‹ Des pensées de PascalChapitre 113 sur 125 · FRAGMENT D'UNE LETTRE DE PASCAL · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'UNE LETTRE DE PASCAL

(Bossut a le premier publié un fragment d'une lettre de Pascal commençant par ces mots: « Nous usons mal, au moins en ce qui m'en paroît, de l'avantage...» sansdireoù il a pris ce fragment. Nous le trouvons dans les Mémoires de mademoiselle Perrier, avec un début qui semble indiquer que cette lettre est adressée à M. Perrier, lequel avait aussi des querelles avec les jésuites de Clermont. )

c^ Vous me faites plaisir de me mander tout ic détail de vos fronderies, et principalement puisque vous y êtes intéressé; car je m'imagine que vous n'imitez pas nos frondeurs de ce pays-ci % qui usent si mal , au moins en ce qui m'en paroît, de l'avantage que Dieu ^ leur offre de souffrir quelcjue chose pour l'établissement de ses vérités. Car, quand ce seroit pour l'établissement de leurs ^ vérités, ils 4 n'agiroient pas autrement; et il semble qu'ils ignorent ^ c[ue la même Providence qui a inspiré les lumières aux uns , les refuse aux autres ; et il semble qu'en travaillant aies persuader, ils ser-

^ Probablement les jansénistes qui, selon Pascal, fléchissaient dans l'affaire du formulaire.

* Ici commence le fragment publié par Bossut : ISoics usons mal, au moins en ce qui m'en paroit^ de l'avantage, etc.

^ B. : nos.

"• B. : nous n'agirions.

■' B. : nous paroissons ignorer.

364 APPENDICE N'' h.

vent^ un autre Dieu que celui qui permet que des obstacles s'opposent à leurs progrès. Ils croyent^ rendre service à Dieu en murmurant contre les empêchements, comme s'il étoit une autre puissance qui excitât leur ^ piété , et une autre qui donnât vigueur à ceux qui s'y opposent.

C'est ce qui fait l'esprit propre. Quand nous voulons, par notre propre mouvement, que quelque chose réussisse, nous nous irritons contre les obstacles , parce que nous sentons dans ces empêchements ce que le motif qui nous fait agir n'y.a pas mis , et nous y trouvons des choses que l'esprit propre qui nous fait agir n'y a pas formées.

Mais quand Dieu fait agir véritablement, nous ne sentons jamais rien au dehors qui ne vienne du même principe qui nous fait agir; il n'y a pas d'opposition au motif qui nous presse; le même moteur qui nous porte à agir, en porte d'autres à nous résister, au moins il le permet ; de sorte que comme nous n'y trouvons pas de différence et que ce n'est pas notre esprit qui combat les événements étrangers, mais un même esprit qui produit le bien et qui permet le mal , cette uniformité ne

* B, : nous servions.

* B. . nous croyons.

* B. : notre.

trouble point la paix d'une ^ âme, et est une des meilleures marques qu'on agit par l'esprit de Dieu , puisqu'il est bien plus certain que Dieu permet le mal , quelque grand qu'il soit , que non pas que Dieu fait le bien en nous (et non par quelque 2 motif secret), quelque grand qu'il nous paroisse ; de sorte que ^ pour bien reconnoître si c'est Dieu qui nous fait agir, il vaut bien mieux s'examiner par nos comportements au dehors, que par nos motifs au dedans, puisque si nous n'examinons que le dedans, quoyque nous n'y trouvions que du bien, nous ne pouvons pas nous assurer que ce bien vienne véritablement de Dieu. Mais quand nous nous examinons au dehors, c'està-dire quand nous considérons si nous souffrons les empêchements extérieurs avec patience, cela signifie qu'il y a une uniformité d'esprit entre le moteur qui inspire nos passions et celui qui permet les résistances à nos passions; et comme il est sans doute que c'est Dieu qui permet les unes, on a droit d'espérer humblement que c'est Dieu qui produit les autres.

Mais quoy ! on agit comme si on avoit mission pour faire triompher la vérité , au lieu que, nous

' B. : de l'âme.

* B. : quelque AUTRE wot.'f.

^ B. : AINSI pour}).

n'avons mission que pour combattre pour elle. Le désir de vaincre est si naturel que quand il se couvre du désir de faire triompher la vérité, on prend souvent l'un pour l'autre, et on croit rechercher la gloire de Dieu en cherchant en effet la sienne. Il me semble en effet que la manière dont nous supportons les empêchements en est la plus sûre marque ; car enhn, si nous ne voulons que l'ordre de Dieu, il est sans doute que nous souhaiterons autant le triomphe de sa justice que celui de sa miséricorde, et que, quand il n'y aura point de notre négligence, nous serons dans une égahté d'esprit, soit que la vérité soit connue, soit qu'elle soit combattue, puisqu'en l'un la miséricorde de Dieu triomphe, et en l'autre sa justice.

Pater juste^ mimdus te non cognovit.

Père juste, le monde ne fa pas connu.

Sur quoy saint Augustin dit que c'est un effet de sa justice qu'il ne soit point connu du monde. Prions et travaillons, et réjouissons-nous de tout, comme dit saint Paul.

Si vous m'aviez repris dans mes premières fautes, je n'aurois pas fait ceile-cy, et je ne serois modéré. Mais je n'effaceray pas non plus celle cy que

l'antre; vous l'effacerez bien vous-rnéiiie , si vous voulez; je n'ay pu m'empécher % tant je suis en colère contre ceux qui veulent absolument que l'on croye la vérité lorsqu'ils la démontrent, ce que J.-C. n'a pas fait en son humanité créée. C'est ime moquerie^, etc., etc.

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