OBSERVATION IV
Utérus avec trois ovaires.
Au congrès des naturalistes de Stettin, Grohe a présenté les organes génitaux d’une femme de 40 ans, morte après une vie de débauches sexuelles.
A droite, il y a un ovaire très -développé ; à gauche, il en existe deux, mais petits. L’un était, comme à l'ordinaire, suspendu à l’utérus parle ligament qui lui est propre ; l'autre, placé plus loin, était renfermé dans une duplicature péritonéale.
Cette femme avait eu trois enfants, et les trois ovaires avaient fonctionné, comme le démontra la coupe. ( Wiener Medic. Halle, 1863, n° 43. Mon. f. Geburtsk., tom. XXIII, pag. 67, 1864.)
Si les encoches, les entailles plus ou moins profondes, paraissent sans influence sur le fonctionnement régulier des organes qui en sont porteurs, il ne saurait en être de même alors qu’il existe une forme similaire à celle signalée dans la dernière observation. Sans aucun doute, la fonction n’en reçoit aucune atteinte ; mais, par suite de l’éloignement d’une portion de
l’organe, l’ovule qui en provient échappe à peu près complètement à l’action de la trompe, et la femme est d’une part moins susceptible d’être fécondée, de l’autre plus prédisposée à une conception extra-utérine. C’est là, il est vrai, une opinion basée tout entière sur la théorie; mais, comme elle a en sa faveur de grandes probabilités, elle méritait d’être tout au moins consignée.
Les dèchiquetures, comme la scission co piété ou incomplète de l’ovaire, ont une origine commune, et sont sous la dépendance d’une même cause agissant avec des degrés divers d’intensité. Leur production, pour être contemporaine des derniers mois de la vie intra-utérine, n’implique en aucune façon l’existence d’un arrêt embryogénique ; au contraire, la notion exacte du mode de développement de l’organe est la meilleure preuve qui puisse être invoquée de cette non-intervention. On ne saurait incriminer davantage le fait d’une maladie survenue pendant la période embryonnaire, car, s’il en était ainsi, on trouverait ou sur la partie ou dans le voisinage, des indices révélateurs, par exemple des stries, des filaments, reliquats de la maladie antérieure. On invoquera avec plus de raison la distension anormale du gros intestin par le méconium, distension qui, portée au-delà de certaines limites, amènerait, sous l’influence d’une pression prolongée, les lésions précédemment étudiées. A l’appui de cette opinion suggérée par la lecture du Mémoire de M.-B. Freund, il est à remarquer que l’ovaire gauche a été intéressé quatre fois alors que son congénère l’a été jusqu’à dix fois. Cette prédilection pour l’organe du côté droit n’est point l’effet pur et simple du hasard ; elle s’explique par cette circonstance que, pendant les premiers mois de la vie fœtale, le rectum siège de préférence dans la partie droite du bassin'. De là , la possibilité de son action et l’obligation de la faire intervenir pour expliquer les variétés et les anomalies décrites en dernier lieu.
En résumé, des documents exposés dans ce chapitre, ressort la nécessité de connaître d’une façon précise les divers diamètres, le poids et la forme habituelle d’un organe, non-seulement à l’époque où il a acquis sa complète croissance, mais encore depuis le moment de sa formation jusqu’aux limites de l’extrême vieillesse. Cette notion, simplement utile lorsqu’il s’agit d’un organe à fonction permanente, est rigoureusement indispensable lorsqu’on étudie un organe à fonction temporaire ; sans elle, on ne saurait apprécier
exactement les variations dont il est susceptible aux divers âges de la vie, les contre temps qu’il peut éprouver avant et pendant l’exercice de la fonction, et donner de ceux-ci une interprétation fidèle et conforme à la réalité.
Quant aux variétés étudiées, sauf le cas vraiment remarquable où il existait trois ovaires, elles n’offrent pas une grande importance physiologique ; aussi on n’a pas cru devoir s’y arrêter longuement. Si la petitesse de l’organe a pour conséquence le retard dans l’établissement de la fonction, l’hypertrophie semble au contraire appelée à en accélérer la venue. On n’a pas, il est vrai, d’observations à l’appui ; mais on est porté à admettre l’existence de cet excès de développement chez les femmes qui ont eu à plusieurs reprises des grossesses multiples. C’est là sans doute une hypothèse; mais comme elle repose sur des enseignements fournis par l’anatomie comparée, elle a quelque droit à être contrôlée et vérifiée. Ainsi, d’après cette manière de voir, Mistress J..., dont l’histoire a été consignée en 1862 dans le Journal d’Édimbourg , devait avoir les ovaires d’un volume anormal, puisque sur quatorze couches elle en a eu onze doubles.