier le professeur Tillaux, conseillent au malade la névrotomie, elle est faite sur le médian et suivie de perte de la pronation et de la supination. | |
Les douleurs continuent comme auparavant, d'après le
dire du malade, si bien que d’autres chirurgiens lui auraient alors réouvert sa cicatrice d’amputation etextirpé des névromes. Il est vrai que jamais on ne lui a montréces névromes!
À ce moment on se rappelle que le malade a des antécédents nerveux et que lui-même est fortement névropathe. 11 était venu quelques jours plutôt trouver M. Jaboulay pour lui demander une intervention. Les douleurs sont toujours très vives; le bras est dans un état complet d'amaigrissement et en proie à une sorte de contracture. Pour obtenir un peu. de soulagement le malade se livre à des percutements,repétés toutes les deux secondes, sur la face interne du bras amputé; de plus le malade est devenu morphinomane.
M. Jaboulay se décide à pratiquer l'élongation du plexus brashial au-dessus de la clavicule. Il en résulte une amélioration passagère, mais la récidive nese fait pas attendre. Le malade se trouve alors en proie à une grande dépression morale avec idées de suicide. On le traite par l'isolement et l’extrait thébaïque à hautes doses.
Quelque mois plus tard les douleurs, intolérables jusque là, disparaissent, en même temps que les troubles psychiques. Aujourd'hui le malad2 paraît complètement guéri.
Dans l'histoire d= ce malade il est assez difficile de détzrminer la part qui revient à l'hystérie. Peutêtre y a-t-il là seulement coïncidence entre les accidents hystériques et un: poussée de névrite aicue, suit: de la première intervention. Peut-être aussi y-at-il une relation de cause à eff:t entre les deux affections, et ceci explique pourquoi la névrite une fois guérie,les autres accidents disparurentspontanément.
Toujours est-il que les troubles de névrite se sont développés chez un hystérique à l’occasion du trau-
matisme opératoire,et ce fait nous a paru intéressant à signaler.
at 15 nt, , 117.
DL Le
B.) Causes locales — Ces dernières peuvent se diviser en :