Mélancolie suicide
/^ (ÎAGrET. Thèse citée, p. 33.)
Une dame, dit Esquirol, éprouve une suppression de menstrues à la suite de quelque chagrin : elle a des maux de tête, et désire terminer son existence. Après quatre mois, elle déserte sa maison et laisse une lettre sur son secrétaire pour avertir son mari que, lasse de la vie, elle va se noyer. Elle se rend à Saint-Cloud pour exécuter son dessein, ne voulant pas qu'on retrouve son cadavre. Pendant la route les règles se rétablissent, et aussitôt cette femme se sent très-bien, rentre chez elle, puis va chez le commissaire du quartier lui raconter ce que je viens de rapporter.
J'ai dû reproduire textuellement ; car il m'a été impossible de découvrir l'endroit des œuvres de notre grand praticien où se trouverait ce passage, l'auteur de la thèse ne l'ayant pas indiqué. Mais, Esquirol attachait une telle importance à la fonction menstruelle ; il parle si souvent de son influence sur le moral et des rapports de l'utérus et du cerveau, que je n'ai pas hésité à m'en rapporter au témoignage de notre jeune confrère. 11 en est question aux articles Causes, Crises de la folie, Manie, Lypémanie, Sui-
cide, de son Traité des maladies mentales, A la page 634 du tome P% on lit cette phrase : « Il est fréquent de voir des femmes qui, pendant l'écoulement menstruel, désirent avidement se détruire, font des tentatives pour cela, et n'y pensent plus dès que les menstrues ont paru ou ont cessé de couler. »
§IV
t46. — Monomanie du vol.
(H. Girard. Annales méd, psychol, de 1845, p. 231.)
Le premier écoulement menstruel s'accompagna d'attaques de nerfs avec perte de connaissance, chez une Nivernaise. A l'âge de 18 ans, après une suppression, mêmes accidents convulsifs , auxquels se joignirent des désordres moraux que dissipa une perte abondante. A 19 ans, l'irrégularité de la menstruation, unie à d'autres troubles organiques, fit craindre pour la raison. Insensiblement, les anomaHes de la menstruation s'accrurent, et avec elles les souffrances ; si bien qu'un jour, étant dans la période cataméniale, madame Ch., aisée d'ailleurs, et ne manquant de rien, déroba un coupon de dentelles, une paire de gants, une pièce de rubans, valant ensemble vingt-six francs, dont elle se para le lendemain â un bal. Au relour, les règles parurent, avec elles la santé.
A plusieurs reprises, et sous l'empire des mômes excitations physiques, cette dame vola des objets de peu de valeur. Condamnée enfin à treize mois de prison par un tribunal, elle fut acquittée par un autre; d'autant mieux que les accès impulsifs s'entouraient, parfois, de perturbations mentales qui rendaient son affection évidente.
Nous n'avons pas à nous occuper du nom que doit porter cette folie. Ce n'est point ce qu'on appelle une vraie monomanie, pour nous servir de l'expression consacrée, quelque défectueuse soit-elle» Mais, que l'impulsion au larcin
ait été primaire ou secondaire, liée à l'hystérie ou à son délire, elle n'a pas moins été déterminée par les difficultés de la menstruation, qui a joué, en ce cas, un rôle au moins principal. Sans, donc, accorder à celui-ci trop d'importance, je prends l'histoire de cette dame pour une de celles qui prouvent l'influence du flux mensuel sur le système nerveux. Ce flux péchait par défaut ; lors de son établissement, il fut une cause d'hystérie, son arrivée calmait les symptômes ; et une perte abondante dissipa, une fois, des phénomènes hystériques amenés par la suppression.