LIVRE P II E M l E K
PREMIERE SECTION
APEUÇL SOMMAIRE SUR LA GALLE MÉRIDIONALE AL Vl"" SIÈCLE
La victoire de Vouillé avait ouvert aux Francs tout le pays entre la Loire et les Pyrénées.
Ils ne poussèrent pas, toutefois, jusqu'aux défilés des Pyrénées orientales, car la Septimanie resta aux Wisigoths; mais ils s'avancèrent jusqu'au pied de la muraille infranchissable des Pyrénées centrales, et atteignirent môme, au-delà de l'Adour, les passages des Pyrénées occidentales (v. note I).
Ainsi, dans le cours du vi'' siècle, toute la Gaule méridionale, moins la Septimanie, appartint aux Mé-
Mais, dès la fin de ce siècle, leur domination au sud de la Loire était menacée par deux périls très différents :
En premier lieu, l'Aquitaine ^ foulée et exploitée par
L Nous prévenons le lecteur que, lorsque uous parlons de VAqintaine, nous prenons le mot dans un sens exclusivement géographique, sans lui attribuer encore aucune valeur historique ; nous entendons par là les trois Aquitaines romaines, plus le diocèse de Toulouse, C'est une expression brève et commode pour désigner la région comprise entre la Neustrie. la Burg-ondie, la Septimanie. les Pyrénées et la mer. — rien de pins.
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les Francs, qui, dans leurs partages de 5H et de 561, l'avaient laissée en dehors de leurs quatre royaumes, qui se l'étaient divisée comme un butin ou, si l'on veut, comme un domaine de bon rapport dont chaque roi voulait avoir son lot, l'Aquitaine se révoltait fréquemment. Ce n'étaient pas des insurrections nationales, au sens propre du mot; nous ne voyons nulle part que les Gallo- Romains du midi eussent de l'aversion pour les Francs, en tant que Francs. Mais ils trouvaient leur gouvernement détestable et, dans des accès de désespoir, essayaient de s'y soustraire (émeute de Limoges, 580). Parfois, ils croyaient alléger leur sort en changeant de maître, en passant de Thierry à Ghildebert (révolte de l'Arvernie, 531-532); parfois ils se souvenaient qu'avant 507, lorsqu'ils avaient un roi chez eux, leur destinée avait été supportable (Dareste, p. 173-174), et ils espéraient retrouver cette prospérité relative en conspirant pour constituer un royaume franc distinct, qui eût été assurément moins barbare que ceux du nord. C'est ainsi qu'on peut expliquer, il nous semble, le refuge et l'appui que Ghramm trouva pour sa rébellion, en 558, dans les provinces entre Loire et Garonne; c'est ainsi surtout qu'on doit interpréter l'élan avec lequel, en 584, évoques et cités accueillirent un aventurier, un prétendu mérovingien. Ne voyons pas là une prise d'armes nationale, un soulèvement d'une race contre une autre, comme celui des Grecs contre les Turcs en 1821, mais une révolte contre des maîtres éloignés, qui, exerçant le pire despotisme qui ait existé, le despotisme des empereurs romains sans la civilisation, tiraient tout de l'Aquitaine et ne faisaient rien pour elle ; voyons-y surtout, — seule issue favorable que pût avoir la révolte, — une tentative
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pour obtenir an roi particulier. Si Gondowald eût rùussi, l'empire franc n'aurait pas reculé ipso facto des Pyrénées à la Loire : il y aurait eu cinq royaumes mérovingiens au lieu de quatre, voilà tout. Seulement, hâtons-nous de le dire, les populations méridionales, maîtresses de leurs destinées sous un Mérovingien élevé à Byzance, n'ayant rien à surveiller du côté de la Germanie, seraient devenues bien vite étrangères aux intérêts et à la politique des Francs.
On sait comment les armes de la Burgondie et de l'Austrasie triomphèrent de cette conjuration.
Mais déjà, — péril non moins grave, — les Wascons apparaissaient au sud-ouest (v. note II).
Si Ghildebert et Glotaire, en 542, avaient pu franchir en armes les défilés des Pyrénées occidentales (per Pampalonam Hispanias ingressi ^ ) , — un quart de siècle après ces passages semblaient s'être refermés, car la fiancée du roi Ghilpéric, Galswinthe, pour se rendre de Tolède à Poitiers, passa par Narbonne ^, bien que la Novempopulanie appartînt presque toute à son futur époux 3 et fût traversée par des voies romaines. Ge long détour fait croire qu'il y avait déjà dans les Pyrénées occidentales un peuple indépendant, maître des défilés.
En 580, le poète Fortunat, chantant les louanges du roi Ghilpéric, montre les Wascons tremblant devant ses armes, « quem Geta, Wasco tremunt^». Gela prouve au moins qu'ils étaient en état de guerre avec lui. G'est
Il Victoi'is Tuniiiinensis Chronicon, .Mp. Ronc'allium, II, 3()8;