I VIL
104 — Stupidité.
(Bol'ciiet. Études citées, Annales citées p. 541, n° 10.)
Poncclct a 58 ans, et une lypémanie consécutive à des chagrins domestiques. Pendant trois mois, elle garde une immobilité et un silence obstinés, ne pouvant même pas aller chercher sa nourriture.
Au mois de juillet, après avoir repoussé toutes les exhortations, la malade se trouve mieux tout à coup. Elle sent son cerveau, et rend compte de sa situation. Depuis une heure, les règles avaient paru. Elles coulèrent durant trois jours, et la guérison fut peu à peu consolidée.
On se rappelle ce que nous avons répondu à Archambault, à propos du retour des excrétions en aliénation mentale. Si elles ne sont, souvent, qu'un phénomène adventice, souvent aussi, on le voit, elles sont cause première et état fondamental. H n'y arien d'absolu dans les sciences d'observation, et principalement en médecine. Comme chez Poncelet, les règles n'ont pas été provoquées. Nous avons lieu de croire, faute de commémoratifs, que sa mélancolie tenait à l'arrêt de la menstruation. Pourtant nous accordons volontiers que, dans des circonstances pareilles, le doute est permis. Dumoulin avait assisté à un réveil analogue. (Vapeurs, 1705, page 295.) Esquirol nous offre un pendant du cas actuel dans celui qui est consigné au numéro 2 12 , qui clôt ce recueil.
(Gendrin, Traité méd. phil,, 1839, t. II, p. 19 et suiv.)
Une fille de c27 ans eut le bras arraché dans l'engrenage d'une machine mue par la vapeur. Elle était au troisième jour de ses règles, qui duraient ordinairement six jours : elle fut immédiatement jetée dans un état de stupeur avec délire : les règles furent supprimées. L'état nerveux persista, et la mort arriva trente heures après l'accident.
Nul doute que la mort n'ait été le résultat de l'action combinée de la frayeur et de la suppression; mais la frayeur seule n'eût pas amené une marche aussi rapide, une issue aussi funeste des symptômes de cette nature. Une émotion vive (et les exemples ne sont malheureusement pas très-rares) peut causer la mort plus ou moins instantanée; on n'a qu'à se rappeler la fin tragique d'Antigone Dozon, de Sophocle, d'Adrastc, de Sylla, d'Attila, de Venceslas, de Monck, de Fouquet, de Pitt, etc., chez lesquels il y a eu une espèce de sidéra tion sans aucun symptôme de délire ou d'aliénation mentale.
Quoique le cas actuel ne rentre pas positivement dans le cadre des folies stupides, à raison de sa marche et de sa nature, nous avons cru devoir le maintenir à cette place comme un exemple frappant des résultats possibles de la suppression brusque des menstrues, déterminée par une forte commotion unie à une grande frayeur.
(Brikrre de Boismont. Op. citalo., p. 352.)
Une fille bien constituée, d'un tempérament lymphatico-sanguin, éprouve, à 18 ans, les premiers symptômes de la menstruation. Les règles coulent, mais avec douleur et difficulté.
Les mêmes symptômes se reproduisent pendant plusieurs mois,
et déterminent une perversion de l'intelligence. Trois ou quatre jours avant l'apparition des règles, les idées de la malade s'embrouillent ; elle ne sait plus ce qu'elle fait, elle perd toute énergie, puis, à l'époque du flux, elle devient hébétée, tombe dans l'anéantissement le plus complet, ne voit, n'entend rien, laisse aller tous ses excréments sous elle.
A mesure que les règles prennent leur cours et sont plus abondantes, l'obscurcissement de l'intelligence disparait, la raison se rétablit. Cet état durait depuis dix mois, lorsque cette jeune fille nous fut amenée. Le docteur Blanche prescrivit l'application de sangsues, deux ou trois jours avant les époques, aux organes de la génération ; pendant les intervalles, des bains de siège quotidiens. L'état mental, après être resté quatre mois stationnaire, présenta une légère amélioration qui coïncida avec une régularité plus grande du flux menstruel. Le mois suivant, le mieux lit des progrès ; — et trois mois s'étaient à peine écoulés, que mademoiselle était entièrement rétablie.
Nous voyons que la Stupeur est une forme fréquente qu'affecte l'époque cataméniale, soit chez les Maniaques, soit chez les Mélancoliques : ici elle est des plus prononcées. Y a-t-il eu ce que M. Etoc Demazy a appelé œdème du cerveau, par suite du reflux sanguin? C'est ce qu'on ne peut décider. Toujours est-il que le traitement semblerait indiquer une pléthore et une fluxion déplacée, puisque les symptômes morbides ont cessé peu à peu avec l'application du traitement déplétif et dérivatif.
16Ï. — Stupidité.
Dusourd. Opcrc citato}
Une fille de 21 ans, ayant ses règles, s'échauffe par une longue course et reçoit une pluie froide. L'écoulement cesse, et, quelques heures après, la tète s'embarrasse : les réponses sont lentes, les conceptions difficiles; la marche est vacillante, le regard hébété; pouls lent et faible, figure pâle, extrémités froides. — Double application de sangsues aux grandes lèvres, si-
napismes aux jambes, infusions d'armoise et de mélisse. Les règles reparaissent, et tous les accidents cessent.
(Brochin. Annales mêd. psychologiques, 1857, t. IV, page 120.
Une fille de 15 ans, chlorotique, réglée depuis dix-huit mois, éprouvait à chaque époque menstruelle de petites attaques convulsives hystériformes. Après trois mois de traitement, son état paraissait s'être amélioré, lorsqu'à l'époque des règles, les convulsions furent remplacées par une espèce d'imbécillité. Immobile sur un lit, pleurant sans cesse, ne répondant qu'avec peine et incohérence, ne demandant rien, ne mangeant et ne buvant que par force, la malade restait étrangère à ce qui se passait autour d'elle. Visions plus ou moins erotiques. Une fois les règles parues, la raison revenait.
On ne pourra nier la cause de cette affection mentale. C'est une maladie du cerveau se substituant à une maladie du cerveau, mais plus grave et par sa durée, et par sa nature. Le docteur Pescliier, qui l'avait communiquée à notre confrère, ne doutait pas plus que nous de son origine. — Une circonstance de cette Observation mérite d'être relevée : l'efficacité du sulfate de quinine, qui a amendé les phénomènes les deux premières fois, et a fini par les faire totalement disparaître.
Comment a-l-il agi? Comme antipériodique, comme névrosténique, ou comme sédatif? Quelques médecins en ont fait un excitant. Nous aurons plusieurs fois occasion d'y revenir.
(DucKWdimi Williams. Journal of mental science. Octobre 18(H.)
MissL..., 10 ans, bonne santé* — Réglée à 16 ans.
Brusque suppression, le onzième mois. Délire, quatre mois
après : pâleur, hébétude, actes automatiques, puérilités. 11 faut la faire manger, l'habiller, la coucher.
La menstruation se rétablit sous l'influence du traitement, la Stupidité continue.
Il ne faudrait pas croire que la persistance du trouble mental, malgré le rétablissement de la menstruation, prouve contre son action éliologique. Une cause produit un effet, l'effet s'émancipe de la cause (ce qui arrive au bout de peu de temps), et c'est en vain que vous combattez le premier auteur du mal. En aliénation mentale, la vulgarité de ce fait a rendu les classifications étiologiques impossibles. Toutefois, on peut avancer, en thèse générale, que lorsque le délire persiste, malgré l'amélioration organique, il faut conserver peu d'espoir de guérison. On dirait qu'alors le cerveau a perdu de son activité, et n'exerce plus la même influence sur l'économie.
iîO. — Stupidités.
Lîerthier. Clinique des Asiles de Bourg, de 18G4.)
Tant que dure la menstruation, — c'esUà-dire pendant quatre ou cinq jours avec abondance, — Pierrette ne mange plus, ne parle plus, ne marche plus. Pourtant la langue est bonne, le pouls très-régulier.
Tout opposées sont trois de ses compagnes, qui sont raisonnables, tant que dure la menstruation, et qui, immédiatement après, tombent dans une sorte d'idiotie : leur sang est abondant, et coule de cinq h six jours.
Nous avions dressé un tableau contenant en regard l'état de la menstruation chez ebacune de nos malades pendanl deux ans, et Tétai mental respectif à celte époque. Pour rendre son exposition plus claire, moins aride, nous avons préféré en donner les résultats les plus saillants au fur et à mesure que l'exigeront les circonstances. (Test dans celle
sorte do statistique que se trouvaient rangées les femmes dont il est ici question, et dont les analogues sont nombreuses. Notre expérience personnelle ne vient, du reste, que confirmer] celle de Pli. Pinel, d'abord, puis celles de Brierre, Delasiauve, Dagonet, etc.
Dans les paragraphes précédents, nous avons cité des cas de folie plus ou inoins accentuée. Dans celui-ci, elle ne peut faire l'objet d'aucun doute. Elle représente particulièrement le côté instinctif de la maladie. C'est, en effet, dans les monomanies du vol, du meurtre, de l'incendie, de la nutrition, que les légistes ont observé le plus souvent la coïncidence des crimes avec le flux menstruel. On ne sera pas étonné de rencontrer parmi elles des hydrophobies qui, pour nous, se rattachent à cette classe d'aliénés dont les perversions instinctives entraînent celles de l'entendement. Deux causes ont concouru à la production du mal : l'émotion ou la commotion, et la suppression consécutive des règles, séparément ou ensemble. Ce qui frappe surtout, c'est que les cas de stupeur et d'hypochondrie appartiennent tous à des suppressions, et les cas de délire vague, ou instinctif, ou raisonné, à la dysménorrhée. Il y aurait lieu de croire que la suppression absolue des règles détermine une métastase, opérant sur le cerveau une compression par refoulement, et plongeant l'intelligence dans un engourdissement qui enchaîne la volonté ou la paralyse. En général, on a vu que le retour de la menstruation dans l'aménorrhée, et la régularisation dans la dysménorrhée, ont été suivis plus ou moins immédiatement de l'amélioration morale. Dans le cas où il n'est pas fait mention de l'utérus vers la fin de la maladie, celle-ci s'est trouvée constamment aggravée, et le dénoûment a été fatal.
Depuis Hippocrate, la plupart des médecins écrivent que le développement précoce de l'amour et ses déceptions agissent, vers l'âgé de la puberté, sur l'économie, et particulièrement sur l'utérus, cpii, à cette époque, au lieu de prendre une activité nouvelle propre à imprimer un mouvement salutaire à l'organisme en général, languit sous l'influence de cette cause déprimante et jette tous les autres organes dans l'inertie. Le système circulatoire se trouble, le pouls est plus précipité, les palpitations sont fréquentes, et il se produit ce qu'on a appelé Febris amatoria. Une chlorose en résulte, qui porte atteinte à l'intelligence et produit à la fois une sorte de mélancolie... puis cesse comme par un prodige, si un heureux changement satisfait aux désirs delà malade et réunit la patiente à l'objet aimé. Et ses fonctions déprimées se rétablissent avec la rapidité d'un corps élastique, qui reprend son premier volume lorsqu'on enlève le poids dont il était chargé.
Nous avons voulu savoir si notre pratique concordait avec ces idées, et nous nous sommes convaincu qu'elles avaient été exagérées. Après avoir habité plusieurs Etablissements consacrés aux deux sexes, je dois déclarer que la mélancolie des pubères, dont mon collègue d'Auxerre, le docteur Rousseau, a parfaitement fait la description (De la folie à la puberté, 1857, thèse de Paris), n'est pas très-commune, telle qu'on l'a dépeinte. D'après les Observations contenues dans notre ouvrage, deux jeunes filles seulement avaient 14 ans, l'une avait 18 ans, l'autre 19, et les autres plus de 20 : l'âge de quatre personnes n'est pas indiqué, mais on les désigne l'une par la qualification de jeune demoiselle, les autres par celle de dames, dont l'une à la ménopause. Et si nous nous reportons aux exemples de lypémanie, ou délire mélancolique proprement dit, nous ne voyons qu'une malade ayant moins de 20 ans; et parmi celles dont l'âge manque, on ne trouve qu'une fois le nom de jeune
BERTniCU. — NÉVROSES. 12
demoiselle. La môme remarque s'applique à la nymphomanie ; folie extrêmement rare, quoi qu'on en dise, et que nous n'avons pas rencontrée une seule fois dans nos Asiles de femmes — même à la Madeleine de Bourg, qui en renfermait plus de cinq cents lorsque je l'ai quittée.