‹ Des névroses menstruellesChapitre 14 sur 130 · CÉCITÉ · texte numérisé non relu

CÉCITÉ

excrétions, conservèrent leur roideur pendant quarante jours. Au bout de ce temps, elle perdit la vue d'un œil, exprima quelques paroles, et devint paralytique pour plusieurs mois.

La médication adoptée amena du mieux, sans les règles. On transporta la malade au Sanitat. En désespoir de cause, la Supérieure s'avisa d'appliquer sur son bras droit le marc chaud de l'eau vulnéraire qu'elle confectionnait pour les pauvres. La paralysie se dissipa, mais la vue du second œil se perdit. Jeanne Saland fut saignée et purgée inutilement, elle passa vainement entre les mains de plusieurs médecins. Les accès revenaient toujours, les forces s'épuisaient. Appelé à remplacer mon confrère, je pris en pitié cette pauvre fille et résolus de la sauver. Je la fis saigner, vomir, purger, mettre au bouillon de veau, à l'usage du petit-lait, aux lavements antispasmodiques, aux fomentations épigastriques : on promena des vésicatoires. Dix jours après l'emploi de ces derniers moyens, les règles reparurent pour la première fois : elle recouvra la vue, et sa santé se rétablit.

D'après l'état de la constitution, la cause de la suppression, la nature du traitement, l'issue de la maladie, cette fille souffrait d'une pléthore, d'abord insuffisamment combattue. J'avoue, cependant, qu'il m'est rarement arrivé de voir lihe malade guérir dans ces conditions. A première vue, aurait plutôt surgi l'idée d'une chlorose et d'une médication analeptique. D'un autre côté, il faut reconnaître que, dans le siècle précédent, l'état nerveux était infiniment plus rare que de nos jours, et que les filles de la campagne supportaient ou exigeaient plus souvent l'emploi des évacuations sanguines,

15* — Cécité awec paraplégie.

(Observation personnelle, 1863.)

Une jeune lille de 18 ans, enfant d'un de nos confrères les plus distingués d'une grande ville de Bretagne, après avoir eu rimprudence de se laver les pieds dans un ruisseau, étant en

BERTHIER. — NÉ\ ROSES. 5

sueur et à l'époque de ses règles, devint aveugle puis paralysée des deux jambes.

Elle est morte aménorrhéique, deux ans après Taceident.

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