HISTORIQUE
Les paralysies qui peuvent survenir à la suite des maladies thoraciques sont connues depuis longtemps, ét l'on trouvera dans l’excellent mémoire d’'Imbert Gourberye et dans la thèse de Bourguet, tous les renseignements historiques sur cette question. Les anciens auteurs n'avaient pas été sans constater, semble-t-il, qu'il peut apparaître des troubles du mouvement dans certaines maladies thoraciques. Mais quelle était la nature de l'affection primitive, était-ce bien une pneumonie, d'autre part, avait-on réellement affaire à une paralysie, ne s’agissait-il pas plutôt de l’asthénie générale qui accompagne toute maladie grave, c’est là un point auquel il est impossible derépondre. Voilà pourquoi on ne peut, ànotre avis, trop tenir compte des citations empruntées aux auteurs anciens ; il faut arriver à une période plus moderne pour rencontrer des indications précises.
Ainsi, on trouve dans Hippocrate la phrase suivante (1) « Quod st tolus pulmo inflammetur cum corde, ut in latus procedat, résolvetur totus aeger ». Mais l'auteur ajoute ensuite que le malade meurt le deuxième jour: nous ne croyons pas que cette citation ait trait à autre chose qu'à la résolution musculaire complète qui est la règle dans toute pneumonie grave. Pourtant les commentateurs d'Hippocrate pensent que cet aphorisme s'applique bien aux paralysies qui surviennent dans l’inflammation du poumon. Aussi sur la foi d'Hippocrate, Saxonia (2), Boerhave (3) Sauvages (4) par-
(1) Hippocrare. Prénotions Coaques, no 400 cit. in. DEHAEN (Ratio medendi T. I, p. 308. 1761.
(2) SaxonrA. Path. Médic. liv.I, ch. X, p. 58.
(3) BoERHAVE. Morbi Nervorum, t. Il, p. 578.
(4) Sauvaces. Nosolog. clinic. trad. fr. t. V, p. 97. .
C’est dans l'excellent mémoire de Carre auquel nous ferons plus d'un emprunt que nous avons recueilli les indications bibliographiques qui précédent.
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lent couramment des paralysies pneumoniques mais sans interprèter les faits et sans apporter aucune observation détaillée.
D'ailleurs, dans ces auteurs, jusqu’à Huxham et Portal, il n’est question que des troubles paralytiques qui peuvent se montrer Pendant la durée même dela pneumonie, de paralysies locales.C’est du moins l'opinion de Bellini (1): « Sed quandoque. »
Cette paralysie de voisinage, nous la trouvons signalée par Galien (2) dans les termes suivants: « Un autre qui était en convalescence d'une violente peripneumonie éprouva à la partie postérieure et interne de l'avant bras une diminution notable de la sensibité se prolongeant jusqu'à l'extrémité des doigts ; quelques uns étaient lésés dans leurs mouvements. » L'auteur tente même d’expliquer ces désordres par une altération des nerfs, car 1l ajoute : « Il arriva que les nerfs des premier et second espaces intercostaux furent lésés ; le premier, remarquable par sa grandeur, s'enfonce très avant, et après de nombreuses ramifications arrive jusqu’à l’exlrémité des doigts, le second se dirige directement vers l’aisselle et vers le bras. » — Boerhave (3) parlede la faiblesse des malades qui est telle qu'ils n+ peuvent remuer la main dès le deuxième jour.
Rappelons enfin que l’on trouve signalées dans Malouin (4) la coexistence possible d’une pleurésie et de l’apoplexie, dans Pigray, Dehaen et Pourfour du Petit des observations d’hémiplégie et de paralysie du bras du côté correspondant survenant pendant l’affection thoracique; mais dans toutes ces observations, fort sujettes à caution, et qui sont analysées dans le mémoire d’Imbert Gourbeyre, la maladie aigue est bien mal déterminée : il est impossible de dire s’il s'agissait d’une pneumonie ou d’une pleurésie.
Huxham (1) le premier établit nettement la possibilité d’une paraplégie à la suite de la pneumonie. En effet, on trouve dans
nu BeLLini. Opuscula praetica. De morbis pectoris Francof et Lipsiac (2) GALIEN. Des lieux affectés. Liv. IV, chap. VIT, p. 604. Trad. DAREMBERG. (3) BozrnavE Traité de la Peripneumontie trad. du latin comm. par Van SWIÉTEN. Paris 1760, (4) Mem. Ac. Roy. des Sciences, 1748.
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son traité des fièvres les lignes suivantes : « Dans quelques pneumonies violentes, quand les deux poumons sont enflammés, avec anxiété, oppression, pouls défaillant et refroidissement des extrémités, j'ai quelquefois vu une paraplégie complète. »
Portal (Cours d’Anat. Médic. T. IT, p. 219) indique l'existence de la paraplégie dans la péripneumonie ; il donne le résultat d’une autopsie où il a trouvé une congestion de la moëlle ; de même Franck (2) écrit: «la faiblesse et l'abaissemeut du système nerveux qui se manifestent dans la péripneumonie..……. prennent souvent naissance dans des congestions vers la moëlle et vers le cerveau. » Dans Rostan, dans Ollivier d'Angers, nous trouvons desobservations soit d’hémiplégie, soit de paralysie des extrémités inférieures avec lésions profondes de l’encéphale et de la moëlle.
Comme on le voit, les paralysies de la pneumonie, soupçonnées plutôt que décrites par les anciens auteurs, n’avaient encore été l'objet d'aucune recherche complète. La première remonte à Macario. Après des communications qui passèrent presque inaperçues, il revint sur cette question en 1857 èten 1858, dans son mémoire sur les paralysies dynamyques (3). Dans cet important travail, il étudie sous ce nom les paralysies dans lesquelles les désordres du système nerveux échappent tout à fait à nos moyens d'investigation. Parmi les paralysies qu'il rapporte, 1l ÿ en a beaucoup, telles que les paralysies syphilitiques qui ont cessé d’être une lésion sine maleria, mais il y en a d’autres, comme la paralysie hystérique, pour lesquelles il avait vu juste en signalant leur caractère de trouble purement fonctionnel. C’est parmi celles-là qu'il range la paralysie pneumonique, dont il rapporte quatre observations ; deux de paralysie généralisée diffuse, une d’hémiplégie, une autre enfin de paralysie du bras dans le cours d’une pneumonie.
Dès lors, la question est posée, l'attention attirée sur ce point, et
(4) Huxxam, Traité des fièvres. Trad. fr. 1768.
(2) Franck, Pathol. médic. t. 1v, p. 185. Paris 1840.
(3) Macario, Mémoire sur les paralysies dynamiques. Gaz. médic. de Paris, 1857-58.