‹ Des névroses menstruelles; ou, La menstruation dans ses rapports avec les maladies nerveuses et mentalesChapitre 106 sur 174 · HYPOCHONDRIE · texte numérisé non relu

HYPOCHONDRIE

garde, son médecin, d'être la cause de ses maux ; d'autres fois, elle gardait le lit toute la journée.

Un traitement purement moral la tira d'affaire,

C'est l'inflammation d'un organe du bas-ventre el de son enveloppe séreuse qui a été la cause de l'hypochondrie, comme Brachet le fait remarquer avec raison ; mais l'utérus et le péritoine n'étaient pas le siège de l'affection. Los symptômes se sont manifestés après la période aiguë de la péritonite, alors qu'il ne restait plus qu'un éréthisme et une mobilité qu'augmentaient la faiblesse, à laquelle les évacuations sanguines n'avaient pas peu contribué. Et si la suppression n'a été que le facteur primitif, elle n'en a pas moins été d'une importance capitale. Du reste, nous ne voyons pas là tant une preuve de la sympathie de l'utérus pour le cerveau, que le résultat des souffrances abdominales qui, en se prolongeant, ont opéré sur le système nerveux une modification vicieuse, une aberration de la sensibilité, des troubles de l'imagination.

12Ï. — I5vpo<*liondrie.

[Brachet. Opère citato, p. 174.)

Une dame de 50 ans, éminemment nerveuse, jouit, dans l'intervalle de ses règles et durant chaque grossesse, d'une parfaite santé. Malheureusement, deux jours avant leur apparition, surviennent de la tristesse, de la pesanteur dans l'abdomen, des douleurs vagues dans différentes parties du ventre ou des lombes, puis tous les symptômes de l'hypochondrie du plus haut degré.

Le sang se met à couler, et, vingt-quatre heures après, ces derniers ont disparu. Une fois, ils furent remplacés par des douleurs extraordinaires dans les membres inférieurs et des déchirements affreux dans les autres.

Dans la suite de ce chapitre, on verra plusieurs cas où la grossesse a agi dans le sens, non de l'aménorrhée, mais

de la période intervallaire menstruelle. Ici, on doit donner une signification différente : dès que le sang se met à couler, les accidents se dissipent. Donc, c'est la difficulté de l'écoulement, ce sont des approches des règles qui déterminent les accidents, — tandis que, dans les observations dont je parle, c'était l'écoulement lui-même qui causait les accidents.

Les réflexions de cette Observation sont si opportunes, rentrent si bien dans notre sujet, que je ne puis me dispenser de les reproduire. » Nous avons ici, à Lyon, une femme qui, sans chagrin, sans affection morale aucune, éprouve un dérangement intellectuel, régulièrement tous les mois, au moment où la congestion sanguine mensuelle s'opère sur l'utérus et sur tout le bas-ventre, au moment où les viscères entrent dans une sorte de turgescence et d'éréthisme. Ces organes sont donc seuls malades; les phénomènes qui ont lieu dans les systèmes nerveux et dans le moral en sont la conséquence. Ils ne sont donc et ne peuvent être que le produit d'une réaction. Bien loin de reconnaître des causes morales, la malade se fortifie d'avance l'imagination, elle cherche à la prémunir. Tout concourt a nous faire rejeter toute cause métaphysique dans ce cas. Cela est si vrai que, dans les mois de septembre et octobre, la réaction, au lieu de se faire sur l'organe de l'intelligence, s'est opérée sur les membres inférieurs; dans ces deux accès, malgré les douleurs les plus vives, l'imagination est restée calme. »

En examinant les maladies rapportées par F. Hoffmann, dans ses consultations, on trouve que dans six Observations d'hypochondrie, une seule se manifeste vers l'âge de 22 ans; les quinze autres roulent sur des cas, appartenant à dc< sujets de 30 jusqu'à 40 et 50 ans. Ce résultat concorderail avec les remarques de Louyer-Willermay, Brachét, Michéa \ et la plupart des auteurs qui ont traité la matière.

Voyez Michéa : Traité do rinipooJwndrio, 1845, page 415 ri Obsorvnfion<; VIII et XI.

IIYPOCÏIONDÏUE. 159

Pourquoi nos remarques se trouvent-elles en désaccord avec celles de ces savants? La raison en est fort simple. L'hypocbondrie a été regardée chez les uns comme exclusive au sexe masculin, chez d'autres comme correspondante à l'affection hystérique; il n'est donc pas étonnant que les Observations ayant eu des femmes pour sujet donnent un total qui offre une proportion infiniment plus faible par rapport à celles des hommes. On sait, du reste, que la rétention hémorrhoïdale a été regardée par la majorité des médecins comme cause de l'hypochondrie chez les hommes ; par conséquent, la rétention des règles ou leur difficulté peut au même titre être considérée comme une cause de cette maladie chez les femmes, — les sympathies de l'anus avec le cerveau étant aussi puissantes que celles de l'utérus avec l'organe cérébral. Admettons, jusqu'à nouvel ordre, d'après notre propre relevé, que la surexcitation nerveuse, la mélancolie, l'hypochondrie sont susceptibles de se produire à tous les Ages, depuis 15 jusqu'à 50 ; et que la spécialisation de leur genre prend naissance dans des conditions individuelles impossibles à préciser , mais dépendantes , trèsprobablement, d'une disposition créée par les antécédents, le tempérament, les habitudes de la malade. La surexcitation nerveuse, entre ces affections-là, est sans doute la plus commune, plus commune même qu'on ne pense; et beaucoup des dissensions sociales n'ont, probablement pour cause, qu'un état particulier de malaise qui a sa source dans une surexcitation morbide née de troubles utérins. Cette question, à elle seule, mériterait tout un chapitre; les matériaux ne manqueraient point, le travail serait trèsfacile, et il en ressortirait des considérations extrêmement intéressantes, tant au point de vue thérapeutique qu'au point de vue médico-légal. Nous ne saurions trop désirer devoir un studieux écrivain se mettre à l'œuvre pour nous donner un livre si utile, que consulteraient à la fois les savants,

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les médecins, les prêtres et les magistrats. Si fies littérateurs, tels que Michelet, mus par une intention que j'aime à croire louable, ont plutôt nui à leur cause qu'ils ne l'ont servie, en dénaturant les faits ou en les exagérant, des hommes consciencieux, vivant au milieu du monde et consacrant leurs soirées à méditer sur les événements du jour, se trouveront peut-être bientôt pour préciser le rôle que joue la menstruation sur le système nerveux, au point de vue de la morale, du droit et de la société. Quelque attrait que comporte un pareil cadre, je ne me le tracerai pas : il m'entraînerait dans une sphère sans horizon et dans des études sans limites. Je dois me contenter ici d'une mention tout expresse et d'un légitime souhait.

J'en dirai autant de la Mélancolie : ce n'est point dans un asile d'aliénés qu'on peut l'observer à l'aise; il faut la voir dans le monde, dans l'intérieur domestique ou au foyer conjugal. C'est là qu'elle se cache, qu'elle se dissimule, sous les apparences d'une maladie corporelle que l'on combat vainement.

L'hypochondrie a des sources qui sont à peu près semblables : toutefois, elle se rencontre plus souvent dans les constitutions chétives et a des racines plus matérielles, si je puis parler ainsi. Le corps y a plus de prises, il est le point. de départ; et comme il est saisissable, on en a bien mieux raison.

Quelle que soit celle de ces .trois affections qui occupe l'aliéniste, il y reconnaîtra souvent qu'elle a sa cause principale dans des troubles menstruels; soit que ers troubles dépendent d'une oppression des forces ou de leur dépression, «le manière à entraver la puberté, soit qu'ils dépendent d'un vice matériel et local.

MO.NOMAME RELIGIEUSE. 141

1 28. — Jlonomanic démoniaque.

Macaiuo. Annales mcdico-psycholog. de 18 i5, p. 451.

Les règles de Madeleine coulaient ordinairement huit jours.

En janvier 1841, elle eut une vive altercation avec son père, et ses règles s'arrêtèrent au quatrième. Elle devint aussitôt triste, sombre, sauvage, se plaignit d'un cancer à l'utérus, et parut hallucinée. Peu à peu, le délire s'organisa, et prit la forme de la mélancolie avec craintes perpétuelles du démon et envies de se tuer pour lui échapper. Trois fois elle fut reprise du même accès, trois fois ce fut à un mois de distance; et chaque accès durait quatre jours. A la fin, la pauvre femme dépérit et ne tarda pas à succomber, après quinze mois de souffrances. L'autopsie prouva la phthisie ; mais l'utérus était sain. — Un petit kyste séreux, du volume d'un haricot, situé dans le sillon qui sépare la couche optique du corps strié du ventricule latéral gauche... Voilà tout ce que présentait le cerveau.

Il serait à désirer que les ouvertures du corps des aliénés donnassent toutes des traces aussi évidentes du délire, la pathologie mentale ne serait pas aussi retardée et aussi obscure. Et encore, dans le cas présent, il s'agirait de savoir si le kyste trouvé après la mort a été la cause immédiate de l'aliénation ; ce genre de productions déterminant le plus souvent l'hémiplégie, et la céphalalgie convulsive.

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