Des paralysies pneumoniques
Nous avons eu l’occasion d’observer, pendant notre dernière année d'internat à l’hôpital Necker, un cas très remarquable de paralysie généralisée avec atrophie musculaire survenue pendant la convalescence d’une pneumonie grave. Notre excellent maître, M. Rendu, nous a engagé à faire de cette observation le point dedépart de notre thèse inaugurale.
En effet. Ton sait depuis longtemps qu’il peut survenir, soit au cours, soit à la suite d’une pneumonie, des accidents paralytiques, mais ces accidents sont loin d’être toujours comparables et il importe même de se demander si tous relèvent bien de la pneumonie qui les précède ou les accompagne. Établir l’existence possible, malgré leur extrême rareté, des paralysies apparaissant chez des pneumoniques, en dresser la symptomatologie, si variable suivant les cas, enfin tâcher d’en déterminer la nature et surtout d’établir les relations pathogéniques qui les unissent à la pneumonie, tel est l’objet de ce travail. Nous l’avons intitulé des paralysies pneumoniques parce qu’il nous a semblé que ce titre ne préjugeait en rien la nature réelle des accidents que nous voulions décrire et s’appliquait aussi bien aux paralysies de la convalescence qu’aux paralysies du cours de la pneumonie.
Car un fait domine toute leur histoire : c’est la profonde différence qui sépare les paralysies précoces des paralysies tardives.
Les unes, celles qui surviennent pendant la durée même de la pneumonie, sont connues d’ancienne date, et leur existence n’est pas mise en doute. Tantôt, elles frappent un membre ou un segment de membre, souvent du côté de la pneumonie ; tantôt,
et c’esl le cas de beaucoup le plus fréquent, elles affectent le type hémiplégique. Cette hémiplégie pneumonique (Charcot, Lépine. Vulpiau) peut se rencontrer au cours d'une pneumonie confirmée où elle apparaît comme complication, mais elle peut aussi se montrer comme un accident isolé, de préférence chez les \-ieillards, et en imposer pour une lésion cérébrale. C’est seulement à l'autopsie que l’intégrité complète du cerveau et la présence d’une pneumonie viennent révéler la vérilable nature des accidents. On voit donc, ainsi que l’a bien riiontré Lépine dans sa thèse, comme il importe de ne pas ignorer l’existence de ces pneumonies larvées.
Les autres se montrent pendant la convalescence de la pneumonie ; rien ne les rapproche des précédentes dont elles diflôrent en tous points. Leur existence est très discutée : Jaccoud, Grisolle, se refusent même à l’admettre. 11 est certain qu’il s’agit là d’accidents extrêmement rares, mais il y a des observations assez concluantes pour qu’il ne soit pas permis, croyons-nous, de les révoquer en doute. Nous essaierons de montrer quelle ressemblance existe entre les paralysies qui peuvent suivre une pneumonie et celles qui suivent les autres maladies aigues, la diphtérie en particulier, comment les notions que nous possédons aujourd’hui sur le caractère infectieux de la pneumonie, sur la nature des paralysies consécutives aux maladies infectieuses, légitiment celte analogie, comment enfin on peut essayer de répondre aux objections qui ont été faites à l’existence de ces paralysies tardives de la pneumonie.
Ce très court aperçu fera comprendre pourquoi nous avons divisé ce travail en deux parties bien distinctes. Dans la première nous traiterons des paralysies survenant pendant la pneumonie et en particulier de l’hémiplégie pneumonique. Dans la deuxième, nous aurons à nous occuper des paralysies de la convalescence. Nous croyons que les développements dans lesquels nous devrons entrer justifieront amplement cette division.
Arrivé aux termes de nos études, nous sommes heureux d’o-
hoir à une douce tradition en adressant un public honimage aux maîtres excellents qui nous ont appris îi connaître et h aimer la médecine.
M. Rendu nous a accueilli auprès de lui comme externe, puis comme interne. Au début de la carrière, il nous initiait aux patiences recherches de la clinique ; depuis, il n’a cessé de nous donner avec d'incomparables leçons, les marques du plus bienveillant intérêt ; il a toujours été pour nous plus qu’un maître, et nous tenons à le remercier ici de tout ce qu’il a fait pour nous. C’est dans son service et sous sa savante direction que nous avons recueilli les éléments de notre, thèse : puisse ce court travail n’être pas trop indigne du chef bien aimé qui l’aura inspiré !
Deux de nos maîtres bien chers ont déjà disparu ; >1. le professeur Trélat et M. le D' Blachez ; nous adressons à leur mémoire le pieux tribut de nos regrets et de notre respectueuse gratitude.
Nous n’oublierons jamais le temps trop court qu’il nous a été donné de passer auprès de M. le professeur Fournier et de M. le D" Legrouxqui nous ont toujours montré tant d’affectueuse sollicitude. Nous nous félicitons de leur devoir les éléments si précieux de la dermatologie et de la clinique infantile.
M. le D’’ Gérard Marchant nous a depuis longtemps prodigué les meilleurs et les plus sages conseils ; M. le D’’ Netter, après nous avoir ouvert les portes du laboratoire d’hygiène, consent encore à diriger nos efforts et à guider notre inexpérience : que tous deux reçoivent ici le témoignage bien sincère de notre reconnaissance !
Nous tenons aussi à adresser l’expression des mêmes sentiments à ^I. le D" Roux, et à nos autres maîtres dans les hôpitaux : M. le professeur Tillaux, MM. Bouilly, Ilipp Martin et Gaucher.
M. le professeur Debove a bien voulu nous recevoir au début de notre internat dans son service de l’hôpital Andral; nous avons
eu le privilège tant enviable de profiter de l’enseignement si élevé qu'il distribue largement autour de lui. Ce sera l’honneur de nos études médicales d’avoir été son élève. Aujourd’hui, il daigne accepter la présidence de cette thèse : nous le remercions de tout cœur de ce nouveau témoignage de bonté ajouté à tant d’autres dont nous sommes infiniment touché !