A MADAME PERIER
(Mémoires de Marguerite Périer, p. 40. —Manuscrit de Troyes, n'' 2203.)
En gros leur avis ^ fut que vous ne pouvez en aucune manière , sans blesser la charité et votre conscience mortellement , et vous rendre coupable d'un des plus grands crimes, en engageant un enfant de son âge et de son innocence ^^ et même de sa piété à la plus périlleuse et la plus basse des conditions du christianisme ; qu'à la vérité , suivant le monde ,
* Note du recueil de Marguerite Périer : « de MM. Sînglin, de Sacy et de Rebours. Le manuscrit de Troyes : l'avis de ces messieurs fut .
^ Jacqueline Périer, alors âgée de quinze ans.
l'affaire n'aiiroit nulle difficulté et qu'elle étoit à conclure sans hésiter, mais que selon Dieu elle avoit plus de difficulté % et qu'elle éîoit à rejeter sans hésiter, parce que la condition d'un mariage avantageux est aussi souhaitable selon le monde, qu'elle est vile et préjudiciable selon Dieu; que ne sachant à quoi elle devoit être appelée, ni si son tempérament ne sera ^ pas si tranquillisé qu'elle puisse supporter avec piété sa virginité , c'étoit bien peu en connoître le prix que de l'engager à perdre ce bien si souhaitable aux pères et aux mères pour leurs enfants parce qu'ils ne peuvent plus le désirer pour eux; que c'est en eux qu'ils doivent essayer de rendre à Dieu ce qu'ils ont perdu d'ordinaire pour d'autres causes que pour Dieu : de plus que les maris, quoique riches et sages devantle monde, sonten vérité de francs payens suivant Dieu ; de sorte que les dernières paroles de ces messieurs sont que d'engager un enfant à un homme du commun ^c'est une espèce d'homicide et comme un déicide en leurs personnes.
(Copié sur l'original, dont il ne reste que la quatrième et la cinquième page 4.)
* Ms. de Tr. : elle en avoit, et qu'elle étoit... ms.deTr.: serait .
' Ms. de Tr. ; (Tune piété commune.
* Note du Ms. de Tr. : « Les filles de M"^' Périer ne se sont jamais mariées »
374 APPENDICE r 8.