‹ Des peines infamantes à infliger aux négriersChapitre 9 sur 15 · LAN · texte numérisé non relu

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vendus... vendus au profit de ceux que vous avez rendus

où voulu rendre esclaves: vendus en Amérique ou en Afri ique , pes importe. Niera-t-on que cette peine soit conforme aux regles strictes de la justice ? Cependant il faut d’autres mesures si l’on veut sincèrement extirper lemäl dans sa racine.

Des ministres , toujour$ riches en promesses, pour raient tromper passagérement des hommes abondam-— ment pourvus de crédulité ; mais elle serait bientôt désabusée en comparant. les discours et les actions , car les. actions seules donnent la clef du cœur.

Sur. l'abolition de la traite, n’a-t-on pas multiplié les. plus brillantes promesses ? N’a-t-on pas assuré qu’elle n'avait plus lieu? N’a-t-on pas appelé calomniateurs- ceux qui assuraient le contraire? N’a i-6n pas menacé de mettre en jugement les témoins oculaires de cetrafic? et lorsque, les preuves à la main, ils ont eux-mêmes provoqué l’exécution de cette menace, n'a-t-on pas gardé le silence ?

En 1819, uû navire négrier, le Rédeur, faisant route pour la Guadeloupe avec un chargement d’esclaves, beaucoup de ces malheureux , affectés de nostalgie et livrés au désespoir, s'étaient précipités dans les‘flots ex se tenant emmbrassés les uns les autres. Le Capitaine; craignant que leur exemple ne le privât totale ment de; sa proie, fait: pendre des noirs dans l'espérance que le spectacle de leur supplice empêchera les ‘autres de se noyer.

Une ophthalmie contagieuse ayant ensuite exercé sur son navire de Lels ravages, que trente-neuf noirs furent frappés de cécité, le capitaine les fait jeter à

la mer.

{ 35 5 En 1820, un autre navire, la Jeune Estelle de la PR tinique. abordé par un croiseur anglais , assure n’avoir aucun esclave à bord ; mais des gémissemenssourds se font entendre ; et l’on trouve entassées dans un tonneau deux jeunes négresses qui étaient dans le dernier état de suffocation (1). Quelles poursuites a-t-on dirigées? de quelles peines a-t-on frappé les auteurs de ces actes d’une férocité inouïe? Cependant notre Code actuel est ici applicable (2).

Précédemment, on a fait sentir combien sont illusoires des croisières établies sur un espace tres-limiteé , ie des établissemens français , tandis que la traite s'exerce sans obstacle sur une vaste étendue de côtes : dira-t-on que c’est faute de moyens, tandis qu'annuel-

lement on présente un état pompeux de notre ma rine, et qu’à son entretien sont consacrés tant de millions auxquels chaque session des Chambres ajoute un supplément qui s’accroît toujours ?

Dans un état de paix, dans un état presque de nullité pour le commerce , à quoi donc sont employés ces vaisseaux, ces frégates, ces corvettes , ces briks dont on étale | Re ne 2

On fait des battues dans les forêts pour détruire les loups, pour détruire des repaires de voleurs où de contrebandiers: 1lserait à désirer que pour donner la chasse aux négriers , on format desescadres composées de contingens fournis par toutes les puissances maritimes ;

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EE (1) Voy. de PEtat actuel de la traite, etc. , p. 86 et suivantes ; tbid, p. 109 et suivantes.

(2) Voyez dans lAppendice les extraits du Code des délits et des peines.

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( 36 ) ‘mais, si l’on ne peut obtenir leur concours simultane à

cet égard, que du moins l’Angleterre et la France, si long-temps rivales pour leurs intérêts, rivalisent de

zele pour le bien de l’hum'anité.

Les puissances belligérantes donnent communément des lettres de marque pour faire la course en mer ; ce n’est pas ici le cas d’examinér, sous le point de vue moral, un usage correspondant à celui qui autoriserait le brigandage sur terre ; mais certes rien ne serait plus juste que d’autoriser la course contre les négriers, comme pirates ; car peut-on les envisager autrement ?

Un moyen proposé par l’Angleterre à la France, est

la visite réciproque des bâtimens par les vaisseaux de

guerre. À l’instant on s’est récrié que c'était compromettre l'honneur national ; que l’honneur national repousse une telle proposition, ce qui est absurde, puisque la visite serait réciproque. Le Portugal et les Pays-Bas, qui ont accédé à cette demande, n’ont-ils pas aussi l’honneur à conserver?

Une disposition indispensable est l’enregistrement des esclaves existans dans les colonies pour en constater le nombre actuel , et empêcher l’introduction d’autres esclaves, Quand cette mesure fut proposée en Angleterre, elle trouva de violens contradicteurs ; à défaut d’argumens plausibles , un M. Georges Chalmers traita de jacobins ceux qui l’adoptaient ; ilen eût fait volontiers des factieux , des séditieux (1). Tenez pour certain que chez nous il en sera de même. Le parlement britannique , sans s'inquiéter des accusations de jacobinisme, a, par divers bills, statué sur les formes à

(1) Voy. le Philanthropist, t. VI, n° 24, p. 292 et suivantes.

suivre dans cette opération, de manière à prévenir les: supercheries. Je ne vois rien de mieux à faire que de suivre cette marche avec l'attention spéciale de ne confier ce travail qu’à des commissaires envoyés d’Europe et d’une intégrité reconnue.

Une conséquence immédiate de l’enregistrement , c’est la mise en liberté avec indemnité de tous les esclaves introduits en contrebande depuis 1817. On ne manquera pas d’objecter que les Noirs de traite une fois établis sur les plantations, 1l est impossible de les distinguer. Vain subterfuge ; il existe plusieurs moyens pour reconnaître les Nègres importés-postérieurement à cette époque.

1°. Le dénombrement fourni par chaque planteur, à l’administration coloniale, des Negresexistans à la fin de l’année, ainsi que des naissances et décès survenus ;

2°. Les registres de baptême de chaque paroisse, les Noirs nouveaux étant ordinairement baptisés dans les premiers mois de leur arrivée ;

3°. Le témoignage des Noirs eux-mêmes et celui de leurs compagnons qui se rappellent tres-bien la date de leur entrée sur la plantation. Les Noirs d'Afrique connaissent les noms du lieu de leur départ, du navire , du capitaine négrier, du négociant qui les a vendus. Si la mémoire de l’un est en défaut, les Noirs de la même cargaison, qu’ils rencontrent au bourg le dimanche, pourront l’en informer.

La mise en liberté des esclaves introduits en fraude, et l'indemnité due pour leur travail , sont des actes de justice qui déconcerteront les spéculateurs.

Quelqu'un a proposé d’envoyer aux îles de la

Martinique, Guadeloupe, Cayenne, Beurbon, des

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( 38 ) agens affidés et secrets, en surveillance habituelle contre les négriers. La délicatesse repousse un moyen qui se rattache au système d’espionnage, l’un des grands ressorts de la politique moderne : système qui, établissant la défiance et l'hypocrisie, contribue si puissamment à dépraver les nations ; systeme outra-— geant pour ceux qui en sont l’objet , avilissant pour

-ceux qui l’exercent, et flétrissant, d’une tache indé-

Iébile , ceux qui le soudoient ; système inventé par l’ineptie, car l'emploi de moyens obscurs, tortueux et odieux, atteste l’incapacité à gouverner par des for mes légales, et à suivre la route tracée par Suger , Sully , Turgot, Malesherbes.

Et pourquoi des agens secrets, lorsque, dans tous les établisseméns, vous avez des fonctionnaires publics? Négligent -ils les devoirs de leur état? Cette ©onduite peut-être accuse votre choix ? Alors changezles, et choisissez mieux ; surtout envoyez dans ces possessions lointaines des magistrats européens, et non des planteurs qui, intéressés au maintien des abus, sont juges et parties contre les Noirs et les Sang-mélés. Que leurs causes soient jugées par des tribunaux réguühers et non d'exception , et que la voie d’appel aux tribunaux européens leur soit ouverte.

Telle est encore cliez une foule de personnes l’ignorance , qu'elles n’ont pas d’idées précises sur les caracteres distinctifs de ce qu’on appelle constitution , lois et ordonnances. Il n’est donc pas inutile d’ajouter que les mesures, proposées pour prévenir la traite et punir les négriers, doivent être l’objet de lois et nom d'ordonnances , dont le caractère distinctif est de faire executer les lois.

SE 2 © Däns nos temps r modernes, la plüpart dés “Hommes qui, ‘de droit ou de fait | président aux destinées des peuples , semblent croire que, pour bién eg gouverner, il suffit d’ordonner. De là cette exubérancé législative , ce bagage énorme de Codes compliqués et quelquefois contradictoires, inusités même , jamais abrogés où réduits, et toujours menaçans ; la chiçane etŸ arbitraire ne tanquent ee de les exploiter en opprimant. Dans tout pays, ce qui tient au régime fiscal est le pluss soiz geusement exécuté, car tant dé gens ‘aiment à s ap= proprier ces métaux dont la valeur idéale Képrésente toutes les valeurs matériélles. Il n’en est pas de même

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sûr beaucoup d’ autres articles. Contre le traite ,. par exemple, vainement. con Multipliera, on TRUE lois, les RETURN es r “elles resteront inexécutées , s1 leur application n’est confiée à des mains pures. Ê în trouve-t-on facilement chez des ations où Thypo= crisie, la déception, réduites en systèmes, tendent à à rétrécir les esprits, à “dépraver | les CŒUrS? Beaucoup de Tois seraïent inutiles et tomberaient en désuétude, ce pour reñdre les citoyens vertueux , on A “consacrait seulement uné partie des sommes et des. soins qu'on emploie à les asservir, à les dégrader. L'art de Bou verner consiste moins à prescrire des devoirs, qu’à à les faire connaître par la conviction qui subjugue l'es prit, à lés faire aimer par Ja persuasion qui entraine lé cœur. Que sert de répéter avec emphase le célèbre axiome , quid leges sine moribus ? si l’on n’a pas assuré aux lois une garantie par | k éducation entée sur le sentifhent religieux, base essentielle de toute FRE tion sociale, et sans lequel elle s ’écroulera : ri r Au milieu des ténebres du polythéisme, l éducation

était une partie constitutive de ces républiques grec ques , dont nos vœux sollicitent la résurrection. Le mot civilisation, non telle qu’elle est, mais telle qu’elle devrait être, présente la double notion des facultés intellectuelles et de la pratique des vertus développées à un haut degré ; mais depuis long-temps chez nous on fait tout pour l'esprit et presque rien pour le cœur. L’instruction est aussi commune que l’éducaion est rare. En sorte que les dons de l'esprit, qui devraient servir d’appui à la morale, deviennent souvent des armes contre elle.

Mais l’instruction même , que sera-t-elle , Si enfin s’exécute le plan concerté et déjà partiellement exécute de la confier à une classe d'hommes qui s’efforceront d'imprimer à l’enfance les formes du despotisme , et même de lui donner un caractère dogmatique, en le plaçant sous l’égide de la religion qui le repousse et l’abhorre ?

Rappelez-vous des serviles sous le titre de professeurs qui, à Paris et dans les départemens, fatiguaient, excédaient la patience de leurs élèves, en leur dounant pour sujet d’amplifications, l’apothéose d’un despote qu’ils ont maudit à l’envi des le lendemain de sa chute. Est-elle naturalisée parmi nous cette souillure adulatrice par laquelle se sont. flétris tant d'hommes dans les classes les plus élevées, les plus

cultivées de la société, évêques, prêtres , sénateurs > députés, magistrats, préfets, poetes, artistes, etc. , etc. Faisons des vœux pour que cette contagion déplorable n'infecte pas une jeunesse qui accueille avidement tout ce qui rappelle à l’homme sa dignité et sa haute destinée. Supposons, par exemple , que pour sujet de con-

cours des prix dans vos écoles, on propose la question de la traite et de l’esclavage ; tenez pour certain que la fermentation du talent va faire explosion en prose, en vers , en grec, en latin , en français , et vous verrez ce que peuvent enfanter, par leur réunion, la précocité du génie et un élan naturel vers tout ce qui est juste, grand et généreux. | |

Ne devraient-elles pas montrer l'exemple ces sociétés savantes, ces académies qui retentissent si souvent de fades éloges ? Quand quittera-t-on cette ignoble routine ? La littérature aussi a donc ses gémonies et:ses cloaques ; c’est le réceptacle définitif des complimens débités dans les chaires et les tribunes , au barreau et au Parnasse.

Par des institutions nationales et par l'exemple, plus facilement que par des lois, on transforme en esprit public les principes vrais, les sentimens purs. L’éducation est le moyen le plus sûr pour obtenir ce résultat, et vous l’obtiendrez si , dans les établissemens destinés à la jeunesse, l’écriture, la peinture, la lithographie, et tous les genres d’instruction relracent sans cesse , non-seulement des idées propres à éclairer l'esprit, mais bien plus encore les événemens, les faits, les maximes qui agissent utilement sur les cœurs ; si vers ce but est dirigé le cours des études par les bons livres distribués aux éleves, par les modèles qu’on place sous leurs yeux, par les sujets sur lesquels on essaie leurs talens.

Ils avaient bien compris cette puissance publique , ces Hollandais qui , dans leurs écoles , avaient répandu un ouvrage dont les récits et les gravures rappelaient sans cesse à leurs enfans les dévastations commises dans

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