‹ Des névroses menstruelles; ou, La menstruation dans ses rapports avec les maladies nerveuses et mentalesChapitre 138 sur 174 · Lypémanie · texte numérisé non relu

Lypémanie

(Di'CKwoRTii William, ex. Journal of mental Science, octobre 18G'*. L'aménorrhée cause de la folie.)

Une jeune dame, âgée de 18 ans, est admise à l'hôpital le 7 juillet 1862. Les règles, survenues à 16 ans seulement, avaient paru ta des intervalles inégaux, puis s'étaient supprimées. La santé dès lors avait langui, et, six semaines environ avant l'entrée, une lypémanie, avec propension au suicide, s'était manifestée : pâleur anémique, léger gonflement des extrémités, pouls lent et faible, digestion laborieuse. On la traite en vain par les moyens ordinaires. Au bout de trois mois, on prescrit des poudres de fer et de columbo, des pilules d'aloès et de myrrhe. Les règles se rétablissent, et la guérison survient.

Il faut bien convenir que là existaient des obstacles constitutionels à l'accomplissement des fonctions génitales, puisque les préparations de fer ont amené la guérison avec l'établissement des menstrues. Mais les indications sont rarement aussi nettes.

résume :

Nous avons cité huit délires mélancoliques, dont 4 liés à la suppression, 2 liés à une dysménorrhée, 2 liés à un excès ménorrhagique.

Ici, c'est la suppression qui domine. — Nous voyons que deux ibis l'hémorrhagie a essayé de se faire jour parla peau, une fois au visage et se traduisant par des pustules, une autre fois à la jambe et se produisant sous la forme d'un ulcère sanguinolent. Dans ce dernier cas l'impéritie du médicastre, qui mit obstacle à l'issue, détermina une rétrocession funeste.

Les cas de pertes utérines nous présentent deux femmes

18G DES NÉVROSES MENSTRUELLES.

à l'âge critique : l'une à 45, l'autre à 4G ans; la première affaiblie par un accès antérieur et des prédispositions, la seconde par un tempérament très-nerveux, une vie rigide, et une faible constitution. Ni l'une ni l'autre n'a guéri ; elles ont été toutes les deux très-améliorées. Peut-être un traitement plus rapproché du début eût-il donné plus de succès.

Les deux cas de dysménorrhée appartiennent à de jeunes sujets, en proie à des idées de suicide et à un besoin excessif de mobilité. Le premier a été très-notablement amendé par l'amélioration menstruelle, le second a été guéri grâce à une fièvre intermittente qui a fait l'office de crise.

Ceux qui me sont propres ont été attentivement suivis : ils sont dignes d'être observés.

L'un d'eux nous montre une fille à constitution épuisée, et chez laquelle 4 à 5 jours d'excrétions ont déjà trop d'abondance; la belladone a fait cesser cette exacerbation, au point que la malade aujourd'hui travaille sans interruption et ne laisse plus apercevoir le passage de la menstruation, qui ne manque pas d'enseignement. Un autre est bien plus curieux encore : une fille n'est pas menstruée, — elle délire complètement : des emménagogues appropriés rappellent l'écoulement, et tout délire disparaît. C'est un beau succès, qui a dépassé mes espérances et qui doit encourager le praticien.

(Gfïllemi P>at.on. Consilîa medica. Lib. TT. hïst. in-4.)

Une demoiselle de 18 ans, d'une famille de fous, d'un caractère mélancolique, d'un tempérament bilieux, lut prise de fièvre rémittente. Il y eut, au bout de quelques jours, hémorrhagie

nasale et apparition des menstrues, jusqu'alors irrégulières. Le médecin fit ouvrir la veine, et aussitôt cessèrent les menstrues : céphalalgie intense, agitations, insomnies, fureur, actes et gestes obscènes, sensations de piques dans la tète, pouls tantôt lent, tantôt fréquent ; tout cela pendant trois mois. Répit à la suite d'une chute qui détermine une luxation du pied; puis reprise du délire sous forme nocturne et vague ; puis tentative de suicide, et mort peu de jours après.

Qui osera soutenir que la cessation des règles n'a pas été due à la malencontreuse saignée, et n'a pas été la cause de la mort? L'influence nerveuse héréditaire existait bien évidente , mais la folie et la mort ne sont pas compagnes fidèles. On serait même tenté de croire qu'il s'est agi plutôt d'un délire fébrile, ou d'une congestion cérébrale; si l'auteur n'avait eu soin de préciser le temps de la maladie, qui dura trois mois.

Il y aurait, du reste, une foule de remarques à faire au sujet de sa marche et de ses complications : sur cette épistaxis qui précède les menstrues et aurait bien du éloigner l'idée de soustraire du sang, sur la fièvre intermittente qui décide la réapparition de l'hémorrhagie, enfin sur cette chute et cette luxation qui apportent un répit dans le délire, ainsi que cela se voit encore assez souvent chez les aliénés,

183— Manie.

(Daquin. La philosophie de la folie, 1804, p. 44.)

Une fille de 25 ans, bien constituée, jusque-la fort bien portante, éprouve une vive déception au moment de se marier; elle devient furieuse, déchire ses vêtements, parle sans cesse, et tient des propos incohérents. Une saignée copieuse parut alléger cet état ; mais, bientôt après, la folie s'accrut progressivement.

Ayant quelques soupçons que les règles étaient supprimées depuis plusieurs mois, je lui fis mettre une chemise. La chemise

fut tachée d'un peu de sang. J'ordonnai de promener la malade. Au bout de deux mois les règles reparurent : la malade reprit alors de l'embonpoint , l'esprit se calma, l'attention fut plus facile, les réponses devinrent plus sensées, l'appétit revint. Peu à peu la jeune fdle a accepté des vêtements, peu à peu l'ordre est revenu dans le costume; et, au bout de onze mois de la folie la plus caractérisée, elle est entrée au service d'une dame à la campagne, parfaitement rétablie.

Quoique l'auteur ne semble nullement se douter de l'influence de la menstruation sur la marche du délire, nous n'en prenons pas moins les faits pour les besoins de notre cause. A l'époque de Daquin, on ne s'occupait guère de la folie symptomatique, quoiqu'il en ait offert plusieurs exemples ; — entre autres d'une folie tenant à un transport variolique. On remarquera, ici, l'influence néfaste d'une saignée qui ne fit qu'accroître le délire, — et l'influence heureuse d'une médication expectante qui se borna à des promenades et à un milieu favorable. Nous avons vu, au numéro précédent, un effet fâcheux de la saignée dans des circonstances opposées : chez les aliénés, les émissions sanguines sont souvent dangereuses, et on doit en être avare,

(Ph. Pinel. Traité méd. philosoph., 1800, p. 51, note.)

Un auteur anglais rapporte un singulier exemple de l'influence physique de l'état de la matrice sur la production de la Manie,

Une jeune dame, après s'être échauffée par une longue promenade, eut l'imprudence de boire une grande quantité d'eau froide, et de rester assise en plein air sur un terrain humide. Le lendemain, douleurs de tète, puis perte de la mémoire, puis délire. A l'époque ordinaire de la menstruation, les symptômes se renouvelèrent avec aliénation déclarée, gestes insolites, babil intarissable, troubles de l'imagination. Le rétablissement de la menstruation fut bientôt suivi de la guérison de la Manie.

Avis aux femmes qui s'exposent à l'humidité pendant le temps des règles, et réponse péremptoire à nos adversaires. Si le froid n'a pas produit l'aménorrhée, et si celle-ci n'a pas causé la folie, nous leur demanderons qui l'a causée. C'est le froid, répliquera-t-on. Pourquoi, alors, cet agent n'agit-il pas toujours ainsi, et qu'eût-il fait chez un homme? Il faut hien qu'il y ait motif à la suppression menstruelle; mais il faut, aussi, que la fonction soit assez sympathique au cerveau pour que son trouble entraîne celle de cet organe. Entend-on dire que l'humidité, qui engendre les flux diarrhéiques, engendre souvent la folie?

185— Manie.

(Matiiey. Maladies de l'esprit, 1816, p. 507. D'après Perfect. Annah of insttnily.)

Une jeune dame, d'une constitution fort délicate, devint sujette à des attaques d'hystérie, qui dégénéraient en véritable Manie. Discours extravagants, propos indécents, actes désordonnés, voracité et pica ; puis rires immodérés suivis de pleurs et de rage. On lui administra successivement : de l'émétique, des pédiluves chauds, le castoréum, l'opium, le calomel. Pendant tout le traitement, il se fit, tous les deux ou trois jours, une éruption ortiée sur la poitrine et les membres. Les règles ne reparurent qu'au bout de trois mois. Peu de jours après, il y eut une amélioration sensible, les symptômes se dissipèrent graduellement; elle recouvra l'usage de la raison et fut, depuis, bien réglée.

Devons-nous voir dans cette éruption les conséquences de l'administration de l'opium, ou une fluxion déplacée, telle qu'il s'en présente souvent en l'absence de la menstruation? Je pencherais volontiers pour la dernière supposition. Cette Observation, d'ailleurs, est consignée dans le Traité des maladies mentales de L. Ferrarese, parmi les causes physiques sympathiques. (Napoli. 1841.)

I8G. — Manie.

(Matheï. Idem., p. 310, d'après Pert'ect.)

Une demoiselle, névrosique et délicate, sujette à des menstruations douloureuses, donna des signes d'aliénation mentale au mois d'octobre 1776. Son esprit brilla tout à coup d'un éclat inaccoutumé : le talent de la poésie se développa chez elle, avec yne remarquable facilité d'élocution.

On combattit la constipation aux approches des règles, et, pendant l'écoulement, on donna chaque jour vingt gouttes de teinture d'opium. Au mois d'août suivant, la malade était entièrement rétablie : la menstruation se passa sans efforts, et il n'y eut plus un retour d'aliénation mentale.

Nous verrons au numéro 191 une Observation où l'emploi de l'opium a été couronné de succès. L'opium a-t-il agi sur le cerveau, ou sur l'appareil génital?

18*. — Manie.

(Fréteau. Traité cléin. sur les émlss. sang., 1816. Chap. V, p. 108.)

Une jeune personne de 18 ans, d'un tempérament biliososanguin, fut prise, — à la suite de veilles prolongées et d'irrégularités de la menstruation, — d'une douleur périodique à l'œil droit, laquelle dégénéra en perte totale de la vue, suivie d'exaltation morale, puis de délire général.

Une saignée, pratiquée à l'œil droit, rend la vue du côté droit; une saignée, pratiquée à l'œil gauche, rend la vue du côté gauche : mais à peine la cécité a-t-elle disparu, que le délire s'aggrave et alterne avec celle-ci. On saigna aux deux bras, et l'on finit par se rendre maître des accidents, qui cessèrent complètement.

Déviation menstruelle accompagnée de Manie. Quelle que soit l'interprétation du fait, il existe, il n'est pas exceptionnel ; le traitement en prouve, de plus, la nature. Mais, j'avoue que, en face d'une pareille situation, j'aurais plutôt

soupçonné une névrose par anémie, et conseillé les Ioniques plutôt que l'émission sanguine, — en raison de l'âge de la malade et des causes de la maladie.

i 83. — Manie.

(Edme Courût. Causes de l'aliénation mentale. Thèse citée, 1824.)

Une jeune servante, un soir d'orage, fermant les volets de la chambre de son maître, vit tomber la foudre à quelque distance. Elle en fut si effrayée que dès lors ses règles, qu'elle avait en ce moment, se supprimèrent et furent suivies de l'explosion de l'aliénation mentale, d'une Manie qui ne cessa que huit mois après, lorsque les règles reparurent.

Les règles ont reparu spontanément, et avec elles la raison , Donc, c'étaient bien elles qui étaient la cause du mal. Des solutions aussi heureuses sont privilégiées : on y voit la nécessité de compter beaucoup sur la nature, — et une preuve décisive de l'influence du physique sur le moral, plus fréquente certainement que la réciproque, dans les folies secondaires.

189— Manie

(Cocrot. Ibidem.)

Une femme, ayant ses menstrues, est mouillée par une pluie abondante : suppression des règles, Manie pendant trois mois. Elle ne guérit que par le retour de l'état ordinaire.

La remarque précédente s'applique en entier à cette Observation. Avant donc d'administrer les médicaments, il est prudent, dans les cas de ce genre, de voir si la nature n'essayerait pas de ramener le flux disparu.

(MâRC. De la folie, etc., ^810, t. ï* p. 517.)

J'ai connu, dans une maison de santé, une cuisinière jeune, d'ailleurs bien portante, mais mal réglée. Son caractère était habituellement doux; mais à chaque approche de l'époque menstruelle, elle tombait dans un état de iManie furieuse, qui la rendait très-dangereuse, et pendant lequel il lui était arrivé plusieurs fois de poursuivre, un couteau à la main, les personnes qui lui déplaisaient ou lui avaient fait éprouver la plus légère contrainte.

Dès que les règles coulaient, toute exaltation maniaque cessait, et elle était la première à reconnaître l'extravagance de sa conduite.

D'après les statistiques de certains observateurs, Esquirol entre autres, le nombre des cuisinières aliénées occuperait un des premiers rangs. Pourtant, d'après les Observations rapportées ici, les femmes de cette catégorie sont des plus rares. Et cependant l'action combinée du feu, de l'acide carbonique, du défaut d'exercice en plein air, sembleraient devoir les prédisposer aux dérangements du cerveau. Nous avons nous-même remarqué combien cette action est puissante, et nous l'avons fait valoir dans un article intitulé : La névrose des cuisinières. Il est vrai que l'état, ainsi indiqué, est plutôt la névropathie qu'une folie proprement dite (Tribune médicale du 17 mars 1872 et Observation du n° 152).

(Esquirol. Des maladies mentales, 1838, t. 1er, p. 50 1.)

Une dame de 29 ans, ayant eu des parents éloignés atteints d'aliénation mentale, éprouva de violents accès de jalousie après son mariage : ses règles se supprimèrent, et elle devint aliénée. Délire général, avec prédominance d'idées tristes ctballucina-

tions. Cet état resta stationnaire pendant six mois, que la malade suivit un traitement approprié. Un jour, c'était un lundi, les règles paraissent; elles coulent abondamment le mardi... Dès lors toutes les idées sont justes, les préventions se dissipent, les hallucinations se taisent, les excrétions se rétablissent.

Qu'ajouterions-nous, qui parlât plus haut que cette Observation ?

i9«.— Manie.

(Esqhrol. Des maladies mentales, t. Ier. p. 5GG )

Une demoiselle de 50 ans, d'un tempérament nerveux, d'une constitution délicate, d'une imagination très-exaltée, d'un caractère doux et sensible, est abandonnée par son amant qui l'avait rendue mère. Dysménorrhée, amaigrissement, coliques, constipation. Quelques mois après, on vole mademoiselle : les menstrues se suppriment, son enfant meurt. Dix jours après : délire général, agitation extrême, cris, menaces, constipation.

Le 18, les menstrues paraissent : ce jour-là, amélioration.

Le 19, la malade marche nu-pieds : les menstrues se suppriment; renouvellement du délire. Bains de pieds, retour des menstrues.

Les mois suivants, les menstrues paraissent sans effort et sans orage. Quelques jours après l'époque, la malade est rendue à sa famille, hystérique mais non maniaque.

Extrême intérêt, à cause du parallélisme des phénomènes morbides, physiques et moraux. On ne peut rien trouver de plus probant.

(Esquip.ol. Maladies mentales, t. I", p. 155.)

Une jeune fille, très-forte, devint Maniaque à la suite d'une frayeur qui supprima les règles.

Elle était aliénée depuis un mois, lorsqu'elle fut électrisée pen-

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dant quinze jours : à l'époque menstruelle l'écoulement parut, et la guérison eut lieu aussitôt.

On objecte quelquefois que les émotions brusques sont plutôt la cause du délire que la suppression. Il faut se rendre à l'évidence: l'électricité est un agent physique, cet agent physique seul a ramené les règles, et les règles revenues ont ramené la raison. Pas l'ombre d'équivoque.

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