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RECUEIL D'OBSERVATIONS

ETIOLOGIE.

I Blessures du globe oculaire.

Plaies du sourcil.

Corps étrangers.

Contusions.

Brides cicatricielles.

ilrido-choroïdites.

Opthlhalmies des nouveau-nés.

Moignons douloureux.

Coques osseuses.

Leucômes adhérents.

SYMPTOMATOLOGIE.

( Amblyopie.

Formes nerveuses ] Phoiophobie, larmoiement,

( Troubles de l'accommodation.

( Forme plastique.

\ Forme séreuse.

Opththalmies \ Irido-kératite.

/ Bétinite et chorio-rétinite.

I Décollement de la rétine. — Cataracte.

OBSERVATIONS ÉTIOLOGIQUES

OBSERVATION 1

Blessure delà partie inférieure delà ornée par éclat de capsule ; consécutivement atrophie de l'œil, cataracte et irido-cyrlile ; cyclite sympathique de l'œil opposé ; énucléation ; amélioration rapide. (Dr Brière ; Obs. inédite).

Fontaine, de Fécamp, âgé de 11 ans, reçut, il y a dix-huit mois, dans l'œil droit, un -fragment de capsule qui lui perfora la partie inférieure de la cornée. Cet œil, depuis cet accident, s'atrophie de jour en jour, en même temps que l'acuité visuelle diminue dans son congénère. L'enfant, dont la sanlé générale est bonne et dont les antécédents personnels et héréditaires ne laissent rien à désirer, vient me consulter au commencement de ce mois, juin 1878. Je constate, à droite, un œil atrophié de moitié ; des synéchies postérieures multiples ; une cataracte aride siliqueuse, évidemment traumatique; une cicatrice scléro-cornéenne vers la partie inférieure de la cornée ; une injection périkératique fine ; des douleurs, du larmoiement. En pressant légèrement sur le corps ciliaire, à la partie inférieure, je réveille les douleurs vives de la cyclite. A gauche, larmoiement, photophobie, diminution de la vue : douleurs spontanées et provoquées. par la pression, comme à droite, à la partie inférieure du globe. Pas d'iritis encore, mais hyperémie visible de cette membrane. L'examen ii l'ophltialuioscope est impossible, à cause de la photophobie.

Tous ces accidents de l'œil gauche se sont développés lentement depuis un mois et me paraissent être de nature sympathique. Je conseille l'énucléation de l'œil dro t ; elle est acceptée et je la pratique quelques jours après. Depuis, l'enfant, qui est très-intelligent, constate lui-même qu'il y voit mieux et qu'il souffre moins de l'œil gauche. La rougeur et les phénomènes inflammatoires s'amendent rapidement sans aucun traitement local. Tout fait donc présager une guérison prochaine.

OBSERVATION II

Traumatisme de l'œil gauche avec amblyopie consécutive, le congénère restant intact ; nouveau traumatisme du même coté avec phlegmon de l'orbite ; huit jours après, irido-choroïdite, à droite , énucléation de l'œil gauche ; amélioration momentanée à droite, puis perle progressive de la vue. (Dr Weckek ; Obs. inédite).

M. Furo, cultivateur, est âgé de 47 ans et a toujours été d'une bonne santé ; les antécédents héréditaires ne laissent rien à désirer. Il y a trente-sept ans environ, par conséquent à dix ans, en s'amusant avec un camarade, cet homme a reçu un coup de canif dans l'œil gauche ; il ne peut dire au juste à quel endroit. A la suite de cet accident, l'acuité visuelle avait considérablement diminué de ce côté; les douleurs, après quelques jou: s, avaient disparu. Au mois de février dernier, Furo reçut un coup de planche sur le même œil qui fut violemment contusionné ; il se déclara une inflammation très-intense et un phlegmon de l'orbite.

Huit jours à peine après ce nouveau traumatisme, l'œil droit, qui était toujours resté excellent, commença à se prendre à son tour ; il devient rouge, son champ visuel se rétrécit, la vision est de moins en moins nette, mais ces phénomènes surviennent sans douleurs spontanées ou provoquées. M. Wecker fait, il y a trois mois, l'énucléation de l'œd gauche II y eut une petite amélioration momentanée à droite, mais bientôt les accidents reprirent leur marche envahissante sous forme d'irido-choroïdite plastique et aujourd'hui le malade ne peut plus se guider.

OBSERVATION III

Perforation de l'œil gauche, au niveau de la zone ciliaire,parun fragment de capsule ; atrophie de l'œil ,cy dite sympathique de l'œil droit coïncidant avec des douleurs du moignon; énucléation; guérison. (Brière ; Obs. inédite).

Granval, de Manéglise, âgé de 14 ans, jouait, il y a onze mois, avec des capsules qu'il faisait partir entre deux, cailloux. L'œil gauche, atteint par un fragment de capsule, fut perforé à l'union de la cornée avec la sclérotique et s'atrophia à la suite de cet accident. Il y a un mois, Granval vint me consulter pour des troubles survenus dans l'œil droit. Il a, de ce côté, des douleurs, du larmoiement, de la pholophobie et une diminution très-appréciable de la vue ; de plus, il ressent, dans le moignon gauche,

des douleurs très-vives qui coïncident avec celles de l'œil du côté opposé. A part ces troubles oculaires, le malade est d'une excellente santé et ne présente pas d'antécédent suspect. Je constate une cyclite sympathique et je fais l'énucléation du moignon.

Les troubles du second oeil se calment aussitôt ; ils disparaissent au bout de i'6 jours, sans traitement.

OBSERVATION IV

Plaie conluse de la cornée de l'œil droit avec issue de l'humeur aqueuse et enclavement de l'iris ; douleurs dans cet œil; chorio-rétinite sympathique à gauche avec douleurs correspondant, comme siège, à celles de l'œil droit ; amblyopie ; iridectomies répétées à droite suivies, chaque fois, d'amélioration à gauche. (Dransart ; p. 6.)

Le nommé Nicolas Demander, âgé de 26 ans, reçoit un coup dans l'œil droit en avril 1873. Le lendemain de la blessure, le jeune homme se présente à la clinique : la plaie occupe le côié interne de la cornée de l'œil droit sans dépasser les limites de celte membrane, elle est contuse et ne présente pas tendance à une réunion immédiate. Il y a eu issue de l'humeur aqueuse, le cristallin n'a pas élé intéressé. — Traitement, repos et bandeau cornpressif.

Deux jours après, l'œil blessé devient douloureux, on excise un léger prolapsus formé à la surface de la plaie, ce prolapsus était une petite vésicule transparente due à la cicatrice qui avait cédé à la pression intra-oculaire. II y avait un abaissement considérable de la vision de l'œil blessé. L'excision du prolapsus amena la disparition des douleurs.

Quelques jours après, des phénomènes d'ophthalmie sympathique se manifestent dans l'œil gauche qui devient douloureux et perd son acuité visuelle en grande partie (l'acuité descend à un dixième). L'examen de l'œil ne signale aucun trouble dans les milieux qui sont complètement transparents ; la papille offre des altérations remarquables au niveau de ses vaisseaux. Les artères sont exsangues et offrent l'aspect de cordons blanchâtres filiformes, on perçoit le pouls artériel. Les veines ont un calibre plus considérable que celui des artères, elles sont flexueuses. Il importe de noter que les douleurs siégeaient au côté interne de l'œil gauche, juste à l'endroit correspondant au point où les douleurs ava:ent leur maximum dans l'œil droit. (Ce point correspond au siège de la blessure.) L'iris est enclavé dans la plaie cornéenne, et c'est aux tiraillements de cet organe qu'on attribue les phénomènes sympathiques. M. Abadie fait une irideclomie (8 jours après l'accident) pour empêcher l'iris d'être tiraillé lors

de ses contractions immédiatement à la suite de l'opération. La vision s'améliore pour l'œil gauche, l'acuité remonte à deux septièmes D L N, échelle de Snellen-, et pour l'œil droit, chose curieuse, l'acuité visuelle redevient normale. L'opblhalinoscope nous montra des phénomènes bien curieux au niveau de la papille gauche. En efïet, les vaisseaux étaient redevenus plus larges, le pouls artériel avait disparu; en un mot, le spasme des artères avait cessé et ces vaisseaux recevaient du sang plus facilement.

Au bout de quatre semaines on constate une rechute complète. L'œil gauche était de nouveau douloureux, l'acuité visuelle avait également baissé. Les artères de la papille de leur côté se présentaient sous l'apparence de cordons filiformes. Il y avait aussi le pouls artériel. La surface de la pupille est injectée, on ne voit presque plus l'anneau sclérotical. Pour combattre ces accidents, M. Abadie eut recours à une iridectomie au niveau de l'œil droit (25 juillet). Cette opération fut suivie de la même amélioration que la première fois. On vit disparaître les douleurs et le pouls artériel au niveau de l'œil gauche.

Le 5 septembre, le malade revient à la clinique se plaignant de nouveau de douleurs et d'une diminution de l'acuité visuelle. Il éprouve en même temps des phénomènes généraux assez importants à noter dans l'espèce. — Il est sujet à des malaises après avoir mangé : il a des maux de tête fréquents et éprouve des vertiges de temps en temps. A l'œil droit: il y a toujours enclavement de l'iris au niveau de la plaie. Cet organe paraît très-adhérent en ce point dans une étendue relativement grande, la sensibilité de cet œil est très-grande à la pression, surtout au côté interne. — Œil gauche, acuité visuelle baissée. Artères de la papille filiformes.

7 septembre. Les douleurs étant de plus en plus fortes et l'acuité visuelle continuant à baisser dans les deux yeux, on se décide à détacher l'iris de ses adhérences à la plaie cornéenne. L'opération était difficile parce que au niveau des adhérences, il n'y avait plus de chambre antérieure, en sorte que le désenclavement ne pouvait se faire par une simplciridectomie.

En effet, il n'y eut pas moyen d'exciser cette partie adhérente de l'iris et on dut se contenter de la détacher de la cornée autant que possible avec une spatulette introduite parla plaie cornéenne. Cette opération amena une disparition des douleurs. — La vision remonta de E à n° & IV (Snellen), mais au bout de quelque temps on peut constater que l'iris est de nouveau adhérent au même point de la cornée. En même temps, les douleurs reparaissent, l'acuité visuelle continue à baisser progressivement quoique lentement.

8 octobre. Le malade se plaint d'une exacerbalion de douleur lorsque le temps est pluvieux, et accompagnée d'une forte diminution momentanée de l'acuité visuelle. La vue, dit-il, se voile

presque complètement à ce moment. L'examen de la papille fait voir des artères filiformes sans double contour, — le contour de la pupille n'est plus très-net bien qu'on la dislingue encore. — Il n'y a aucun trouble dans les milieux de l'œil gauche, aucune synéchie de l'iris. Demander ne peut plus travailler, il a essayé plusieurs fois, mais au bout de quelques minutes il ne peut plus fixer et est obligé de cesser son travail.

15 octobre. L'acuité visuelle baissant toujours et les douleurs ne disparaissant pas, M. Abadie se décide à enlever la cause supposée des accidents, la synéchie antérieure de l'iris. La chambre antérieure manquant au niveau de l'enclavement de l'iris, M. Abadie fit une section de la cornée qui coupa en même temps la synéchie à sa base. On compléta l'hidectomie à ce niveau et on enleva la partie de l'iris qui restait adhérente à la cornée. Traitement. Bandeau compressif.

16 octobre. Disparition des douleurs, la chambre antérieure est reformée.

17 octobre. Le malade ne voit presque pas, l'œil opéré, on constate l'existence d'opacités dans l'intérieur du cristallin, limitées à la partie correspondante à la section de l'iris. La vision de l'œil gauche a diminué un peu, — brouillards.

Les douleurs sont complètement calmées depuis quelquesjours. Il n'y a plus la moindre souffrance. Œil droit : l'iris est complètement libre d'adhérences. Les opacités du cristallin sont trèslimitées et ne gênent que très-peu la vision. Œil gauche. Le malade lit la troisième ligne D. L. N. à vingt pieds du tableau de Snellen. A rophthalmoscope, les artères ont repris leur double contour. Elles ne sont plus filiformes, la pupille est plus nette, la Yision s'améliore tous les jours.

OBSERVATION Y

Plaie de la cornée à droite avec enclavement de l'iris ; poussées aiguës avec ambhjopie coïncidant, dans l'œil gauche avec des phénomènes douloureux survenant par accès dans l'œil blessé. (Dransart; p. 22).

L'n jeune homme de 17 ans (d'Orléans) se présente à la consultation de M. Abadie se plaignant de souffrir des deux yeux. L'œil droit avait été blessé deux ans auparavant. La cornée seule portait les traces de la blessure dont le siège était à la partie inférieure de cette membrane. En ce point une portion de l'iris se trouvant enclavée, la pupille avait une forme ovalaire. L'acuité de l'œil blessé était mauvaise, elle était inférieure à 1/10. L'autre œil, le gauche (emmétrope) paraissait normal, les milieux étaient transparents, et le tond de l'œil ne présentait aucune lésion Reclus. Ophthalmies 10

appréciable à l'ophthalmoscope. Néanmoins ce malade se plaignait depuis quatre mois de pliotophobic accompagnée d'un léger blépharospasme, l'acuité visuelle était diminuée, impossibilité complète du travailler. Eu outre de temps en temps le globe oculaire devenait rouge et larmoyant, ces poussées aiguës survenaient toujours lorsque l'œil blessé devenait douloureux. Ces phénomènes n'existaient pas lors de la consultation.

Un praticien des plus distingués de Paris, M.D. avaitdéjà traité l'altection sans succès par les toniques ferrugineux et par les frictions excitantes autour de l'orbite. M. Abadie, croyant que le point de départ des accidents se trouvait dans l'enclavement de l'iris, proposa la section de l'iris, mais le malade ne reparut plus.

OBSERVATION VI

Plaie du sourcil gauche; du même côlé irido-choroïdile consécutive ayant entraîné la perle de l'œil; atrophie sympathique du nerf optique de l'œil droit; cécité. (Dransart ; Obs. inédile).

Madame Delci'oix, journalière, à Fresnes (Nord), est âgée de 42 ans ; elle a toujours été d'une bonne santé. Les antécédents héréditaires sont négatils. Cette femme, il y a deux ans, s'est fait, dans une chute, une plaie du sourcil gauche, à la suite de laquelle s'est déclarée une inflammation érysipélateuse de la région. L'œil gauche n'a pas tardé à se prendre : une irido-choroïdite très-intense s'y déclare et entraîne rapidement sa perte. L'œil droit se prend à son tour et la vision y est aujourd'hui absolument abolie. A l'ophthalmoscope, je constate une atrophie du nerf optique à gauche, atrophie que je rattache à une origine sympathique.

OBSERVATIONVII.

Troubles sympathiques des deux yeux consécutifs à une lésion du sus-orbitaire gauche. (Dransart ; Obs. inédite).

Strady Fidèle, âgé de 38 ans, mineur d'Anzin, porte sur le sourcil gaucho une cicatrice au niveau du nerf sus-orbitaire. Les douleurs dont cette cicatrice est quelquefois le siège s'accompagnent d'une diminution de la vue dans les deux yeux. En pressant sur la cicatrice on abolit momentanément la vision de l'œil gauche et on diminue celle de l'œil droit.

OBSERVATION VIII

Chute sur la nuque ; inflammation et slaphylôme d'un œil exerçant une influence pernicieuse sur une infiltration cornéenne de l'autre ; énucléation du premier; abolition des phénomènes sympathiques du second. (Vignaux; Obs. XXIX).

Alfred G..., 28 ans, plombier, hôpital de Montpellier, salle Saint-Eloi. Au mois d'août 1375, chute d'un deuxième étage sur la nuque, la face et les yeux n'ont été nullement contusionnés. Le jour môme, l'œil dioit a été pris de cuisson, de larmoiement ; il se gonfle, rougit, les douleurs lancinantes empêchent le sommeil ; toute vision est abolie et le sera pour toujours dans cet organe. Au bout de quinze jours, les douleurs diminuèrent d'intensité tout en prenant par intervalles, des exacerbations assez vives. Quant à l'œil gauche, il avait été bientôt pris d'inflammation, de photophobie, de larmoiement. Huit mois se passèrent ainsi et la vue ne revenait pas à l'œil gauche ; au contraire, la cornée s'infiltrait de plus en plus, tandis que l'œil droit devenait staphy lomateux et sortait entre les paupières. Voyant l'état stalionnaire de l'œil gauche, malgré un traitement prolongé de huit mois, M. Courty pratique le 7 mars 1876, l'énucléation de l'œil droit.

Iléinorrhagie au moment de l'opération, cautérisation au fer rouge et tout s'arrête. Le malade étant très -disposé aux congestions céphaliques,on le fait se tenir debout toute la journée; bains de pieds sinapisés. Les douleurs cessent, non-seulement dans l'œil droit, mais encore dans Ja région périorbitaire gauche ; moins de photophobie, moins de brouillards, la vue s'améliore, mais le malade ne peut encore se conduire. Le 12 avril, pupille artificielle au côté externe de l'œil gauche. Sortie : le malade ne peut se conduire.

Le 15 décembre 1876, huit mois après l'opération, la vue a augmenté, le malade compte les doigts à trois mètres. On voit une tache cornéenne presque centrale de deux millimètres. Cette tache parait bien avoir diminué de ce qu'elle était aulrelois, car aujourd'hui elle n'empêcherait pas entièrement la vision par une pupille ordinaire.

OBSERVATION IX

Pustule maligne amenant la perle de l'œil gauche: irritation du moignon par des brides cicatricielles; chorio-rélinile sympathique à droite ; énucléalion ; amélioration rapide. (Foucher. Revue de Thérapeutique médico-chirurgicale. Taris, 1867, p. 341.;

Le malade, âgé de 44 ans, avait été atteint en 1861 d'une pustule maligne de la paupière inférieure du côté gauche, qui fut soignée par M. Maisonneuve, au moyen de la cautérisation au fer rouge.

Pendant son séjour à l'hôpital, qui fut de tivismois, ce malade éprouva un peu de photophobie dans l'œil droit ; mais ce fut de courte durée.

En 1866, c'est-à-dire cinq ans après la perte de l'œil gauche, cet homme éprouva des troubles autour de l'œil droit : la vue se troubla, des mouches volantes apparurent, le travail était pénible et amenait du larmoiement. Un traitement avec le sulfate d'atropine, les pilules de sublimé et d'aloès, les vésicatoires volants sur les tempes et sur le cou parurent arrêter, pendant quelque temps, la marche de la maladie.

Lorsqu'il est entré à l'hôpital, nous avons constaté que le globe oculaire gauche est atrophié, mou, dépressible, offrant une cornée opaque, et que la paupière inférieure est presque entièrement détruite ; mais il existait entre le moignon et les restes de la paupière une bride rougeàtre, assez volumineuse, empêchant l'œil de tourner en dedans. Tout autour de l'orbite se trouvait une plaque cicatricielle lisse, luisante, un peu bleuâtre.

L'œil droit présentait un cercle péricornéal assez marqué ; l'œil était d'une coloration normale et se laissait facilement dilater par l'atropine. A l'ophthalmoscope on trouvait une choroïdite légère, la papille était un peu déformée, bleuâtre, et le corps vitré présentait quelques corps flottants. Le malade ne distinguait pas les objets, même volumineux.

Devant de pareils accidents, je me suis décidé à extraire son œil gauche. Les suites de l'opération ont été des plus bénignes et vous avez pu constater que nous avons beaucoup amélioré la vue de notre malade, car il pouvait distinguer parfaitement tous les objets à sa sortie de l'hôpital.

OBSERVATION X

Iriiis de l'œil droit avec névralgies intenses; énucléation ; iritis sympathique à gauche, due à une prothèse mal faite; enlèvement de l'œil artificiel; guérison de l'œil gauche. ('Galezowski; Obs. inédite.)

Madame X. . ., âgée de 37 ans, blanchisseuse, est d'une bonne santé habituelle et n'a pas d'antécédents suspects. Elle souftVc depuis 15 ans d'une iritis à droite avec névralgies périorbitairës très-intenses, à formes intermittentes. Il y a 5 ans, M. Giraud- Teulonlui fait l'énucléation de cet œil et quelques mois après on lui pose un œil artificiel. Au mois de mars dernier, Mme X... se présente à la clinique du Dr Galezowski. On constate, chez elle, à gauche, une iritis qu'on ne peut attribuer ni à une cause spécifique, ni au rhumatisme, ni à des troubles menstruels. La cavité du côté énucléé est rouge et tuméfiée. On porte le diagnostic d'iritis sympathique provoquée par l'œi! artificiel. On enlève cet œil et on fait des instillations astringentes dans la cavité droite ; à gauche, on prescrit des sangsues à la tempe, des instillations d'atropine, des frictions périorbitaires avec de l'onguent napolitain belladoné.

Trois semaines après, il y avait une amélioration très-notable et un mois et demi après le début des accidents, la guérison est complète.

OBSERVATION XL

Iritis spontanée de l'œil gauche ; douleurs vives ; énucléation ; inflammation de l'or bile par une prothèse mal faite; amblyopie et névralgies de l'œil droit ; enlèvement de l'œil artificiel; guérison. (Galezowski; Obs. inédite.)

Mme Brard, blanchisseuse, âgée de 37 ans, est d'un tempérament scrofuleux. A 18 ans, elle a eu une pneumonie qui a duré 6 semaines. Sa mère vit encore et est b en portante; mais son père est mort d'une phthisie galopante survenue après plusieurs bronchites. Elle a un frère de 29 ans qui tousse depuis longtemps et elle a perdu une sœur morte à 7 ans d'une pneumonie. Quant à elle, elle a eu des boutons aux yeux, mais sa vue élait excellente. A l'Age de 22 ans, elle a été prise, sans raison appréciable, d'une iritis à marche insidieuse qui a été négligée et a amené la diminuuon de .a yuc dans l'œil gauche, sans cependant

êLi'c accompagnée de douleurs. En 1870, cet œil, toujours sans cause apparente, devient douloureux. Des douleurs vives et lancinantes tourmentent la malade pendant un an, et, tous les autres moyens ayant échoué, M. Giraud-Tculon, qui est consulté, lait l'énucléation comme dernière ressource de soulagement. Pendant tout ce temps, l'œil droit était resté excellent. Six mois après l'opération, la malade commence à porter un œil artificiel et le garde deux ans. Puis elle casse cet œil qui était, paraît-il, trèsbien l'ait et le remplace par un autre qui gêne l'orbite, le blesse et l'enflamme. Les douleurs y reviennent de plus en plus intenses; les parties sont rouges, tuméfiées. Il y a 4 ans, au moment où ces douleurs étaient à leur summum d'acuité, l'œil gauche se prend à son tour; il devient rouge et douloureux; son acuité visuelle baisse progressivement. M. Galezowski, qui est consulté, fait ôlcr cet œil artificiel mal fait, qui est, d'après lui, la cause de l'inflammation de l'orbite à gauche et des accidents sympathiques à droite. Les douleurs diminuent aussitôt des deux côtés ; elles se calment peu à peu; l'acuité visuelle de l'œil droit augmente et quelque temps après la vue redevient excellente.

OBSERVATION XII

Perle de l'œil droit par choroïdite ; poussée inflammatoire et cijclite avec névralgies intenses; ênuoléalion ; disparition des douleurs ; inflammation de l'orbite par une prothèse mal faite; iriiis et névralgies ciliarres sympathiques de l'œil gauche; enlèvement de l'œil artificiel ; g uérison. (Moore.n.)

Une malade de 19 ans, L. B. . ., avait perdu, étant encore enfant, la vue de l'œil droit, par une choroïdite ectasique. Après la terminaison de la maladie, l'œil resta exempt de douleurs pendant quelques années; puis à la première menstruation, l'inflammation se reproduisit sous la forme d'une cyclite avec des névralgies ciliaires violentes et des cxlravasations sanguines répétées dans la chambre antérieure. Ces circonstances m'engagèrent à pratiquer l'énucléalion, le 9 novembre 1866. Le résultat me satisfit entièrement. Les douleurs cessèrent et l'accommodation se rétablit complètement (pour l'œil gauche.) On lui posa un œil artificiel. Je ia perdis de vue jusqu'à l'été 1867, époque où elle se présenta de nouveau, se plaignant de ce que son œil la faisait souffrir et qu'il se fatiguait vile. A l'œil même on ne voyait rien, si ce n'est une injection péri-cornéale peu développée qui m'engagea toutefois à instiller de l'atropine. La malade me demanda s'il pouvait y avoir une influence initative de la part de l'œil artificiel, à quoi je répondis bien négativement. Quelques jours plus tard, la malade revint de nouveau. Contre mon attente, les

phénomènes inflammatoires avaient augmenté, l'humeur aqueuse était légèrement troublée, et l'atropine n'avait exercé presque aucun effet snr la dilatation delà pupille. Comme ces signes réunis m'inspiraient une certaine inquiétude, je lis revenir la malade deux jours après. Je fus bien contrarié de constater que, pendant ce court espace de temps, l'inflammation avait encore augmenté. Des névralgies ciliaircs excessivement pénibles s'étaient jointes aux phénomènes de l'iritis, les paupières étaient œdémateuses, la conjonctive légèrement gonflée, la pupille s'était rétrécit1 davantage, la paroi postérieure de la cornée était tachetée de quelques dépôts fins et pointillés. La vue s'était affaiblie dans la même proportion, au point qui la malade ne distinguait plus mes doigts qu'avec peine. La mère qui m'avait amené la malade, me dit que la céphalalgie frontale se présentait maintenant avec une intensité égale aux deux arcades orbitaires.

Alors seulement je fis enlever l'œil artificiel pour examiner l'orbite.

Toute la muqueuse était tuméfiée et d'un rouge foncé, mon étonnement s'accrut, lorsqu'on effleurant du doigt la paroi interne de l'orbite, je vis la jeune patiente frémir de douleur.

Chaque fois que je répétai cette épreuve, la région dans laquelle le nerf naso-ciliairc se répand d'habitude, ainsi que toute l'insertion du nerf optique, se montraient excessivement douloureuses. Evidemment les arêtes saillantes de la coque de l'œil artificiel avaient exercé une irritation et produit ainsi les mêmes sensations douloureuses à la pression, qu'autrement on n'observe qu'en présence d'une inflammation du corps ciliaire. Dès cemomcnt, l'œil artificiel fut enlevé ; l'atropine, qui n'avait produit aucun effet sur les phénomènes inflammatoires de l'œil gauche fut abandonné. A l'intérieur, on donna des dérivatifs, on couvrit de cataplasmes l'œil atteint d'iritis, ainsi que l'orbite enflammé, on donna le soir de la morphine suivant le besoin. Deux jours âpres, les névralgies ciiiaires avaient disparu, l'orbite droit oflrait moins de sensibilité à la pression. En même temps, il se fit une diminution progressive de l'injection péricornéale du côté gauche, puis le chémosis commença à s'effacer, et en douze jours les s\ diplômes inquiétants avaient tellement diminué, qu'on put reprendre les instillations d'atropine. Au bout de quelques semaines, la guérison était complète. Ce qui me frappa le plus, ce fut la longue durée de la sensibilité de l'orbite, il s'écoula au moins trois semaines avant que celte sensibilité et surtuut celle qui se rapportait au tronc du nerf optique, eussent entièrement disparu.

OBSERVATION XIII

Hydrophthalmie de l'œil gauche avec cataracte pierreuse d'origine traumatique ; crises névralgiques à gauche, s'iradiant dans la tempe droite; photophobieel larmoiement sympathiques à droite ; extraction de la cataracte ; disparition des douleurs ; énucléation; guérison. (Galezowski ; Obs. inédite).

Mademoiselle X..., demeurant à Saint-Omer, âgée de 29 ans, vint me consulter le 19 octobre 1876.

Elle était atteinte d'une hydrophthalmie de l'œil gauche avec cataracte pierreuse. La vue de cet œil était perdue depuis l'âge de 14 ans à la suite d'un coup de pierre qu'elle avait reçu. Pendant les derniers 8 ou 9 ans, elle souffrait constamment dans l'œil et le front, très fortes douleurs périodiques comme des rages de dents : elle ne pouvait pas dormir. Quelquefois elle était tranquille 6 ou 7 mois, puis les crises revenaient de plus en plus fortes. La dernière crise a duré 4 mois sans discontinuer. De temps en temps, la vue de l'œil droit se troublait, elle voyait des éclairs, elle avait de la photophobie et du larmoiement ; deux, fois elle a eu des douleurs névralgiques à la tempe droite. La vue de cet œil est hypermétrope et ne présente point de lésion.

J'ai dû pratiquer l'extraction de la cataracte, car la malade ne consentait pas à l'énucléation, le 21 novembre 1876. Six semaines après, elle est partie guérie, ne souffrant plus du tout.

Un an après, il commença à se former une petite varicosilé à la partie interne, à l'endroit de la plaie, à l'union de la cornée et de la sclérotique. Cela a saigné constamment rien qu'à un frotte-

ent des paupières et la malade est revenue me voir le 10 mai 1878 ; j'ai pratiqué l'énucléation le 14 mai 1878 sans aucune difficulté. Aujourd'hui, la plaie se cicatrise, elle ne souffre plus et l'œil droit est meilleur.

OBSERVATION XIV

Atrophie douloureuse de l'œil gauche à la suite de traumatisme ; iridochoroïdile sympathique à droite avec altération du cristallin; énucléation de Vœil gauche; guérison. (Mevkr ; Obs. inédite).

Le nommé Lamothe, Jean-Baptiste, âgé de 49 ans, bûcheron, de constitution scrofuleuse, se présente à la clinique du Dr Meyer, le 25 janvier 1876. On constate chez ce malade, à l'œil gauche une atrophie très-prononcée du globe, survenue, il y a douze

ans, à la suite d'un traumatisme. Ce moignon est resté le siège d'une sensibilité anormale, sujette à des exacerbations fréquentes, Depuis quelque temps, l'œil droit est atteint d'irido-choroïdite avec altérations nutritives du cristallin qui est le siège d'une infiltration albumineuse déjà assez avancée.

L'énucléation de l'œil gauche est faite le 26 janvier et la cicatrisation s'accomplit rapidement.

Le 7 février, une iridectomie est faite à l'œil droit, et donne les meilleurs résultats. La force visuelle est notablement accrue.

Enfin, un an plus tard, ce malade revient à la clinique se faire opérer de la cataracte de l'œil droit qui est maintenant constituée. L'opération, suivie d'irideclomie, réussit pleinement et le malade peut se conduire sans difficulté dans ses courses de marchand ambulant.

OBSERVATION XV

Traumatisme de l'œil gauche; douleurs vives survenant dans le bulbe atrophié près de 5 ans après l'accident ; troubles sympa-f thiques de l'œil droit; énucléation ; guérison. (Galezowski/^-/ Obs. inédite).

Emile Viel, âgé de 10 ans, est d'une bonne santé, ses parents sont également bien portants. En jouant avec ses camarades, il y a près de 5 ans, il reçut un coup de pierre sur l'œil gauche qui fut crevé. Il ne survint pas d'autre accident à cette époque et la cicatrisation se fit régulièrement. Pendant plus de 4 ans tout resta dans l'ordre. Mais, il y a 6 semaines, l'œil gauche devient douloureux ; il est d'abord larmoyant et le siège de vits élancements, puis il s'enflamme et provoque des douleurs péri-orbilaires trèsintenses et des maux de tête. Bientôt l'œil droit est pris de larmoiement et de photophobie ; la vue devient trouble au point que Je petit malade ne peut plus même jouer. Sa mère le retire de l'école, le soigne pendant quelques jours et, comme rien n'y faisait, l'amène à M. Galezowski qui pense qu'il s'agit, du côté droit, de troubles sympathiques. L'énucléation de l'œil gauche est faite il y a 3 semaines et aujourd'hui l'enfant est déjà très-bien; sa vue du côté droit s'est améliorée si rapidement que depuis S jours il retourne à l'école, comme auparavant.

OBSERVATION XVI

Perle de la vue de l'œil droit par injection d'un liquide caustique; douleurs et atrophie de l'œil avec coque osseuse entre la rétine et la choroïde; chorio-rëtiiiite sympathique et aiublyopie considérable à gauche; énucléalion du moignon droit, puis iridectomie à gauche ; amélioration de la vue de ce dernier côté. (Dransart; p. 12).

M. X..., bolivien, âgé de 40 ans, ayant perdu complètement la vue, se décide à faire le voyage de son pays à Paris. Il arrive en juillet 1873 à la clinique de M. Abadie. M. X... a perdu l'œil droit il y a cinq ou six ans, d'une ophllialmie qui, d'après son dire, serait consécutive à l'injection d'un liquide caustique dans cet œil. — Consécutivement; il vit diminuer peu à peu la vision de l'œil gauebe, en même temps les deux yeux élaient le siège de douleurs névralgiques intenses. C'est lorsque la perte de la vue fut complète qu'il vint à Paris.

Etal du malade à son arrivée (juillet 1873).

Œil droit : moignon ratatiné présentant les restes d'une cornée opaque. Douleurs spontanées à la pression.

Œil gauebe : cataracte avec opacité siégeant derrière la capsule et présentant un aspect blanc crayeux, peu de synéchies. Depuis six ans, le malade souffrait beaucoup. Les antécédents ne laissent découvrir aucune affection générale à laquelle on puisse rattacher les troubles oculaires. Il n'y a ici ni syphilis, ni goulle, ni rhumatisme.

On diagnostique une ophlhalmie de cause externe ayant amené la perle de l'œil droit, et c'est à l'oplillialmie sympathique qu'on attribue les lésions de l'œil gauebe. Comme il n'y avait pas eu de trausnatisme, M. Abadie supposa qu'il y avait une coque osseuse dans le moignon. La pression sur ce moignon était très-douloureuse, et en pressant un peu, on pouvait sentir une dureté toute particulière à ce niveau, ce dernier signe fit admettre comme certaine la présence de la coque osseuse. On fit l'énucléation du moignon, et l'autopsie vérifia la justesse du diagnostic au sujet de la coque osseuse qui existait ici entre la rétine et la choroïde,

L'ablation fit disparaître complètement les douleurs à droite, mais l'œil gauche resta encore un peu sensible.

Avant de rien tenter sur l'œil gauche, on attendit un mois et demi. On appliqua quelques ventouses, le malade prit du sulfate de quinine jusqu'à ce que l'œil gauche cessât d'être douloureux. Quelques troubles du côté du foie contribuèrent également à retarder l'intervention au sujet de l'œil gauche. — Etat de l'œil

lors de l'opération : Quelques synéchies de l'iris. Cristallin opaque; non seulement le noyau est pris, mais les masses sous-capsulaires présentent un aspect blanc crayeux tranchant sur le fond opaque du cristallin en indiquant que ces masses sous-capsulaires sont dégénérées. Perception lumineuse quantitative existe encore, mais en partie seulement, le malade voit la lumière d'une lampe à quatre ou cinq pieds, quand on baisse la lampe, la perception disparait vile.

Opération. — Dans ce cas, à cause des synéchies, il fallait l'aire l'iridectomie, et le procédé de de Graëf'e pouvait seul convenir. L'opération se lit très-bien, le noyau cristallin en sortit facilement, mais il fallut prendre avec des pinces les masses sous-capsulaires.

Le lendemain, plaie très-nette et fermée le deuxième jour. Hémorrhagie considérable, la chambre antérieure et le corps vitré sont remplis de sang, et les lèvres de la plaie cornéenne s'écartent. Traitement : ventouse Heurteloup et bandeau compressif.

L'hémorrhagie se résorba peu à peu, et, bien que la plaie se soit entr'ouverte, il n'y a pas eu de sphacèle de la cornée; cette membrane s'est bien nourrie. Dans un des angles de la plaie, il est resté un léger entrebâillement occupé par un caillot sanguin, recouvert d'une cicatrice plus faible. Le bandeau compressif suflit pour le faire disparaître. Il y eut, en fin de compte, une excellente guérison, car les milieux de l'œil sont maintenant complètement transparenis. La perception qualitative existe chez le malade, mais elle est faible, à cause de l'état de la papille; le malade dislingue et compte très-bien les doigts à deux pieds et demi. Mais le nerf optique présente des altérations très-intéressantes : la papille est pâle, les vaisseaux sont grêles et diminués de calibre. Donc, dans ce cas, il y a une atrophie de la papille, coexistant avec des troubles de la choroïde, indiques par les synéchies et les opacités cristalliniennes.

OBSERVATION XVII

Ophlhalmie et poussées glaucomaleuses à droite; diminution de C acuité visuelle à gauche, correspondant avec les poussées douloureuses de l'œil droit; énucléalion de ce dernier œil; disparition des troubles du congénère. (Duansaut; Obs. inédile.)

Soupe, OLgésippe, 25 ans, tisseur à Basuel, près le Cateau, se présente, le 27 mai 1878, à notre observation. Ce jeune homme souffre beaucoup de l'œil droit, atteint de buphthalmos consécutif à un abcès de la cornée. (Cet œil est perdu depuis 20 ans;

est sujet à des poussées glaucomateuses.) En môme temps, le patient se plaint d'une grande diminution de la vue de l'œil gauclie. Il a remarqué que la vision de cet œil est plus faible le malin que l'après-midi; le malin, l'œil droit est toujours beaucoup plus douloureux que l'après-midi. Il y a une relation manifeste entre les phénomènes douloureux de l'œil droit et la diminution de l'acuité visuelle de l'œil gauche.

Opht/ialmoscope. — Milieux normaux, papille un peu injectée, veines de calibre assez gros ; les artères sont d'un calibre faible, l'image ophthalmoscopique leur donne une dimension d'un bon tiers de millimètre.

Nous prions le malade de malaxer son œil droit et de le rendre douloureux par une pression faite pendant un quart d'heure. Au bout de ce temps, l'œil gauche se trouble, comme cela arrive tous les malins. Nous examinons de nouveau à l'opbthalmoscope, et nous trouvons les artères considérablement rétrécies; elles sont filiformes. Le changement est des plus manifestes.

Nous conseillons au malade llénucléation de l'œil droit.

Aujourd'hui, 29 mai 1878, le malade se présente au matin. Avant de procéder à l'énucléation, nous examinons le malade, l'œil droit est très-sensible à la pression.

A l'ophlhalmoscope, les artères sont remarquablement filiformes.

L'énucléation est faite immédiatement après l'examen. L'œil est considérablement augmenté de volume. Le diamètre antéro-postérieur égale trois centimètres et demi. Des caillots sanguins de diverses dates remplissent presque toute la cavité de l'œil. L'iris est atrophié, et ses restes sont adhérents à la cornée. La sclérotique est atrophiée à la partie antérieure où fait saillie la choroïde.

29 mai, soir. — Toute la journée, le malade a ressenti des douleurs. A l'oplithalmoscope, je conslate que la papille est injectée et que les artères sont filiformes.

2 juin. — Le malade ne ressent plus aucune des douleurs des jours précédents; le brouillard du matin a disparu. Le calibre des artères a augmenté sensiblement, bien qu'il ne soit pas encore normal.

OBSERVATION XVIII

Accidents glaucomateux à droite; perte de la vue; irido-choroidite sympathique à gauche; énuclëalion; amélioration notable. (Gayet; Obs. inédite.)

Hermet, Caroline, couturière, âgée de 40 ans et d'une bonne santé générale, a eu, il y a huit ans, une affection glaucomalcuse

de l'œil droit, à la suite de laquelle elle perdit cet œil en trois semaines ; la vue est abolie de ce côté et le globe atrophié. Il y a huit jours, elle ressentit de violentes douleurs dans l'œil gauche, après y avoir eu du larmoiement pendant deux jours. La vision a diminué très-rapidement; le globe est dur, tendu, douloureux à la pression; la cornée est terne, la chambre antérieure paraît agrandie; la pupille est atrésiée, l'iris décoloré, le cristallin opaque. La malade distingue à peine la main à 40 centimètres.

Le 28 mai, je fais l'énucléation de l'œil droit, et je trouve, à la région postéro-interne du globe, un double staphylôme d'une couleur bleuâtre.

Les suites de l'opération sont des plus simples, et la vision se rétablit rapidement dans l'œil gauche.

OBSERVATION XIX

Irido-choroïdile plastique spontanée à gauche, avec perle de la vision; irido-choroïdite plastique sympathique à droite; énucléation ; amélioration. (Gayet; Obs. inédite.)

Bertrand, Angélique, journalière, âgée de 28 ans, est d'une bonne santé générale et bien réglée. Depuis deux ans, sans cause connue, sa vue commence à s'affaiblir. L'œil gauche est le premier à se prendre ; son acuité visuelle diminue peu à peu et finit par être absolument abolie. L'œil droit n'est pris que depuis treize mois ; sa vue est aussi tellement amoindrie qu'elle ne permet pas à la malade de se diriger. Cependant, il y a encore, de ce côté, une légère perception de la lumière. Il n'y a jamais eu la moindre douleur. A gauche, le globe oculaire est dur et tendu, la cornée est opaque, remplie d'infiltrats blanchâtres, et ne se laisse que très-imparfaitement traverser par la lumière oblique; l'iris présente un orifice pupillaire atrésié, offrant des synéchies nombreuses et ne réagissant pas à la lumière. A droite, les lésions sont les mêmes, à un degré peut-être un peu moins avancé ; c'est ainsi que l'on peut constater aussi de la dureté et une tension exagérée du globe oculaire; que la cornée présente une notable opacité et est infiltrée d'exsudats, et que l'iris décoloré est déformé par des synéchies. Le 11 mars, je fais l'énucléation de l'œil gauche. Tout marche classiquement ; seulement, au moment où les ciseaux ont tranché le nerf optique au ras de l'œil, l'humeur vitrée liquide s'est échappée, et l'œil, après s'être brusquement ramolli, s'est flétri. Les suites de l'opération furent simples, et la cicatrisation se fit régulièrement. Depuis l'énucléation, la vue a un peu reparu à droite; la malade a pu distinguer un flacon bleu u'atropine, quand elle distinguait à peine, auparavant, la nuit du jour. L'amélioration s'accentue les jours suivants.

Le \ °r avril, je pratique l'iridcctomie. La vue continue à s'améliorer; la malade commence à voir ses doigts; elle sort dans cet état de l'hôpital, où elle était entrée aveugle.

OBSERVATION XX

Plaie de l'or bile gauche par arme à feu; rélinile avec large exsudai; amaurose de l'œil gauche; amblijopie sympathique dp l'œil droit; énucléalïon; guérison. (Cohn).

Un soldat est frappé par une balle à l'angle externe de l'œil gauche; la balle est extraite une demi-heure après la blessure. Un fragment du rebord orbitaire était enlevé par la balle.

Le malade est complètement aveugle de cet œil; quatre semaines après on le transporte à pelites journées en Allemagne. Il n'avait pas été encore examiné à l'ophthalmoscope lorsque je le vis pour la première fois ; voici ce qu'on trouve au fond de l'œil : je ne vis qu'une grande tache blanchâtre, tellement étendue, qu'on n'en voit pas d'aussi grande dans les allas. Je ne vis rien que cette grande tache blanchâtre, d'un diamètre de huit à dix fois celui de la papille, entourée de pigment, et sur les bords de laquelle il élait difficile de voir si cette lésion appartenait à la rétine ou à la choroïde. Plus j'examinais le malade, plus j'arrivais à la conclusion qu'il s'agissait d'un exsudât considérable. Sur cette large tache, on n'apercevait rien de la pupille ni des vaisseaux. Celte tache s'étendait en dehors, dans l'endroit correspondant à la contusion qui avait intéressé le bulbe.

Lorsque j'examinai le malade pour la première fois, l'œil sain avait une acuité visuelle de. 50/70, et lisait le n° 7 de Jœgcr, de quatre à vingt-quatre pieds de distance et lisait mal les mots du n° 4. Le n° 3 était le plus petit caractère qu'il pût lire. Je n'avais jamais vu jusque-là de cas semblable où pareille chose ait entraîné une ophthalmie sympathique. Je dois mentionner expressément qu'il n'y avait pas trace d'iritis, ni de cyclilc, ni d'irido-cyclite. Rien, si ce n'est une amaurose absolue, car il n'avait même pas la perception de lumière à la flamme du magnésium. Rien, par conséquent, des causes habituelles qui peuvent produire une affection sympathique, et pourtant dans l'autre œil, il y avait diminution d'acuité visuelle.

Je lins le malade en observation et l'examinai toule la semaine. Toutes les medications restèrent complètement infructueuses contre la diminution de l'acuité visuelle. Le 11 mars, c'est- à-dire cinq mois plus tard, il me revint avec une acuité visuelle de l'œil précédemment sain, de 40/70. Le punclum proximum était reculé de quatre à douze pouces. Le malade ne pouvait lixer longtemps,

au bout de quatre à cinq minutes, il devait cesser son travail. Il disait qu'il lui semblait être dans un théâtre où les lumières de la scène passaient continuellement devant les yeux.

Je me décidai donc à l'énucléation, bien qu'il n'y eût trace sur l'œil primitivement atteint, ni d'iritis, ni de cyclitc, ni sur l'autre œil, trace d'une altération objective apparente.

Les résuliais de l'examen anatomique, faits par le professeur Waldeyer, sont une chorio-rôlinite chronique avec formation d'un exsudât plastique à la face interne de la rétine et une atrophie de la choroïde. On n'a pas trouvé d'autres lésions. Le corps ciliaire était complètement intact.

Voici encore quelques remarques cliniques : l'énucléation a eu lieu sans aucune difficulté. Le 6 avril, c'est-à-dire quatre semaines après l'opération, l'acuité visuelle de l'autre œil était revenue à 50/50 et le malade lisait le n° 1 d/2 de Snellen, de quatre jusqu'à seize pouces de distance. Donc, il y avait restitution complète de la vision.

OBSERVATION XXI

Rélinile de Vœil droit consécutive à une plaie de la paupière supérieure; amblyopie de l'œil gauche; énucléalion; guérison. (Coun).

Un soldat reçoit un éclat d'obus sur la paupière supérieure droite qui produisit une toute petite blessure de la peau à laquelle on fit à peine attention. Néanmoins, il survint bientôt des troubles visuels. Je ne le vis que cinq mois après le combat duBourget; le 20 mars 1871.

A l'ophthalmoscope, tous les milieux de l'œil étaient complètement clairs, et ou ne trouvait pas d'autre altération que la suivante : Au niveau de la macula luiea, une tache brune rouge proéminente, du volume d'une grosse tête d'épingle, entourée d'une zone d'un rouge un peu jaunâtre; celte zone se terminait des deux côtés par une double bande blanche très-petite et horizontale. L'acuité visuelle était en rapport avec la lésion. Il y avait un scotome central correspondant exactement à la place de la macula lutea. II reconnaissait encore excentriquemenl les caractères d'imprimerie de Snellen n° 20, mais seulement avec beaucoup de difficulté. Cet homme, chez lequel je n'avais jamais songé que l'énucléation fût possible, revint au bout de plusieurs semaines. II avait alors pour l'autre œil le point de vision rapproché à huit pouces, pour les caractères n° 3 de Snellen, et ce n° 3 était la plus petite écriture qu'il pût lire, tandis qu'au début, il avait lu couramment 1 d/2 depuis quatre pouces et demi jusqu'à

vingl-deux pouces, et 3 depuis quatre pouces jusqu'à quarante pouces.

Lorsque je le vis, le 22 avril, son acuité visuelle que j'avais d'abord notée à 40/40, un mois plus lard, n'élail pas nelle à 40/40. Comme j'avais constaté ces résultats dans le premier cas et que je n'étais pas convaincu qu'il pût survenir une affection sympathique sans cyclite et sans irilis, je lui conseillais l'énucléation parce que le travail lui était impossible avec l'autre œil. Pas de larmes ni dans un cas ni dans l'autre. Je pratiquai l'énucléation le 22 août de celte année. Dans celte planche, vous trouverez un dessin de la coupe de la rétine : dans le même plan que Valdeyer l'avait pratiqué.

Il trouva l'autre œil intact; rien dans l'iris et le corps ciliaire. Tous les milieux clairs, mais à la place de la macula lutea un soulèvement, une proéminence en forme de mamelon qui correspond exactement à l'image ophlhalmoscopique, c'est-à-dire qu'au lieu dJune fossette centrale on trouve une saillie, une éminence centrale. A ce niveau, les cônes de la lâche jaune étaient altérés, rétractés, atrophiés.

L'énucléation se fit sans difficulté. Je viens de revoir le malade le 22 août, il avait de nouveau obtenu une acuité visuelle de 70/70 de l'œil sain et lisait couramment le 1 1/2 de quatre à dix-neuf pouces de dislance.

Ces faits me paraissent établir que les phénomènes sympathiques peuvent survenir même sans que le corps ciliaire ou l'iris soient affectés. Je dois observer que lorsque je parcourus la littérature médicale, j'ai trouvé très-peu de cas analogues. Il y a juste aujourd'hui huit ans que, dans ce même local, cette même question a été traitée. Zehender mentionnait dans son journal mensuel que Donders avait déjà remarqué qu'on devait distinguer, de l'irido-cyclile et de l'irido-choroïdite, une forme particulière de l'ophthalmie sympathique, où il n'y avait que des phénomènes subjectifs. (Je ne savais pas cela lors de mon opération.)

OBSERVATION XXII

Ophlhalmie des nouveau-nés, perforations et staphylômed'un œil, son influence sympathique sur un infiltrât cornéen de l'autre œil; énuclèalion du premier organe; guérison du second. (Vignaux; Obs.XXX).

Enfant D..., câgé de 11 mois, opéré en ville par M. Gayet. L'enfant avait une ophlhalmie des nouveau-nés, tout allait bien, mais les soins médicaux furent interrompus trop tôt, et un jour qu'on le croyait guéri, on constata une large perforation à travers un

abcès de la cornée de l'œil droit. La projection de L'iris contre l'ouverture cornëenne enraya l'abcès; pendant ce temps, l'autre œil surveillé n'était le siège que d'une sécrétion insignifiante ; il semblait guéri, mais six semaines après, on constata dans cet œil une petite infiltration purulente cornéenne, en forme de ligne transversale ; un jour même, la chambre antérieure fut trouvée pleine d'un exsudât, qui masquait la pupille et semblait joindre l'iris à la face postérieure de la cornée. Cette fausse membrane qui fit d'abord notre désespoir (l'autre œil étant déjà perdu), était pourtant un moyen de salut.

Elle établit, entre l'iris et la cornée si malade, une vascularisation dont nous pûmes suivre le développement et grâce à laquelle le processus destructeur fut enrayé. Il restait de graves inquiétudes sur le sort de l'iris et de la pupille, sur la probabilité de larges adhérences centrales, mais il était permis d'espérer soit en la possibilité d'opérations ultérieures, soit même dans la puissance de résorption, qui existe chez tous les petits enfants. C'est cette dernière alternative qui s'est réalisée, et pendant que l'œil droit guérissait avec une large cicatrice dont l'iris formait la base, nous avions la satisfaction de voir dans l'œil gauche l'exsudat se résorber peu à peu, la pupille réapparaître, devenir libre et noire (effet remarquable de résorption).

Un large leucôme avec un point central très-saluré correspondait au point qui avait été vascularisé et qui se trouvait en projection sur le bord inféro-interne de la pupille.

Ici commence tout l'intérêt de cette observation au pomt de vue de la sympathie. En effet, pendant les mois qui suivirent, un stophylôme presque total ne tarda pas à se développer à droite et l'enfant parut en proie à des douleurs persistantes, qui le rendaient quinteux et semblaient même influencer son développement physique. Heureusement pour lui, sur un point aminci de son staphylôme une fistule s'ouvrait de temps en temps, et à chaque détente, l'état local et général semblait s'améliorer. Dès ce moment, nous reconnûmes son influence évidente sur la résorption du leucôme gauche. Cette résorption était évidente tout le temps que le staphylôme restait affaissé, tandis que la saturation augmentait pendant les périodes de tension.

Dès ce moment, M. Gavet songea à l'énucléation, sentant trop bien son impuissance à guérir l'œil droit où la vision était absolument nulle. II eut quelque peine à faire accepter ce sacrifice aux parenls, fatigués de voir un traitement déjà si long et si pénible pour l'enfant. Mais l'influence néfaste de l'œil droit sur l'œil gauche devint si évidente, même pour eux, qu'ils finirent par s'y résoudre. L'opération fut pratiquée au milieu de l'été de 1876. Les résultats furent on ne peut plus simples et on ne peut plus rapides. Depuis celte époque, l'enfant s'est transformé, il s'est développé, tt a repris l'entrain et la galté ; mais l'effet le plus remarquable

Tt«CLu». Ophthalmits 11

s'est encore produit sur le leucôme gauche. La résorption a commencé par les bords, elle a gagné, sans interruption, vers le centre et aujourd'hui) 3 décembre 1876, celte énorme tache est réduite à un point de deux millimètres de diamètre, occupant la place signalée déjà, et ne pouvant gêner la vision que d'une façon très-secondaire.

Il est certain pour tous que l'enfant jouit de facultés visuelles très-éieudues, bien qu'on voie encore son œil exécuter ces mouvements désordonnés que provoquent toujours les taies de la cornée.

Nuia. — L'atropine dont on se servait au début du traitement était très-difficile à employer parce qu'une instillation de quatre à cinq gouttes, mettait le malade dans un coma léger avec un peu de cjanose, et ces symptômes d'empoisonnement persistaient pendant quatre ou cinq jours.

En juin 1877, onze mois après l'énucléation, persistance et progrès de la guérison, l'acuité visuelle a augmenté, il reconnaît les personnes à une certaine distàfloe; l'enfant commençant à marcher, se dirige très-bien du côté d'un objet qu'il désire et situé à quatre ou cinq mètres.

OBSERVATION XXIII

Leucôme avec irilis et sijnëchies iriennes sur un œil ; irritation sympathique de l'autre; énucldaiion du premier ; guérison du second. (Yignaux ; Obs. LXXXII1).

Madeleine P..., 25 ans, demeurant à Lyon, Hôtel-Dieu, mars 1876, salle Sainte-Marguerite, n° 12, service de M. Gayet Depuis son enfance, cette malade avait un leucôme cornéen qui la privait entièrement de la vue de l'œil gauche L'origine de ce leucôme est inconnue. Cet œil gauche, qui n'avait jamais été douloureux antérieurement, l'est devenu depuis deux mois; les douleurs furent d'une grande violence, avec irradiations péri-orbitaires, et actuellement elles persistent encore. Il y a une sensibilité considérable à la pression, l'œil est injecté, l'iris est en synéchie presque totale cl la vision est absolument nulle. Six à sept semaines après le début des douleurs de son congénère, l'œil droit commença à éprouver certains troubles irritatifs. La vue baissa, des douleurs se firent sentir avec une certaine persistance et un certain rapport avec celles de l'autre œil; il y eut larmoiement, photophobie, sensibilité à la pression, diminution de la force accoinmodative, acuité visuelle peu diminuée lorsque l'œil vient d'être un certain temps en repos, et euliti intégrité organique,

Le 31 mars 1876, ènucléation de l'œil gauche « aveugle primi-

tivement affecté. » Les suites opératoires furent simples et, huit jours après, la malade sortait guérie, emportant un œil artificiel. En juin 1877, quatorze mois après l'énucléation, persistance de la guéiïson, pas de douleurs, vue excellente, pas de fatigue de l'œil artificiel, et au point de vue cosmétique même, rien à désirer.

OBSERVATION XIV

Atrophie spontanée de l'œil droit. — Irido-choroïdite sympathique à gauche, avec altérations du cristallin. — Iridectomie de l'œil gauche. — Guérison. (Meyer ; Obs. inédite).

Le nommé Lassinat, âgé de 60 ans, se présente à la clinique le 8 juin 1877, offrant :

A l'œil droit, une atrophie du globe de date très-ancienne; le moignon, autrefois douloureux, est aujourd'hui insensible à la pression.

A l'œil gauche, une irido-choroïdite sympathique avec synéchie postérieure totale et altérations albumineuses du cristallin.

Le 9 juin, l'iridectomie est faite avec succès sur l'œil gauche. Le 15 décembre suivant, le malade revient se faire opérer de la cataracte qui s'est développée du'même côté. L'opération réussit et le malade récupère en partie sa force visuelle.

OBSERVATION XXV

Atrophie douloureuse d'un œil; irritation sympathique vilenie de l'autre ; énucléalion ; guérison. (Vignaux ; Obs. XLIV).

Marie B..., 13 ans, de Lyon, Hôtel-Dieu, salle Saint-Paul, n° 69. entrée le 16 mars 1873, service de M. Gayet. Celte enfant a perdu l'œil droit à l'âge de trois ans; depuis quelque temps le moignon est devenu le siège de douleurs spontanées et de sensibilité à la pression. Un mois el demi après le début de cette recrudescence, il y a trois semaines, l'œil gauche, indemne jusque-là, s'est pris à son tour. Cet œil voit les objets à travers un brouillard, peu de photophobie et de larmoiement, mais douleurs péri-orbitaires et sensibilité à la pression.

L'ophtlialmoscope montre une pupille un peu plus rouge qu'à l'ordinaire, les vaisseaux rétiniens un peu plus dilatés, mais ces signes ne suffisent pas pour démontrer une lésion de la réline. L'acuité visuelle a considérablement baissé.

Le 19 mars 1873 fut pratiquée ï énucléalion du moignon droit.

Cette opération n'eut que des suites opératoires simples. La petite malade assure que depuis deux jours qu'elle est seulement opérée, la vision est beaucoup moins trouble qu'elle ne l'était auparavant. Quinze jours après plus de douleurs, sortie. Pendant quelque temps encore, les travaux tins de couture restèrent un peu pénibles.

Juin 1877. Quatre ans et trois mois après l'énucléation, guérison complète ; cette jeune fille peut écrire et travailler sur le métier à tisser la soie ; elle n'a plus souffert de son œil. Lorsque la coque oculaire artificielle a plus d'un an de service et qu'elle est usée, elle détermine de temps en temps quelques troubles insignifiants qui s'évanouissent dès que cette coque est remplacée par une autre.

OBSERVATIONS S YMPTOMATOLOGIQ UES

OBSERVATION I

Plaie cornéo-scléroticale à gauche par éclat de bots ; irtdochoroïdite plastique consécutive ; amblyopie sympathique à droite. (Wecker ; Obs. inédite.)

Lavigne, Emile, âgé de 14 ans, apprenti serrurier, est d'une bonne santé générale et de parents également bien portants. Il n'avait jamais rien eu aux yeux, lorsqu'il y a trois semaines, en taillant du bois, un petit éclat est venu frapper son œil gauche à la partie inférieure de la cornée qui fut perforée. Son patron retira à l'instant le corps étranger, et le médecin qui fut consulté lui fit mettre sur l'œil des compresses d'eau froide. Cependant cet œil devient douloureux, rouge, larmoyant, photophobe et, sa vision s'afiaiblissant de jour en jour et d'une manière considérable, l'enfant est obligé d'abandonner son travail. A son tour, l'œil droit commence à se prendre il y a huit jours. Son acuité visuelle diminue; il est larmoyant. Le malade se présente à la clinique de M. Wecker. On constate, du côlé gauche, une cicatrice linéaire, oblique de haut en bas et de dedans en dehors, intéressant la partie inférieure de la cornée elle bord de la sclérotique et remontant jusqu'à l'iris. L'œil est rouge, injecté, présente une fine irradiation périkératique ; l'iris est déformé et décoloré en même temps qu'enclavé dans la plaie; il y a des accès névralgiques, des perceptions lumineuses anormales et des douleurs que réveille la pression de la zone ciliaire au niveau de la cicatrice. Du côté droit, on constate seulement du larmoiement et une diminution considérable de la vue, sans douleurs.

L'énucléation, proposée par M. Wecker, doit être faite incessamment.

OBSERVATION II

Perle de l'œil gauche à la suite d'un coup de pierre ; moignon, douloureux; amblijopie sympathique à droite \ énucléalion; guérison. (Galezowski ; Obs. inédite.)

Viel, Emile, âgé de 9 ans, est de parents robustes et lui-même d'une bonne santé générale : il n'ajamais en de bouton aux yeux. En jouant avec ses petits camarades, il reçut, il y a 5 ans, un coup de pierre dans l'œil gauche qui fut crevé. La cicatrisation s'est faite régulièrement et, pendant les 4 ans qui suivent, il n'y a rien à signaler ni dans un œil ni dans l'autre. Mais, il y a environ 6 semaines, l'œil gauche devient douloureux, enflammé; il est le siège d'élancements, de picotements et d'accès névralgiques. Bientôt l'œil droit se met à pleurer; la vue se trouble par moment ; l'acuité visuelle baisse. L'enfant ne peut plus jouer ; il est retiré de l'école et soigné, sans succès, par sa mère, pendant quelques jours. Puis on l'amène à M. Galezowski qui diagnostique une ophthalmie sympatliique et fait l'énucléalion, il y a 3 semaines. Les suites de l'opération sont simples. Les troubles disparaissent rapidement dans l'œil droit et, au bout de 8 jours, l'enfant retourne à l'école avec sa vue excellente d'autrefois.

OBSERVATION III

Lésion Iraumatique et atrophie consécutive d'un œil; irritation sympathique de l'autre; énucléalion ; guérison. (Vignaux ; Obs. LUI.)

Antoine G..., 34 ans, machiniste, né à Prads, service de M. Gayet, Ilùtel-Dieu de Lyon, décembre 4872. Il y a cinq ans, éclat de fonte sur l'œil gauche; deux jours après, abolition définitive de la vision : les douleurs cessèrent bientôt et, pendant quatre ans et demi, calme absolu. Depuis deux ou trois mois cet œil est devenu douloureux spontanément et sensible à la pression. Ce qui amène le malade, ce sont les troubles fonctionnels qui ont éclaté sur l'œil droit depuis six semaines. Œil droit : Douleurs spontanées et à la pression, douleurs exagérées par les efforts accommodaiifs; pbotophobie, larmoiement, acuité vi-uelle peu diminuée mais dans les moments de fatigue et de douleur descendant à 1/2, intégrité organique du globe. Œil gauche; globe très-atropbié, moignon douloureux spontanément et à la pression, vision nulle.

L'opération de l'énucléation eut lieu le 24 décembre 1872 (Elhé-

visation) par le procédé Bonnet. Les suites opératoires furent simples et le sixième jour ou put appliquer un œil artificiel. Dès 1p second jour, les douleurs dans les deux yeux avaient cessé et au bout de quatre jours, disparition des symptômes d'irritation de l'œil droit. Sorti le dixième jour sans douleur, ni photophobie, ni larmoiement. Quatre ans et demi après réuucléa'ion, la guérison complète ne s'est pas encore démentie. Aucune souffrance dans l'œil opéré, pas d'épipliora.

OBSERVATION IV

riaie pénétrante d'un œil ; irritation sympa/ ht que de l'autre ; énucléalion, guérison. (Vignaox ; Obs. LXV.)

Charles C..., 30 ans, ajusteur, salle Saint-Louis, 79. Il y a quelques jours, un éclat de 1er atteignit le globe gauche, la perforation eut lieu, la perte de touie vision et des douleurs intolérables s'en suivirent, chémosis hémorrhagique, iris déformé et adhérent à la plaie, cristallin cataracte. L'œil opposé commence à se prendre synipalhiquement; il est l'objet d'une photophobie intense, quoique l'intégrité organique suit encore parfaite. Le 23 juillet 1873 énucléation de l'œil gauche, éthérisalion. Suites opératoires simples, œil artificiel, prompte guérison.

Le 26 juin 18"i7 le malade écrivait : « Je lis excessivement bien et sans la moindre difficulté, ma vue est plus puissante même que celle de beaucoup de personnes. Je ne souffre plus depuis mon opération, j'exerce avec facilité une profession de comptable aux usines Petin et Gaudet.

« Au commencement, il n'y a que le gaz qui vous éblouit, mais au bout de quelque temps, on ne s'en aperçoit plus; l'œil artificiel exige une extrême propreté; je suis enchanté de l'opération de M. Gayet en m'extrayant l'œil gauche, et je puis affirmer que j'y vois deux fois plus qu'auparavant. »

OBSEBVATION V.

Irido capsulo-cyclite traumalique sur un œil; irritation sympathique de l'autre; énucléalion; guérison. (Vignaux ; Obs. LXXYL)

Jean S..., 62 ans, cultivateur de Seysin (Isère), « Hôtel-Dieu, janvier 1872, salle Saint-Louis, n° 79, service de M. Gayet. » Il y a quatre ans et demi, en travaillant la vigne, cet homme fut violemment frappé à l'œil droit par la projection d'un grain de terre.

Inflammation vive, douleurs intenses qui se calmaient quelques semaines après, tandis que l'acuité visuelle était réduite à la distinction du jour et de la nuit. L'œil resta indolore pendant quatre ans; depuis six mois les douleurs ont reparu et même avec une grande intensité, injection périkératique et sensibilité excessive de la région cillaire, vision nulle.

Il y a quatre mois et demi, l'œil gauche, indemne jusque-là, s'affecta à son tour; il devint douloureux, larmoyant, photophobe, sensible à la pression; il y a intégrité organique de l'organe, prompte fatigue et difficulté à la lecture; cet œil voit quelquefois les objets entourés de brouillards.

Le 31 janvier 1872, énucléation de l'œil droit (éthérisation, procédé Bonnet). Destruction de la chambre antérieure, adhérences pupillaires à la cornée et cataracte, la partie supérieure du globe paraît saine. Une légère liémorrhagie eut lieu pendant la nuit qui suivit l'opération, prompte guérison.

Le 14 mai 1877, cinq ans et demi après l'énucléation, il n'y a pas eu de douleurs, acuité visuelle normale.

OBSERVATION VI

Cataracte- traumalique de l'œil droit ; hypërémie sympathique des vaisseaux rétiniens et choroïdiens à gauche, amblyopie ; énucléation de Uceil droit; guérison. (Gotti ; Bul. des sciences méd. de Bologne, déc. 1876).

Un jeune homme reçoit dans l'œil droit un grain de plornb de médiocre grosseur, qui traverse la cornée et l'iris, rompt la capsule et produit une cataracte traumatique ainsi qu'une irido-eboroïdite. Au bout de quelques mois, des douleurs très-intenses surviennent et la vue est complètement abolie.

Quelques semaines après, l'œil gauche est frappé d'ainblyopie; il existe une hypérémie considérable des vaisseaux rétiniens et choroïdiens, et le malade se plaint de sensations lumineuses spontanées très-pénibles. L'examen de l'œil droit fait constater une très-fine injection sous-conjonctivale, plus intense au périmètre de la cornée; celle membrane elle-même est aplatie en haut et en dedans, au niveau où a frappé le plomb ; la pupille est irrégulière et immobile. L'énucléation de cet œil est pratiquée: mais ce n'est qu'au bout d'un mois que les troubles sympathiques de l'œil gauche disparaissent.

OBSERVATION VII

Perle de l'œil gauche par traumatisme; douleurs très-vives; cataracte sympathique de l'œil droit. (Rondeau, p. 91).

Un jeune gentleman, fils d'un médecin, âgé de 24 ans, me fut amené il y a quatre ans ; il avait l'œil gauche affaissé et réduit à un petit volume ; dans le droit, la pupille était fermée, il y avait une cataracte secondaire ; la chambre antérieure était petite, et la tension du globe un peu au-dessous de l'état normal.

Il paraît que, vers l'âge de huit ans, il s'était blessé l'œil gauche. Il souffrit considérablement pendant trois ou quatre mois, et, au bout de ce temps, l'autre œil fut pris d'un affaiblissement qui s'accrut graduellement jusqu'à l'état qu'il présente actuellement. Pendant quatorze ans, il ne put que distinguer contusément les objets, de sorte que son éducation dut être celle que Ton donne aux aveugles. Je pratiquai ici l'extraction par section supérieure; l'opération fut assez difficile. Après que j'eus incisé une portion d'iris et de la capsule antérieure, un peu ferme, il s'échappa un cristallin cataracté, déformé, assez dur. La plaie de la cornée se réunit bien, mais la pupille se ferma de nouveau.

Deux mois plus tard, je pratiquai une nouvelle iridectomie, et je réussis à obtenir une pupille. Depuis lors, l'opéré a joui d'une vision utile; il peut jouer aux cartes, lire la musique, et se promener seul à cheval ou en voiture. Il a une légère tendance vers une amélioration progressive.

OBSERVATION VIII

Perle presque complète de la vue de l'œil droit; poussées inflammatoires spontanées dans cet œil; ophthalmie sympathique à gauche avec amblyopie considérable ; énucléation; amélioration rapide; rechute; cataracte et atrophie de l'iris. (Gayet; Obs. inédite).

Jaumes, Julien, âgé de 17 ans, n'a présenté rien de particulier jusqu'à l'âge de 12 ans, si ce n'est une saillie très-marquée de l'œil droit qui est presque amaurotique. A cette époque, cet œil devint le siège de poussées inflammatoires, sans qu'il fut possible d'invoquer pour cause le moindre traumatisme; ces poussées, d'une durée moyenne de trois jours, provoquaient de violents maux de tête et quelquefois des vomissemeuts; elles s'observaient surtout au printemps et en automne. Au mois de mai 1876, il y

eut une poussée tellement intense, des douleurs tellement violentes, que le malade fut obligé de garder le lit. Tout se calma néanmoins; mais, peu de Lemps après, l'oeil gauche se prit et son acuité visuelle baissa considérablement.

Le 11 janvier 1877 le malade -en ira dans le service de M. Fol- Chier qui, ayant porté le diagnostic d'ophtlialmic sympathique, proposa I énucléaiion. L'opération fut pra iquée le 13'; ses suit ts furent simples. Le malade étant sorti de l'hôpital dix jjtirs après, fut pris de douleurs violentes orbitaires et péri-orbiiaires qu'il attribua à un coup d'air. Ces douleurs cessent au bout de quelques jours, et alors on constate les heureux effets de l'énucléalioû; le malade peut lire, sans difficulté, des caractères assez fins.

Mais la vue ne tarda pas à faiblir de nouveau ; puis surviennent des accès de douleurs péiï-orbitaires, et 11. Gayel, auquel le malade est présenté, au bout d'un certain temps, constate l'existence d'une cataracte compliquée d'atrophie de l'iris.

OBSERVATION IX

Perle de l'œil droit par suite dé traumatisme; cicatrice curnéenne et hernie de l'iris ; irido-choroïdile sympathique à gauche; énucléaiion de l'œil droit; guérison. (Meyer ; Obs. inédite).

Seguy, Gabriel, âgé de quatre ans, né à Figeac, est présenté le 5 mai 1877 à la clinique du Dr Meyer. Il y a six mois, en jouant avec une paire de ciseaux, cet enfant s'est enfoncé l'une des branches dans l'œil droit. A la suite de ce traumatisme, la vue des deux côtés s'est affaiblie considérablement, au point que le petit malade est incapable de se conduire.

L'œil droit offre une cicatrice venicale comprenant toute la cornée, avec enclavement de l'iris dans la plaie. Sur l'œil gauche, on constate la présence d'une synéchie postérieure totale avec dépôts plastiques obstruant complètement le champ pupillaire. La tension de l'œil gauche paraît un peu exagérée.

L'énucléation de l'œil droit est pratiquée le 8 mai et la cicaîrisation se fait rapidement. Six mois plus tard, il revient à la clinique, on constate que l'état inflammatoire de l'œil gauche s'est notablement amendé, et que la vascularisalion de la cornée et de l'iris ont disparu, mais la chambre antérieure est presque complètement effacée et la tension intra oculaire a beaucoup augm nté. Une nouvelle opération est pratiquée, à la suite de laquelle l'enfant distingue nettement tous les objets qu'on lui présente.

OBSERVATION X

Irido-choroïdite plastique spontanée à gauche; perle progressive de la vue; accès de névralgie ; douleurs provoquées par la pression de la zone ciliaire ; c/ioroïdo-cyclite à droite ; énucléalion; amélioration rapide. (Dr Liîdoux; p. 29).

Théophile Gay, âgé de 56 ans, cultivateur, se présente à la clinique du Dr Galezowski, le 26 août 1871.

Il y a six ans, le malade s'aperçut un malin que l'œil gauche était moins bon ; la vue alla en s'affaiblissant de plus en plus et s'est perdue depuis dcu\ ans. Pendant ces quatre années les douleurs faisaient souffrir le malade par accès qui duraient quelques jours, puis avaient une rémission. Elles étaient plus vives pendant la journée. Le traitement consista en purgatifs, sangsues,, cautère au bras, séton à la nuque, etc. Aujourd'hui la perte de la vision est complète : impossibilité de distinguer le jour de la nuit. La chambre antérieure n'existe presque plus. L'iris, repoussé en avant, est altéré dans sa structure ; il est remarquable par ses gros>es fibres et sa vascularisalion.Une exsudation plastique remplit toute l'ouverture pupillaire qui est irrégulière. Le globe de l'œil présente un peu d'injection ; il est plus dur. A la pression, la région ciliaire offre une sensibilité assez vive en haut, moins vive en dedans. Le malade faisait la moisson, il y a quinze jours, par un soleil très-ardent qui le fatiguait par son éclat. Le 17 août à son réveil, il s'aperçut qu'il avait un brouillard devant l'œil droit. Puis au milieu de ce brouillard, il a vu des mouches noires entourées de rouge. Pas dj douleurs, mais un objet éclairé détermine une fatigue. Diminution de la netteté de la vision pour les objets éloignés et pour la lecture.

On constate que le malade lit avec peine le n° 7. Il n'y a pas de douleurs ni dans l'œil, ni au pourtour de l'orbite, ni à la pression de la région ciliaire. Pas de diminution dans l'étendue du champ visuel. L'examen de l'oeil ne montre aucun changement anatomique. L'iris se contracte et ne paraît pas altéré. L'ophthalmoscope fait découvrir des flocons dans le corps vitré. Ils sont adhérents au corps ciliaire; presque tous sont filiformes. On en voit plusieurs à la partie interne. On constate en outre des plaques d'atrophie choroïdienne, voisines de la région ciliaire et des épanchements sanguins dans la choroïde, surtout à sa partie supérieure. La pupille paraît obscure, comme s'il s'était agi d'une affection syphilitique. Cette maladie fut regardée comme une choroïdo-cyclile de nature sympathique. L'énucléation de l'œil gauche, pratiquée le 2* août, eut, en effet, des résultats très-favorables pour l'œil droit. Un mois après, la vision s'était beaucoup améliorée ; la vue des

objets éclairés ne fatigue plus, la lecture est plus facile. Le brouillard a disparu, mais les mouches persistent. L'ophthalmoscope montre que les ulcérations de la choroïde sont en voie de régression ; les exsudations du corps ciliaire n'ont pas encore pu disparaître par résorption.

A t'autopsie, l'œil gauche a présenté les altérations d'une iridochoroïdite avec décollement complet de la réline.

OBSERVATION XI

Traumatisme de V œil gauche; irido-choroïdite séreuse; dépôt sur la cristalluïde antérieure de l'œil droit ; énucléation de l'œil gauche; arrêt momentané, puis récidive des accident* . (Gayet; Obs. inédite).

Marie Deschamps, née à Charelte (Isère) a quinze ans et est d'une bonne santé. Il y a 18 mois, en coupant du colza, cette jeune fille se donna dans l'œil gauche un coup de serpe. Sur le moment, il s'écoula, au dire de la malade, un peu de sang mêlé de beaucoup de larmes ; il y eut peu de douleurs; la malade ne chercha pas tout d'abord à se rendre compte du nouvel état de sa vision. Du même côté, le lendemain, elle constata qu'elle avait comme un voile devant l'œil dont la vision, cependant, s'éclaircit les jours suivants au point de permettre la lecture de caractères d'imprimerie moyens.

Mais cette amélioration de la vue à gauche fut de courte durée: l'acuité visuelle diminua de plus en plus et bientôt la malade ne lut plus capable de distinguer la nuit du jour. Du côté de l'œil droit, rien de particulier j'usqu'au mois dernier ; à cette époque survient de la rougeur, du larmoiement, de la photophobie et une diminution delà vue.

La malade vient nous consulter et nous constatons à gauche : une irido-cyclite plastique avec adhérences de l'iris au cristallin et dégénérescence fibreuse de cet iris ; à droite : une kératite ponctuée avec dépôts sur la cristalloïde antérieure. Je conseille à la malade les ferrugineux, qui ne donnent pas de résultat satisfaisant. Quelques semaines plus tard je fais l'énucléatien de l'œil gauche, après anesthésie, par le procédé de Bonnet- Les suites de l'opération lurent des plus simples. Il y eut de l'amélioration presque immédiate dans l'œil droit. Mais 8 jours après, les phénomènes inflammatoires se sont brusquement reproduits dans ce dernier œil.

OBSERVATION XII

Cyclite et décollement de la reline de l'œil droit ; douleur provoquée par la pressioti de la région ciliaire ; irido-choroïdile séreuse sympathique à gauche ; cécité survenue en deux heures ; énucléation de l'œil droit ; disparition immédiate de la cécité. (Docteur Dor ; Obs. inédite.)

M. G..., âgé d'environ 60 ans, se présente chez moi le 29 juin au matin. Il était atteint depuis plusieurs années de décollement de la rétine de l'œil droit, accompagné d'une cyclite caractérisée par une vive douleur à la pression sur le corps ciliaire. Le globe oculaire était un peu atrophié. L'oeil gauche présentait les symptômes d'une irido-choroïdite séreuse. A 9 heures du matin, la vision était encore égale à 20/30, les symptômes inflammatoires dataient de 3 ou 4 jours. J'insistai pour l'énucléation immédiate. Il en était temps ; 2 heures après, lorsque je viens chez le malade, pour faire l'opération, il était tout à t'ait aveugle. Je le rassurai toutefois, en disant, que l'opération faite, le jour même amènerait une bonne vision de l'œil restant. Malgré mes assurances, le malade passa une journée d'angoisses; mais, le soir même, je soulevai le bandeau pour lui montrer que la vue était revenue, et, au bout de 8 jours, il voyait parfaitement, V 20/20. Le malade est mort en 1877, et il a, jusqu'à sa mort, conservé une vision parfaite.

OBSERVATION XIII

Iridc-capsulite d'un œil ; irido-kèr alite ponctuée sympathique de l'autre; énucléation du premier ; guérison momentanée du second. Cécité définitive. (Vignaux : Obs. XXXII.)

Louis T..., 44 ans, liseur de dessins, de Gerdan (Ain), salle Saint- Sacesdos, service de M. Gayet. Il y a 16 ans, abaissement progressif de la vue, et douleurs intenses de l'œil droit ; au bout de 4 ans, presque toute la vision avait disparu de cet œil. Pendant une période de 10 ans, ce globe resta dans un calme absolu. Enfin, il y a 3 mois, ce même œil devint photophobe et larmoyant, des douleurs intenses apparurent de nouveau dans la région péri-orbitaire. Quelques semaines après cette crise de son congénère, l'autre œil présenta des troubles fonctionnels d'abord sans symptômes physiques, c'était de la photophobie et de l'obscurcissement intermittent de la vue ; actuellement, on constate, en outre, un peu d'injection de la conjonctive bulbaire, la face

postérieure est couverte de petits points; kératite ponctuée, un peu de trouble de l'humeur aqueuse, iris légèrement velouté, mais sans adhérences; on ne peut voir le fond de l'œil. Acuité visuelle réduite à 2/15.

Le 22 février 48"5, énucléation de l'œil droit actuellement aveugle, douloureux, sensible. Amélioration lente mais progressive. Deux ans et quatre mois après l'énucléation, lettre du malade, le 26 juin 1877 : « Après l'opération, la vue était revenue, à part quelques mouches volantes, qui m'incommodaient mais sans me faire souffrir. Cela a duré quelques semaines ; ensuite les souffrances sont revenue? très-vives ; je les éprouvais à peu près tous les mois, puis l'obscurcissement de la vue s'est reproduit, une cataracte s'est formée, je n'y vois absolument rien, pas même pour me conduire. »

OBSERVATION XIV

Atrophie de l'œil droit, remontant aux premiers mois de la vie ; Moignon devenu douloureux à 40 ans ; kératite ulcéreuse sympathique à répétition à gauche, vers 44 ans ; énucléation tardive; guérison. (Fuïuzal ; Obs. inédite.)

Régal, Armand, âgé de 52 ans, et ancien professeur, a perdu l'œil droit dans les premiers mois de la vie, à la suite de phénomènes inflammatoire?. L'œil a rapidement diminué de volume et s'est transformé en un moignon resté absolument indolore jusqu'à l'âge de 40 ans.

Pendant tout ce temps, l'œil gauche, myope, n'a présenté aucun phénomène morbide appréciable. Vers 40 ans, le moignon est devenu irritable et douloureux, et 4 ans après, l'œil gauche a été pris de kératite ulcéreuse à répétition Dès que les phénomènes sympathiques se sont montrés, le malade va consulter le docteur Damnas, qui le traite sans succès pendant 2 ans ; puis il se lait soigner par M. Fano, également sans bon résultat, et enfin, nu bout d'un temps fort long, il se présente chez M. Fieuzal qui lui propose l'énucléation de l'œil droit. Cette opération est pratiquée et ses suites sont des plus simples. Tout d'abord l'amélioration n'est pas appréciable dans l'œil sympathisé. Les douleurs persistent et le malade se rend chez un oculiste qui lui fait faire des frictions mercurielles. Enfin, là guérison est aujourd'hui complète. Voici quel est l'état actuel : à gauche, la cornée eàt transparente, la pupille régulière; il n'y a pas de douleur.

Adroite, il y a de temps à autre un léger malaise; cependant M. Fieuzal permet au malade de se faire mettre un œil artificiel.

OBSERVATION XV

ferle spontanée de l'œil droit ; moignon douloureux; kératite ulcéreuse sympathique ; énucléalion ; guérison de l'ulcèr». (Dransart; Ubs. inédite.)

Madame Lydie Simon, repasseuse à Aubry (Nord), âgée de 35 ans, vient à notre clinique le 2!) décembre 1876, se plaignant de ne pas voir assez clair pour travailler. La santé, jusqu'ici, a été défectueuse, et sur lecôté gauche de la face on remarque des cicatrices d'abcès froids. A l'âge de 5 ans, cette femme a perdu l'œil droit, qui maintenant se présente sous la forme d'un moignon douloureux à la pression. Dès ce moment, l'acuité visuelle de l'œil gauche a baissé progressivement, et cette diminution de la vue s'est accompagnée de douleurs de tête persistantes. A l'examen de l'œil, ou constate que la cornée est terne dans toute son étendue et slaphylomaieuse ; elle est parsemée d'une série de taies très-marquées qui témoignent d'anciennes inflammations ; sur cette membrane existe u le ulcération horizontale de 2 millimètres de hauteur environ. L'on observe également une faible injection péri-kératique, en même temps que de la photophobie et du larmoiement.

Le 10 janvier 1877, j'oDérai l'énucléation de l'œil droit. Dès lors, les lésions cornéennes se sont notablement modifiées ; l'ulcère a complètement guéri et les douleurs ont disparu. Aujourd'hui, nous soignons le leucôme et les taies, résultant de l'inflammation de la cornée.

OBSERVATION XVI

Atrophie spontanée de l'œil droit ; moignon douloureux ; kératite ulcéreuse • sympalhiqup de l'œil gauche ; énucléalion du bulbe atrophié ; guérison. (Dransart ; Obs. inédite).

Mlle Farva, de Douai, âgée de 17 ans, se présente à notre clinique. Elle a un tempérament scrofuleux. Nous constatons que l'œil droit est considérablement atrophié ; il est réduit à un moignon qui est le siéue de douleurs intenses. En outre, depuis plusieurs mois, il y a du côté de l'œil gauche une diminulion notable de l'acuité visuelle, du larmoiement, de la photophobie, du blépbarospastue en même temps qu'une ulcération au niveau de la cornée. La malade a essayé sans fruit de tous les trailements. Je vois là une kératite ulcéreuse d'origine sympathique, chez un

scrofuleux ; je propose l'énucléation qui est acceptée et que je pratique en novembre 1877. Deux mois après l'opération, l'ulcère de la cornée de l'œil gauche a entièrement disparu.

OBSERVATION XVII

Perle spontanée de l'œil droit ; moignon douloureux ; kératite sympathique à droite ; énuclëalion ; gtiérison. (Dr Dransaut ; Ob's. inédite).

Mme Carbonnel, cabaretière à Etraœung, est âgée de 50 ans et d'une bonne santé. Elle a perdu depuis longtemps spn œil droit qui est réduit à un moignon douloureux. Elle souffre depuis 7 ou 8 ans d'une kératite vasculaire de l'œil gauche qui récidive fréquemment et s'accompagne de photophobie, de larmoiement et d'une perte plus ou moins complète de la vision. Pendant deux ans, nous essayons de tous les traitements usités en pareil cas, la malade refusant toujours de se faire enlever le moignon douloureux qui représente l'œil droit. Elle se décide enfin à l'opération, et en novembre 1877, nous pratiquons l'énucléation du moignon. Depuis, les douleurs ont disparu et la vision s'améliore de jour en jour.

OBSERVATION XVIII

Traumatisme et consécutivement iritis et staphylômes multiples sur un œil ; kératite sympathique sur l'autre ; énucléalion du premier ; guérison du second. (Vignaux ; Obs. XXVI).

Henri M.., 17 ans, tisseur de Saint-Didier-de-la-Tour. (Hôtel- Dieu de Lyon, 28 mai 1S76, service de M. Gayet.) Ce sujet, d'une constitution scrofuleuse n'avait pourtant pas eu mal aux yeux avant l'acc ident. Il y a huit mois, coup de bille sur J'œildroit Le traitement qu'ii a subi jusqu'à ce jour n'a pu lui procurer qu'une vision fort imparfaite, et cet œil n'y voit quepour le conduire.il y aun mois et demi, après avoir passé une nuit, couché sur la terre, il éprouva dans ce même œil d'assez vives douleurs qui persistent encore. Mais ce qui l'amène à l'hôpital, ce sont surtout les troubles qu'il éprouve déjà, depuis huit jours, du côté de l'œil gauche. En effet, en écartant les paupières de force, on peut voir sur cet œil l'iris hypérémié, la cornée dépolie et présentant à sa surlace de petites phlyctônes et des ulcérations superficielles. Cet organe est le siège de douleurs vives et d'une légère injection conjonctivale ; il est atteint d'un larmoiement abondant et surtout d'une

photophobic telle que l'acuité ne peut en être prise, et que le malade emploie plutôt pour se conduire le peu de vision qui lui reste dans l'autre œil primitivement blessé. Celui-ci, plus douloureux, mais moins photopbobe, présente une tuméfaction cl une rougeur intense de la conjonctive, une pupille déformée et quelques adhérences ; une surtout tiraille l'iris vers la partie inférieure de la cornée qui devient staphylomateuse. Une iridectomie inférieure est pratiquée et ne réussit qu'à demi ; quinze jours après, le staphylôme pointait encore ; deux iridectomies latérales sont alors pratiquées pour délivrer complètement le limbe irien supérieur. Malgré cela, l'état staphylomateux de l'œil droit n'en continue pas moins à se produire sur trois points -, en outre, malgré les traitements les plus soignés, la photophobie intense et les ulcérations, et le dépoli de l'œil gauche progressent au lieu de céder ; en face de cet état et au bout de trois mois d'inutiles tentatives pour améliorer le droit aussi bien que le gauche, M. Gayet fait l'énucléation de l'œil droit sympathisant; c'est pour la première fois qu'il énuclée un œil y voyant encore un peu pour conduire le malade.

Le 30 juillet 1876, énucléalion de l'œil droit. Ethérisation. Trois petits staphylômes tiraillent l'iris dans la région sclérocornéenne. Les suites opératoires furent simples : les douleurs du côté droit disparurent ; dès le second et surtout le quatrième et cinquième jour, diminution de celles du côté gauche. Quinze jours après, les pblyetènes et le dépoli de la cornée sont bien moindres, mais l'examen de l'œil provoque encore un larmoiement abondant ; un mois et demi après la photophobie a considérablement diminué, la cornée va être bientôt normale. Le malade sort avec un peu de larmoiement et une vision qui lui permet de se conduire facilement, mais non de lire. Peu de douleurs.

Le 30 juin 1877, onze mois après l'énucléation, l'amélioration delà vision a suivi une marche progressive, le malade peut lire. Encore quelques douleurs, mais très-légères, insignifiantes.

OBSERVATION XIX

Irido-capsulile pseudo-membraneuse d'un œil ; irido- kératite de l'autre ; énucléalion du premier ; amélioration du second. (Vignaux ; Obs. XXXI)

Régis S , 44 ans, cultivateur de Palharis (Ardèclie). Depuis

très-longtemps le malade est tourmenté par une inflammation chronique des yeux. Depuis deux ans la maladie a empiré. L'œil gauche a subi une iridectomie, il y a trois mois, et l'œil droit vient d'en subir une il y a quinze jours. L'œil gauche présente

Reclus. Ophthalmies 12

— vis —

une irido-capsulite pseudo-membraneuse avec un staphylôme ; il est douloureux, son acuité est nulle.

L'œil droit présente une légère injection péri-kéralique, une infiltration double de la cornée, une chambre antérieure diminuée, un iris gardant les traces d'une iiïdectomie; il faut y ajouter du larmoiement, de la pholophobie, de la douleur et de la sensibilité.

Le 17 janvier 1874, énucléalion de l'œil primitivement affecté ; suites d'opérations simples. Amélioration de l'autre œil, la photophobie disparaît, la cornée devient moins trouble ; un acné du visage, qu'on remarquait avant, a môme complètement disparu.

Au 30 juin 1877. Persistance de l'amélioration ; le malade ne peut pas lire, mais il peut facilement se conduire ; plus de douleurs, quelquefois de l'épiphora.

OBSERVATION XX

Perle de la vue à gauche à la suite d'un coup de pierre ; décollement de la rétine ; rétinite sympathique et amblyopie à droite ; énucléalion de l'œil gauche ; amélioration très-nolable de l'œil droit. (Gayet ; Obs. inédite).

Jules B...., âgé de 17 ans, employé de commerce, à Lyon, a reçu, il y a quatre ans, un coup de pierre sur l'œil gauche. La vue fut abolie dans cet œil, et à l'ophthalmoscope, on constata un décollement de la rétine. Depuis cinq mois, l'œil droit, qui jusque-là avait été excellent, devint le siège de sensations lumineuses bizarres ; son acuité visuelle diminue sensiblement. Le malade ne suit pas de traitement. Nous constatons chez lui, à droite, que les vaisseaux rétiniens sont enveloppés d'une sorte de teinte grise, opaline, qui fait penser à un œdème de la membrane, d'autant que les vaisseaux sont flexueux. Le 10 mai, je lais l'énucléation de l'œil gauche. Les suites de l'opération furent des plus simples ; la cicatrisation se fit régulièrement. Le 15, l'enfant déclare que les sensations d'étincelles ont diminué de nombre, d'intensité et de durée. Le 25, la vue s'était considérablement améliorée.

OBSERVATION XXI

Traumatisme de l'œil droit; atrophie consécutive; rélino-choroïdile sympathique à gauche, avec décollement de la rétine : énucléalion de l'œil droit atrophié ; amélioration sensible de la vue à gauche. (Galezowski ; Obs. inédite.)

Mme Bosquet, de 41 ans, est d'une bonne santé générale et n'a pas eu d'accidents scrofuleux. Elle ne se rappelle pas avoir

vu de l'œil droit, qui a toujours été mauvais, mais qui avait conservé sa ferme et son volume. En 1865, elle reçut un coup sur cet œil, et, depuis ce moment, l'atrophie est survenue progressivement, sans douleurs. L'œil gauche était resté intact, lorsqu'il y a un mois environ, sa vue se troubla tout-à-coup au point d'être complètement abolie en trois jours, sans qu'il y eût de ce côté, pas plus que de l'autre, de phénomènes douloureux. La malade se présente à la clinique du docteur Galezowski, il y a quinze jours. On constate chez elle l'atrophie de l'œil droit, qui est réduit à un simple moignon, et, à l'ophthalmoscope, un décollement de la rétine de l'œil gauche, en même temps que des masses floconneuses dans le corps vitré. Le diagnostic est : décollement de la rétine à gauche, par sympathie de la lésion de l'œil droit. L'énucléation, qu'accepte la malade, est faite aussitôt. Aujourd'hui la vue est sensiblement améliorée; les objets sont plus nettement perçus et le champ visuel est notablement augmenté.

OBSERVATION XXII

Perte de l'œil gauche, à 10 ans, par cyclite et décollement de la rétine; douleurs et tension exagérée dans cet œil ; rétino-choroïdite sympathique à droite ; irideclomie à gauche: aggravation des phénomènes à droite; énucléation de V œil gauche ; examen anatomique de ses lésions. (Dr Goldzieher).

La jeune Elisabeth Klier, âgée de 19 ans, a perdu l'œil gauche depuis l'âge de 10 ans. Elle ne peut fournir aucun renseignement précis sur la cause de son infirmité. Dans ces derniers temps, cet œil a commencé à devenir douloureux, et, au moment où elle vient consulter, on constate l'état suivant : tension manifestement augmentée, cornée transparente, injection péri-kéi atique modérée, humeur aqueuse trouble, pupille se dilatant médiocrement et prenant une forme ovalaire sous l'influence de l'atropine. Impossibilité d'apercevoir le fond de l'œil. Absence complète de perception lumineuse.

L'œil droit paraît un peu plus dur qu'à l'état normal, le corps vitré est un peu troublé, les veines rétiniennes sont dilatées. Le 10 juillet on pratique une irUectomie sur l'œil gauche. Quatre jours après cette opération, l'œil droit devient douloureux. Un dépôt punctiforme s'accumule à la face postérieure de la membrane de Descemet, l'humeur aqueuse et Je corps strié sont tellement nuageux qu'il est impossinle d'apercevoir le fond de l'œil.

Le 30 août, l'énucléation de l'œil gauche est pratiquée.

Examen anatomique. — Le globe oculaire, conservé et durci dans le liquide de Mûller et l'alcool, est sectionné transversale-

ment. La chambre antérieure est étroite. La pupille est recouverte par une fausse membrane Ires-mince, qui se continue avec d'autres masses membraneuses recouvrant le corps ciliaire et s'élendant même jusqu'à la face postérieure du cristallin. Cette membrane se confond insensiblement avec un tissu d'aspect cellulaire, remplissant la cavité formée par la réline décollée, et qui paraît n'être autre chose que le corps vitré altéré et transformé. Dans l'entonnoir rétinien, on constate quelques hémoi'i'hagies récentes; pas d'excavation du nerf optique. La choroïde a partout conservé ses rapports avec la sclérotique, et, à l'œil nu, elle ne présente rien d'anormal. Entre la rétine et la choroïde, simple exsudât séreux.

Diagnostic analomique. — Cyclite, décollement de la rétine, hémorrhagies dans la rétine décollée.

L'examen microscopique n'offrit aucune particularité spéciale de structure dans la fausse membrane de la cyclite. Les foyers hémorrhagiques de la rétine renfermaient de nombreux globules rouges infiltrés dans un tissu fibrillaire, ainsi que des cellules lyinphathiques. On y découvrait, en outre, de nombreux éléments cellulaires emprisonnant des globules rouges, des amas de pigment libres et des cellules en dégénérescence graisseuse.

La rétine transformée en tissu fibreux avait complètement perdu tout vestige de sa constitution normale.

La choroïde présentait des signes manifestes d'inflammation. L'infiltration des cellules lymphathiques y était telle, que la couche chorio-capillairc était devenue méconnaissable; des cellules pigmentaires aux formes les plus variées, et des cellules fusilorines dépourvues de pigment étaient répandues ça et là. Les parois des gros vaisseaux, épaissies sur certains points, étaient envahies par des cellules en voie de migration.

A la surface de la choroïde les lésions inflammatoires étaient encore plus avancées. Les altérations des nerfs ciliaires les plus intéressantes à connaître étaient déjà appréciables au premier coup d'œil. Des cellules rondes en grand nombre, quelques-unes fusi formes et pigmentaires étaient accumulées dans les gaines de ces filets nerveux. Cette prolifération des éléments cellulaires de la gaîne se continuait dans l'intérieur du neri lui-même où de nombreux noyaux, pressés les uns contre les autres, dissociaient les fibrilles qui avaient du reste conservé leur aspect normal. Sur certains points du névriléme, les cellules rondes étaient tellement nombreuses et tellement condensées les unes co.itre les autres qu'elles formaient de véritables petits nodules comprimant les libres nerveuses au point d'y marquer une dépression en forme de godet. Ces nodules présentaient des dimensions différentes; les plus volumineux étaient presque visibles à l'œil nu et apparaissaient comme de petits points à la surface des branches nerveuses.

OBSERVATION XXIII

Irido-choroïdite trawmatique de l'œil gauche ; neuro-rétinite sympathique à droite; cécité. (Dransart, p. 10).

Le 20 juin 1871, N. . ., 43 ans, journalier, reçut dans l'œil gauche un brin de paille. Cet œil fut atteint d'irido-choroïdite cl perdit coinpléienient ses fonctions. Trois jours après la blessure, il vit tout d'un coup, en sortant dans la rue, après son déjeuner, un brouillard tomber devant son œil droit. Le brouillard augmenta peu à peu, et bientôt le malade ne put distinguer les personnes M. Abadie le vit six mois après. La vision était presque nulle des deux \eux, les milieux de l'œil étaient transparents. Rien de particulier à l'iris et à la choroïde.

Du côté de la pupille, on voyait une légère suffusion avec décoloration des bords ; les artères étaient un peu minces. Les veines, d'un aspect caractéristique, étaient tortueuses; cette disposition du fond de l'œil rappelait la neuro-rétinile rétro-bulbaire. On avait affaire dans ce cas à une forme anormale d'ophlhalmie sympathique qu'on aurait peut-être pu enrayer en énucléant l'œil gauche aussitôt après les troubles fonctionnels de l'œil droit. Malheureusement le diagnostic ne fut pas fait dès le début et l'œil gauche, cause de tous ces désordres, ne fut pas enlevé.

Aujourd'hui, la lésion a progressé et cet homme est complètement aveugle. La pupille est atrophiée, les bords sont diffus elles veines sont tortueuses.

OBSERVATION XXIV

Glaucome chronique ; ramollissement de l'humeur vitrée ; slaphy lûmes scléro-cornéens multiples; rélino-choroidite consécutive sur Vautre; énucléation du premier, guérison du second. (Vignaux : Obs. XXXVII).

Jeanne F..., 49 ans, de Chassieux (Isère). Hôtel-Dieu, 22 août 1872. Salle Sainte-Anne, n° 22. Œil droit perdu pour la vision depuis plus de 30 ans, à la suite d'une inflammation spontanée ; après plusieurs crises douloureuses, le calme devint absolu pour longtemps; depuis cette année seulement, il y a près de deux mois, cet œil fut de nouveau l'objet d'un retour douloureux qui se répéta quatre ou cinq fois, mais dont la durée ne fut que de. quelques jours et l'intensité médiocre; il est vrai qu'actuellement il est â peu près indolore, môme à la pression.

L'œil gauche, qui n'avait pas été antérieurement influencé, commença à se prendre à la fin de la dernière crise de son congénère. Les douleurs lurent d'abord sourdes, intermittentes, se faisant sentir dans le crâne, l'acuité visuelle baissa. Aujourd'hui ces douleurs sont devenues plus vives, à peu près continuelles; la choroïde et la réline paraissent congestionnées, autant qu'on peut le voir à travers un léger trouble de l'humeur vitrée; intégrité parfaite de l'iris et de la pupille, pas de rougeur conjonctivale, la pression de la région ciliaire n'augmente pas beaucoup la douleur, la photophobie et le larmoiement font défaut, mais l'acuité est considérablement diminuée; le malade peut se conduire, mais il lui est impossible de lire ou de faire des ouvrages d'une certaine finesse.

Le 25 août 1872, énucléation de l'œil droit (élhérisation). Atrophie presque totale de l'uvée, de la choroïde, surtout dans les régions antérieures et des procès ciliaires; l'iris est aminci, dépigmenlé, infiltration de la choroïde au niveau des procès ciliaires, capsule du cristallin recouverte d'exsudats, belle excavation pathologique de la papille, ramollissement du corps vitré, très-petits slaphylômes antérieurs multiples.

Suites opératoires simples. L'opération amène une diminution des douleurs, celte amélioration continue et la malade sort bientôt, son acuité visuelle s'est sensiblement relevée. Eu mai 1877, plus de quatre ans et demi après l'énucléalion, persistance de la guérison. Le malade y voit assez pour lire. Douleurs névialgiques intermittentes, qui ne peuvent pas avoir pour origine un cause oculaire.

OBSERVATION XXV

Blessure intéressant la cornée el. la sclérotique de Vœil gauche; irido-choroïdile sympathique de l'œil droit; énucléation de l'œil gauche; arrêt momentané des phénomènes inflammatoires à droite; puis chorio-rélinile. (Obs. de Poolev.)

Le 27 juillet 1869, un enfant de 9 ans fut assez grièvement blessé à l'œil gauche par une écaille d'huitre; la partie inférieure et interne de la cornée présentait une entaille qui se prolongeait de trois millimètres sur la sclérotique. La blessure de la cornée était environ deux fois plus grande que celle de la sclérotique, et le segment de l'iris correspondant à la plaie, y était enclavé. La chambre antérieure élait, en outre, remplie de sang et rendait complètement impossible l'examen pphlhalmoscopiqiie Quant à l'acuité visuelle, elle était réduite à une simple perception quantitative. On s'empressa d'administrer de l'atropine et de couvrir l'œil d'un bandeau compressif. Ce traitement produisit d'excel-

lents effets. Le jour suivant, le malade pouvait déjà compter les doigts. Quelque temps après, la résorption était complète et l'acuité remontait à deux cinquièmes.

Malheureusement, ta guérison n'était pas encore assurée : le 4 août, un mois environ après l'accident, des phénomènes d'irritation se déclarèrent dans l'œil droit. Quatre jours plus tard, l'œil blessé se congestionnait à son tour et devenait sensible à la pression. À l'éclairage oblique, on pouvait apercevoir un exsudât à la l'ace supérieure du cristallin qui partait de la plaie scléroticale. L'œil droit était injecté; sa pupille était lente à se contracter, et il existait une synéchie du côté du nez.

Sur le conseil de Knapp, i'énucléalion de l'œil blessé fut pratiquée. Les phénomènes sympathiques disparurent, mais leur cessation fut de courte durée. Il survint bientôt un récidive avec tous les symptômes d'une irido-choroïdite, elle 11 octobre se développèrent tous les signes d'une neuro rétinite. Le fond de l'œil, malgré les opacités, était parfaitement visible. Les vaisseaux de la réline étaient élargis et sinueux, la pupille recouverte d'une exsudation qui effaçait les vaisseaux et les contours.

Quelques jours plus tard, les milieux de l'œil se troublèrent tellement, que l'observation ophthalmoscopique devint entièrement impossible. C'est en vain qu'on chercha par le traitement à enrayer la marche progressive du processus morbide ; des synéchies se formèrent entre l'iris et le cristallin, le corps vitré se troubla, des masses exsudatives s'infiltrèrent dans l'ouverture pupillaire et l'acuité visuelle fut réduite à 5/200.

L'inflammation cessa quelques mois après, mais l'acuité visuelle resta aussi mauvaise.

OBSERVATION XXVI

Atrophie de l'œil droit par suile de traumatisme ; rélino-choroïdile sympathique à gauche; énucléaiion de l'œil droit ; guérison. (Gotti : Bullt. des Se. mëd. de Bologne, déc. 1876).

Il s'agit ici d'un homme de 36 ans, qui, dans son enfance, eut une plaie pénétrante de l'œil droit ; cette plaie détermina l'atrophie du bulbe.

Pendant plus de 20 ans, cet œil ne fut le siège d'aucun trouble ; mais, sous l'influence d'un nouveau traumatisme, il s'enflamma et devint très-douloureux Bientôt l'acuité visuelle de l'œil gauche diminua rapidement, à tel point que ce malade ne pouvait plus se conduire et qu'il voyait à peine l'ombre de la main promenée devant ses yeux.

L'examen ophthalmoscopique est assez diffficile ; on constate

néanmoins, malgré le peu de transparence des milieux, une vive injeclion rétino-choroïdienne. L'énucléation de l'œil droit est pratiquée ; 3 jours après l'opération, le malade commence à distinguer les objets ; 20 jours plus tard, la vision est redevenue parfaite.

OBSERVATION XXVII

Décollement rétinien sympathique survenu 24 ans après une blessure de l'autre œil; Enucléation; Cécité. Dr Boucheron : (Obs. inédite).

Trotlier se présente à ma clinique le 21 février 1877. C'est un homme de 34 ans, très-grand, très-fort, qui n'a jamais été malade. Il exerce la profession de garçon de courses.

A l'âge de 10 ans, il a été blessé à l'œil droit par un coup de couteau qui a causé une plaie pénétrante du globe, et a entraîné la perte de la vision. La cicatrice s'étend d'environ 5 millimètres sur la cornée, et de 3 millimètres sur la région ciliaire. Cette cicatrice est légèrement déprimée.

Le globe, un peu atrophié, est un peu aplati d'avant en arrière et légèrement affaissé au niveau des muscles droits. A la palpation de cet œil à travers les paupières, il est facile de constater que l'hémisphère postérieur est comme solidifié par une coque dure et résistante.

L'existence d'une ossification ou calcification de la choroïde ne peut être mise en doute. La coque osseuse concave en avant, comme c'est l'ordinaire, présente un rebord irrégulier, dentelé, dont les différentes saillies sont bien appréciables à travers la sclérotique. Une de ces saillies, entr'autres la plus pointue, est placée en bas et en dedans. La pression sur cette saillie développe immédiatement une douleur vive, qui s'accompagne d'un mouvement involontaire de la tête en arrière. D'ailleurs une légère douleur spontanée se lait sentir dans celte même région de l'œil. Une légère injection épisclérale se montre aussi sur cet œil atrophié.

Il est à remarquer que la cicatrice siège en bas, en dehors et que le point douloureux à la pression occupe, non pas la région cicatricielle, mais correspond à une saillie osseuse.

Le malade prétend que la saillie inféro-inlerne s'est un peu déplacée pour se porter plus en bas. Sans attacher au dire du malade plus d'importance qu'il n'en comporte, on peut se rappeler que le déplacement des ossifications coroïdiennes et l'irritation consécutive des nerfs ciliaires par les bords tranchants de l'os, ont été signalés comme préparant l'invasion des accidents sympathiques.

L'œil gauche, seul fonctionnant maintenant, est depuis 36 heures affecté d'un trouble marqué de la vision.

Extérieurement rien de bien remarquable, l'iris est paresseux, moyennement dilaté. A la pression du corps ciliaire en bas et en dedans dans la région symétrique au point douloureux de l'autre œil existe une douleur manifeste, moins accusée que dans l'œil atrophié, mais nette, limitée et tout à fait comparable à celle de l'autre œil. Pas de douleur spontanée. L'existence de cette douleur de pression dans le point exactement symétrique à la région douloureuse de l'œil premier atteint, douleur siégeant dans les deux yeux, au niveau du corps ciliaire, à 7 ou 8 millimètres de la cornée, est caractéristique de la nature sympathique de l'affection récente.

L'examen ophthalmoscopique révèle dans l'œil sympathisé, la présence de fins flocons noirâtres dans le corps vitré et un décollement de la rétine en haut. Les flocons du corps vitré sont assez nombreux, de petite dimension, mais non en poussière imperceptible ; ils laissent parfaitement apercevoir le fond de l'œil.

La pupille est rouge, peut-être un peu plus qu'à l'état normal, bordée d'un faible croissant jaunâtre, correspondant à un faible degré de myopie.

En haut et en dehors, existent des plis transversaux de la rétine, formant des lignes blanchâtres, sinueuses, très-peu soulevées. 11 n'y a pas encore la poche volumineuse, saillante du décollement rétinien ancien. On trouve, au contraire, trois petits plis rétiniens, échelonnés l'un au-dessus de l'autre, entre lesquels on voit la teinte choroïdienne normale. La saillie da ces plis est assez faible pour n'être bien vue qu'à l'examen à l'image renversée.

La transparence de la rétine met hors de cause la nature hémorrhagique du liquide rétro-rétinien. Il s'agit ici d'un liquide séreux, transparent. Aucune autre lésion rétinienne ou choroïdienne Comme le décollement rétinien siège dans la région supérieure, de l'œil, et que la macula lutea est indemne, la vision centrale n'est pas abolie ; elle est seulement troublée surtout par la présence des flocons du corps vitré : les caractères typographiques ordinaires ne sont plus lus, mais les lettres un peu plus grosses le sont encore.

La vision périphérique est atteinte, et le champ visuel inférieur manque dans la portion correspondante à la rétine décollée.

La fatigue de la vision, et le trouble de cette fonction ne permettent pas de déterminer avec précision le degré de la myopie. Mais ;ï l'ophllialrnoscope, le déplacement des faisceaux rétiniens en sens inverse de la tète de l'observation indique sûrement un faible degré de myopie. Le malade estime qu'il a toujours bien

vu de loin, ce qui corrobore noire appréciation sur le degré léger de la myopie.

Cet exemple rare d'un décollement rétinien de cause sympathique, nous a paru assez singulier pour ne pas être perdu pour l'enseignement; nous conduisîmes le malade au professeur Trélat, et notre excellent maître, confirmant notre opinion surla nature sympathique du décollement, fit sur ce cas, une leçon clinique des plus intéressantes.

Malgré le peu d'espoir qui restait de guérir ce malade, le professeur Trélaténucléa l'œil renfermant l'ossification choroïdienne. Les suites de l'opération furent tout à fait régulières.

Mais le décollement de la rétine poursuivit son évolution ; de la région supérieure de la rétine où il s'était formé, il descendit peu à peu, le liquide, qui soulève la rétine, tendant toujours à descendre, selon les lois de la pesanteur, jusqu'à ce qu'il s'étale sur un plan horizontal. Les replis rétiniens détachés se déployèrent progressivement de chaque côlé de la pupille, en ménageant la macula lulea ; aussi malgré l'étendue de la lésion, le malade pouvait encore apercevoir des objets assez fins deux ou trois mois après l'accident. — Il fut alors perdu de vue.

L'œil énucléé renfermait un osléôme choroïdien, comme le diagnostic en avait été porté, pendant la vie. Cet os tonnait dans l'hémisphère postérieur une sorte de cupule irrégulière, concave en avant. Un trou circulaire servait au passage du nerf optique, se continuant avec la rétine décollée. Sur les bords tranchants de l'ostéôme on reconnaissait très-bien que le tissu osseux occupait la couche interne de la choroïde. — L'aspect général est le même que celui que l'on rencontre habituellement dans les cas d'ostéômes moyennement développés.

Au moment d'être soumise à un examen détaillé, la pièce a été malheureusement égarée.

Les signes prémonitoires de cette effroyable catastrophe, menant à courte échéance à cécité complète, avaient été extrêmement légers.

Dix jours seulement avant le décollement de la rétine, étaient apparus quelques pointsnoirs, quelques mouches volantes, et un peu de fatigue et d'obscurcissement de la vue.

Mais deux fois déjà, cinq ou six mois auparavant, ces mêmes troubles légers de la vision s'étaient montrés et avaient rapidement disparu, sans laisser de trace. C'est donc, pour ainsi dire, sans manifester sa présence, que s'exécutait le travail morbide qui aboutit brusquement à un décollement rétinien. Heureusement que dans rophthalmic sympathique le décollement de la rétine est une éventualité extrêmement rare. Car la rapidité avec laquelle elle se montre, et l'excessive gravité de celte lésion ne aisseut guère de ressource à la thérapeutique.

Quant à la physiologie pathologique du décollement sympalhi-

que, voici les renseignements que fournit l'observation : Le malade était très -légèrement myope, il n'y avait pas à proprement parler d'atrophie choroïdienne autour de la papille, mais seulement au (in croissant jaunâtre bordait l'émergence du nerf optique. Comme la myopie est une cause prédisposante fréquente du décollement rétinien, peut-être cette construction de l'œil a-t-elle eu une certaine iufluence sur l'apparition du décollement. On sait maintenant que l'irido-choroïdite s'accompagne très-souvent de décollements rétiniens d'une espèce un peu particulière, bien étudiés récemment par Poncet (de Cluny). Ces irido-choroïdites avec décolleuients anciens, provoquent souvent l'éclosion des accidents sympathiques. Il y avait lieu de se demander ici si le processus de l'irido-choroïdite ne serait pas entré en jeu pour déterminer la formation du décollement. Mais sur notre malade, les accidents inflammatoires étaient très-modérés sur l'œil premier atteint, et l'œil sympathisé présentant à peine de rougeur péri-kéralique et une douleur faible localisée au corps ciliaire dans le point diamétralement opposé au décollement rétinien. L'irido-choroïdite, au moins dans sa forme aiguë, paraît donc devoir être mise hors de cause.

La seule circonstance étiologique que nous possédions, c'est que l'œil anciennement blessé renfermait unostéôme de la choroïde et que celte production osseuse semble s'être spontanément déplacée. Elle, n'était pas, sans doute, parfaitement en équilibre, l'o-sification n'étant pas régulière et uniformément étendue et l'action de la pesanteur aura fait tourner l'os choroïdien, mal soutenu par des membranes ramollies. Les bords tranchants de l'os déplacé auront irrité les nerfs ciliaires et préparé ainsi l'avéneruentdes accidents sympathiques.

Il est bon de répéter qu'ils sont survenus 24 ans après la blessure de l'œil et chez un homme très-vigoureux, parfaitement bien portant, et non enclin à l'abus des boissons alcooliques.

Tubercules de la choroïde ayant envahi successivement les deux yeux et simulant un sarcome avec accidents sympathiques. (Tbélat ; Obs. inédite).

Trarieux, Elie, âgé de 30 ans, cuisinier, entre le 10 niai 1878, à l'hôpital de la Charité, salle' Saint-Jean, lit n° 15. Son père est mort assez jeune d'une maladie de poitrine ; sa mère aurait succombé à une affection cardiaque. Dans son enfance, il a eu des gourmes et des glandes, jamais de maux d'yeux. Il y a dix-huit mois environ et sans cause appréciable, la vue du côté gauche s'est troublée légèrement. Les objets éloignés étaient vus à travers un brouillard, mais il n'existait aucune espèce de douleurs. La vue de l'œil était parfaitement normale. Vers le milieu du mois de décembre dernier, tout à coup la vue de l'oeil gauche se mit à baisser considérablement, et, en l'espace d'une quinzaine de jours, sans que la moindre douleur se fût manifestée, il y eut, de ce côté, une abolition coinplèle delà vision. La perception lumineuse était seule conservée. Au commencement de janvier 1878, le blanc de l'œil, pour employer l'expression du malade, s'est injecté dans toute son étendue. Quelques jours après, la cornée est également devenue rouée et cette rougeur était marquée surtout dans la moitié inférieure de cette membrane. Cette injection diminue un peu à la suite d'une application de sangsues à la tempe ; mais pour reparaître quelques jours après.

Vers les premiers jours de février, des douleurs commencèrent à se faire sentir dans l'œil et dans toute la région temporale correspondante; en même temps la pupille se rétrécit et se déforma. Au commencement de mars apparurent, sur le blanc de l'œil, cinq petites tumeurs violacées. Elles étaient disposées de telle sorte qu'elles semblaient former cercle autour de la cornée. Une d'entre elles, située à la partie supéro-interne a seule fait des progrès et son accroissement était accompagné de douleurs oculaires et péri-orbitaires très-vives.

Le 2 ou le 3 mai, la vue du côté droit commença à se troubler. Les objets étaient encore assez bien distingués, maisà travers un nuage. En même temps la sclérotique perdit sa coloration blanche et l'œil s'injecta sans qu'il apparût de douleur. Pendant les jours qui suivirent, la vue se troubla considérablement au point que le malade ne pouvait se conduire lui-même ; et le 10 mai on le décida à entrer à l'hôpital. Au moment de son entrée, Trarieux se plaint d'éprouver, dans la moitié gauche de la tête, des douleurs Irès-violenles revenant par accès et principalement accentuées le soir. Du côlé gauche, les paupières, un peu tuméfiées, sont maintenues fermées, niais sans qu'il existe de blépharospasme. Lorsqu'on les écarte, on découvre le globe de l'œil considérablement

déformé et modifié dans son aspect. Il est difficile de discerner et de limiter nettement l'iris, la cornée et la conjonctive. Ce qui frappe, c'est à la partie supéro-interiïe du globe, en un point qui correspond à l'union de la sclérotique et de la cornée, une tumeur légèrement bilobée, de coloration verdâtrc et dans laquelle paraissent développés une certaine quantité de vaisseaux. Deux petites niasses, de coloration semblable, existent à côté de la première et sont disposées de telle sorte qu'il n'y a absolument plus de trace d'ouverture pupillaire.

Du côté de l'œil droit, les paupières saines ne peuvent plus être écartées sans une certaine douleur. La conjonctive est injectée légèrement à la périphérie, tandis qu'il existe un cercle périkératique très-accentué. La cornée paraît avoir conservé sa transparence. L'iris est un peu louche et la pupille légèrement déformée. Pas de douleur.

Traitement : atropine dans l'œil droit ; injection de morphine, (2 niai. Les douleurs ont été supprimées, mais reparaissent dès que la morphine n'est plus administrée. Les instillations d'atropine n'ont produit aucune dilatation de la pupille.

En raison de la persistance de la douleur et de la marche des accidents du côté droit, l'ablation de l'œil gauche est pratiquée le 14 mai. A la suite de cette opération, les douleurs du côté gauche de la tête ont disparu complètement; mais deux jours après, des douleurs semblables se développent du côté droit. Elles existent dans la tempe et le front de ce côté et sont surtout marquées le soir. Des pressions légères sur le globe au niveau du corps ciliaire sont très-douloureuses. La vue baisse considérablement et la main n'est plus aperçue à dix centimètres de dislance. A l'examen ophthalmoscopique, pratiqué le 10 juin, on note qu'il existe une kératite ponctuée, -que l'humeur aqueuse a conservé sa transparence. La pupille est indilatable, l'humeur vitrée trouble. A la jonction de la sclérotique et de la cornée, on voit une ligne blanche très-accusée. Lors de l'énucléation de l'œil primitivement atteint, M. Trélat avait pensé avoir affaire à un sarcome de la choroïde. Il avait toutefois fait des réserves qui furent justifiées par le résultat de l'examen microgi apliiqué. D'après cet examen, fait au Collège de France par M. Chambard. il s'agirait d'une choroïdite tuberculeuse. En présence de ce résultat et des symptômes ophthalmoscopiques présentés par l'œil droit, M. Trélat n'hésite pas à repousser l'idée primitivement admise d'ophthalmie sympathique et à admettre, du côté droit, une affection de même nature que celle qui a conduit à l'énucléation de l'œil gauche.

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