L PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION
jusqu'ici quelque chose de ce méchant signe. J'y aï bien trouvé un grand nombre de pierres assez bien taillées et capables d'orner un grand bâtiment , mais le reste ne m'a paru que des matériaux confus , sans que je visse assez l'usage qu'il en voulait faire. II y a même quelques sentiments qui ne me paraissent pas tout à fait exacts, et qui ressemblent à des pensées hasardées que l'on écrit seulement pour les examiner avec plus de soin. Ce qu'il dit, par exemple, tit.xxv, 15, que le titre par lequel les hommes possèdent leur bien n'est, dans son origine^ que fantaisie ^ ne conclut rien de ce qu'il en veut conclure , qui est la faiblesse de l'homme , et que nous ne possédons notre bien que sur un titre de fantaisie... Ce qu'il dit au même endroit , n'' 17, touchant les principes naturels, me semble trop général. . . Il suppose , dans tout le discours du divertissement ou de la misère de l'homme, que l'ennui vient de ce que l'on se voit, de ce que l'on pense à soi , et que le bien du divertissement consiste en ce qu'il nous ôte cette pensée. Cela est peut-être plus subtil que solide... Le plaisir de l'âme consiste à penser, et à penser vivement et agréablement. Elle s'ennuie sitôt qu'elle n'a plus que des pensées languissantes... C'est pourquoi ceux qui sont bien occupés d'eux-mêmes peuvent s'attrister, mais ne s'ennuient pas. La tristesse et l'ennui sont des mouvements différents... M. Pascal confond tout cela. Je pourrais vous faire plusieurs autres objections sur ses Pensées, qui me semblent quelquefois un peu trop dogmatiques, et qui incommodent ainsi mon amour-propre , qui n'aime pas à être régenté si fièrement. »
Et savez-vous le secret de ce goût très-médiocre de Nicole pour les Pensées ? C'est que ce livre est l'expression la plus forte du jansénisme , et qu'à dire vrai Nicole n'était guère janséniste. II s'était laissé engager dans ces querelles, un peu par conviction, beaucoup par ses amitiés, surtout par une antipathie sincère et constante pour les jésuites. Il était bien plutôt un adversaire des jésuites qu'un vrai disciple de Port- Royal. Il n'avait pas connu Saint-Cyran ; il n'avait jamais