Lypémanle
(E. BouGHBT. Études citées. Annales méd. psch., 1844, t. IV, p. 339.)
Scbert, âgée de 28 ans, est irrégulièrement mcnstruée. Survient un violent accès de panophobie qui s'apaise avec les règles. Lorsque celles-ci sont abondantes, le délire cesse complètement. Cette coïncidence est constante. Elle est sortie non guérie.
Tout prouve la pléthore : le délire s*apaisant avec les règles, et s'améliorant d'autant plus que celles-ci sont plus abondantes. Dans le cas où cette abondance eût manqué, la saignée aurait été parfaitement indiquée. Je ne crois pas ces exemples très-communs.
1 V V . — Ij jpémanie,
(S4DTET. Réflexion sur l'emploi des évacuations sanguines, etc. Annalei méd,
t. Xn, p.l78.)
Jeannette, âgée de 48 ans, célibataire, a toujours été bien réglée. Depuis quatre mois les menstrues ne sont plus arrivées, et un accès de lypémanie s'est manifesté avec des hallucinations religieuses. On n'a pas employé les évacuations sanguines, à cause de Tétat général, presque apéipique.
Et Ton a eu bien raison. Mais pourquoi ne nous avoir pas tenu au courant de l'état de la menstruation? Ici, l'âge critique senible avoir été la cause de tout le mal.
if 8. — IfTpéiiianie.
[BERTniER. Clinique de V Asile d*Auxerre, 1853.)
Une fille de 20 ans, sans profession, habitant la campagne, d'un tempérament sanguin, d'une bonne constitution, est pré^ disposée héréditairement. La menstruation, qui avait bien mar* ché jusque-là, s'arrête sans qu'on puisse savoir pourquoi. Mademoiselle éprouve alors des chagrins, des remords de conscience. Elle devient triste, recherche la solitude, et finit par délirer. Mais on ne se décide à la mettre en traitement que deux ans après. La malade entre à l'Asile, le 8 octobre 1853 ; triste, inquiète, s'imagine être poursuivie par l'obsession déshonnête de jeunes gens de son pays : fonctions organiques frappées de langueur, hallucinations de la vue. Le 26 : aménorrhée, visions effrayantes. En mars : elle prend des bains'de siège et des pilules d'aloès, amélioration. En avril : la menstruation se rétablit, Tamélioration augmente ; à la fin du mois la convalescence se prononce. En mai, guérison.
LYPÉMANIli:. 185
La menstruation n'a pas été la cause primitive, qui nous est inconnue, et qui a été vraisemblablement l'essor de la diathèse nerveuse, nécessaire à la folie ; mais l'amélioration mentale, qui a constamment suivi l'amélioration utérine, nous montre, entre ces deux situations, un rapport étroit, et la cause immédiate du délire dans un obstacle au développement des fonctions génitales.
i>3ffl. *— li^pémanle.
(Berthieb. Asiles d'aliénées de Bourg, 1858.)
Hermann, âgée de 46 ans, ancienne religieuse, d'un tempérament bilioso-nerveux, est atteinte d'un délire mélancolique qui roule sur des idées de persécution. Elle a des hallucinations de Touïe, entend des voix qui confirment ses soupçons et la surexcitent encore. Cette malade est à l'asile de la Madeleine, depuis plusieurs années. Les règles ont lieu toutes les trois semaines, sont très-abondantes, et durent de quatre à cinq jours.
Je remarque que l'agitation précède souvent l'écoulement, ou l'accompagne soit pendant les premiers jours, soit pendant toute leur durée; les hallucinations de l'ouïe deviennent alors très-intenses. Au mois de janvier 1859, je lui fais prendre de la belladone en poudre, tous les cinq jours 5 centigrammes. Au mois d'août, la menstruation se passe sans orage ; — et, depuis cette époque (quoique le délire n'ait pas disparu) la malade est calme, docile, cesse de se plaindre, enfin est méconnaissable.
Je n'attribue mon succès qu'à l'empirisme : l'agitation surajoutée était due aune surexcitation des organes génitourinaires. Or on sait l'action élective de la belladone sur les organes creux, et principalement sur la vessie. En exerçant une sédation sur ceux-ci, elle aura diminué l'écoulement. Car, lorsque la matrice est trop sensible, elle revient plus difficilement à son état de repos, intermédiaire à la dilatation et à la contraction.
i80. — liypémanle.
(P. Berthier. Asile d* aliénées de Bourg, 1858.)
Adèle, âgée de 36 ans, d'un tempérament sanguin nerveux, d'une constitution moyenne, est arrivée en état de Manie, qui s'est calmée peu à peu, et s'est convertie en délire mélancolique.
A l'époque où je pris le service, la menstruation était suspendue, et je remarquais tous les mois une tristesse plus grande, qui se compliquait de délire. Elle pleure, gémit, se croit trèscoupable, s'accuse d'avoir mangé de ses parents, — demande la guillotine.
Je résolus de provoquer le retour des règles ; quelques jours avant l'époque présumée, je prescris des sinapismes, des bains de siège, et tout le reste du mois des pilules de sabine. En mai 1859, Técoulement' paraît du 6 au 10. Beaucoup plus de calme pendant et après. Très-fortes coliques du 6 au 9.
Juin : écoulement passable, calme. Juillet : règles normales, plus de coliques, calme, sage, travaille. Septembre : calme et raison*
Les époques des règles, — au lieu d'agiter la malade, — la jetaient dans la tristesse, dans un délire mélancolique, que nous verrons assez souvent se produire dans des circonstances analogues, sinon identiques. On voit que la même cause produit des effets bien opposés : il y a là des conditions idiosyncrasiques, qui nous échappent. N'essayons pas de les pénétrer, car nous en serions pour nos frais d'hypothèses. Ce qui nous doit préoccuper, c'est le fait, sa nature, ses résultats, les conséquences du traitement. Cette fille n'avait cessé de jouir, depuis, d'une excellente santé.