‹ Des pensées de PascalChapitre 26 sur 125 · XXXVI PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION · texte numérisé non relu

XXXVI PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION

Comme dans la doctrine catholique toutes les vérités se tiennent, de même toutes les erreurs ont leur enchaînement dans la théorie janséniste. La grâce y doit être victorieuse et invincible, parce que la corruption de la nature humaine y est entière, parce qu'un tel mal exige un remède héroïque, et que du néant de la nature Dieu seul peut tirer la vérité, la vraie justice et la vraie vertu. Le principe du néant de la nature humaine a encore une autre conséquence également nécessaire, le néant du mérite de nos œuvres. Elles appartiennent à la grâce quand elles sont bonnes; le péché seul est à nous, parce que le péché vient de la nature corrompue. De là ce tremblement perpétuel de la créature humaine, incertaine si c'est bien en elle la grâce qui opère ou l'esprit propre et la lumière naturelle ; de là des austérités excessives , un ardent et sombre ascétisme , le monde converti en une thébaïde et en un calvaire, la fuite des plaisirs les plus innocents, l'impatience de la vie et l'invocation de la mort, et, en attendant, le continuel effort de mourir à la vie de la nature et de ne laisser subsister en soi que celle de la grâce ; de là une immense humilité et un immense orgueil. Tune qui se tire du sentiment de notre néant, l'autre du sentiment de l'action de Dieu en nous ; de là encore l'attachement le plus opiniâtre à nos pensées , comme nous venant de Dieu même, avec un courage merveilleux , capable de résister, au nom de Dieu , à toutes les puissances de la tet're, même à la première de toutes, celle du saintsiége ; de là , en un mot , une grandeur admirable et des excès de toute sorte dans la doctrine et dans la conduite ; excès et grandeur mêlés ensemble, se soutenant et tombant ensemble, parce qu'ils tiennent au même principe, le néant de la nature et la force invincible de la grâce. Séparer, dans Port-Royal, la grandeur de l'excès, le bien du mal, le vrai du faux, retrancher l'un, retenir l'autre; vaine entreprise! Tout ici vient du même fonds. Tempérer Port-Royal, c'est l'anéantir. Laissons-lui donc sa grandeur et ses défauts. Reconnaissons

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