XXX AVANT-PROPOS
J'ai beau chercher dans tout le xvii^ siècle, je ne trouve pas un seul grand évoque, un seul grand écrivain qui ait pensé différemment. Le cardinal de Retz n'est point une très-grande autorité ecclésiastique; mais c'était un esprit du sens le plus ferme et le plus pratique, et quand sur la fin
je suis obligé d'avouer un être où la vérité est éternellement subsistante et où elle est toujours entendue ; et cet être doit être la vérité même... C'est donc en lui , d'une certaine manière qui m'est incompréhensible, c'est en lui, dis-je, que je vois ces vérités éternelles... Il y a nécessairement quelque chose qui est avant tous les temps et de toute éternité , et c'est dans cet éternel que ces vérités éternelles subsistent; c'est aussi là queje les vois... Ainsi nous les voyons dans une lumière supérieure à nous-mêmes; et c'est dans cette lumière supérieure que nous voyons si nous faisons bien ou mal ... Là donc nous voyons avec toutes les autres vérités les règles invariables de nos mœurs. L'homme qui voit ces vérités par ces vérités se juge lui-même et se condamne quand il s'en écarte; ou plutôt ce sont ces vérités qui le jugent... Ces vérités éternelles que tout entendement aperçoit toujours les mêmes, par lesquelles tout entendement est réglé, sont quelque chose de Dieu, ou plutôt sont Dieu même. »
Le paragraphe 6 du chap. iv a pour titre la maxime même sur laquelle est fondée la démonstration cartésienne de l'existence de Dieu : L'âme connait par V imperfection do son intelligence qu'il y a ailleurs une intelligence parfaite. Après avoir achevé toutes les preuves de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme par la seule philosophie, Bossuet conclut ainsi : « Ces raisons sont solides et inébranlables à qui les sait pénétrer. » De même, dans le traité du libre arbitre, c'est par la raison seule qu'il résout toutes les difficultés. Chap. lî, que
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de sa vie, dans sa solitude deCommercy, il s'occupa de sérieuses études , il n'hésita point à se prononcer pour la philosophie cartésienne ^ Celui que le pape Urbain YIII appela V apôtre du verbe incarné^ est aussi celui qui suscita Descartes, lui mit la plume à la main^ et recommanda ses écrits aux saints prêtres
cette lilerté est dans Vliomme et que nous connoissons cela naturellcment. « Je dis que la liberté ou le libre arbitre est certainement en nous et que cette liberté nous est évidente : 1° par révidence du sentiment et de l'expérience; 2° par l'évidence du raisonnement; 3° par l'évidence de la révélation, w L'accord de la foi et de la raison est ici manifeste. Chap. m , que nous connoissons naturellement que Dieu gouverne notre liberté et ordonne de nos actions. Chap. iv, que la raison seule nous oblige ù croire ces deux vérités, quand même nous ne ijourrions trouver le nwyen de les accorder ensemble. Même en parlant de la création sans aucune matière préexistante, Bossuet dit : « Nous connoissons clairement toutes les vérités que nous venons de considérer; c'est renverser les fondements de tout bon raisonnement que de les nier. » Dans la première Élévation il reprend la preuve cartésienne de l'existence de Dieu par l'idée de la perfection : « Pourquoi Dieu ne seroit-il pas? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée! au contraire, la perfection est la raison d'être... » Enfin Huet luimême nous apprend que Bossuet reçut très-peu favorablement la censure de la philosophie cartésienne, et l'abbé Ledieu , secrétaire de Bossuet, dit expressément qu'il mettait le discours de Descartes sur la méthode au-dessus de tous les ouvrages de son siècle.
* Voyez mes articles du Journal des savants de cette année , intitulés le Cardinal de Retz, cartésien.