‹ Des Opérations Utérines et Juxta Utérines: Pendant la GrossesseChapitre 11 sur 38 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

RouTiEr (Ann. de gyn., n° 33, p. 160).

Mme P..., âgée de 37 ans, se présentait le $ novembre 1889 à l’hôpital Laënnec, se plaignant d’éprouver de vives douleurs dans le ventre depuis une quinzaine de jours environ.

Ces douleurs, survenues tout d’un coup, ne faisaient qu’augmenter et rendaient la station debout intenable.

Son ventre, disait-elle, avait brusquement grossi le jour de l'apparition des douleurs.

Il nous fut facile de constater que l’abdomen était très irrégulièrement soulevé du pubis à Pépigastre par une grosse tumeur dure, bosselée, irrégulière, mate à la percussion, donnant toute la sensation d’un fibrome. Les deux flancs étaient sonores : cependant, à droite, couchée le long de l’arcade crurale et la débordant à peine, existait une masse molle, pseudofluctuante, du volume du poing environ, séparée nettement par un sillon de la grosse tumeur fibreuse.

Celle-ci était légèrement mobile dans le sens transversal, mais il était impossible de la faire monter ou descendre comme si ses deux extrémités avaient porté sur le pubis, d’une part, dans la concavité du diaphragme de l’autre.

Cette femme, toujours bien portante, n'avait eu qu’une maladie dans sa vie : une métrorrhagie assez abondante avec caillots, survenue il y a 10 ans environ, et qui, d’après le récit de la malade, nous fit l’effet de ressembler à une fausse couche.

Depuis, ses règles étaient bien revenues périodiquement et sans trop d’abondance; en ce moment, elles étaient suspendues depuis 3 mois. La malade pensait qu’elle pouvait être enceinte.

Elle savait, en outre, qu’elle avait depuis 6 ans, dans la fosse iliaque gauche, une grosseur du volume d’un œuf, très

Lo e

mobile, et qu’elle déplaçait très facilement sans douleur. Elle ne sexpliquait pas autrement ce changement brusque du volume de son ventre.

Le toucher vaginal permit de constater que le col était légèrement mobile. Le gros fibrome vertical n’était pas influencé par les manœuvres de mobilisation du col, mais il me parut que cette tuméfaction molle, cachée dans la fosse iliaque droite, était en continuité absolue avec ce col et pourrait bien être un utérus gravide aplati par le fibrome.

Il nous fut impossible de percevoir au niveau de ce qui nous semblait être l’utérus, soit des mouvements actifs, soit des mouvements passifs, soit les bruits du cœur d’un fœtus, ce qui, vu l’âge présumé de la grossesse, n’était pas surprenant.

Malgré cela, je restais convaincu que cette femme était enceinte et que cette, grossesse était fortement gênée dans son évolution par le volume du fibrome. Cette femme souffrant beaucoup, nous étions très certainement à la veille d'accidents, dont le moindre pouvait être un avortement avec, comme il est à peu près de règle en pareil cas, une hémorragie formidable à redouter.

C’est ce qui me détermina à agir.

Le 9 novembre, je pratiquai la laparotomie ; il s'agissait, en effet, d’un gros fibrome inséré par son hile sur le fond de” l'utérus, et reposant par ses deux extrémités, d’une part sur le pubis, et d’autre part, sur le diaphragme. L’utérus était bien en état de gravidité.

Le pédicule de ce fibrome était plus gros que le poing. Je l’enserrai d’un fil élastique et coupai la tumeur au-dessus de ce pédicule artificiel. La masse pesait 2.415 grammes et mesurait 27 X 17 centimètres. Je replaçai l'utérus sur la ligne médiane en Pabandonnant dans la cavité péritonéale.

Les suites ont été des plus simples : le premier jour, il y eut sans douleurs quelques pertes rosées par le vagin, qui furent arrêtées par des injections chaudes de naphtol.

Actuellement (mars 1890), la malade est complètement guérie et on entend les bruits du cœur du fœtus.

Page 1